Décor et mobilier du jardin

Paris 1925 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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worldfairs
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Décor et mobilier du jardin

Message par worldfairs » 13 oct. 2019 08:04 pm

Texte du livre "Arts décoratif & industriels modernes" de 1925

SECTION FRANÇAISE.

La matière inerte entre, pour une large part, dans la composition du jardin moderne. Elle a repris l’importance que lui avaient fait perdre les paysagistes. L’école méthodique bannit, il est vrai, les ruines, les rochers postiches, les garde-fous, les barrières, les bancs où le ciment moulé imite de grosses branches sommairement assemblées, ou encore ces pavillons rustiques dans lesquels de livides troncs d’arbres soutiennent un toit de chaume. Elle multiplie en revanche les carrelages de céramique, les revêtements de mosaïque, les fontaines, les statues.

Les margelles des bassins, les bordures des canaux s’ornent de carreaux de faïence & de grès aux dessins de fantaisie, aux vives tonalités. La masse grise du béton se parsème des grains dorés de la mosaïque. Les chemins dallés remplacent les allées de sable ou de gravier. Les jardins de l’Exposition offraient des applications nombreuses de la céramique. Celui de Sèvres, notamment, nous montrait, dans l’élégance de leurs formes & de leur couleur, dans la finesse de leur substance, des figures d’animaux, des ponceaux en grès cérame, des bacs à fleurs en grès coloré, sans oublier ces poissons en porcelaine translucide qui nageaient dans les vasques de porcelaine turquoise. Cette matière savoureuse qui suscite tant d’inventions pour décorer nos intérieurs s’utilise naturellement dans l’ornement de nos jardins. L’emploi des vases n’est pas encore assez répandu. On ne tire guère parti que des grandes jarres, à la mode provençale, qui sont au reste d’un effet plaisant, comme on a pu s’en rendre compte au Pavillon des Alpes-Maritimes. Du moins certains artistes se sont-ils inspirés de cette production populaire pour en composer d’ingénieuses variantes aux courbes pleines, aux justes proportions. Quelques créateurs de modèles ont aussi conçu des vases de fonte ornés de sobres reliefs, de majestueuses amphores, très simples de ligues, en ciment, sur les flancs desquelles ils tracent de hautes figures stylisées dans des tons pâles de fresques ou de lécythes antiques.

La céramique trouve enfin son emploi dans les fontaines, voire même dans la statuaire. Fontaines & statues sont de nouveau très en faveur auprès des architectes de jardins. Elles constituent des éléments décoratifs qui se mêlent & se complètent, la fontaine servant de base à la statue, la statue formant le motif essentiel de la fontaine.

Les fontaines toutes franches ne manquaient pas à l’Exposition. Tantôt appuyées à un bloc de marbre comme à un mur elles ne présentaient qu’un jeu de cannelures verticales & régulières où l’eau ruisselait sur un fond doré de mosaïque. Tantôt, comme dans la Cour des Métiers, elles avaient la rectitude d’une stèle rectangulaire, enrichie de marbre, ou la sveltesse d’une coupe sur un piédestal à huit faces. Ici, comme soutenue par des contreforts de colonnettes, la fontaine s’élevait toute droite, portant sur ses quatre faces de discrets reliefs sculptés. Là, évoquant une manière de monument primitif, elle dressait en un faisceau des lames de ciment coloré. Ailleurs, taillée en obélisque, habillée de plaques de verre d’où fusait, la nuit venue, un rayonnement lumineux, elle ressemblait, avec ses jets superposés dont les courbes s’élargissaient vers la base, à quelque féerique conifère. C’était la seule de son espèce où l’on eût tenté un effet d’éclairage; il est permis de le regretter. L’électricité pourrait être heureusement mise à profit; la lumière blanche ou colorée réaliserait d’étonnantes combinaisons décoratives. La force motrice réglée produirait des effets d’eau dont les fontaines lumineuses qui jaillissaient de la Seine nous ont donné quelque idée.

