Le Palais de l'Horticulture et de l'Arboriculture

Paris 1900 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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Le Palais de l'Horticulture et de l'Arboriculture

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 25 aout 1900"

Les serres de l’horticulture, situées en face de la rue des Nations, ont été très réussies par M. Gautier. Il a su donner un aspect agréable à celte ossature de fer et de verre, ce qui était un difficile problème à résoudre.

Serres du Cour-la-Reine
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Re: Le Palais de l'Horticulture et de l'Arboriculture

Message par worldfairs »

Texte et illustration de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900

horticulturearboriculture01.jpg

Façade latérale de l’une des serres monumentales construites en bordure de la rive droite de ta Seine, en aval du Pavillon de la Ville de Paris.

Dans ces serres, se tiennent successivement des concours temporaires d'horticulture et d'arboriculture. C'est une floraison perpétuelle et constamment variée.
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Re: Le Palais de l'Horticulture et de l'Arboriculture

Message par worldfairs »

Texte et illustration de "L'exposition en famille"

Chaleurs de juin, beau ciel clair, éclatant de toute la magnificence lumineuse d’un soleil superbe... Une nostalgie vous prend d’aller à la campagne, en le sein des fleurs, sous la verdure des arbres, dans la fraîcheur des ombres, anéantis dans l’épanouissement radieux des plantes, la gloire de la nature... Mais l’Exposition est toujours là avec sa magique attirance, auquel nul ne peut plus résister... J'obéis à l'hypnose de l’heure... J’y retourne... et cependant, l'influence du moment, la griserie du beau jour m’incite à me diriger vers ailleurs...

Et soudain, au coin du pont de l’Alma, comme je penche à descendre sur le bateau de Suresnes, je contemple le panorama de la rive droite, depuis le pont des Invalides jusqu’au pont Alexandre III. Entre le palais des Congrès, blanc et éclatant, comme la fraîcheur même de la pensée humaine qu'il concentre dans son sein, et le pavillon de la Ville de Paris, hôtel de ville renaissance, d’une finesse française, aux murs quasi-rouges, symbole de l’indépendance frondeuse des Parisiens, se massent majestueusement deux serres énormes, à la coupe audacieuse, d’une armature de fer haute et longue, large et profonde, d’une verrière immense qui luit sous le soleil. Ce sont les palais de l'Horticulture.

Chaleurs de juin... Eté... Pèle de Flore, prélude à l’ajustement de Pomone, Exposition de Paris... Horticulture, floriculture et arboriculture, ennui de Parisien accablé... toutes les suggestions m'assaillent... J’entre à l’Exposition... J’y verrai delà nature, et les plus belles choses de la nature.

Entrée du palais de l'Horticulture
Entrée du palais de l'Horticulture

Je passe entre le palais des Congrès et le restaurant de ce nom, si bien approprié aux besoins des congressistes, et me voici dans cette surprenante rue de foire, mais une foire moderne, extraordinaire et imprévue, qu’est la rue de Paris. D’un côté, les théâtres fameux que Montmartre inventa: la Roulotte, les Bonshommes Guillaume, la Maison du Rire, le Manoir renversé, d’autres qui se suivent, prennent la moindre place disponible et font venir chez eux à des prix assez abordables, les blasés qui n’y laissent pas toujours leur incurable spleen. Ce spectacle ne me tente pas. De l’autre côté, des tentes, des bacs, des caisses à arbustes, dés chaises, des tables de jardin, des fauteuils-guérites en osier, tous les accessoires de l'horticulture. Un peu en avant, une espèce d’orangerie où s’exhibent d’autres ustensiles de jardinage, depuis les mignons sécateurs jusqu’aux cueilloirs de la dernière invention et qui feront la joie des belles mondaines s’en allant à la cueillette « cueillis, cueillois, cueillons» dans les fourrés des grands parcs. Des poteries aussi, des jardinières en faïences, en céramique, des porte-bouquets « modern style », des étains de maîtres d’après les fleurs. Puis, les graineteries, des collections innombrables de graines en flacons avec l’indication du moment du semis, de l’époque de la fructification, une vraie monographie instructive qui vous donne instantanément l’envie d'avoir son petit potager, de produire soi-même le légume qu'on consomme. Et aux cloisons immenses des céréales, des graminées de la dernière récolte, mettent leurs guirlandes de bottes qui sentent bon ; des moulages de racines : betteraves et navets, carottes et radis ; des moulages de fruits, des moulages de cucurbitacées variées, aux formes étranges; courges et gourdes, coloquintes et calebasses, giraumons-turbans affectant absolument la disposition des bonnets de mameluks, polirons monstrueux, citrouilles plus monstrueuses encore, et jolies petites courges fines et noires comme le teint même de celles qui les cultivent : les moschata, les courges pleines de Naples, aux allures de porte-manteau, mais d’une chair si ferme, d’un régal si savoureux, que bien souvent, lorsqu’on les dévide, qu'on enlève les graines, qu’on les emplit de chair à saucisse, on obtient un légume farci d’un délice inconnu. Et les melons, les pastèques, les melons de Malabar à l’écorce mordorée et qui font des confitures excellentes, et les concombres, crock-necks, etc. Il y a aussi des collections de fruits de conifères, des pins, des sapins.

