L'architecture à l'Exposition de 1900

Paris 1900 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 25 aout 1900"

L’ARCHITECTURE ÉTRANGÈRE AU GRAND PALAIS - Belgique. — Italie. — Espagne. — Suède.

La Belgique expose un beau modèle en relief d’une restitution complète de l’église abbatiale de Villers-en-Brabant,
« la plus belle ruine du Moyen âge, dit M. Schayes (Hist, de l’arch. en Belg.) qui existe dans la Belgique entière. C’est l’une de ces superbes basiliques conventuelles du XIIIe siècle présentant, en le chœur et les transepts, un type presqu’unique de la transition romano-ogivale ; tandis que les trois nefs constituent l’un des plus parfaits modèles de l’architecture ogivale primaire» — suivant la classification adoptée par les archéologues de 1830. L’une des curiosités de celte restauration, réduite mais très appréciable, est la suite des anciens bâtiments claustraux datant de la fin du XIIe siècle : Brasserie de l’abbaye, grand réfectoire, réfectoire d’hiver et diverses constructions à usage aujourd’hui indéterminé. Ce beau modèle fait le plus grand honneur à notre confrère belge M. Licot.

Et, avec le « pavillon de la Belgique » de la rue des Nations, c’est tout, pour nos bons voisins. Pourtant on a travaillé ferme dans les Flandres depuis tantôt trente ans. Et, en surplus des nouvelles gares belges en Renaissance flamande, des hôtels des postes rappelant les vieux hôtels de ville et les hôtels hanséatiques ou consulaires des vieilles villes de Flandre, on trouve encore, à Bruxelles surtout, toute une architecture moderne à destination domestique dont les dispositions inférieures et l’extérieur d’aspect varié, pittoresque, méritait notre curiosité sympathique.

Les architectes belges, invités ou non par les autorités compétentes de leur pays, n’ont rien envoyé. Le modèle ci-dessus mentionné et qui tient à lui seul, tout le milieu d’une salle assez sombre, est envoyé par un ministère belge.

Passons donc à I’Italie dont la réserve, en fait d’exhibition architecturale, est presqu’aussi complète que celle dont la Belgique fait montre.

C’est ici par un morceau, à peu près unique mais absolument remarquable, qu’il nous faudrait juger l’état actuel de l’art monumental en Italie : M. Calderini a envoyé les fort beaux dessins d’un projet de i salle pour la Chambre des Députés à Montecitorio (Rome). »

Ce n’est qu’une reconstitution intérieure, qu’un aménagement plus hygiénique, plus approprié à sa destination actuelle, de l’ancien palais. En outre de la commodité grande et de l’hygiène, l’artiste italien fait preuve d’un tact ingénieux et d’un goût parfait en cet emploi économique, des vieilles fondations, à l’élévation d’une immense salle de Séances, d’une salle de Pas-Perdus correspondant bien à l’importance de l’édifice; et l’ensemble est aéré, éclairé par quatre cours nouvelles. Le raccord de l’architecture nouvelle avec l’ancienne dont le cavalier Bernin fut l’ordonnateur, — et cela tout en restant moderne — était chose délicate, subtile. Le maître nous semble avoir réussi et son œuvre est de celles dont on profite à les étudier.

Le «Pavillon d'Italie», beau morceau d’exportation, est l’œuvre du «Comte Ceppi », du « Commandant Gelodi » et du «Comte Salvadori » — un trio d’artistes gentilshommes, portant beau le compas au lieu de rapière, maniant fort bien le staff et le plâtre à mouler, pour donner, aux curieux do 1900, idée des splendeurs de l’ancienne Italie.

En l’Espagne catholique on élève des églises avec la cathédrale de Burgos comme modèle idéal restauré, en projet, par M. Lamperez y Romea ; et M. Repullé y Vargas a voulu, pour la basilique de Sainte-Thérèse à Alba de 'Formés, la légèreté outrée des flèches de Burgos qu’on sait être des pyramides octogonales si hardiment ajourées qu’on les dirait faites d’osier ou tout au moins de sapin blanc et non de pierre appareillée — à moins que le ciment armé ne joue déjà son rôle par là-bas.

Et sous cette dentelle de structure douteuse, pas le moindre souci de ce qui préoccupait si fort les maîtres d’autrefois : la transition à ménager entre le carré de la tour et le polygone de la flèche, et la silhouette à obtenir au moyen des clochetons d’amortissement, montés à plomb ou en surplomb de la tour.
Une perle, de MM. « Marti y Perla et Lucini y Callego : » restauration « historico-mécanique de la cathédrale de Tolède » — recommandé à nos diocésains, comme recherche.

De la Suède nous sont venus 60 numéros ou dessins, pour la plupart fort bien faits, spirituels bien que vraisemblables, et signés : Westmann (Pavillon de Suède, quai d’Orsay), Peterson, Ostberg, Lallersted, Wahlmann, Dalhander, Clason, Stenhammar, Johanson, Arborellius, Andenberg, Wickmann, Boberg, Lindengren, Zettervall, Rasmussen, Hedlund, etc.

Les églises, vaisseaux très élancés en hauteur intérieure, tantôt peintes et brodées aux voûtes (cathédrale de Upsal ; église de Saint-Olans à Norrkoping) et tantôt très simples (cathédrale de Westeras). M. Lindengren paraît le grand diocésain de là-bas, où les petites églises de campagne l’emportent, comme ailleurs, sur les grandes basiliques urbaines par le caractère religieux, par l’esprit et le sentiment du pittoresque rural (nouvelle église des paroisses Ansta, etc., par M. Dalhander).

Le vestibule et le grand escalier du « nouvel Opéra de Stockolm » par M. Anderberg nous parait apparenté à l’Opéra de notre Garnier et à l’Hôtel de Ville de Paris : où pourrait-on trouver meilleure matière à émulation? Et quel meilleur éloge faire de l’artiste Suédois ?

Le « pavillon de la ville » à l’Exposition de Stockholm en 1897 (M. Wickmann) et le « Palais des Arts » pour la méme occasion (M. Boberg) ; l’intérieur d’une banque en la même ville (M. Wickmann), puis l’Hôtel du comte von H*** (M. Clason) maison polystyle (un par pièce) sont des bâtisses presque parisiennes ; et cela tant par remembrance de motifs entrevus aux expositions des bords de la Seine, que par l’éclectisme dans la composition et l’emploi des styles historiques ; parisiennes, encore, par une pointe d originalité, beaucoup plus rare qu’on ne le pense au delà de nos frontières.

Paris, Rome, Florence, Londres déteignent, en dépit de toute personnalité, sur les œuvres modernes des architectes du Nord qui, voyageant beaucoup pour motif d’étude, glanent par croquis, pris de droite et de gauche, tout ce qui frappe leur sens artistique — très développé, d’ailleurs, et appuyé d’une solide raison.

C’est ainsi que le « Parlement à Stockholm » (de M. Johanson) lient à la fois à l’Italien du XVIIe siècle (Rome) et au Français du XVIIIe siècle (arc de triomphe romain comme motif central; colonnades à la Gabriel pour les ailes. La « Banque », du même, est un palais florentin à bossages fiers et défiant l’attaque. Du même, pourtant, un « hôpital projeté à Danviken » (pavillons isolés, village autour d’une église) se recommande du vieux style national des bâtisses de bois à grandes couvertures rapides et, sous la neige, ces baraques hospitalières gardent une entière et savoureuse originalité de terroir, comme les petites églises campagnardes dont nous avons déjà parlé, comme les discrets cottages anglais dont nous dirons bientôt un peu du bien qu’ils méritent.

Le « Bungallow » suédois, habitation de l’architecte M. Stenhammar (grand hall et petites chambres), avec sa véranda indhoue — contre le pâle soleil de là-bas — paraît encore un emprunt fait à l’importation indo-anglaise, bien plus qu’une tradition nationale suédoise. D’ailleurs, le « château de Hyularod en Scanie » (Walmann et Clason, architectes) donne une curieuse idée des vieux burgs du XIIIe siècle suédois, tandis qu’un autre (celui de Tjoloholm), par le premier, seul, de ces deux architectes, est franchement disposé à l’anglaise, avec le grand hall à cheminée et les bow-windows.

Peu de vraie tradition suédoise, si ce n’est en cette petite « cure de Orsa », presbytère en bois (M. Arborelius).