En attendant, les auteurs de fontaines se contentent de recourir à des moyens traditionnels, lis usent abondamment de la sculpture. Entre la statuaire jardinière & la statuaire monumentale, les différences sont délicates à établir. Le jardin régulier, étant architectural, n’est pas sans analogie avec la façade d’une habitation. La sculpture doit donc présenter des caractères semblables. Des sujets purement monumentaux, comme le Gladiateur mourant ou quelque figure d’illustre personnage, ne sont point déplacés devant des charmilles, & l’on constate chaque jour que toutes sortes de matières, judicieusement mises à profit, ajoutent à l’agrément d’un beau jardin.

Toutefois, remarquons-le, le jardin & les statues doivent s’accorder jusqu’à paraître inséparables. A la statue destinée à s’enlever sur un fond de verdure conviennent des formes pleines, des lignes bien cadencées. Le marbre ou la pierre se prêtent mieux que le métal à cette statuaire. A des sujets qu’une longue tradition nous habitue à considérer comme champêtres, à des nudités parentes des figures mythologiques hantant les bois & les sources, on préféré parfois des animaux, évoquant les hôtes familiers des plaines & des basses-cours.

Dans un petit jardin, dominant la fontaine centrale faite de trois coupes superposées que soutenaient quatre colonnes, un enfant dodu, perché sur une boule, s’efforçait de découvrir l’équilibre le plus instable. Sur la margelle de ce bassin un petit faune accroupi contemplait l’ardente floraison reflétée dans le miroir d’un canal. A demi plongée dans l’eau d’une vasque, une naïade défiait un bélier prêt à bondir du faîte de la fontaine voisine. Des cygnes, aux rondeurs souples, se groupaient en pyramide tout autour d’une outre pleine.

Et c’étaient les hôtes de pierre, ponctuant de leurs plans taillés le décor onduleux des arbres : chèvre-pied méditant sur le chapiteau d’une colonne, nymphes rêveuses, athlètes juvéniles, ou bien, sculptées en relief sur un arc de ciment & dessinant une frise, des allégories rassemblées ou des animaux : un ours, un pélican ingénieusement stylisés.
Si précieuse que puisse être la statuaire pour l’ornement des jardins,, elle ne peut être considérée que comme une parure de luxe. Il en faut envisager d’autres.

Nous avons indiqué l’usage fréquent des pergolas. Avec leurs piliers de pierre, de ciment ou de bois peint, où s’accrochent les plantes grimpantes, elles constituent sur les terrasses, au devant des maisons, en marne des parterres, des allées ombreuses appréciées dans les pays de soleil. Les treillages bénéficient aujourd’hui d une vogue nouvelle. On en fait des rotondes, des galeries, des gloriettes. Ces légères constructions sont conçues avec simplicité. Les lattes forment des dessins géométriques d’où sont exclues les arabesques compliquées. On en trouvait quelques modèles intéressants dans la salle réservée à la Classe 27, au premier étage du Grand-Palais.

Là encore on a pu voir d’heureux aménagements de pavillons jardiniers. Des artistes ingénieux fournissaient de plaisantes suggestions pour leur décoration intérieure : tentures claires & tissus simples, égayés de frais motifs, peintures murales spirituellement composées, carrelages aux tons nets & gais où parfois s’étalait quelque tapis végétal ; meubles pratiques, encore que d’une élégance délicate, parmi lesquels s’égaraient des accessoires de sport, des objets de vannerie & même des toilettes champêtres.

On voyait là des tables, des guéridons, des sièges en bois précieux; quelques pièces en fer martelé : stèles, consoles discrètes, enrichies seulement d’un plateau de marbre. C’est le meuble de rotin que l’on emploie de préférence. Il a le caractère qui sied à sa destination. Il est léger, résistant. Il ne souffre point des intempéries. Nos pères l’avaient adopté. Nous le conservons, mais en lui donnant des formes plus logiques, mieux appropriées au repos, plus confortables & pourtant dépouillées de vaine recherche. Il a sa place en plein air, aux abords de la maison. Mais le jardin nous offre aussi des bancs de pierre, des dalles nues qui, encastrées dans une balustrade, s’appuient à un mur de soutènement, des bancs de bois qui sont mobiles, des chaises, des fauteuils composés de lattes dessinant des figures géométriques & que l’on peint de tons clairs tranchant sur les couleurs voisines.

