Les nouveaux Palais des Champs-Elysées

Paris 1900 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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worldfairs
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Les nouveaux Palais des Champs-Elysées

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 6 mars 1897"

Petit Palais - Plan du rez-de-chaussée
Petit Palais - Plan du rez-de-chaussée

Nous avons jadis signalé les critiques, un peu prématurées, de M. Thiébault-Sisson, écrivain d’art au Temps, et la réponse de M. Bouvard. Aujourd'hui les pièces sont sous les yeux du public : les perspectives, géométraux, coupes et plans retenus jusqu’ici, sous triple sceau, dans le cabinet de M. le Ministre, ont été mis en liberté ; chacun a pu s en faire une opinion justifiée.

Commençons par dire que les critiques émises avant la répétition générale paraissent aujourd’hui plus qu'exagérées. Le petit Palais, bienvenu du premier coup de crayon, reste fort joli ; il a même gagné à l’élude définitive : avec plus de mouvement dans les toitures, avec les dômes, petites coupoles, plus franchement silhouettés. L’ensemble est réellement séduisant, dans une gamme tranquille. Dans cette architecture il y a de la distinction, qualité qui ne se manifeste pas toujours par le temps qui court.

Petit Palais - Plan de l'étage
Petit Palais - Plan de l'étage

Le grand Palais s’est beaucoup amélioré aux nouvelles éludes : qu'on le compare aux projets primés, avec lesquels il n’a conservé d’ailleurs qu’une parenté très lointaine, cl l'on ne pourra guère contester que l’aspect nouveau ne soit préférable à ce qui avait été proposé. Nous ne contestons nullement les mérites partiels des projets primitifs, trop rapidement étudiés, mais il nous semble juste de dire que, pour le grand comme pour le petit palais, la note plus calme, plus discrète, plus simple et plus harmonieuse qu’on a adoptée après coup, est préférable.

Venons cependant aux critiques que l’on adresse au grand palais des Beaux-Arts. Nous ne rapporterons pas ici les objections faites par les confrères : venant assurément de gens compétents, elles n en ont pas toujours pour cela plus d’importance pratique; elles sont souvent trop spéciales. Ce qu'il importe de connaître, c'est l'impression du public, lequel est après tout juge en dernier ressort. On n élève pas des édifices pour les architectes, mais bien pour ce public, moins initié, il est vrai, au finesses du métier, moins bon appréciateur des détails minutieux, peu en état de mesurer les difficultés du problème à résoudre; mais qui a, par contre, le mérite de voir les choses d’ensemble, d’avoir des impressions naïves, sans parti pris, sans traditions d’atelier, sans système préconçu. Et, en fin de compte, c’est son jugement qui fait loi, cl reste la décision définitive.

Or, il y a quelques jours, nous avons eu l’occasion, disons même la bonne fortune, d'entendre et de recueillir les avis émis dans une réunion de ces personnes qu’on appelle des amateurs éclairés, qui ne sont point des critiques d’art, qui ne sont point des spécialistes, niais qui s’intéressent à toutes les choses de l’art ; de ces gens désireux de voir, de comparer pour élargir le cercle de leurs impressions, pour se former un jugement large et précis à la fois ; qui ont voyagé, visité les villes intéressantes, parcouru les musées d’Europe, feuilleté beaucoup de livres et d’estampes.

Petit Palais - Façade principale
Petit Palais - Façade principale

Le nombre de ces connaisseurs qui s’y connaissent se fait de plus en plus rare; c’est une race qui se perd de plus en plus, à mesure que croit, jusqu’à déborder, celui des connaisseurs qui ne s’y connaissent pas; variété nouvelle qui fait beaucoup de bruit et d’assez médiocre besogne.

Voici ce qu’on disait dans ce petit cercle. L’ancien palais les Champs-Élysées, avec des qualités très réelles que l’on a trop dépréciées en ces derniers temps, avait de graves défauts. Sa porte centrale, lourde d’aspect, décorée de sculpture assez médiocre et banale, comme on la faisait en ce temps-là, absolument dépourvue de cette délicatesse recherchée. que l’on pourrait dire florentine, que les sculpteurs surtout ont remise on vogue qui commence à reparaître à reparaitre en architecture; celle porte, malgré tous les reproches qu’on lui peut adresser, était monumentale, et elle accusait, non sans noblesse, l’entrée principale d’un vaste édifice où converge la foule.