Cependant, cette caserne de pompiers, château à tourelles, forteresse au dehors (au dedans, bonnes remises modernes, accostées de dortoirs et d’écuries), avec le fier donjon, servant de séchoir à tuyaux; l’Hôtel des Postes (M. Bobery), son noir donjon et ses tours d’angle ; ces banques rébarbatives, ces magasins à l’aspect martial et moyen-âgeux, avec, pour entrée, des portes de ville flanquées de tours à poivrière, couronnées de mâchicoulis; les gares à silhouette défensive et s’ouvrant par des arcades ou, mieux, des arches puissantes (M. Zettervall), accusant la grande salle du départ, qu’on traverse pour arriver directement sur les quais : tout cela est inspiré du roman suédois, trapu, rustique, austère, solide à défier les siècles ; et toutes ces transpositions modernes de l’architecture plutôt militaire et féodale de la vieille Suède, appliquées à l’enveloppe des édifices d’utilité publique, doivent donner une physionomie très particulière à la ville de Stockholm, sans, pour cela, affirmer une époque. Dans un siècle, peut-être, les Suédois de l’avenir s’étonneront-ils de cette affectation néo-archaïque un peu théâtrale.

Encore une fois, c’est dans les petites choses (maisonnettes, petites gares rurales ou églises de village) que, bannie du reste de l’architecture, se retrouve la bonne et franche simplicité d’idées et de moyens, hors laquelle l'art de certaines nations semble toujours travesti, « emprunté ».


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Texte et illustrations de "La construction moderne - 8 septembre 1900"

L’ARCHITECTURE ÉTRANGÈRE AU GRAND PALAIS Danemark, Suisse, Portugal, Grande-Bretagne.

Les architectes danois exposent principalement des photographies d’édifices ; mais c’est avec un soin tout particulier propre à éloigner, de ces images, la sécheresse et la monotonie trop ordinaire à ce moyen d’exhibition technique : De légers glacis de couleur locale enluminent discrètement les épreuves tirées plutôt blondes que noires. Et, ce simple rehaut suffit à faire regarder, d un peu plus près, les pseudo dessins de nos confrères du Nord.

Les modernes édifices urbains du Danemark, à en juger par le grand et fin modèle en plâtre de l'Hotel de Ville de Copenhague, n'affectent point la forme féodale renouvelée des anciens burgs, comme il en est des édifices de Stockolm, avons-nous dit. M. Martin Nyrop. l'architecte dudit Hôtel de Ville, a su donner à cette œuvre un caractère moderne, monumental, sans recherche d'effet pittoresque : Des murs aux grands nus, lisses ; des rangs superposés de fenêtres indiquant bien l'importance de l'étage qu'ils éclairent ; et l'ensemble du quadrilatère qu'est cet édifice municipal de Copenhague, se couronne noblement d'une frise de petites baies, appuyées à l'architrave d'un entablement qu’elles ajourent ainsi sous une corniche à puissante saillie. C'est fort bien, très sobre d'ornementation, et ne rappelle point certains de nos hôtels de ville français, à façade trop richissime, dont les projets ont été laurés aux concours ouverts par des communes rurales « à tous les architectes français », et cela pour « la somme maxima de 40 ou 30,000 francs — honoraires compris ». Les gens du nord paraissent moins exigeants d'effet que ceux de chez nous.

Le même artiste expose encore, et tout bonnement, la photographie d'une « maison de paysan » aussi convenable en son genre, que. le sévère palais de la municipalité danoise. Un autre, M. Pesner. en un style bien caractérisé, sorte de gothique rural imité de l’ancien manoir, montre un petit groupe de maisons d’ouvriers, tout en bonne maçonnerie, simple et bien appareillée. Ce n'est point du tout le paquet de « cassines » mal bâties, en matériaux douteux, perméables, vite ruinés, que l’on a trop longtemps essayé chez nous : c'est durable et on a l’air. Des bow-windows agrémentent même ces demeures du prolétaire. On voit bien que c'est construit peu à peu, suivant les commandes partielles, et non par douze douzaines de bicoques alignées sur le même type, comme on le fait encore ici, et ailleurs.

Des Pierrefonds danois sont restaurés et mis il neuf là-bas, tout comme chez nous, sans trop de souci louchant l'opinion des archéologues : M. Holm fait du néo-gothique, aux châteaux d'Aalholm et de, Vallo, tout comme on en fait ici. pour plaire aux amis indiscrets de tout ce qui n'est plus.

Et M. Kampmann fait de l’art franchement nouveau, en des décors assez riches, mais peints sur formes rudimentaires imitées du moyen-âge. M. Kock nous montre un peu de bois découpé, en forme de kiosque à musique, et imite de la vieille charpente danoise, si fantaisiste en sa rusticité marinière.

La villa moderne présentée par M. Brummer, tient de la « résidence » anglaise, par son hall intérieur à charpente de luxe apparente (peut-être danoise) et de la blanche villa napolitaine, avec une « pergola » dont la treille s'accommoderait peu du pille soleil de lit-bas. Vraiment, la « maison de campagne » de M. Klint, avec ses toits rapides descendant très bas sur des murs en briques, se caractérise bien mieux que la précédente comme type de maison danoise. Mais, il est à Copenhague, comme à Stockolm ou à Paris, des clients à toquade et qui tiennent bon.
Cependant la sérieuse simplicité de l'architecture danoise moderne est suffisamment indiquée, à l'Exposition de 1900: et le talent réfléchi des confrères de là-bas est d'un bon exemple, en ce temps de divagation éclectique et de fantaisie chinoise.

La Suisse ne serait-elle point, par le caractère de son architecture d'origine, plus près qu'on ne pense de la Suède, de la Norwège et du Danemarck; des pays aux vieilles charpentes ouvrées, aux toitures à grands bavolels protégeant si bien, contre les intempéries des saisons, la bonne case bâtie sans prétention altière, mais avec le souci du bien-être intérieur ?

Aussi pensions-nous voir, à la section Suisse d'architecture. des dessins de ces solides maisons de bois, aux châssis vitrés de plomb, aux lambris clairs, aux meubles charpentés avec la bâtisse, pour ainsi dire, et pourtant ornés spirituellement de coups de ciseaux coquets, adroits, d'un effet amusant, pittoresque. Il y a bien les plans du “ Châlet Suisse ” à l'Exposition Universelle de 1900, par M. Meyer. et les dessins de la « décoration de la Section Suisse » par le même élève de M. Guadet, c'est-à-dire de notre Ecole des Beaux-Arts, études intéressantes, mais aussi spécialement festivales.

Il y a bien encore une « maison d'artiste à Arcueil » par un architecte dont la signature illisible n'est point reportée au Catalogue général : c'est, d'après une maquette gentille en relief, un peu trop « art nouveau » pour nous donner quelque idée de l’architecture Helvétienne, monumentale ou rustique, par cette importation aux portes de Paris.

Avec cela, pourtant, un assez joli « temple protestant » tout en grande flèche pour si petite contenance de chapelle! El c'est tout, on à peu près, pour la Suisse.

A la Section Portugaise, le projet d'une « gare, tête de ligne pour Porto ». par M. Marquès da Silva — un ancien de la rue Bonaparte et de l'atelier Laloux— avec un joli plan bien simple, au vestibule ouvert, directement, sur les larges quais; puis, à droite et à gauche, les salles de bagages, restaurant, bureaux; en façade, deux tours horlogères calant les trois grandes arcades d'entrée et le pignon du grand hall vitré. C'est fort bien, et fait honneur à la spécialité du maître dont M. da Silva se réclame (Gares de Tours et de Paris-Orléans). Mais ces travaux d'un ami de la France, non plus que le projet d'église de « Cedofeita, à Porto » par le même (flèche néo-Renaissance genre Trinité de Paris et portail imité du xXVUUe siècle. Saint-Gervais de Paris ou autre italico-français) ne. comportent, pour nous, d’indications assez précises sur le style local moderne du Portugal.

Il y a bien des projets pour « Palais de Justice à Lisbonne » et pour « monument à l'Infant D. Henrique » par M. Urra : des restaurations de l'église et du monastère « des Hieronymites de Belem », pour adaptation « à un musée national » par M. Adaes Bermudes (élève de M. P. Blondel et de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris ) :c'est tellement officiel. ou spécial, que toute critique serait hasardée, faute de renseignements plus nets sur les tendances générales des architectes formés, seulement, par « l'Académie portugaise des Beaux-Arts de Porto », qui parait la pépinière des artistes portugais.

Des diverses nations ayant exposé des spécimens d'architecture au Grand Palais, l'Angleterre est peut-être, celle dont l'art monumental se tient le plus éloigné de ce qu'on pourrait nommer la mode française et aussi des tendances générales de la mode. Les Anglais tiennent à leurs traditions locales et nationales, même en art. Et ces traditions là sont, pour l'architecture domestique, le confort et l'aisance et l'élégance. souvent le luxe à l'intérieur, mais le tout enveloppé d'un extérieur discrètement fier ou très franchement modeste — ce dernier caractère le plus répandu. Pour l'architecture civile ou administrative, c'est l'utilité absolue, mais habillée d'une architecture pseudo-classique consistant, le plus souvent en l'adaptation imitative d'ordres romains; et ces derniers déjà transposés un grand nombredefois.au travers de l’emploi qu'en ont fait les architectes anglais des diverses époques depuis la Renaissance. Les plans de ces édifices n'ont rien de commun avec ceux qu'on a coutume d’étudier à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, dans les concours publics ou dans la pratique des affaires de chez nous: c'est une suite de vides ménagés, ajoutés les uns aux autres, suivant les nécessités du programme, sans qu'un ordre d'ensemble paraisse avoir été visé, non plus que les règles ordinaires de composition, de proportion, d'opposition, d'unité ou de simplicité.

