La passerelle du Globe Terrestre

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worldfairs
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La passerelle du Globe Terrestre

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 12 mai 1900"

Nous avons signalé le déplorable accident survenu à la passerelle de l’avenue de Suffren ; outre l’émoi causé dans le public par ses tristes conséquences, le monde des constructeurs s’en est vivement préoccupé : Cet effondrement est-il dû à des causes accidentelles; ou bien y doit-on trouver un motif de suspicion à l’égard des procédés nouveaux de construction qui emploient le béton uni au métal, sous les dénominations les plus diverses ?

Comme ces procédés ont fait leurs preuves, nombreuses maintenant, il n'est guère vraisemblable qu’on doive les accuser de ce regrettable accident; le béton armé a été employé sous tant de formes avec succès, que l’on est en droit de le considérer comme apte à donner d’excellents résultats lorsqu’il est employé conformément aux règles de la bonne construction.

Peut-être s’est-on trop hâté, comme il a été dit, de décintrer, avant que la prise des mortiers ne fût complète ; bien que, dans le système particulier qui avait été adopté, cette prise plus ou moins parfaite ait moins d’importance que dans d’autres systèmes. Peut-être y a-t-il eu affaissement du sol à la suite de fouilles trop rapprochées. Il est possible encore que la rupture se soit produite, non pas dans les parties bétonnées, mais dans les parties métalliques. Car il faut remarquer que la passerelle se composait d’éléments très différents.

Nous devons à l’obligeance du Génie civil le croquis de cette passerelle, qu’il a bien voulu nous communiquer en nous autorisant à le mettre sous les yeux de nos lecteurs. A l’exécution quelques détails ont été modifiés ; ainsi les pylônes sur lesquels se rencontrent les câbles de suspension ne sont, en réalité, composés que d’un fût unique et non de colonnes ou piliers jumelés. Mais l’ensemble est suffisamment exact et permet de voir que la passerelle comprenait : un escalier en bois, sur la gauche ; un tablier en fer et béton, supporté par des câbles métalliques avec fils verticaux de suspension ; des piliers en fer et béton soutenaient tout cet ensemble. A droite, où n’existent que de petites portées, le tablier portait directement sur les piédroits.

Il semble donc que le ciment armé ne servait qu’à former l’aire horizontale et les piliers de supports verticaux ; dans la partie centrale, à grandes portées, le système caractéristique était celui des ponts suspendus à une chaînette en câble métallique.

Dans ces sortes de ponts, la chaînette centrale est, sur le pylône, équilibrée par un câble d’amarrage ou une demi-chaînette portant elle-même une portion du tablier. C’est cette dernière disposition qui parait avoir été adoptée pour la passerelle du Champ-de-Mars.

On voit, au centre, la grande travée soutenue par une chaînette complète, et, aux deux extrémités, deux travées moindres suspendues à une demi-chaînette qui doit en même temps servir à amarrer le tout.

Dans la disposition ordinaire, la chaînette ou le câble d’amarrage vont prendre leur point d’arrêt dans une culée très puissante, d’une masse considérable lui permettant de résister à l’effort oblique de traction qu’exerce le câble.

Ici nous ne trouvons rien de semblable, le massif d’ancrage et d’amarrage est, pour ainsi dire, supprimé. Il est, bien entendu, remplacé par une autre disposition que l'on a jugée équivalente. On peut, en effet, concevoir que le tablier lui-même puisse remplacer la culée : l’effort oblique de traction du câble, dont nous parlions tout à l’heure, peut se décomposer suivant une verticale et une horizontale ; la verticale agira sur les piliers comme un poids ordinaire, mais de bas en haut l’horizontale comprimera longitudinalement le tablier de béton. Comme le béton travaille fort bien à la compression, ce tablier peut jouer le rôle qui lui est ainsi assigné.

Est-ce là l’idée qui a réellement guidé le constructeur? Nous l’ignorons, et le journal auquel nous avons emprunté le dessin ici reproduit, ne nous renseigne pas sur ce sujet. Il nous paraît cependant vraisemblable qu’il en soit ainsi, sans quoi le système de suspension à un câble sans culée d’arrêt ne se comprendrait pas.

Dans les ponts suspendus ordinaires on ne peut pas songer à une disposition de ce genre; tout le monde sait quelle est la légèreté des tabliers dans ces sortes d’ouvrages; il est clair qu’ils ne sauraient être exposés à la moindre compression longitudinale; ils se soulèveraient, se tordraient immédiatement. Mais, pour la passerelle du Champ de Mars il n’en était pas de même : le tablier, très robuste, d’une grande épaisseur, pouvait supporter sans inconvénient une assez forte compression longitudinale.

passerelleglobeterrestre-01.jpg

Toute la question est de savoir s’il était, avec une longueur déjà notable, en état de supporter sans flamber la compression qu’on lui imposait par la disposition employée; de savoir également si le procédé du fer-béton, avec fils métalliques cintrés et noyés dans la masse, se prête bien à la compression longitudinale, tant pour les piliers verticaux que pour le tablier horizontal.

Il y a là, pour nous, quelques points qui laissent un doute dans l’esprit. Nous sommes loin d’affirmer que telle soit la cause de l’accident; nous ne possédons pas d’ailleurs les éléments d’un calcul sérieux. Nous nous bornons à enregistrer les remarques qui se présentent naturellement à l’esprit, au seul examen d’une élévation d’ensemble.

D’après le Génie civil, l’affaissement commença à se produire au voisinage du Globe céleste et continua sur toute la longueur, se propageant d’une façon relativement lente. Le tablier s’est effondré avec un mouvement de torsion qui l’a fait dévier, pendant sa chute en dehors de son axe.

A ces indications nous pouvons joindre quelques indications qui avaient été présentées, quelques jours avant l’accident, à la Société des ingénieurs civils, par M. de Tedesco; c’est une description du système employé, tant pour la construction du Globe lui-même que pour celle de la passerelle. Les éléments de la construction sont, dit-il :
1° Le grillage qui forme plancher entre les poutres et qui s’attache en chaînettes sous ces dernières, mais obliquement en diagonales, de manière à soulager ces poutres en les chargeant à leurs extrémités ;
2° Les poutres, qui sont des poutrelles du commerce ou des poutres à treillis, soulagées encore par des câbles latéraux ;
3° Les piliers en béton, avec chaînettes intérieures à corde verticale pour s’opposer au flambage.

La construction des parties entre escaliers est spéciale; ils sont suspendus par des câbles en chaînettes noyés dans les garde-corps et prenant leurs attaches sur les piliers.

Il nous reste à signaler, sur le croquis que nous reproduisons, un "ancrage des câbles" dans le sol dont nous ne comprenons pas bien la disposition. Il a sans doute sa raison d’être, mais nous ne la discernons pas à première vue.


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