Il y a des asperges énormes dans des bocaux d'alcools. Et au premier, des cimaises ornées de plans de parcs, de projets de jardins ; des collections de journaux et d’ouvrages sur l’art horticole, la botanique, etc. En cet endroit, je me complais comme s’y complairont lotis ceux qui adorent l'art des jardins.

Pour bien admirer le palais de l'Horticulture, il faut déboucher sur le vaste terre-plein qui sépare les deux serres monumentales. Leurs portes se font face. Mais la symétrie est égale, de part et d'autre. Chacune de leur entrée est un chef-d’œuvre de ferronnerie et de miroiterie qui fait grand honneur à l’architecte Ch. Gautier. De chaque côté, s’enlèvent deux colonnes artistement ornées, surmontées du caractéristique vase à fleurs où des grands palmiers échevèlent leurs feuilles digitées.

Entrons dans la serre de gauche ou entrons dans la serre de droite, et c’est brusquement le même flot de senteurs âcres et pénétrantes qui vous emplit l’odorat, vous chavire en quelque sorte l’âme dans une lassitude délicieuse tandis que la vue se caresse avec extase devant le fouillis des coloris vibrants ou atténués, l'emmêlement des verdures, la grâce des formes.

Seulement à gauche, c’est l’horticulture étrangère, et à droite, c’est l'horticulture française. Mais, ici et là, c’est la nature, c'est l'épanouissement triomphal d’une des plus belles créations de Dieu.

Dans la section étrangère, il faut admirer l’art des tulipiers de Harlem : les tulipes et jacinthes sont déjà passées, mais les amaryllis, et les iris, et les lis, fleurissent dans des massifs d’une belle venue. Ailleurs ce sont les horticulteurs allemands, belges et anglais dont les plantes rares sont très remarquées. Une exposition cependant fait tumulte : c’est l’exposition du jardinier du prince de Monaco. C’est tout le littoral, avec sa luxuriante et singulière végétation, transporté à Paris. C’est'.Une beauté somptueuse de floraison qui fait se pâmer les femmes, ces sœurs des fleurs.

Le palais de l'Horticulture<br />(Aspect latéral)
Le palais de l'Horticulture
(Aspect latéral)

La section française, plus importante, comme de juste, rivalise avec la section étrangère, avec un éclat pareil; la nature ne rivalise pas avec la nature; à moins, toutefois, que le climat, le mauvais sol ne diminue la même fleur beaucoup mieux avantagée en terrain favorable et sous une latitude propice. Et puis, la culture, affaire de science et de vigilance, peut lutter avec une autre culture. Mais la rose bien soignée, bien arrosée dans les parterres de Trianon, n’offrira aucune différence avec la rose de même variété, bien arrosée et bien soignée, dans un terreau identique, des massifs du Belvédère.

Pour employer une expression triviale, je répète que la Heur ne peut damer le pion à la fleur.

C’est donc par son importance, parce que les exposants sont plus nombreux, que l'horticulture française semble tenir la suprématie dont se flatte notre orgueil national. D’ailleurs, elle nous est plus familière.

En entrant dans les serres, ne craignez pas qu’il y fasse plus chaud que dehors. Au contraire, des treillages déroulés sur le vitrage exposé au soleil y mettent une ombre douce que l'arrosage continu des allées, le bassinage des feuillages transforme aisément en ombre fraîche, surtout avec le système de ventilation adopté. C’est un exquis rendez-vous d’été....Je ne regrette plus d’avoir abandonné mon désir d’aller en ballade sur les routes poussiéreuses de Suresnes...

Asseyez-vous sur un banc ici, regardez la foule, jouissez des fleurs et des parfums, voilà une belle après-midi de faune parisien.