Mais ce n'est point à celte essentielle indifférence en matière de composition, à cet éloignement de l'artiste anglais pour les méthodes françaises qu'il faut attribuer l'étonnante rareté îles envois exposés au Grand Palais par les architectes anglais : Il s'agissait, paraît-il, pour nos confrères d'Outre-Manche de protester, par leur abstention, contre quelques caricatures d'un goût plus que douteux publiées ici contre la Reine d'Angleterre.

N'est-ce pas absolument déplorable, celte intrusion du potin de ruisseau, du coup de crayon d'un inconscient, dans les affaires d'échange international artistique, dans le courant d'enseignement mutuel que suscite une Imposition Universelle?

(A suivre.)
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Texte et illustrations de "La construction moderne -22 septembre 1900"

L'ARCHITECTURE ÉTRANGÈRE AU GRAND PALAIS - DANEMARK, SUISSE, PORTUGAL, GRANDE-BRETAGNE

Cependant, à tout seigneur tout honneur : M. Aitchison, « Membre de l'Academie Royale », l'un des architectes anglais les plus éminents, de plus francophile et l'un des habitués de nos congrès d'art, expose deux dessins : « Salle arabe », imitation fort adroite, et « décoration d’une chapelle, en marbres, mosaïque et couleurs », morceau classique visiblement inspiré des beaux décors de la Renaissance italienne.

Avouons, tout de suite et sans ambages, la distinction qu’il nous faut faire, une fois certaines hautes personnalités mises hors concours— tels M. Aitchison et quelques autres dont le nom nous échappe aussi bien qu'au lecteur, — entre l'architecture publique des Anglais, celle des grands morceaux ou édifices, et l’architecture domestique ou du « petit morceau » des mêmes : D’un côté, une entente discutable de la forme et des proportions dans le plan, et dans les élévations ; et cela malgré le classicisme érudit et outré qu’accusent certains édifices en Angleterre modernes ; et, de l’autre, l’entente parfaite de l’habitation particulière, des agréments du « home », de l’hygiène et du confort, de l'harmonie extérieure dans le paysage. Les architectes anglais sont de vrais paysagistes: c’est avec esprit qu’ils enveloppent l’intérieur le plus méticuleusement et confortablement soigné pour le charme de la vie, d'une écorce rustique, non
criarde, se raccordant aux masses vertes qui l’environnent, comme le saurait faire la nature. Cela paraît venu sans trop d’artifices, sans prétention au tape-à-l’œil ; et ce toit accidenté, replié, pour mieux abriter tel pan de mur exposé, aux vents humides ou relevé en fronton en pignon, pour mieux éclairer telle face principale ; ces décrochements en élévation ou en plan pour éviter la lourdeur d’un comble unique quadrilatéral, pour silhouetter le dehors, suivant les distributions intérieures : c’est, à la fois, plein d'esprit et de bonhomie, de poésie naturelle. C’est inspiré du vieux » cottage » anglais, maison rustique, mais solide et relativement agréable, du paysan anglais; de ce cottage, de ce nid dans la feuillée si bien compris, en ses pittoresques atours, par le grand peintre de paysage Constable.

A l'encontre de ce qui se passe chez nous, le client anglais admet, en l’architecture domestique, l’indication bien caractérisée de cette discrétion extrême, de cette modestie dans la véritable aisance, que nos « nouvelles couches » jugeraient infiniment trop pitoyable et mélancolique pour exprimer leur satisfaction d’arrivés, leur fierté — légitime ou non — de caporaux ou de sergents dans l’encadrement du commun des mortels.

Là-bas on aime à jeter la couverture grise du collage rural sur les raffinements de vrai luxe hygiénique qui constituent la vie de château, sans l'affichage extérieur de nos façades, « façon Chambord ou Chenonccaux ». Ici, l’architecte doit surtout travailler la séduisante image du dehors qui mieux qu’un plan bien compris et des coins commodes, entraînera le client ou ses conseillers intimes, pressés de voir figurer, au loin, le « château » de carton, boîte à poudre pour les yeux. — « Mieux vaut faire envie que pitié », diront ceux-ci, tout frais émoulus de la roue à Dame Fortune.

Les fins et lestes croquis dont se bourrent les revues anglaises d’architecture, et ceux qu’expose M. Mitchell, de Londres — les seuls cottages figurant au Grand Palais — montrent avec quelle bonne franchise, quel mépris de la pose extérieure, architectes et clients d’outre-Manche comprennent l'enveloppe du « home », du chez soi le plus perfectionné au point de vue du bien-être. Ces petits porches imités de l’ancien, ces vérandahs importées de l’Inde et qui ombrent les fenêtres trop exposées au soleil ; ces bow-windows à pans coupés, en tourelle, en rotonde d’angle, balcons clos et vitrés, ces hors-d’œuvre illuminent, égayent la vie intérieure par le rayonnement de la vue au dehors.

Ce grand hall orné par l’escalier aux rampes droites mais pittoresquement garnies de balustrades cossues (bois ou fer ou l’un et l’autre combinés); ce hall hospitalier où l’étranger, le visiteur est déjà admis au loyer, puisqu'une vaste cheminée à l’ancienne mode, avec des bancs qu’éclairent pour la lecture, de très proches fenêtres, celte salle d’attente s’offre au premier visiteur venu; comme au retour du maître chasseur et de ses chiens mouillés. Le reste, comme chez nous, se compose de pièces à usage collectif, salon, salles à manger (les unes pour le déjeuner, les autres poulies repas solides), de chambres à coucher, etc. Le service, installé en aile, sans monter comme le corps principal, contient cuisine, office, lavoir, garde-manger, cellier, courette, etc. Près du cabinet, dit Water-Closet, est le lavabo (lavatory). Les salles de bains pour maîtres, et d’autres pour les gens de service, complètent cette ordinaire distribution d’une résidence anglaise, villa suburbaine ou maison des champs. Et tout cela sans tape-à-l'œil.

Ce plan de la maison rustique varie, de cent laçons, suivant les accidents de terrain, l'orientation et les vues à ménager. Et c’est chose tellement naturelle au talent de l'architecte anglais, qu’il y excelle sans se battre les flancs.

La maison anglaise il la campagne, vaudrait d'être sérieusement étudiée par ici, au cas où le client français ayant relations par l;\-bas, en reviendrait avec un goût qui s’ébauche déjà, suivant quelques indices, pour cette théorie du confortable intérieur sans luxe insolent au dehors.

Il est juste d’ajouter qu’à vouloir augmenter, outre mesure, ce que nous nommons le « cottage anglais », le cottage bourgeois, et vouloir adapter ce principe de rusticité extérieure ou de « sans-façon » à une demeure d'importance considérable, on arriverait, comme les Anglais eux-mêmes, à dépasser le but et sortir du caractère d'unité: Les trop grands cottages, là-bas, ne sont qu'une agglomération de plusieurs cottages d’ordinaire dimension; et, ainsi, ce groupement de toitures doublées l’une contre l'autre, sans opposition possible de direction et de lignes, ces bow-windows trop répétés, rapprochés comme plusieurs nez en un seul visage, ces pignons formant dents de scie: c'est autant de répétitions affaiblissant l'effet et le caractère, au lieu de l’accentuer. Ce plan de « rajoutés » n’est, alors, guère mieux ordonnancé ni proportionné qu'un jeu de dominos à la fin d’une « manche » ou d'une « belle ». Mieux vaut, s’i) faut une importante surface habitable, conserver le système de chez nous, exprimer celle importance par une masse importante — non par une agglomération de petites choses ainsi déformées.

De même que les cottages, les églises rurales, les chapelles de village, bâties sur les plans de nos confrères anglais, sont charmantes de sincérité et d'unité, de pieuse simplicité, de pittoresque naturel. L'art normand du moyen-âge a jeté, là-bas, de profondes racines, laissé de fort aimables modèles dans les plus humbles coins de campagne. Et de même que les villas sont, avec cette respectable fierté des traditions locales, imitées du vieux cottage de paysan, de même les églises rurales ont conservé le caractère uniquement religieux de celles qu'élevaient les vieux Normands, plus charpentiers que maçons : Les berceaux couvrant ces nefs sont de bois, à remplissage de douelles entre les nervures moulurées, arcs, ogives ou à plein-cintre formés par le chantournement des fermes dont cette partie seule est apparente.

