Parcs et jardins, arbres et arbustes, plantes et fleurs

Paris 1925 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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worldfairs
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Parcs et jardins, arbres et arbustes, plantes et fleurs

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Texte du livre "Arts décoratif & industriels modernes" de 1925

SECTION FRANÇAISE.

C’est en France, semble-t-il, que la conception moderne du jardin se relie le plus directement à la tradition. C’est qu’il est peu de pays où la survivance précaire du jardin paysager ait donné d’aussi médiocres réalisations. A côté de quelques beaux parcs tracés à la fin du dernier siècle ou au commencement du nôtre, que de pauvres jardinets où les pelouses s’arrondissent au hasard, où corbeilles & massifs sèment le désordre fâcheux de leurs lignes & de leurs couleurs. En vain certains paysagistes, pressentant l’évolution qui s’annonçait à l’étranger, essayèrent de remplacer les corbeilles ovales par des plates-bandes rectangulaires de palmettes ou de fleurs de Lis, en mosaïque florale; en vain ils multiplièrent les bassins & les jets d’eau, les pergolas & les roseraies.

Leur art sans invention était tombé plus bas encore que celui des beaux métiers. La réaction fut d’autant plus violente. Quelques artistes, des architectes surtout, s’employèrent passionnément à la provoquer.

Or nous avons sous les yeux les exemples du XVIIe siècle. Des chefs-d’œuvre de Le Nôtre gardent à notre portée les témoignages de son talent & du génie de notre race.

Encore qu’il nous soit venu de l’Orient par l’Italie, le jardin régulier qui trouva chez nous sa forme paraissait si bien convenir à notre tempérament que le monde entier l’appela le jardin à la française. Dans une grande partie de la France, le climat sec, peu favorable aux végétations abondantes, contribue à faire prévaloir la conception linéaire chère aux maîtres du passé. Par leur atavisme, par leur éducation, par les nécessités naturelles, nos artistes, pour rénover, devaient reprendre d’instinct la manière des ancêtres.

Les nouveaux jardins la rappellent. Les divisions de leur tracé, les lignes essentielles, les masses constructives de leurs édifices végétaux semblent bien s’y relier.

On peut pourtant discerner de notables différences. Elles sont dues non seulement à la volonté des créateurs, mais encore & surtout peut-être, à des conditions sociales auxquelles ils ne peuvent se soustraire.

La question d’argent intervient. La fortune a changé de mains. Les propriétaires d’autrefois qui entouraient leurs demeures de vastes & beaux jardins, n’ont plus aujourd’hui les moyens d’en faire dessiner de nouveaux. A peine s’ils peuvent encore entretenir ceux qui leur restent. Quant aux nouveaux riches, ils ont d’autres désirs : le goût des voyages, de l’automobile, des saisons balnéaires, ne leur laissent guère le loisir de pourvoir à de grandes installations champêtres. Les capitaux sont employés à des dépenses moins contrôlables. Le luxe, aussi éclatant que celui des siècles passés, revêt des formes plus changeantes & aussi plus fugitives.

C’est dans la classe moyenne que se trouve, surtout en France, le créateur de jardins. Mais le terrain coûte cher; l’établissement & l’entretien sont également onéreux; on est contraint de se borner à de médiocres surfaces; les amples tracés ont vécu.

Au jardin solennel, aristocratique, monumental du XVIIe siècle succède le jardin accueillant, bourgeois, intime. Au lieu d’un caractère de parade, il prend un air de famille. Il sert aux réunions quotidiennes.
Il devient un prolongement du salon, du living-room. Il apporte à la maison à laquelle il est lié sa gaieté & ses parfums. Mais au lieu de pasticher cette nature vierge & sauvage que le jardin paysager prolongeait jusque sur le seuil de l’habitation familiale, il continue, en quelque sorte, cette habitation elle-même dont ses carrés & ses rectangles reproduisent les grandes lignes & les aménagements.

La crise de la main-d’œuvre force à réduire l’entretien. La simplicité des parterres, leurs contours rectilignes facilitent la besogne du jardinier. On multiplie les chemins dallés qui sont plus onéreux à construire, mais d’un aspect toujours propre & plus agréables à la marche que les allées sablées.