Petit Palais - Façade postérieure
Petit Palais - Façade postérieure

Une des plus grosses critiques que l'on adressait a cet ancien palais, — critique commune à beaucoup des édifices élevés parle second empire— c’était la lourdeur et la monotonie de son immense toiture. Cette masse vitrée qui, au milieu d’un des beaux panoramas de Paris, vu de nos ponts principaux, tirait l’œil au premier plan, apparaissait — on l’a dit, — comme un gigantesque dessus de malle, se perpétuant sans interruption sur plusieurs centaines de mètres, sans que rien vînt interrompre son ennuyeuse uniformité, sans qu’aucune saillie, aucun accessoire un peu important en indiquassent ni le centre ni les extrémités.

Jadis on aimait, avec raison, qu’un bel édifice manifestât de loin sa présence par une silhouette vive et hardie, par des motifs dominants, tours, hautes toitures sur les pavillons principaux, dômes ou coupoles, pignons élevés, grands groupes de sculpture. L'aspect général de la ville s’en trouvait animé; l’édifice y gagnait, car ces saillies en hauteur contribuaient â en mieux accuser l’ordonnance.

Petit Palais - Façade latérale
Petit Palais - Façade latérale

Le nouveau grand palais, disait-on, ne pêchera-t-il pas quelque peu par un défaut semblable? Sans doute il ne se réduit pas, comme l’ancien, à une seule galerie ; la haute galerie vitrée y est accompagnée de bâtiments secondaires qui pourront aider à combattre la monotonie menaçante; mais ils sont moins élevés, et de loin c’est toujours la cage vitrée qui apparaîtra seule au regard, par dessus les massifs d’arbres que l’on nous promet. Or, dans le projet actuel, on voit bien apparaître au centre une sorte de lanterneau fort aplati; cela suffit-il pour accuser la rencontre des deux galeries perpendiculaires; pour établir un motif dominant dont les « amateurs » paraissaient éprouver le besoin ?

Dans certains projets primés, il existait des coupoles très hautes, de très grand diamètre, et qui ont paru, non sans quelque raison, de proportions exagérées. On a bien fait de les réduire, de revenir à celte modération, d’un grand gout, qui fait le mérite des nouveaux projets. Mais n'est-on pas allé un peu trop loin dans ces tendances discrètes?

Petit Palais - Coupe transversale
Petit Palais - Coupe transversale

Si l’on examine avec attention la coupe longitudinale, on se rend compte de la difficulté à laquelle ont dû se heurter les architectes. A la croisée — comme disent les gothiques — des deux nefs, il semble qu’on établisse une sorte de voûte d’arête portée par des diagonaux jumelés; a moins que ce ne soit un arc de cloître ; on ne distingue pas encore très bien. La perspective présentée, de son côté, paraît indiquer plutôt qu’on veuille établir un tambour, ou une portion d’arc de cloître interrompant les nefs ; car dans le premier cas les toitures de celles-ci se prolongeraient jusqu'aux arêtiers, ce que n’indique pas la perspective.

Peut-être ce point n’est-il pas définitivement arrêté. Quoi qu’il en soit, le vitrage qui recouvrira le carré central à pans coupés, reste engagé dans les vitrages des nefs et s’en dégage à peine. La conclusion des critiques, dont nous résumons les impressions, était que l’étude définitive douait
chercher quelques légères modifications permettant di mieux accuser, par une élévation un peu plus marquée, la prédominance de ce motif central.
Petit Palais
Petit Palais

Sur la façade principale, le motif de milieu est inspiré du projet primitif de M. Girault, très heureusement modifie, on le reconnaissait volontiers. On demandait seulement, qu'est-ce qui va couronner celle façade?