Chez nous, la vanité fabricienne communale oblige l’architecte des églises rurales à couvrir de pseudo-voûtes ogivales, en briques creuses, hourdées de plâtre, avec simulacre de nervures invraisemblables, les nefs trop hautes pour être solidement assises sur des arcs et des piles, aussi maigres que les murs sont minces.
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Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 29 septembre 1900"

L'ARCHITECTURE AU CHAMP-DE-MARS - GÉNIE CIVIL. - ENSEIGNEMENT.

Non point que je veuille, ici, me mêler d’éplucher les travaux d’ingénieurs, en lesquels trop de spécialité ferait obstacle à un sérieux entendement de ma part ; mais chacun pouvant, a-t-on dit, prendre son bien où qu'il le trouve; et ce bien, l’architecture, se trouvant parsemé en tous points de l’Exposition : il faut, au moins, que je signale, ici, les endroits où se trouvent groupés les dessins d'architecture — souvent anonymes — exposés par les administrations propriétaires ou simplement compétentes (?).

C’est ainsi qu’au « Génie civil », à l'ouest du Champ-de-Mars, on retrouve le nom, à peine indiqué, et l’œuvre considérable d'un architecte italien, M. Calderini, que nous avons cité précédemment pour son envoi si remarquable du Grand Palais (Palais du Corps législatif à Rome). Cette fois c'est du « Palais de justice à Rome » bâti, sur les plans de M. Calderini, par le Génie civil royal. Tandis que l'artiste, au Grand Palais, expose quelques beaux dessins de la nouvelle Chambre des Députés, au Champ-de-Mars, le royal corps des ingénieurs italiens expose, avec une prodigalité plus remarquable qu’absolument utile, non seulement un fort beau modèle du nouveau Palais de Justice, mais encore les dessins à grande échelle des échafaudages, des attachements figurés, en plusieurs teintes, de toute la fourniture de pierre, assise par assise, sans nous faire grâce d’un seul constat ; puis des photographies, à grandeur presque nature, de motifs sculptés ; puis des modèles de plâtre ; etc., etc. — Deux salles regorgent de ces documents, d'exécution et d'entreprise. En un petit coin, on découvre le nom du dessinateur, ;à qui l'on a bien voulu demander les « plans » de l'édifice : M. Calderini a encore là, fait oeuvre d'artiste. Ses interprètes « royaux » semblent ajouter peu d'importance à ce point de départ comme à la suite de sa collaboration.

Au moins, chez nous, l'architecte tient son bout sans démordre : M. Boileau, qui adonné les dessins du nouveau pont sur le Rhône, à Lyon, voit son nom associé à ceux de MM. Clavenod et Fabrègne, ingénieurs de la ville de Lyon, et de M. Moisant constructeur, en l'inscription gravée sur l'airain et qui explique au vulgaire le sujet du modèle exposé. C'est un fort joli pont et un procédé honnête.

Les compagnies de chemin de fer exposent leurs nouvelles gares dont les types tendent à se diversifier. Celles de Chaville-Vélizy, Meudon-Val-Fleury (deux chàlets), Issy (une orangerie à terrasse) sont gentillettes. De celle de Boulain-villiers, à Passy, l'architecte M. Lisch a fait un fort joli morceau d'architecture raisonnée à la façon néo-gothique. Le nom de l'auteur est, ici, indiqué lisiblement, par l'administration de l'Ouest.

Le Nord montre sa gare de Lille, avec sa grande salle des Pas-perdus, énorme, carrée, à grande lanterne. Le hall paraît lourd ; rien de la faute de l’architecte, qui ne calcule point les fermes. Celle de Calais paraît avec plus d'avantages dans les formes et proportions. Quant à la gare de Paris-ceinture (du même Nord), c'est du classique, île style sévère et fin, c'est quelque chose comme du Duc, non signé celle fois : Le Nord ne produit pas ses architectes, auxquels nous adressons, quand même, des compliments sincères, pour la part énergique qu’ils prennent à l'amélioration esthétique de celte architecture anonyme et de « Génie civil » qui a fait, si longtemps, l'épouvantail des gens de quelque goût.
A l'Enseignement supérieur, les architectes ont encore à réclamer, anciens ou nouveaux soient-ils.

Claude Perrault, par exemple, n'est point indiqué, pour l'architecture de l'Observatoire de Paris, non plus que Hardouin-Mansard, pour celle de l'observatoire approximatif installé, à Meudon, dans les restes du château. Mais il s'agit ici d'astronomie et non d’architecture rétrospective.

Nous arrivons à l'Instruction publique. Le gros et beau morceau exposé, comme mission archéologique fait le plus grand honneur à notre confrère M. Tournaire elà M. Homolle. C’est la reconstitution consciencieuse et savante, d’après preuves authentiques et monuments retrouvés, du « sanctuaire d'Apollon à Delphes » (Vie siècle avant J.-C.). La statue du dieu, superbe spécimen de style archaïque dont la chevelure tient de l’Egypte et de Ninive; le moulage grandeur nature de la façade du « trésor des Cnidiens, avec, entre les antes de son portique, deux cariatides, drapées de petits plissés, intéressantes au point de vue de l'époque, mais insuffisantes pour la charge d’un entablement si robuste.

L'un des moulages qui frappe bien l’œil de l'architecte est, peut-être, le « Téménos d’Apollon, colonne des Naxiens », à la base purement cylindrique, engravée d’inscriptions, au fût strié de fines cannelures à vive arête ; avec un chapiteau déjà conique, qui aurait fait la joie de notre regretté collaborateur A. Joigny : Il aurait retrouvé, ici, dans les enroulements du lourd tapis amortissant et calant l’assiette allongée du Sphinx grec que supporte ladite colonne, un argument de plus en faveur de la thèse ingénieuse qu'il soutenait dans les colonnes de l'encyclopédie de l'Architecture et de la construction, aux mots CHAPITEAUX et COLONNE. En laquelle thèse, la colonne ionique apparaissait comme l'emploi en support vertical, d'édifices, d'un type de monument isolé, analogue à celui d’un autel, sur le faîte duquel s'enroulaient les extrémités d'un amortissement souple formant l'assiette commode d’une statue ou d'une figure quelconque.

Quoi qu'il soit des recherches, il est intéressant de voir comment, à cette époque de l'art primitif grec, les sculpteurs savaient, en adoptant un motif, sans doute déjà consacré par les rites, affiner, épurer leur tracé, au point de rendre monumentale, précieuse, la reproduction lapidaire de ces dispositions originelles, où le bois, les nattes et les cordages ou les étoiles, faisaient les frais du décor et surtout du symbolisme religieux.

D'autres voudront voir, surtout, le côté « structural » de la chose, en ces origines d'un ordre élégant et raffiné : charpentiers et maçons, sculpteurs sur bois ou sur pierre, ont fait de leur mieux pour assurer la stabilité des monuments, tout en respectant la discipline rituelle, à laquelle nous devons ces perfectionnements de la forme par les applications successives du motif imposé et l'élude de plus en plus serrée, de la forme en ces interprétations traditionnelles.

Ainsi, rationalistes modernes et archéologues fervents se peuvent-ils mettre d’accord sur ces sujets de recherches historiques.

Une autre pièce d’honneur, à l’Enseignement, est fournie par les travaux de MM. Defrasse architecte et M. Léchat professeur : C'est la restauration et la description graphique du sanctuaire d’Asclépios à Epidaure. Un livre in-folio sorti des presses de l’ancienne maison Quantin, reproduit en héliogravure l’œuvre considérable de notre confrère et le texte de son collaborateur. Le temple païen d'Esculape fut fermé en l'an 391 par ordre de l'empereur Théodore Ier, mais ses ruines sont restées sacrées jusqu'ici pour le vulgaire (Hiéron, lieu sacré) ; Antonin restaura le lieu de pèlerinage, au IIe siècle : puis le culte dégénéré laisse, peu à peu, ces monuments groupés par la piété des siècles, devenir carrières de matériaux faciles à extraire pour les nouveaux constructeurs.

M. Defrasse a restauré, en son plan, le Tholos, temple circulaire de la « Source Sacrée », avec son péristyle extérieur et son péristyle intérieur (de deux ordres différents) ; les portiques des malades, le Temple d'Esculape et sa voie sacrée, le Hiéron d'Artémis et les Propylées. Nous avons déjà signalé, au moment opportun, cet « envoi » considérable d un de nos pensionnaires à Rome, dont le talent est bien connu.
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Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 20 octobre 1900"

L’ARCHITECTURE AU CHAMP-DE-MARS - ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Par les missions ou commissions dites de l’Afrique du Nord (Tunisie) sont fournis de merveilleux dessins à grande échelle des panneaux décoratifs du Bardo ; un plan de «Zaovia SidiCahab » (?) relevé à Kérouan par M. Dufour, architecte ; puis des photographies de la Mosquée de Sous-se ; et les musées d’Alger et d’Oran sont représentés, ici, par des photographies de statues antiques de l’époque romaine.