Quant aux plantes, on les choisit d’espèce résistante & durable; quelques parterres d’élection, voire même des vasques ou des vases, reçoivent des espèces plus rares. La sobriété de l’ensemble n’exclut pas la variété du détail. Le jardin étant petit on regagne en raffinement ce qu’on perd en étendue. C’est là une conception qui rappelle celle de l’Islam.

Au reste, les tendances actuelles bannissent les décors compliqués. Notre œil, habitué à des visions rapides, ne s’accommoderait plus des volutes & des arabesques, des fleurons, des rinceaux, des cartouches qui ornaient les parterres d’autrefois. Nous voulons des surfaces unies, des oppositions de tons. Nos créateurs de jardins s’entendent à répartir les gazons, les plates-bandes de fleurs monochromes, pour en tirer de plaisantes harmonies de couleurs. Ils recourent aux effets des eaux courantes ou stagnantes, avec ménagement toutefois, car si l’eau abonde en France, il est rare qu’elle se donne. Aussi ne creusent-ils guère que des bassins peu profonds. Les plus habiles imaginent des systèmes de canaux où chante un mince filet qui passe, se laisse tomber, disparaît pour reparaître, multipliant ses entrées & ses sorties, à la manière d’un figurant sur la scène d’un théâtre. Ces bassins & ces canaux, ils les tapissent volontiers de mosaïques brillantes qui transparaissent en or, en chaudes tonalités à travers l’élément limpide. Dans les vasques, des poissons rouges zèbrent les fonds d’éclairs subits & sur les miroirs liquides, des plantes aquatiques étalent leurs fleurs & leurs larges feuilles.

On ne néglige ni les treillages, ni les poteaux alignés, en bois, en pierre, en fer, en marbre où grimpent vignes & rosiers. On ne dédaigne ni les dallages de céramique, ni les vases de grès, ni les statues dont la parure est discrète selon l'ordre & la mesure.

Si la place est suffisante, on ajoute à ce jardin un verger, un potager ou bien un court de tennis sur un tapis de gazon & l’on environne l’ensemble des libres frondaisons d’un parc.
Tel est le thème essentiel du nouveau jardin français, tout différent de l’ancien sur lequel nos architectes brodent de charmantes variations.

A vrai dire ils ont trouvé, sur les Côtes d’Azur & d’Argent, de merveilleux champs d’expérience. Sous l’ardente lumière, sur cette terre d’élection, les jardins s’ordonnent d’eux-mêmes. On en crée de fort beaux qui, pour la plupart du reste, appartiennent à des étrangers.
Leur richesse florale resplendit sur des terrasses en étages; les eaux coulent généralement en effets variés; quelques éléments locaux les caractérisent. Tels l’emploi fréquent des pergolas à l’italienne ou encore, au bord des murs de soutènement en briques roses, ces jarres d’où les fleurs jaillissent de la terre brune.

Les colonies, le Maroc ont fourni à nos architectes les thèmes les plus favorables à leur esprit d’invention. En même temps qu’on bâtissait des palais, de grands édifices, on s’occupait de dessiner des parcs & des jardins. L’art indigène, si précieux, & qui a su garder intactes les traditions raffinées, offrait d’heureuses suggestions. On en retint notamment l’usage des mosaïques & des faïences colorées, l’ingénieux emploi des eaux d un débit parcimonieux.

La prodigieuse floraison du pays fit le reste. Là-bas le géranium-lierre fait pousser, en quelques saisons, à la hauteur de trois étages, la magnifique tenture de ses pétales roses; les bougainvilliers mauves, pourpres, violets évêque tapissent des murs en une année. On trouve les volubilis à corolles géantes, le géranium rouge, toute une surprenante palette composant des tapis entre des haies taillées de myoporums, des allées de palmiers avec, pour fonds, des rideaux de Pbœnix canariensis, de Ficus nitida & de Macrophylla.

Sans parler des nombreux squares & jardins particuliers, on a créé dans les villes d’importants jardins publics, comme le parc central de Casablanca, le parc supérieur de l’Aguedal & les jardins de Dudaia à Rabat. Ce fut une excellente école pour nos spécialistes. Ils en ont rapporté des enseignements qu’ils ont pu transposer en France & qui donnent à leurs travaux une note originale.