Oh! la magnifique collection de palmiers sur le pourtour, celle surtout de Veuve Chantin et ses fils, successeur du célèbre horticulteur qui le premier montra' aux parisiens les plantes des Tropiques à leur grandeur presque naturelle! Toutes les espèces y sont : les latanias et kentias, aux feuilles élargies en doigts de mains géantes, les phoenix qui produisent les dattes, les cocos qui font les noix de ce nom mais dont la vie est assez hasardée dans nos serres chaudes, les bananiers aux larges feuilles oblongues, veinées de nervures, vertes, et aux fruits si drôles à l’œil mais si moelleux dans la bouche. El d’autres plantes, au feuillage ornemental, pourpre ou bleuâtre, laqué ou carminé, les dracaenas, les crotons, les fougères, les begonias aux feuilles d’une telle diversité de formes, de nuances, quelques-unes larges, velues, tachetées de larges plaques dé velours, striées tels des lapis d’orient, les anthurium aux feuilles en cornet dont sort la fleur, les vrièsea et tillandsia de l’horticulteur Duval, jolies petites plantes broméliacées, beaucoup plus robustes que les bromelias ordinaires, qui sont presque une nouveauté et qui feront un bel effet dans les potiches de salons avec leurs thyrses rouges comme des flammes.

Le pont des Invalides
Le pont des Invalides

Dans un des coins de la serre, à côté d’une collection de plantes germées, innovation d’exhibition inattendue des Vilmorin, et qui nous fait connaître la forme première des meilleurs légumes que nous aimons aussitôt qu’elles éclosent de leur embryon, la foule se presse au concours des plantes potagères.

Ce ne sont que des radis, des carottes, des navets, des pommes de terre. C’est si vulgaire qu'on pourrait sourire de voir l’empressement des visiteurs. Eh ! oui, sans doute, ce sont des navets ! Mais avez-vous jamais goûté du navet jaune de Finlande qui s’étale là avec sa racine d’or. Savez-vous qu'il est plus fin, moins filandreux et coriace que le gros navet de Saint-Ouen que vous avez coutume de mettre dans votre pot-au-feu? Peut-être y avez-vous goûté, comme aussi des carottes grelots si jolies en leur rondeur menue et si sucrées même crues que Gyp elle-même aurait été heureuse de les grignoter lors de sa fameuse escapade plutôt que les longues raves, rugueuses et poilues des champs de banlieue. Je dis peut-être, parce que l'indifférence du Parisien pour tout ce qu’il mange d’exquis, son origine, la peine qu'on se donne à le produire, est en quelque sorte proverbiale. Et comme j’avise une collection d’oignons, le plus indispensable des légumes, qui fut jadis le dieu des Egyptiens, je me rappelle le fait d'un mien professeur, homme de grande science et d'érudition profonde, qui, se trouvant dans un grand jardin d’enseignement, avisant un champs d’oignons montés en graines, appela le jardinier en chef et lui demanda devant quatre ou cinq personnes, subjuguées par son importance doctrinale :
— Je n’ai jamais vu ces plantes. Elles viennent des colonies, n’est-cc pas?
Le jardinier, né malin, garda son sérieux :
— Oui, monsieur.-
— Alors pourrai-je en avoir un pied chez moi dans un
pot que je mettrai sur mon fourneau?
— Oui, monsieur Si cela vous fuit plaisir.
Et l'horticulteur appelant un de ses ouvriers lui ordonna d’empoter le plus beau pied u plant.
Il poussa la malice jusqu’à l’enrouler dans un beau cornet de papier à bouquet.
Lorsque le professeur lui demanda le nom du. végétal afin de l'apprendre à ses élèves, le jardinier répartit gravement.
— Oignon potager, des jardins de Paris.


Je vous laisse à penser la tête du docte homme. Aussi bien qu'on m’excuse de cette disgression. Elle ne me vient à l'idée que pour vous conseiller de tout voir dans l'Exposition afin que vous appreniez tout, cl parce qu’en dehors des légumes déjà connus, il y a là des crosnes du Japon, des ignames de Chine, des fenouils, régal jadis favori des précieuses, nos mères; des raves, des tubercules, et des cosses et des graines qui sont de ces choses que vous serez d'autant plus heureux de manger que vous savez ce que c'est. Il n’y a de gourmets que parmi ceux qui ont le savoir bien meublé!