M. le Docteur Carton expose des photographies des restes du « temple de Baal-Saturne à Dougga. » A Saint-Louis de Carthage, un musée fondé par le cardinal Lavigerie est bondé de reliques antiques dont figurent les reproductions. L’Afrique du Nord comporte des mines archéologiques où l’architecte moderne peut retrouver un bien héréditaire enfoui dans le sable.

Du Fournereau en relief — pardon pour le saut que le Ministère de l’Instruction publique nous ménage en ces petits dépôts documentaires, — c’est le « Baïon Kmer à Anghor Thom (Siam) », une pièce montée, un panthéon circulaire d’une richesse inouïe, invraisemblable, bien qu’exactement reproduite par les soins du capitaine A. Faloz ; puis du vrai Fournereau : « Anchor Vat (Cambodge) », dessin que nous connaissions tous.

Un peu plus loin nous retrouvons de « l’architecture musulmane polychrome en Perse » sous les espèces d’aquarelles vibrantes de lumière représentant des monuments anciens d’Ispahan et de Persépolis, et signées E. André, attaché à la délégation de M. Morgan...

Puis nous voici au Mont Athos, en face des fresques de l’église de la Grande Laure, du réfectoire, etc. ; à Daphni, à Mistra, dont l’architecture byzantine et surtout les peintures murales ont été l'objet de reproductions documentaires très instructives.

C'était de là que nous venait, au Moyen-àge — par exportation de menus objets de piété, manuscrits, statuettes, ivoires, cuivres repoussés, etc., les éléments d’un art décoratif précurseur de notre roman national. C’est de ce grec dégénéré en réductions souvent grotesques, que nos vieux « imagiers » tiraient de quoi orner de peinture ou de reliefs, les murs intérieurs ou les pignons des églises du xi° siècle. C’est à ces sources « du bibelot » que nos vieux maîtres ouvriers [misaient leurs idées de chapiteaux, de tympans quadrillés, d’arcatures, de corniches, de pinacles, etc. ; et cela en attendant l’organisation d’une méthode, d’un art, plus raisonné, mieux adapté au génie local, au ciel d’occident.

Aujourd’hui, notre « byzantin », est venu d’Extrême Orient : c’est le Japonais qui a longtemps fait prime, troublé les consciences d’artistes et, finalement, laissé pas mal de traces en Angleterre, en Belgique, en Allemagne et ailleurs __ sans parler de chez nous — sous la forme de « Modern Style ». Il nous a même été donné de recopier ces interprétations de nos voisins pour en faire, ici, de l’art dit « nouveau ».

Même « Ankhor Vat » et « Anghor Thom » — à chacun son orthographe simplifiée — ont parfois brouillé quelque peu de ce que le bon vieux bon sens français nous garde de bon goût : A leur insu, certains de nos jeunes confrères ont pris, pour invention, ce qui n’était qu’imitation hypnotique d’un art plus rapproché de celui que nos bébés nomment « faire des petits pains » que d’un art véritable, comme était celui de l’antique Egypte.

Khmer et Egyptien sont deux arts bien distincts.

Veuillent Apollon et les Muses faire en sorte que le règne du « roman » moderne, c’est-à-dire d’un style moins « ressucé », plus vraiment original et raisonnable, plus châtié, nous arrive enfin, tout doucement ; et que le style français ne soit point l’écho insipide, ou même spirituel, des camelottes d’à côté !

Par un coup d’œil général et comparatif jeté sur tout ce qui est art décoratif à l’E. U. de 1900, on pourrait se convaincre qu’il suffira de vouloir pour pouvoir s’affranchir de ces imitations, et s’élever au-dessus de toute concurrence en restant bien français — ancien ou moderne.

Pour finir, mentionnons l’exposition modeste mais substantielle de 1’ « Institut français d’archéologie orientale au Caire », où figurent les textes et les reproductions photographiques de toutes les récentes découvertes touchant l’art ancien en Egypte.

Mais nous voici, toujours avec le Ministère de l’Instruction publique, en face des grands et des moyens édifices modernes de l’enseignement supérieur : Universités, Facultés, Instituts, Ecoles spéciales, etc. L’architecture est, ici, l’un des moyens rapides d’exhibition, à côté des recueils de documents écrits, parfois feuilletés par les intéressés directs.

La « Sorbonne », de M. Nénot, tient la tête de cette série, pour l’Université de Paris. On aime à constater, qu’en fait d’édifices, le temps — ce « grand maître » — est un des meilleurs collaborateurs du maître des œuvres. Le style du monument de M. Nénot se simplifiait et s’affinait, s’assouplissait et s’ennoblissait, en même temps que s’élevait plus haut, sur le flanc de la montagne Sainte-Geneviève, la seconde ou la troisième partie de l’énorme Sorbonne moderne. L’exemple du vieux maître Le Mercier et de son architecture si sobre, si robuste, a-t-elle été pour quelque chose en cette progression du talent incontesté de notre con-
temporain? De cette démolition est-il resté quand même quelque chose aux mains du démolisseur?

Quoi qu’il puisse être d’une possible métempsychose, la vieille et noble Sorbonne ayant vécu, vive la nouvelle et grandiose Sorbonne ! Celle-ci prouve, tout au moins, que, pour bâtir sans danger de remords, il faut n’être point poussé par « l’épée dans les reins », comme il arrive trop souvent en cas d’exposition universelle. Alors la « charrette avant les bœufs » et le cauchemar de l’architecture Khmer ont tôt fait de dérouter le goût et même le sens de l’artiste le plus rassis. On devient enragé, on empile pains de sucre sur pylônes, pyramidions sur ailerons ; on saupoudre le tout de pâtisserie rossignolesque ; et l’on sert, à peine cuits ou même pas du tout, ces plats que le maître d’hôtel a prétendu faire jaillir à coups de sa baguette directoriale, pour les payer en quelques centimètres de ruban rouge.

Et l’on voudrait trouver matière à critique culinaire en ces banquets improvisés — banquets des Khmers? (!).

Voici, pour l’Université de Nancy, un groupe « d’instituts » dont l’utilité ne saurait être contestée, non plus que la nouveauté fort intéressante des programmes réalisés par M. Jasson architecte : Ecole de Brasserie, Institut électro-chimique, Institut Chimique, Institut Electrotechnique, ces diverses écoles spéciales semblent groupées, bien distinctes l’une de l’autre, en un plan aussi simple que pratique et suivant une stricte économie.

Aux deux côtés d’une même rue, le même architecte a élevé, encore, la Faculté de Médecine : Institut anatomique d’une part; Ecole de Médecine de l’autre; et le tout avec les mêmes qualités que ci-dessus.

A Caen, l’agrandissement du Palais de l’Université a été dirigé par un architecte dont la signature nous est illisible.

A Bordeaux, la Faculté des Sciences est élevée sur les plans de M. Pascal architecte, membre de l’Institut.

A Grenoble, M. Meichar architecte, dresse la façade et le vestibule de la Faculté des Sciences, ainsi que la nouvelle École de Médecine : C’est d’une belle apparence. Le Palais de l’Université, encore à Grenoble, rappelle, en façade, la manière digne et un peu froide de feu Duc, mélangée des classiques réminiscences du « Letarouilly ».

(A suivre.)
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 3 novembre 1900"

L'ARCHITECTURE AU CHAMP-DE-MARS - ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR - ENSEIGNEMENT SECONDAIRE - ENSEIGNEMENT SPÉCIAL

Sans parler de notre Ecole normale supérieure de Paris, au bon vieux plan fermé, claustral, datant de 1847 et dû à feu M. de Gisors, — plan qu’on dirait issu du classique Gourlier, — disons que l’œuvre de feu André, continuée par F. Dutert, au Jardin des Plantes, le « Muséum d’Histoire naturelle », marque un magistral effort vers l’alliance désirable du classicisme des formes avec le rationalisme de la structure; vers le mariage définitif du goût et de la raison. Il y a, en certains détails techniques, — telle la corbeille aquatique du pavillon des Reptiles, telle la grande volière,— une recherche louable, heureuse, de la correction dans la propriété des formes, de la légèreté, de la simplicité que comporte l’élément métallique, de fabrication industrielle et de mise en œuvre raisonnée : Là, point de torsions, ni contorsions (inutilement décoratives), des fers laminés et nervés pour une rigidité utile ; point do cornière jouant l’acanthe ou la volute corinthienne ; point de barre à section cruciforme chantournée pour figurer la palme égyptienne ou la nervure gothique.

Une école spéciale, installée sur programme nouveau, l'Ecole dentaire de Paris, sorte de fondation syndicale, avec ses salles de cours et sa modeste clinique, sans prétentions architectoniques, est un bon exemple d’économie à offrir aux administrations trop largement tailleuses.