Il est vrai qu’un tronçon de nef longitudinale, précédant nef transversale, vient former une sorte de pignon circulaire, à vitrage vertical ; lequel, apparaissant au-dessus du du triple portail, pourrait en former le couronnement, et dans des 1 proportions assez heureuses. Mais il faut remarquer, sur la coupe par exemple, que ce pignon se trouve en reculement d’une vingtaine de mètres. Il est donc à penser que son sommet seul apparaîtra aux regards des spectateurs. En fait, la façade s’arrêtera simplement à la balustrade horizontale. Est-ce tout à fait suffisant ? et n’y a-t-il pas lieu de rechercher s’il y aurait réellement avantage à rapprocher davantage ce fronton demi-circulaire et vitré?

Aux angles du motif central, deux statues sur piédestal élevé viennent former, à droite et à gauche, des amortissements d’un bon effet. Mais le milieu n’en paraîtra-t-il pas d'autant plus défavorisé?

Grand Palais
Grand Palais

Ignorant le risque qu’ils couraient de passer pour traditionnards et pompiers, les t amateurs » estimaient que nos architectes ont une tendance un peu trop marquée à négliger le t centre de composition », et que leurs façades principales ont trop facilement l'aspect de façades latérales. A leur estimation, l’ancienne façade conservait, de ce côté, un léger avantage, compensé d’ailleurs par une recherche bien supérieure d’élégance et de délicatesse dans la nouvelle.


Les critiques portaient encore sur un autre point. On a vu, disait-on, au Trocadéro l’effet peu harmonieux que produisent des colonnades latérales dont l’ordonnance n’est pas proportionnée à celle du bâtiment principal qu’elles doivent accompagner, et avec lequel elles devraient contracter une union mieux assortie. Au Musée Galbera peut s’appliquer la même observation, malgré l’incontestable talent qu’on se plait à reconnaître en son auteur.

Là également les colonnades latérales trop basses, de trop petite échelle par rapport au grand bâtiment carré du milieu, en restent trop indépendantes, ce qui nuit un peu à l’unité do celle œuvre finement étudiée.

Le grand palais actuel échappe-t-il tout à fait à ce défaut? Il y est certainement fort peu accusé; il semblait cependant qu’un léger rappel de la corniche saillante qui court au-dessus de la colonnade, pourrait s’intercaler entre les colonnes jumelées des côtés sur la façade centrale et s’accuser sur les côtés. Peut-être est-ce là un détail secondaire, mais il paraissait avoir son prix aux yeux de ces critiques.

Grand Palais
Grand Palais

Par contre ils furent unanimes à trouver tout à fait joli l’ajustement des deux pans coupés sur plan circulaire qui occupent les angles de la façade et qui se présentent en premier plan sur la perspective; ils y trouvaient à approuver ce style Louis XV passant au Louis XVI et très suffisamment modernisé; à louer fort l'arrangement du bas-relief, du piédestal et du groupe en quadrige qui couronne le tout. L’indication première de ce joli motif pourrait se retrouver dans le projet primitif de M. Thomas ; ici encore, il est incontestable qu’il a beaucoup gagné aux développements que lui a donnés l’étude définitive.

Telles sont, résumées de souvenir, les observations que nous avons recueillies; elles nous ont paru intéressantes à noter, comme exprimant l’impression produite sur une partie du public. Ce ne sont point de hautes considérations esthétiques, ce ne sont point des critiques techniques; peut-être n’en ont-elles pas moins d’intérêt pour cela.

En somme, elles sont favorables; ce qui est le point important. Si les efforts persistants de nos architectes sont couronnés d’un réel succès auprès du public, il y aura tout lieu de s’en féliciter.


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Re: Les nouveaux Palais des Champs-Elysées

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 3 avril 1897"

Construction des palais des Champs-Elysées.

On annonce comme très prochaines les adjudications relatives aux travaux de fondations du petit palais des Champs-Elysées et des travaux d'architecture du grand palais. Toutes les agences d'architecture, dont nous avons précédemment indiqué l'organisation, entrent en fonctions à partir du 1er avril. Si l'on considère la date du début des agences analogues pour l’Exposition de 1889, on verra que l'Exposition de 1900 se trouve, par le fait, en avance sur celle qui l'a précédée. Les architectes ne doutent pas, d'ailleurs, que le temps disponible pour la construction des palais soit largement suffisant.
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Re: Les nouveaux Palais des Champs-Elysées

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 5 juin 1897"

Fondations des palais des Champs-Elysées

Les premières fouilles nécessaires pour Les fondations des palais des Champs-Elysées sont terminées. Le traçage sur le terrain est achevé, et l’on considère que ces fondations seront finies complètement pour la fin d'octobre prochain.