Et ce sont dans les côtés, les fruits forcés, des figues, des prunes, des abricots, des pêches, venus avant la saison, des melons déjà affriolants, tous les produits de cette industrie horticole nouvelle qu’on nomme les forceries. Il y a là un établissement constitué par actions qui porte celle raison sociale assez poétique : les Grapperies du Nord et qui montre dans des vitrines fermées des arbustes fruitiers, de deux à trois ans d'âge, avec leurs fruits déjà mûrs: abricotiers, cerisiers, grosselliers, framboisiers, pêchers, etc. La foule regarde d’un œil d’envie, l’eau à la bouche, d’autant qu’une pancarte dit que tout cela a été acheté par telle maison de comestibles mondains, genre Potel et Chabot. Est-ce bien la peine de désirer manger ces fruits couvés qui n'auront même pas le sucre que procure aux fruits mûris dans les vergers des champs les indispensables rayons du soleil! Sans doute, la maîtresse de maison qui désire faire plaisir à ses hôtes, ou satisfaire sa propre vanité, s’empressera de les racheter pour les faire figurer sur sa table au milieu du luxe des cristaux, des porcelaines et de l’argenterie, mais je me demande si elle n'aura pas plus tard le remords d'avoir infligé à ses invités une gourmandise d'autant plus inutile qu'elle se compliquera de gastralgie. Somme toute, nous devons applaudir à la science horticole qui a trouve le moyen de devancer les époques fixées par la nature et de procurer aux pressés de jouissance des satisfactions immédiates.

Comme satisfactions immédiates, comme-jouissances rares, comme superfétations sur la nature, l’homme a encore trouvé autre chose.

Ce sont les orchidées.

Les orchidées ne sont pas de son invention, en effet. L’homme ne peut même passe vanter d'avoir inventé la femme-, s’il l'a désirée dans un moment d’ennui. Mais c’est lui qui a su parer la femme, lui faire produire toute sa grâce et toute sa volupté. Or, les orchidées Sont les femmes-fleurs. Elles sont aussi extravagantes, nerveuses et belles, et variées et imprévues, et de couleurs singulières, ciels d’été, fonds de lacs, moires d'eau asiatique; et de formes inconnues; de celles, qu'on cache et qui cependant attirent. Voyez ces odontoglossum, ces cypripedium, vulgo sabots de Vénus, ces cattleya qui sont certainement les reines du royaume, et qui étalent leur labelle large et arrondi, ondulé au contour, au centre rehaussé d’une tache d’un beau violet marbré, avec une bande jaune maculée de pourpre, tandis que l'aspect général brille d’un rose lilacé qui, dans les C. Mossiae, est simplement superbe. Voyez encore les Epidendron des montagnes rocheuses, les Oncidium, les Coryanthes.

Vous comprendrez maintenant que l'homme a su vaincre la nature puisqu’il reconstitue dans nos pays tempérés les fleurs les plus belles de la création qui ne floriférent que dans les pays chauds. Et cependant l’orchis venu en Europe égale en splendeur l'orchis des forêts vierges.

Au centre des serres, des massifs éclatent : ce sont nos fleurs, nos plantes vivaces : les delphinium bleus, les coreopsis jaunes, les œillets si magnifiques et odorants, les phlox, les asters, et les plantes annuelles d'une telle multitude de variétés, d'une telle diversité de tons, d'une telle surabondance d'odeurs disparates qu’on ne peut témoigner d'aucune préférence. Cependant que l'œillet d'Inde est joli mais sent mauvais, la rhodante s’élance en une finesse de pétales bleues inodorantes tandis que les giroflées quarantaines et les héliotropes parfument au-delà de toute mesure.

Les pelargoniums zonales, précieuses pour la décoration des vases, des fenêtres, ont des collections superbes. Mais les géraniums sont surtout splendides avec leurs variétés de tous les rouges connus, de tous les bleus possibles. de tons les blancs révélés. La plupart des corbeilles de géraniums sont d’une telle allure tricolore qu'on croirait qu’elles ont été assemblées exprès.

Les coleus ne brillent que par leur feuillage panache, mais si divers selon les espèces, si varié de coloris qu'on désire les avoir tous pour garnir sa propre jardinière d'appartement.

Et les cinéraires, et les pyrethrum aureum. qu'est-ce que c'est, sinon le symbole des forces mêmes du monde? Le cinéraire a le feuillage argenté. Ses feuilles découpées s’étalent avec mollesse. Le pyrethrum aureum plus petit a le feuillage d’or et ses feuilles se tassent, se cachent presque. Les horticulteurs combinent ces deux plantes dans des massifs dessinés exprès en beaux motifs d'ornement : des étoiles, des cœurs, des losanges, des hexagones : des petits althermantera au feuillage rouge tracent les lignes, les pyrethrum font le cadre, les cinéraires tapissent le centre. El ainsi se proclame par les plantes qu'il n’y a sur la terre que le sang, qui donne l’or et l'argent.

