Les arts de la rue

Paris 1925 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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worldfairs
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Les arts de la rue

Message par worldfairs »

Texte de "L'art vivant" de 1925

Ce sont les arts vivants, s’ils existent. Et ils existent mais non pas comme les esthètes l’imaginent, avec des canons et des règles immuables. Ils sont, parce qu’il y a la vie quotidienne, l'adaptation de tout au besoin immédiat. Bonne idée, que de leur consacrer une classe de l’Exposition !

La boutique du simultanéisme Guevrékian, architecte
La boutique du simultanéisme Guevrékian, architecte

L’erreur, car il y en a une, et très grave, c’est d’avoir voulu mettre l’art de la rue sur les murs plats et sans air du grand Palais.

Aucune classe, ni même celle du théâtre, ne souffre autant que celle-ci du manque d’air.

boutique Siegel, R. Herbst, architecte
boutique Siegel, R. Herbst, architecte

On pensait trouver en des salles lumineuses, de vraie lumière, un ensemble de maquettes violentes ou tendres, insinuantes ou brutales dans leur signification, des enseignes et des affiches d’un style neuf, ou, du moins, dégagé des influences de l’époque indigente qui suivit 1900. Rien ou presque.

Les arts de la rue, s’ils sont r e présentés dans l'Exposition, ce n’est guère au Grand Palais. Ces décors minuscules, ces arabesques misérables, cette paperasserie ne signifient rien. Les vrais décorateurs de la rue se sont abstenus ou ils ont bien dégénéré.

Boutique Cusenier, R. Herbst, architecte
Boutique Cusenier, R. Herbst, architecte

Les éditeurs publicitaires sont-ils responsables des médiocrités qu'ils nous proposent ? Hormis Coquemer et Hachard et Cie, leurs productions sont puériles ou sottement prétentieuses.

En y regardant bien, on constate que ce qui manque le plus, ce sont les organisateurs, les créateurs surtout. Les éléments existent, d’un art public qui passe le médiocre, prôné habituellement par la mercante.
Il n’y a que d’ouvrir les yeux pour s’en assurer, au long des rues de Paris — et même ici, au Grand Palais.

Boutique Becker; Poliakoff, architecte
Boutique Becker; Poliakoff, architecte

Les électriciens, les coloristes, les imprimeurs sont d’habiles gens les artistes ne créent rien qui utilise les éléments de beauté quotidienne, qui mette en œuvre l’apport de ces artisans ingénieux et doués.

Quelles pauvretés nous montre-t-on, comme spécimens de l’affiche française !

"Danger de mort". Poste central éléctrique
"Danger de mort". Poste central éléctrique

L'affiche du Bûcheron, d’une couleur assez dure, le poing rouge de l’Avenir-Publicité, les affiches de Cassandre et de Puiforcat, celle de Rosine Maquard, ici, celles de Rabajoi, dans l’Exposition, sur un kiosque, quelques-unes de celles de Y Imagerie de France, un peu partout, permettent seules de dire que tous ne sont point demeurés aux vignettes des affichistes du dernier quart de siècle.

Cet art piétinant est facilement catalogué. Il voudrait par instant être réaliste. Il choit alors dans une telle indigence de moyens que, d’une année à l’autre, on ne peut revoir ses productions tant elles ont rapidement vieilli.

D’autres fois, il voudrait être symboliste. Pour cela, il utilise des tons épais, des masses qu’il doue pour son usage d'une signification qui nous échappe.

Boutique Weil, fourrures
Boutique Weil, fourrures
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Ce n'est pas du symbolisme, c’est plutôt du banal allégorisme (mettons un cheval rouge qui chevauche une roue fulgurante d’acier), un Méphisto noir portant une bouteille d’or, par exemple, qui écœure les plus simples.
La bêtise de l’inspiration rivalise avec la pauvreté des moyens ou avec la brutalité sans effet.

Les arts de la rue à l’Exposition, il faut donc les chercher dans la rue. J’ai entendu, de mes oreilles entendu, une petite enfant dire de l’Exposition :
On se croirait au Père-Lachaise !

Boutique Pleyel, Herbst, architecte
Boutique Pleyel, Herbst, architecte
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Il y a beaucoup de vrai dans ces paroles puériles. Mais il faut les entendre comme l’enfant les a dites, en toute simplicité. Ce n’est point tout que le lieu soit funèbre qui frappe l'enfant et il est gai au contraire ; c’est qu’il ait des lignes brèves, des perspectives rompues par des vides. Les mes de l’Exposition ne sont pas de vraies rues, comme il en faut aux villes modernes. Fallait-il chercher ce résultat? Je le crois. C’eût été, puisque le programme le comportait, une preuve que le moderne est aussi, est surtout dans les arts de la rue.

On voit bien que les architectes eussent voulu disposer les bâtiments en longues et belles voies. Leur dessein n’a pas tenu devant mille embarras, mille considérations, étrangers, naturellement, à l’art d’architecture, à celui qu’on nomme l’urbanisme, ou aux arts de la me tout court.

Boutique P. Dumas, Herbst, architecte
Boutique P. Dumas, Herbst, architecte
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Il y a dans l'Exposition beaucoup de pavillons, de kiosques, d’édicules ; et il n’y a pas assez de longues galeries qui eussent ordonné une petite ville de nouveauté dans la grande ville.

En somme, les artistes nouveaux requis par les meubles, par le décor des jardins n’ont pas donné leurs soins aux arts de la rue. Ils méprisent vraiment trop l’affiche et l’enseigne.

Boutique Herbst
Boutique Herbst
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Les vitrines autrichiennes, une vitrine alsacienne du Cours-la-Reine, les maisonnettes de vente de l’U. R. S. S. à ce point de vue sont infiniment supérieures à tout ce que nous avons fait. Il faut savoir le reconnaître.

Où nous sommes très supérieurs, c’est évidemment dans les arts du jardin (mais cela échappe à mon sujet, la classe 26, arts de la rue) dans la présentation des objets de luxe, de la parure, dans les illuminations et l’ordonnance de quelques fêtes.

Cependant l’absence de goût que manifestent certains organisateurs de fêtes, la pénurie lamentable d’art élémentaire où vit le parc des attractions sont flagrants.

Les arts de la rue, si on les regarde dans leur immobilité de musée, au Grand Palais, ne valent donc pas grand’chose. Ils sont intéressants si on les suit dans l’usage que la foule en fait les jours de fêtes ou d'affluence.

Certains points de l'Exposition, comme l’Esplanade, possèdent des éléments admirables en soi, mais que rien ne coordonne. Les quatre tours fleuries et massives, illuminées et qui chantent, sont le soir quelque chose d'admirable ; si on les voit derrière les deux énormes pots-à-eau de Sèvres, au-dessus de bâtiments bas et écrasés, elles perdent leur valeur esthétique.

Et, justement, les deux vases de Sèvres sont ce qui justifie le mieux toutes les diatribes ; placés au milieu de l’Esplanade, ils coupent toute perspective ; que l’on pénètre dans le jardin qu’ils ornent, ce devient une chose fort acceptable et il suffit d’une photo pour qu’on les trouve agréables.


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