Dans quelques jours, il sera procédé à l’adjudication de l'ensemble des travaux de maçonnerie des palais. La démolition du palais de l’Industrie va être poussée très activement dès la fermeture prochaine du Salon; quant au Pavillon de la ville de Paris, il n'en subsiste plus que la carcasse en fer.
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Re: Les nouveaux Palais des Champs-Elysées

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 17 juillet 1897"

Lorsque les Chambres ont voté cent millions pour les travaux de l’Exposition, elles ont sous-entendu que le Gouvernement aurait à faire deux parts : l’une, consacrée aux travaux, de circonstance, c’est-à-dire à la création d’une série d'attractions inédites mais de durée éphémère, l’autre affectée à des constructions immuables, telles le Pont Alexandre III et les Palais des Champs-Elysées.

En attachant à ceux-ci l’idée de «Monuments» l'opinion publique ne s’égare pas. Pont et Palais seront dans la pensée de tous des oeuvres appelées à transmettre aux générations futures. la note artistique de notre époque et, par voie de conséquence, elles devront refléter la science des Ingénieurs, ;le talent des Architectes et le fini d’exécution, atteint par les Constructeurs, au commencement du xx° siècle.

Il y a donc à envisager un état de perfection dont on n’approche qu’avec du temps, du travail et de la patience. Un artiste ne peut créer un chef-d’œuvre s’il n’a pas la facilité d’en fouiller, consciencieusement et à son heure, les détails. La première condition pour réussir est, par suite, d’exclure toute idée de précipitation.

Or, pour l’Exposition, le facteur le plus important et le moins discutable est le laps de temps à parcourir de ce jour au 1er mai 1900. Défalcation faite des journées de repos hebdomadaire imposées par la loi, des fêtes, des jours fériés, des heures d’intempérie de saison ou occasionnelles, on se trouve en présence, seulement, de 800 journées de travail effectif. C’est fort peu.

En ce qui concerne le pont Alexandre III, dont la structure est métallique, la réflexion ne provoque aucune objection. Les difficultés matérielles n’apparaissent pas et le délai d’exécution n’offre rien d’anormal.

Nos ingénieurs ont en mains les éléments pour arriver en temps voulu, tout en atteignant la perfection, et ils sauront léguer à la postérité une œuvre, indiquant nettement le point culminant do la Science appliquée aux constructions métalliques, et digne de porter la date commémorative d’un acte mémorable dans l’histoire de notre pays.

En sera-t-il de même pour les Palais?

C’est peut-être une croyance générale, mais la certitude d’un résultat identique ne se révèle pas de façon indubitable. Le scepticisme de quelques-uns peut, dès lors, se réclamer d’un examen impartial de la question.

Et, en effet, si on regarde de sang-froid ce qui s’est passé depuis bientôt un an, il saute aux yeux qu’après un concours brillant où les architectes français ont fait preuve d’une imagination féconde, l’administration a suivi une ligne de conduite tendant à maîtriser l’élan des lauréats et à infuser, dans les pensées individuelles de ces artistes, les idées d’écoles, de traditions et pour ainsi dire inculquer un peu de chacun des tempéraments variés du ban et de l’arrière-ban les sommités architecturales.

Les luttes homériques qui se livrent chaque jour entre jeunes et aînés pour faire prévaloir telles ou telles lignes d ensemble ou tel parti de décoration, ne laissent aucun doute sur la mise au jour d’une œuvre de collectivité. On a moins cherché la conception d’un homme que la traduction ; comme genre et comme style, du sentiment moyen d’une époque.

L'esprit architectural de nos jours se trouvera donc condensé dans ces palais des Champs-Elysées, et il y a lieu de déduire de ce fait que ce sont bien des monuments que l’Etat s est proposé d’édifier en leur imprimant un caractère qui aura sa place marquée dans l’évolution des siècles.