Un autre exemple de terrain bien employé paraît fourni par l'Ecole des Sciences politiques, rue Saint-Guillaume.

L'École d’Architecture de M. Trélat est comme un hameau scolaire dans un bois sacré, reste des hautes fûtaies du Montparnasse ; comme un coin de parc des villas environnant Rome, avec des fragments des Tuileries sous les magnifiques ramures d'un jardin du dernier siècle. Les ateliers et salles de cours de l’Ecole figurent, ici, un groupe de cottages ou d’hermitages fréquentés par des philosophes et leurs élèves.

Puis voici l'École normale supérieure de jeunes filles à Fontenay-aux-Roses, par M. Le Cœur, architecte ; c’est gai, très ouvert sur un parc à grands arbres et dominant la vallée, avec portique abri : c’est une belle villa française, confortable, ensoleillée, aérée, développée — tout le contraire du cloître si cher aux maîtres de l’art néo-gothique qui, un peu, monopolisent la construction des établissements d’instruction secondaire ou supérieure. La « Normale » des demoiselles à Fontenay paraît inspirée de ce que nous verrons plus loin, chez les Anglais.

Tout à coup, et au tournant d’une cloison, nous voici à l’étranger, en Russie.

L’Ecole commerciale de Kief et celle de Moscou semblent palais de gouvernement, d’après leurs façades non accompagnées de plans. A Moscou surtout, c’est le palais de Versailles encadré par le Rois de Boulogne : heureux les jeunes russes destinés au commerce. Le « Gymnase » (collège) de « demoiselles » à Odessa joue l'effet extérieur de notre Gare de l'Est à Paris. A Varsovie, autre édifice du même genre mais à façade de style russe ancien : palais des fées ou mairie byzantine. Toujours rien des plans. C’est trop apparemment princier pour l’éducation d’une jeunesse des classes moyennes ou même médiocres. J’aime mieux l’architecture rustique des quelques rares écoles villageoises (briques ou pan de bois empilé) qu’expose la Russie.

Avec quelque raison, le gouvernement français (ministère de l'I. P.) n’a point exposé les plans, pas plus que les travaux des écoles dites de natation : les cloîtres flottants de la Seine n’ont rien de commun avec l’enseignement régulier et quasi officiel des sports qu’en Angleterre on donne à la jeunesse comme hase solide de l’enseignement intellectuel, in corpore sario.

L’Ecole de natation exposée, à la section anglaise, par une vue photographique comporte une piscine quadrangulaire entourée d’un trottoir ou quai, que bordent les cabines ; les élèves sont rangés côte à côte, haut les bras, les pieds joints, en caleçon, prêts à « piquer une tête », commandés par le maître à nager. On dirait des pioupious au ponton de Joinville.

Et dans certains collèges d’Angleterre, la piscine existe tout comme le gymnase, les exercices sont commandés, obligatoires.

En France,'au lycée de Vanves, près Paris, est un exemple (en plein air) de cette installation hygiénique que les Anglais veulent abritée,' alimentée d’eau plus ou moins chaude suivant la saison. C’est à M. Normand (Alfred) que les lycéens de Vanves doivent de se baigner en piscine, dans le parc de l’ancien château devenu « bahut ».

Les collèges anglais sont, à l’extérieur, de vrais palais à l’architecture pittoresque s’harmonisant, fort bien, avec les masses de verdure, ordinaire encadrement de ces édifices plantés au devant d’un vaste parc. Les plans de ces établissements ne ressemblent guère, au premier coup d’œil, à ceux de nos collèges communaux, répétitions plus ou moins incomplètes des plans de lycées ; et ceux-ci donnent plutôt l’idée d’une caserne que celle d’une vaste maison de famille.

C’est pourtant ce dernier caractère qu’affecte le plan du collège anglais ou, mieux encore, celui de P « Ecole préparatoire », correspondant à ce qu’on nomme ici « Institution » de jeunes gens ou de jeunes filles. Le collège moderne ou l’école secondaire, en Angleterre, est comme une grande villa (salon, salle à manger ou réfectoire, petit salon, cuisine et dépendances, chambres, toilettes), avec, au surplus, des classes, des dortoirs, une salle de grande réunion (hall de fêtes ou chapelle), puis des lavabos, un gymnase et des bains (piscine ou baignoires).

Le repas au réfectoire est d’ordinaire présidé par les maîtres ou directeurs ; les dortoirs sont en salle commune, ou par boxes particuliers, très facilement surveillés. Le boxe ou « clôtet », renouvelé du moyen-âge, paraît d’un usage recommandable. Déjà, en 1878, M. Degeorge, architecte à Paris, exposait à l’E. U. ses dortoirs à boxes de l’Ecole Monge. On n’a pas assez suivi, chez nous, ces bons exemples, d’ici ou de là-bas.

La chapelle des collèges d'ouIre-Manche est, d’ordinaire morceau important du collège et en forme de pavillon isolé ou tenant par un portique au groupe des bâtiments scolaires (Saint-Paul school, à Kensington). La bibliothèque (library) prend souvent autant d’importance que la chapelle (comme à Chettenham Collège).

Les circulations sont défectueuses, tortueuses ; les cours intérieures, s’il en est, sont étroites comme de vrais corridors, mais n’éclairent que ceux-ci.

Toutes les salles de cours, d’étude, de classe, comme aussi les réfectoires, dortoirs et toutes les pièces d’habitation prennent jour sur de vastes jardins, des parcs, ou des voies publiques de grande largeur : En un mot, si les plans des collèges anglais, assemblage de pièces diverses, semblent, comme à la fin d’une partie, des dominos assemblés d’équerre mais en casse-tète chinois ; si l’aspect intérieur de ces établissements doit se ressentir d’une telle disposition un peu incohérente en apparence, le résultat est, au moins, confortable et pratique —- sinon absolument commode dans le sens bien français du mot.

Les services ne sont point au sous-sol, mais de plain-pied avec les grandes salles du rez-de-chaussée et, cependant, très isolés en une aile spéciale, où tout est complet pour le service : cuisine, office, paneterie, cellier, cour de service, bûcher, W.-CL, salle des serviteurs, etc. Au reste, cette partie de l’établissement scolaire n’est, en plus grande surface, que ce qu’on trouve en chaque habitation particulière de campagne.

Encore une fois, le collège anglais suburbain est une grande villa — rien d’une caserne — ; point de ces grandes lignes que recherche l’architecture française, mais plus de pittoresque. C’est du paysage scolaire.


(A suivre).
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Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 24 novembre 1900"

L’ARCHITECTURE AU CHAMP-DE-MARS
ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR. - ENSEIGNEMENT SECONDAIRE - ENSEIGNEMENT SPÉCIAL.


Les organisateurs d’envois étrangers à, l’E. U. française de 1900 accordent généralement une certaine importance à l'aspect extérieur des édifices d’instruction publique dont ils exposent les façades, soit en géométral, soit en perspective photographique. Mais en ce qui concerne la distribution, la composition proprement dite du contenant, c’est laissé de côté, sans doute comme incompréhensible à la foule.

Il faut avouer que la plupart de nos confrères h l’étranger ne paraissent pas, beaucoup plus que les administrations exposantes, tirer vanité du plan des édifices dont ils ne montrent, même au Grand Palais (exposition des Beaux-Arts), que des dessins perspectifs ou des photographies, sans plans ni coupes. De ce parti pris de discrétion, l’Allemagne a bien atteint le comble en ce qui concerne l’enseignement : ni écoles primaires, ni collèges, ni écoles spéciales ou autres. Une comparaison entre les écoles primaires ou secondaires de l’Allemagne, celles de l’Angleterre, celles des Etats-Unis et les nôtres aurait, pourtant, comporté un intérêt assez considérable.

Aux Etats-Unis, l'Université de Columbia, en vue de l'Hudson, et dans un site magnifique, paraît le prototype de ces grands établissements américains dont notre confrère E. Bénard a projeté le modèle dernier cri : déjà, à Columbia, un vrai palais romain forme comme le noyau d’une ville universitaire dont les bâtiments à plusieurs étages succédant aux modestes chalets, indiquent l’importance prépondérante, aux Etats-Unis, de tout ce qui concerne la culture intellectuelle.

Des plans et une vue perspective de l'Ecole normale de Chicago, par M. Rogers, architecte, sont, à peu près, tout ce qu’on nous fait savoir du profit que tirent les jeunes Américains de leur passage à notre Ecole des Beaux-Arts de Paris. El ce n’est pas suffisant. Une concentration de services accessoires comme salles de réunions et de gymnase empaquetés, avec l’administration, au cœur d'un plan aux ailes repliées sur ce paquet : des corridors et des vestibules doublés, obscurs malgré le déchiquetage des jardinets ou courettes aux recoins ombreux; une cour d’honneur entourée, sur trois côtés, d'un cloître (cloister) très vieux jeu; des saillies énormes ombrant la façade ou en hachant le développement. Ce mélange d’agglomération anglo-saxonne — au petit bonheur — et de grandes lignes horizontales à la française, est loin de donner un résultat satisfaisant comme unité d’aspect, commodité, clarté et hygiène.