Toutefois, sous la forme abstraite & souvent infidèle de simples reproductions, ces exemples ne pouvaient exercer sur les visiteurs une impression profonde. Pour secouer l’apathie d’un public demeuré étranger à l’art des jardins, il a fallu le succès des ensembles du Cours-Ia-Reine & de l’Esplanade des Invalides. Ce fut une des révélations essentielles de l’Exposition.

La tâche n’avait pas été facile pour les organisateurs. L’espace était exigu; galeries & pavillons occupaient de grands emplacements & il fallait laisser libres des avenues assez larges pour la circulation intense. On ne disposait que de surfaces difficilement utilisables. Le temps faisait aussi défaut. Les parterres surgissaient tout d’un coup comme dans les féeries. Le terrain était peu propice, trop ombragé au Cours-Ia-Reine, désertique sur l’Esplanade dont le sol ne se prêtait à aucune plantation.

La fervente activité de M. J.-C. Forestier triompha de tous les obstacles. Il sut envisager nettement la situation & en tirer les conséquences. Le cadre rendait impossible une conception d’ensemble. Faisant abstraction de sa personnalité, il distribua les emplacements aux artistes de talent dont il goûtait les recherches & leur donna libre carrière, tout en maintenant entre eux l’harmonie indispensable. On doit à cet heureux parti la séduisante variété de créations très diverses qui pourtant ne se heurtaient point & présentaient une unité.

La plupart des petits jardins voisinant avec des architectures qu’ils semblaient continuer, on peut regretter que l’accord n’ait pas été plus intime. Du moins sut-on éviter tout disparate &, dans les conditions difficiles où ils travaillèrent, les artistes, secondés par les horticulteurs, accomplirent de véritables miracles.

Les diverses formes du jardin moderne furent ainsi présentées d’une manière concrète. On y sentait dominer de multiples influences méditerranéennes, exotiques, persanes, arabes, sans qu'aucune exclût toutefois le sentiment traditionnel.

Tantôt l’élément végétal dominait. Il occupait le premier plan dans les larges bordures de fleurs qui s’allongeaient au devant du Pavillon de la Ville de Paris, limitant la verdure des ifs, tachée de blanches statues ou de sveltes fontaines. Il resplendissait encore dans les massifs de rhododendrons, de bégonias, d’hortensias qui couvrirent successivement les pentes de ce vallon paradisiaque au fond duquel un clair ruisseau courait dans une rigole à margelle ponctuée de marbre entre une vasque dorée & un bassin octogonal, asile d’un faune énigmatique.

Tantôt des matériaux décoratifs, le bois peint, la pierre, le marbre, la céramique coloriée concouraient à l’effet d’ensemble. Ainsi l’ingénieuse composition destinée à masquer les terrasses de la gare des Invalides étageait ses fleurs en pots, encadrées par de grands arcs peints en bleu, vermillon & or, entre des pylônes qui s’éclairaient dans la nuit. Ainsi la céramique des rigoles & des ruisselets limitait de ses entrelacs des carrés fleuris qu’égayaient des volières d’oiseaux chatoyants. Un chemin dallé, quatre arbres en béton aux formes imprévues, opposaient leur rigidité à de fraîches pelouses ondulées. Une fontaine à bassin circulaire, environné d’un dallage en brique, distribuait l’eau dans les rigoles en ciment; un banc entre deux piliers rouges surmontés d’une treille, des vases en terre cuite meublaient une salle paisible où s’épanouissaient des touffes de roses d’Inde & de capucines.

On pourrait multiplier les exemples. Ici, précédés d’un dallage de mosaïque, deux blocs de pierre rose soutiennent une fontaine à cannelures verticales ; ils servent de fond à une salle de verdure ornée de rosiers grimpants & que limitent deux porches & des potelets à pans, sommés d’un prisme doré. Là, dans un triangle clos sur deux faces par une palissade ornée de plaques en verre d’un rouge dégradé, quatre bassins triangulaires à cuves bleues ou rouges reçoivent l’eau d’une fontaine s’équilibrant avec des massifs de bégonias. II convient encore de citer le jardin du Pavillon des Alpes-Maritimes, avec son patio dallé de marbre en opus incertum, sur lequel venaient porter les seize colonnes, peintes en rouge, d’une pergola ovale & dont la blancheur s’opposait à a vive coloration des hortensias & des roses en massifs ou surgissant des larges flancs de hautes jarres.