D’autres motifs sont formés de mosaïques de plantes grasses, très basses, arrangées avec un goût gentil.

Le massif des calcéolaires, petites plantes naines, aux fleurs en globules jaunes, pointillées de noir attire les visiteurs. Ailleurs, ce sont des corbeilles d’amaranthes crétes-de-coq. fleurs volumineuses, étamines de velours brillant, de quoi faire des plumets de gala. Puis des anthémis blancs, des reine-marguerites au tronc déjà vieux, d'un diamètre extraordinaire dans l'éventail des branches qui s'arrondit tandis qu’à leur sommet tout un pullulement des fleurettes d’amour éclate en blancheur de corolles, en dorure de pistils. Ensuite, des balisiers au large feuillage ornemental, vert, aux fleurs en épi, moins jolies que le feuillage. Et les dahlias, les dahlias doubles si variés et si somptueux, les dahlias simples, que d’aucuns, appellent dahlias chrysanthèmes. Ces fleurs sont presque une création des horticulteurs de Paris qui ont mis des années à les obtenir par hybridation, fécondation artificielle, semis et autrement. On les apprécie beaucoup comme fleurs coupées pour l'arrangement des bouquets. Et de fait, avec le dégingandement lâche de leurs pétales aussi extravagantes que celles des chrysanthèmes japonaises mais de tons chauds et rares, elles doivent faire une belle décoration dans les vases et les coupes des plus riches salons. Et voici les clématites, aux fleurs larges et compliquées, les clématites qui grimpent aux fenêtres, qui tapissent les berceaux. Voici les capucines, autres plantes grimpantes, dont la fleur en clochette va du rouge sang de bœuf au rouge lie de vin et dont les feuilles sont si agréables à la vue comme indice de dessin d’art. Et les cobea scandens, et les convolvulus que nous appelons clochettes et les volubilis qui dans les grandes roules de France sont de si charmant effet, et qui, comme le dit Mendes « tintent clairs clairons d’or de leur cloche de crêpe ».

Mais voici les roses! O l’alléluia des roses! La pureté de parfum de ces fleurs, c’est l’émanation des âmes belles. La beauté de leur port, c'est la noblesse des hautes intelligences! La grâce de leurs corolles, le velours, le satin tie leurs pétales, c’est l’épanouissement des grands cœurs. Leur feuillage est modeste comme l'habit des élites sans prétention et si elles ont des épines, ce n’est pas par méchanceté, c'est pour se défendre comme doit se défendre toute créature, contre les viols cl les souillures. Et cependant, elles dominent parce que toujours dominent la beauté et l’intelligence, de quelque appareil qu'on les vête et où qu'elles se montrent.

Dans l'exposition, il y a des roses partout. Les rosiers remontants, les rosiers hybrides, les rosiers ligneux, les rosiers grimpants, cent mille espèces de roses. C’est un concours monstre d’horticulteurs de toute nation : les rosiéristes de Sceaux le disputent à chances égales avec les rosiéristes anglais, qui ont comme les Français le culte de la rose. Oh! les roses! ce que je voudrais vous décrire, longuement, fervemment, passer de la rose thé à la rose de Bengale.

Et il y a de très curieuses collections de plantes grasses en fleurs, des philocactus de deux cents variétés, qui stupéfient.

D’ailleurs, l’horticulture tient toute l’Exposition, comme la nature tient toute l’humanité. Sur les berges de la Seine on a installé des pépinières avec des poiriers en pyramides, en fuseaux, des pommiers en bordure, des pêchers en espaliers. Près de l’Aquarium, c’est une profusion de vases à fleurs où toutes les plantes grimpantes figurent. Dans le jardin des Deux-Palais, après la Porte Binet, il y a encore des serres et des massifs. Aux Invalides, il y a le parterre des rosiers. Au Champ-de-Mars, il y a les rhododendrons, les camélias, les azalées. Au Trocadéro, il y a les plantes coloniales. Partout il y des gazons, des arbres. Mais ce n’est qu’au Palais de l'Horticulture que vous pourrez en paix oublier la chaleur, vous enivrer des fleurs et vous énamourer des belles promeneuses...
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