Pour arriver au but, les œuvres de ce genre ont à traverser deux phases qui ne peuvent se disjoindre : la pensée et l'exécution.

La pensée est éclose. Elle ne demande qu’à être parfaite dans ses détails. Avec la légion des grands prix de Rome, toute remplie d’une ardeur juvénile, à l'aide de croquis, sans cesse travaillés, de maquettes aux échelles diverses et de modèles grandeur d’exécution, l’architecture se montre armée de pied en cap, solide au poste et décidée à affronter la bataille.

Elle fera honneur à sa vieille réputation. Une complète quiétude règne à ce sujet dans tous les milieux.

Reste l’exécution, dont l’importance n’échappe à personne cl qui constitue la grosse préoccupation du moment.

Cette partie d’une œuvre est le contingent indispensable pour faire valoir la pensée, et sans lui, la pensée ne se berce que sur les ailes de la tristesse et de la déception.

À ceux qui croient que l’entreprise viendra fournir cet appoint, on peut opposer, non sans motifs, que si son activité est hors de doute, si son outillage est perfectionné, si son intelligence est à la hauteur de la tâche à remplir, il n en est pas moins réel que les branches diverses dont elle se compose ne sont pas placées sur un même pied d’égalité dans la répartition des forces; d’où de sérieux écueils.

Et c’est ainsi que deux industries se détachent nettement du groupe sous ce rapport : Le Bois et la Pierre.

Elles sont en lutte directe avec la Nature qui ne se laisse ravir en général ses secrets que dans le « Tout-venant », laissant à l’homme le soin d’opérer un triage quand il veut obtenir la perfection dans toutes ses formes.

Le peu d’importance de la quantité de bois et de la variété d’essences à utiliser dans le Palais des Champs-Elysées ne peut inspirer d’inquiétudes sur le Bois, à condition que les adjudications soient faites assez promptement pour qu’une sélection sérieuse puisse être opérée.

Reste la Pierre.

Cette matière première rentre dans la sphère de l’entreprise de maçonnerie qui comporte deux ordres d'idées, le commerce de la bâtisse et l'art de construire, soit doux choses distinctes quoique parfaitement réalisables par la même individualité.

L’un consiste à empiler pierres sur pierres au plus vite et au meilleur compte, sans beaucoup se préoccuper de l'avenir autrement que pom' échapper à la responsabilité décennale. L'autre confine la question artistique par le choix des matériaux, la recherche de l’homogénéité de ton, de grain, l’application rigoureuse des régies de la coupe des pierres, le soin méticuleux apporté au transport et à la pose, enfin le raffinement des tailles et le fini des moulures, au ravalement.

Or, l'équation à résoudre peut se formuler à son égard selon le texte suivant : « Le délai de 800 journées pour la mise en œuvre do 40.000 mètres cubes de pierre de taille à employer dans les Palais est-il suffisant pour obtenir la caractéristique d'un état de perfection dans l'art de construire? »

Si on veut bien se rappeler le nombre d’années qu’a duré l'édification des monuments les plus modernes, constater l'effritement et la dégradation qui les rongent à peine nés, examiner leurs assises tantôt unies, tantôt grêlées sans parler des accrocs et des fautes d’appareil, on arrivera à conclure par la négative et à dire que l’œuvre des Palais aux contours délicats, nu visage souriant apparaîtra à l’heure dite, éblouissante de grâce printanière ; mais les fêtes passées, le lard tombé, il faudra livrer ces corps superbes à la fluatation ou au ciment métallique.

Que deviendra la beauté architecturale ainsi meurtrie?

Ne laissez pas à nos descendants l’affreuse sensation d’une ère de camelotage et de bâtisses à gros rabais. Faites des chefs-d’œuvre complets en prenant le temps nécessaire. Contentez-vous définir les façades de la voie triomphale qui conduira au pont Alexandre III ; ce sera déjà beaucoup.

Quant au surplus, traitez-le comme du provisoire, et il sera loisible, après la grande manifestation pacifique, de compléter avec sagesse le programme tracé qui ne tend à rien moins qu’à glorifier d’une façon durable le génie architectural de la France en 1900.
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