Revenons en Europe. La Suède, à défaut de plans, montre de sévères façades de collèges ou de grandes écoles, rappelant de vagues souvenirs de palais florentins. L’Université de Lund semble comme un quartier, un groupe de palais près de la belle cathédrale romane.

L’Université d’Upsal, célèbre entre toutes, est comme une ville de palais — chaque province suédoise y possédant le sien — comme autrefois, au Paris du moyen-âge, les collèges des diverses provinces au « quartier latin ». L’Université d’Upsal fait admettre comme parfaitement vraisemblable la réalisation plus ou moins prompte de ce que nous prenions pour un rêve transatlantique lorsque s’ouvrit le concours de Californie : c’est la splendeur monumentale entrevue aux eaux-fortes du Piranèse, cet évocateur exagéré, halluciné, îles magnificences de la Rome ancienne.

Et d'Upsal, c’est le photographe qui nous rapporte ici les stupéfiantes réalités monumentales. La Sorbonne de M.Nénot ne serait qu’un morceau, qu’un passage remarquable, capital, de cette suédoise symphonie de palais.

L’école des Arts décoratifs et industriels de Stockholm (grand prix 1900) expose les meubles sculptés, l’architecture élémentaire (analyse détaillée en perspective de la structure des bâtiments) et les travaux mécaniques de ses élèves.

L’école de commerce projetée à Christiania (Norwège) serait élevée, à l'angle aigu d'un îlot urbain, sur un plan de boutiques parisiennes — type Réaumur — dans le but utilitaire et avec économie. L’enveloppe seule dénote la préoccupation d’un décor pour la rue.

L’Académie royale des Beaux-Arts à Lisbonne (Portugal) donne extérieurement l’idée d’un panthéon cruciforme sans qu'on puisse se rendre compte, par un plan, de ce qui se passe en ce temple pseudo-antique de 2e classe. Ni l'Ecole polytechnique de Lisbonne, ni l’Université de Coïmbre ne sont représentées, ici, d'une façon instructive pour nous, pas plus que l'Ecole de Médecine et polytechnique d’Oporto.

C’est du Japon, peut-être, que nous viendrait quelque lumière? — Oui, du Japon : L’Ecole supérieure du Commerce à Tokio est comme un village scolaire où les salles de cours et les habitations des professeurs sont disséminées, sous forme de chalets en bois distribués par cloisons de papier.

Au moins c’est aéré, lumineux, sinon monumental, entrecoupé de verdure et sans superposition d’étages.

L’Ecole des Beaux-Arts de Tokio, fondée en 1888, comprend la peinture, la sculpture, l’architecture, l’art décoratif et les industries d'art, l’enseignement dure quatre années. Sculpture et « fonte », laqué repoussé, ciselure, modelage, dessin, histoire de l’art, langues (angl., franç.), la calligraphie et la gymnastique sont des parties de programmes très chargés réparties en autant de classes.

Parmi les travaux d’élèves architectes, voici un intérieur de maison, composition décorative : un grand hall central, au plafond à compartiments, s’entoure de cabinets ouverts sur ledit ballet surmontés d’entresols fermés de ce côté, ouverts à l’intérieur ; puis un projet de « club », aùtregrand hall, dont les parois en pan de bois et remplissage, sont ornés de peinture décorative (échassiers songeurs eu des rizières de fantaisie). Les pans de bois japonais paraissent remplis de lambris en planches assemblées à recouvrement comme nos vieilles cloisons de chaumière du Moyen-âge.

(A suivre.)
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Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 1 decembre 1900"


L’ARCHITECTURE AU CHAMP-DE-MARS

A Tokio, encore, l’Ecole normale supérieure de jeunes filles comporte, comme annexe d’application, une école primaire et une école maternelle, une salle de couture et de coupe: enfin, une salle des « cérémonies » pratiques et un musée d’éducation : tout cela très simple, comme une suite de baraquements légers qu’en cas d’épidémie on pourrait faire flamber sans grosse perte. Ces chalets japonais, tout en bois, même les plafonds intérieurs, très luisants de gomme-laque, sont proprets, coquets en toute simplicité. Une immense salle de toilette contient, au milieu, un grand bac plat en cuivre, porté sur pieds, à hauteur d’appui ; des tablettes à claire-voie courant en la longueur de ce lavabo portent des bassins mobiles ou cuvettes de toilette en cuivre. Les dortoirs sont en un petit chalet de bois, très vitré d’un côté, comme aussi le chalet du réfectoire.

L’Ecole Normale des « demoiselles » de Tokio est un hameau dans les jardins.

Quant à l'« Ecole normale des Garçons » on dirait, à l’extérieur, d’une sous-préfecture de 1830 en France : article d'importation démodé.

Est-ce donc qu’en Hongrie le théâtre soit considéré comme moyen d’instruction publique ? A la section hongroise de l’ « Enseignement supérieur » figurent, en effet, la très jolie façade — style viennois du XVIIIe siècle — du « Théâtre de la Gaieté » -à Budapest, ne rappelant rien de l’Opéra Garnier : cela repose des imitations françaises ou étrangères d’une œuvre si importante et surtout si personnelle, si originale que les copies n’en peuvent être que grotesques. Les exposants hongrois nous renseignent encore sur l’Opéra de Budapest dont la salle, construite à l’italienne, en tonneau, à balcons circulaires, loges alvéolaires et dernière galerie rappelant, par ses voûtes, celles des loges de Raphaël du Vatican. La façade de cette salle parfaitement comprise pour l'audition musicale n’offre rien de monumental ; et la salle de la Gaieté ne vaut point sa façade d'une ampleur si décorative — quelque chose comme ce que nous ferait, à l’occasion, l’auteur du Petit Palais de 1900.

Les collèges hongrois dits « internats » paraissent trop fermés en plan comme un groupe de bureaux autour du hall vitré d’une banque parisienne.

(A suivre).
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Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 22 décembre 1900"

L'Architecture au Champs-de-Mars

L’enseignement agronomique

Les écoles d’agriculture. — Après avoir établi des pépinières d’agriculteurs donnant, par la froide splendeur d’édifices élevés et surélevés, l’idée de ministères provinciaux ou de palais de Chancellerie pour l’ordre du Mérite agricole, on en viendra, peut-être, à une plus juste appréciation de ce que doit être une bonne ferme modèle, à logements salubres, pour les jeunes sous-officiers de la charrue; et cela sans emphase inutile, sans prétention monumentale.

Pour arriver à ce résultat raisonné, l’exemple de fondations ou d’entreprises particulières serait à suivre par les administrations bien intentionnées.

Voici, par exemple, de Châtillon-sur-Seine, le projet d’une « école pratique » d’agriculture, présenté par M. L. Faasse, professeur spécial : A part le bâtiment d’habitation collective pour les élèves surveillés, le bâtiment d’exploitation et d’application scolaire comprend, en un simple chalet rustique et sous la même toiture à deux versants, grande nef et bas-côtés clos ; la première constituant la « grange», ventilée au sommet par un lanterneau du comble; les seconds contenant, aux trois côtés de ladite, grange, écuries, étables, bergeries, etc., ouvertes sur le dehors, avec de très larges auvents fournis par la saillie des toitures, dont l’égout repose sur des sablières que maintiennent des aisseliers, assemblés aux poteaux de face. Je cite cet exemple pour montrer la simplification et la concentration possible des locaux d’exercice trop souvent répartis en d’inutiles développements de bâtisse.

Le monastère agricole des « Frères » à Beauvais (médaille d'or) serait, au contraire, un modèle de construction monumentale et coûteuse. A l’Institut agricole de Saint-Nicolas d’Igny (S.-et-O.), les bâtiments scolaires et d’habitations sont fort bien aérés, mais indiquent plutôt une bonne « pension » de jeunes gens, que le souci de l’économie industrielle ou agricole. A ces belles maisons-là, ne préférerait-on, pour nos gars des bonnes familles, quelque chose de plus terre-à-terre, comme la « ferme-école » de Royat (Ariège), ou celle, très spécialement laitière de Poligny (Jura). Ici, l’exposant semble, avec raison, s’enorgueillir non de beaux bâtiments administratifs ou monastiques, mais des dispositions techniques et pratiques devant, pour l’application des théories, faire prendre aux futurs fermiers des habitudes de réalité : au rez-de-chaussée d’un chalet rustique, salle de fabrication, presses, chaudières; salle de « pâtes molles », beurrerie, réception, écrémage (réfrigérants, cuves courantes), laboratoire agricole, départemental. Au sous-sol, séchoir, demi-séchoir, cave chaude, Brie et Camembert (sic). A l’étage, desservi par un escalier extérieur, salle de cours, bibliothèque, direction, comptabilité, chambre pour deux élèves pensionnaires ; ailleurs est une porcherie isolée.