En somme, une même volonté se manifeste dans le tracé du jardin, dans sa plantation, dans la construction de son décor; elle affirme la régularité, la sobriété des lignes, la richesse des couleurs en larges masses •qui s’opposent.


SECTIONS ÉTRANGÈRES.

Analysant quelques-unes des formes nouvelles du jardin à l’étranger, nous avons déjà noté quelle importance y conservent, dans l'exubérance des fleurs, les éléments du décor.

Ce sont en Italie les loggias de marbre, les pergolas, tout le luxueux ornement des cours intérieures : revêtements des murs, dallages de céramique, fontaines & grands vases qui se retrouvent dans le patio d’Espagne, dans celui de Floride, dans les cours-jardins de Suède qu’enrichissent des sculptures, des tables & des bancs de pierre & de marbre. C’est, en Allemagne & en Autriche, un heureux emploi de la ferronnerie : grilles & portes, rampes & garde-fous, lampadaires & girouettes; en Hollande, les portiques & les tonnelles de treillage, les belles poteries de Delft, au galbe majestueux, aux dessins précieux; au Japon, les lanternes sculptées d’ornements rituels, les animaux fantastiques & les bouddhas méditatifs.

Partout ce sont les statues en pierre, en marbre ou en bronze qui se marient aux architectures, s’érigent dans les parterres, bordent les allées, s’alignent sur les fonds de verdure.
De tout cela l’Exposition nous offrait quelques exemples, trop rares à la vérité, mais précieux à signaler. On pourrait d’ailleurs noter plusieurs suggestions dignes d’être retenues, encore quelles n’aient été rattachées que fort indirectement à la Classe. La Section suédoise montrait, au Grand-Palais, un portique en faïence de couleur dont la courbe & les tonalités orneraient à souhait une terrasse ou le départ d’une allée. A quelques pas plus loin, la Section britannique utilisait, pour retenir la cordelière limitant les stands, des piquets entaillés & historiés que l’on retrouverait volontiers aux angles d’un petit parterre. Et quel plaisant parti l’on peut tirer, pour la parure d’une gloriette, d’un décor en sgraffiti comme celui qui s inscrivait aux murs intérieurs de la cour du Pavillon polonais ou de reliefs en terre semblables à ceux qu’exposait l’école de Graz en Autriche!

De ce pays rappelons la plaisante vérandah de l’Esplanade des Invalides, tapissée de feuillages artificiels & garnie de meubles rustiques, ou encore la serre du Pavillon national, d’une construction imposante, dont les arbustes & les plantes, l’aquarium aux poissons d’argent dégageait une impression de reposante fraîcheur.

Dans le jardinet de Belgique, un puits offrait une pittoresque silhouette & d’agréables figures faisaient valoir leur sveltesse.

La Roseraie luxembourgeoise nous donnait à contempler, avec la ligne de ses porches, l’habile travail de son lampadaire en fer forgé.

On ne saurait négliger la belle fontaine en céramique qui, dans le Pavillon espagnol, se dressait au centre du patio; on doit évoquer surtout les animaux, si vigoureusement stylisés, qui dressaient leurs formes pleines au milieu des parterres voisins.

L’Angleterre présentait, en bordure de son Pavillon national, une aimable fontaine & d’harmonieuses figurines. Elle réunissait en outre, a l’intérieur du Grand-Palais, une variété de vases, de fontaines & de statues, aux proportions rythmées.

Quant au Japon, il groupait, dans l’arrangement fantaisiste de son •curieux jardin, des objets de céramique : sièges en faïence, en porcelaine, interprétations en faïence d’oiseaux juchés sur de longues pattes, «emmanchés d’un long cou, produits très raffinés d’une invention subtile.

Tels étaient les témoignages que nous apportèrent les Nations exposantes. Si intéressants qu'ils fussent, on eût pu les souhaiter plus représentatifs.

Leur rapprochement eût permis une large confrontation des efforts accomplis à travers le monde dans cet art qui, mieux que tout autre, porte la marque de la culture nationale, s’il faut en croire une sentence inscrite à l’entrée d’un jardin de Viterbe : «Il culto e l’amore per i giardini sono indizio e mesura del grado di civilita di un popolo.»


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