La grande roue de 100 mètres

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worldfairs
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La grande roue de 100 mètres

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 19 mars 1898"

INSTALLATION DU CHANTIER DE LA ROUE DE 110 METRES

Parmi les clous de l’Exposition de 1900 peut se ranger la Roue, dont la jante aura 110 mètres de diamètre et 12 mètres de largeur.

Cette roue, actuellement en construction avenue de Suffren, en face de la Galerie des machines, ne fait pas partie de l’Exposition officielle.

Le projet émane d’une société anglaise ; mais ce sont les forges et ateliers de Haumont qui sont chargés de sa construction qui n’exigera pas moins de 800.000 kilogrammes de métal.

Le montage de cette roue gigantesque se fait sous la direction d’un ingénieur anglais, M. Hitckins.— Les méthodes employées pour ce travail sont empruntées aux coutumes anglaises ; elles méritent dans l’espèce d’être signalées, à cause de leur emploi rationnel dans ce cas tout exceptionnel.

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La Roue tournera autour d’un axe horizontal placé à 67 mètres au-dessus du niveau du sol. Les deux coussinets de support reposeront, après interposition d’une épaisse semelle en chêne, sur deux pylônes à treillis d’acier. Ces pylônes qui sont déjà terminés sont assis sur un massif en béton de ciment de 5 mètres carrés de surface et 10 mètres de profondeur.

En vue du montage des matériaux, on a installé deux grues de 3.000 kilogs chacune à la partie haute de deux échafaudages en charpente, ayant l’un 85 mètres, l’autre 70 mètres de hauteur au-dessus du sol. — Comme le bras des grues a 35 mètres de portée, ces appareils pourront monter les matériaux respectivement à 120m et à 105m de hauteur, (85 + 35 = 120m ; 70 + 35 = 105m).

Les deux grues et leur échafaudage respectif sont placés de part et d’autre de la roue, symétriquement par rapport à une diagonale passant par le point central, de telle sorte que tout le chantier se trouve dans le rayon d’action de ces deux-appareils de levage.

granderoue-02.jpg

L’axe autour duquel tournera la Roue sera en acier coulé et forgé; il aura 0m,85 de diamètre sur 12 mètres de longueur; son poids sera d’environ 37 tonnes. Comme la force combinée des deux grues n’est que de 6.000 kilogs, le montage de l’axe exigera l’emploi de plusieurs treuils qui seront fixés solidement au sol et dont la force sera augmentée par l’emploi des palans différentiels.

Pendant son soulèvement cette lourde pièce glissera le long dos montants déjà en place. Les cables de traction passeront sur des poulies installées à la partie supérieure des pylônes.

Détail de l'échafaudage. — Chaque grue est installée sur un échafaudage dont la forme générale, en plan, est un triangle rectangle et isocèle, dont les côtés égaux ont 17,m50 de long.

A chaque angle se trouve un pylône carré de 3m,50 de côté, à peu de chose près, semblable à ceux qui sont employés journellement à Paris pour la construction des maisons de rapport ou autres.

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Les trois pylônes d’un même échafaudage ainsi que les quatre sapines qui entrent dans leur composition, sont solidement entretoisés et contreventés. Ces pièces de consolidation sont des madriers de longueur naturellement variable, mais dont la section transversale est de 0m,30 de largeur sur 0m,15 d’épaisseur. Elles sont réunies par des boulons de 0m,20 de diamètre ainsi que les madriers qui composent les sapines.

Ces madriers ont 7 mètres de longueur, 0m,23 de largeur et 0m,10 d’épaisseur. Ils sont accolés, au nombre de trois, suivant leur largeur, de telle sorte que la section d’une sapine est 0m2,069(0m,23 X 0m,30). Ils chevauchent de 1m,40 l’un par rapport à l’autre. On peut donc donner aux sapines la hauteur désirable tout en leur conservant la mémo résistance transversale; ce qui ne s’obtiendrait qu’avec une extreme difficulté et une dépense considérable avec des sapines d’un seul morceau.

Les sapines composant les pylônes ne sont pas scellées dans les fondations. Elles reposent simplement au niveau du sol sur un massif en béton de caillou et ciment de Beffes.

Les trois pylônes d’un même échafaudage ne sont pas absolument semblables et ils ne travaillent pas dans les mêmes conditions : le pylône, situé à l’angle droit du triangle, porte seul le poids de la grue et celui de sa machine motrice. Il travaille à la compression, comme les sapines de construction courante à Paris.

Le rôle des deux autres pylônes, situés aux extrémités de l’hypothénuse du triangle, est tout autre : ces pylônes qui sont reliés non seulement au pylône porteur mais aussi à la partie haute de la grue, ont à résister à des efforts de renversement et de soulèvement. On contrebalance ces efforts de genres différents, quoique simultanés, par les deux système suivants :
Le premier consiste à maintenir la partie haute de chaque pylône par des cables en fil d’acier galvanisé, amarrés à de forts pieux en chêne qui sont enfoncés obliquement jusqu’à 8 mètres de profondeur dans une fondation en béton de caillou et ciment. Ces cables d’amarrage s’attachent après le pylône à deux hauteurs différentes : à la partie haute, et aux deux tiers de cette hauteur à partir du sol.

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Pour résister aux efforts qui tendent à soulever une partie de l’échafaudage, on a établi, à la base et à l’intérieur des pylônes soumis à ces efforts, une caisse en planches dont le fond repose sur une série de madriers placés eux-mêmes sur un lit de béton de 0m,60 d’épaisseur.

Cette caisse contient 25 mètres cubes de caillou et son poids est de 40.000 kilogs environ. Après cette caisse ainsi lestée, s’amarre un cable tressé en fil d’acier galvanisé de 0m,035 de diamètre total. Ce câble monte verticalement, au milieu et sur toute la hauteur du pylône, puis va s’attacher, après deux changements de direction, franchis à l’aide de poulies-guide, à la partie extreme du bras de la grue, qui a 35 mètres de flèche.

C’est la maison Falcq de Paris qui a été chargée de la fourniture et de la construction des échafaudages, dont tous les bois sont neufs.

La Roue gigantesque de Paris sera le 5me échantillon du genre; 3 roues existent à Blackpool (Angleterre), Londres et Vienne. La 4me, construite pour l’exposition de Chicago, a été la première en date, mais elle n’avait que 100 mètres de diamètre.

La Roue de Paris sera, parait-il, terminée au mois d’aout 1898. D’ici là sa construction va occuper un assez grand nombre d’ouvriers et exiger des travaux de montage qui seront intéressants à suivre.


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