L’école de laiterie de Coëtlogon parait jolie, mais l’absence du plan nous désintéresse de cette agréable image.

Parmi les grands établissements dont le plan, simple, pratique, bien aéré, indique un lieu de travaux agricoles plutôt qu’un centre administratif, on doit citer XÉcole pratique d’agriculture de l’Ailier (M. Desriot, profess, direct), où de vrais bâtiments ruraux avoisinent le bâtiment scolaire économiquement construit, paraissent disposés d’après les données de l’expérience pratique et le souci du progrès, au périmètre d’une vaste cour rappelant nos belles fermes de la Brie et non les monumentales casernes de pompiers dont s’enorgueillissent nos boulevards excentriques. L'École pratique (l'agriculture de Wagnonville, près de Douai (M. Manteau direct.), à part la caserne scolaire un peu trop compacte et surélevée pour l’hygiène, paraît fort judicieusement distribuée en ses bâtiments d'application ; cet établissement offre un ensemble pittoresque dû à l’opposition des toitures exprimant bien les dispositions du plan, autour d’une belle esplanade.

L'Ecole départementale d'agriculture et de viticulture de Fontaines, près de Châlons-sur-Saône (M. Raymond direct.) comprenant 30 hectares de terrain, est pourvue de bâtiments neufs dont on n'a exposé que des vues photographiques; celle de Berthonval, dans le Pas-de-Calais (M. Dickson direc.) est conçue sur un bon vieux plan à groupement compact, mais peu approprié aux programmes modernes.

Rappelons, pour mémoire, l'Ecole nationale d’Agriculture de Grignon, en laquelle M. de Baudot, architecte, ordonnait des améliorations des bâtiments, il y a tantôt trente ans. De ces grands établissements créés peu à peu, comme l’Ecole vétérinaire d’Alfort, celle de Lyon, ou celle de Toulouse, on ne peut critiquer l’architecture d’ensemble ; c’est l’œuvre du temps, non celle d’un architecte.

A Paris, notre éminent et regretté confrère M. Hardy a construit, tout d’une fois, les bâtiments de l'Institut national agronomique, dont plans et élévations figuraient au Champ de Mars. Mais c’est là un lieu d’enseignement purement théorique ; une Académie des hautes études agronomiques, un groupe de salles de cours, de lecture ou de recherches ; rien de comparable à la ferme-école dont nous avons pu voir quelques types graphiquement exposés à la section de l’Enseignement, à l’E. U., et dont nous avons cru devoir noter, ici, la situation géographique, l’aspect général et le caractère, ainsi que le nom de chaque directeur, pour le cas où ces renseignements pourraient être de quelque utilité à nos confrères préoccupés d’un sujet à programme analogue.
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Re: L'architecture à l'Exposition de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 19 janvier 1901"

L’ARCHITECTURE AU CHAMP-DE-MARS
L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE


Pour clore cette longue revue des spécimens graphiques d’édifices scolaires exposés au Champ-de-Mars (Enseignement) par les Ministères des diverses nations, il nous faut dire un mot de l'école primaire, telle que nous la comprenons en France, avec une aération de plus en plus recherchée, un préau de plus en plus réfectoire, un éclairage de plus en plus large, et le chauffage hygiénique à vapeur remplaçant l’humble poêle à double enveloppe.

Cette école-type, la ville de Paris et les principales villes de France seules en permettent la réalisation par des largesses de budgets impossibles au commun des communes.

A la campagne, à la petite ville, on en est encore à mesurer avec parcimonie, au minimum, l’atmosphère intérieure de ces pépinières obligatoires. Le préau couvert n’est qu'un hangar balayé par les vents pluvieux ou celui du nord. Le poêle, en fonte, alimenté le plus souvent par l’irrégulière contribution de bois plus ou moins vert obtenue des élèves bénévoles, rôtit les uns ou asphyxie lentement les autres sans les réchauffer.

Le parquet d’ordonnance en chêne tendre étuvé, rapidement pourri et déchiqueté sous l’influence de l’humidité qu’apportent, du dehors, les petits sabots, constitue officiellement et régulièrement un champ de culture microbienne favorisée par un indulgent balayage.

On s'obstine, dans les officines à réglementation, dans l’unification des moyens de structure, en négligeant les différences de situation, de mœurs, etc.

Pourtant le petit paysan porte à ses pieds son parquet mobile : ses sabots ferrés; lui et son hygiène naturelle s’accommoderaient d’un dallage dur, posé sur béton imperméable, d’un carrelage céramique et facilement nettoyable à l’eau, bien mieux que d’un parquet putrescible, aux dessous douteux.

Et lorsqu'on adopte, pour moyen de chauffage, un calorifère moderne — eau chaude ou vapeur — c’est pour échauffer et réchauffer encore l'air confiné, saturé de vapeurs humaines, sans aucun moyen régulier de renouvellement atmosphérique : les prises d’air frais sont — de par l’autorité des ingénieurs-constructeurs d’appareils — considérées comme vieux jeu, vieilles lunes.

En Angleterre, les édifices d’instruction primaire diffèrent de notre type moderne en ce que le préau couvert est un hall ou vestibule central, galerie de dégagement entourée parles classes au point de n’être ni claire, ni salubre assez pour le stationnement des élèves. Nous n’aurions donc rien à imiter de ce côté. Les petits Anglais ne séjournent guère à l’école primaire en dehors des heures de classe, d’où inutilité de cours ou de préaux. Le hall est un luxe de dégagement au cœur du groupe de classes. Rien d’un réfectoire ni d’un gymnase : ces accessoires sont réservés aux « collèges », pensionnats ou lycées d’outre-Manche.

Aux États-Unis, les écoles primaires sont des palais de la jeunesse, palais dont le plan est à peu près anglais, avec superposition de 3 ou 4 étages. Naturellement, le chauffage à vapeur qui nous vient d’Amérique, y est moyen usuel. Ignorant des détails d’aménagement pouvant être employés, là-bas, au renouvellement de l’atmosphère chauffée, nous aimons à croire les Américains soucieux de fournir aux poumons de-leur postérité une alimentation respirable et salubre.

L’Allemagne ne nous a point mis à même de critiquer, au Champ-de-Mars, la façon dont elle abrite la jeunesse aux heures d’étude.

En Norwège, un bâtiment contient les classes d’instruction primaire qui s’ouvrent sur un couloir dirigé suivant l’axe longitudinal du bâtiment ; les habitations des maîtres et la cantine sont à part, en des ’pavillons isolés (Lakkegaden, Christiania); certaines écoles de village sont bâties tout en bois, d’autres en briques ou en pierre. Les bancs d’école exposés sont du type ancien, sans progrès, 2 places. L’escalier à rampes droites, palier de repos, monte, à l’italienne, entre murs et mur d’échiffre ajouré. Parfois en ville, la cour intérieure est, comme celle d’un cloître, entourée d’une galerie desservant les classes.

Une particularité amusante de la cantine (Keskole, Kristiania) est la table ou nappe sans lin, sur laquelle chaque assiette à portion enfantine est placée à un bout, sur un compartiment tracé et numéroté de cette nappe roulante, pour arriver, par cette transmission, et s’arrêter en face de l’élève assis à sa place également numérotée. Ce moyen de service simplifié pourrait trouver chez nous une application aux réfectoires de certains établissements de bienfaisance ou d'instruction populaire.

En fait de mobilier scolaire, rien de bien neuf, même chez nous, ne paraît s’être produit, si ce n’est un certain banc d’école exposé par M. Bridenne, chef d’institution à Nesle (Somme), banc dont le siège est posé à coulisse sur le châssis formant support à 4 pieds ; ce siège pouvant ainsi s’avancer près de la table où s’en éloigner offre, en outre de cette disposition élastique, la faculté, au moyen de 4 vis en fer, d’une mise à hauteur convenable et d’une inclinaison propice au maintien hygiénique de l’élève. C’est beaucoup plus simple et pratique qu’on ne le peut décrire sans croquis.

Bien que très sommaire, ce coup d’œil jeté sur l’architecture des écoles pour l’enseignement primaire, chez les d i verses nations en ayant exposé des dessins, montre que les architectes modernes de tous pays, dès qu’on leur a fourni le moyen pécuniaire d’interprétation à l’appui d’un programme bien précis, s’ingénient à réaliser, d’une façon pratique et agréable, le vœu des administrations compétentes. On ne peut nier, d’ailleurs, l’influence accélératrice des concours publics et des publications techniques sur les progrès de cette ingéniosité, fille de l’émulation et de l’expérience.
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