Certaines réalisations donnaient la première place à l’élément architectural.

Tel apparaissait le jardin reliant les Pavillons de la Manufacture de Sèvres. Composé de quatre bassins séparés j?ar des ponts & d’un terre-plein décoré d’une fontaine, il devait faire valoir les matières.fabriquées & montrer toutes les ressources que l’on en pouvait tirer. D’où les chemins de grès jaune, les mosaïques de la partie centrale qui d’ailleurs constituaient une démonstration élégante. Tout auprès, le même esprit présidait à l’arrangement de ces arcs en béton revêtus de marbre rose; des estrades en gradins ruisselaient de minces filets d’eau sur des mosaïques d’or; dans un bassin de marbre nageaient des nymphéas.

A la Cour des Métiers, les fleurs, les compartiments de verdure apportaient une note de couleur dans le cadre des galeries, entre les vases de métal & les fontaines d’angle; le patio du Pavillon tunisien, conçu selon la pure tradition islamique des jardins hermétiquement clos, ne laissait apercevoir, entre les lignes précises des toits en tuile vernissée, qu’un pan de ciel lumineux, mesurant un étroit passage aux rayons solaires qui glissaient sur le frais dallage & se jouaient sur la vasque d’où s’élançait un jet d’eau.

Hors de ces compositions nettement définies, partout où quelque espace libre le permettait, on avait ménagé de la verdure & des fleurs : parterres, gazons, haies taillées qui apportaient leurs notes claires à la façade des palais. Parfois cette végétation précieuse escaladait les frontons, courait le long des corniches. Elle grimpait jusqu’à l’entablement des hautes tours qui jalonnaient l’Esplanade. A la blancheur uniforme des architectures elle alliait sa polychromie. Elle mêlait sa vie fragile à l’inertie de la matière. Parmi les oeuvres rationnelles de l’Exposition, elle exprimait la liberté de la nature.

La joie qu’elle nous procura, nous la devons aussi aux horticulteurs qui montrèrent tant d’empressement à répondre à l’appel des artistes. En dépit de ce qu’on en pense, architectes & horticulteurs sont faits pour s’entendre. Ifs ne peuvent se passer les uns des autres.

Si le savoir des premiers, leur éducation spéciale, leur esprit d’invention sont nécessaires pour créer l’ordonnance d’un beau jardin, les connaissances des seconds, leur expérience, leur amour de la plante & de la fleur ne sont pas moins indispensables pour apporter à cette œuvre son complément naturel. Auprès de l’architecte dont il tempère parfois les partis trop rigoureux, le jardinier joue le rôle du décorateur.
Il lui fournit ses matériaux & ses couleurs. Il est coloriste par goût & par destination. Le commerce journalier avec les fleurs développe en lui l’intuition de l’harmonie. Elles sont des modèles offerts par la nature qui ne commet pas d’erreurs. Toutes les couleurs y figurent avec toutes leurs variétés. C’est un peintre dont la palette rajeunit à chaque printemps.

Les ressources qu’il en tire, on a pu les apprécier durant les concours remarquables organisés parla Société nationale d’horticulture de France. Dans le pavillon qui leur était consacré ce furent tantôt de surprenantes débauches de couleurs où se mariaient les essences rares, avec l’exubérance de leurs tons, la grâce de leurs parfums, tantôt de magnifiques harmonies de masses florales monochromes, accordant leurs valeurs & leurs rapports autour d’une note dominante choisie avec subtilité. Jouissance rare pour les yeux, & que la dureté des temps ne réserve qu’à un très petit nombre de privilégiés.

En s’en tenant à des espèces peu coûteuses, vivaces, résistantes & d’une culture facile, chacun de nous peut encore se donner, selon ses moyens, le plaisir auquel nous conviaient ces splendides fêtes de la fleur. Qu’il n'y résiste pas ! Que les artistes ne se refusent pas à nous les procurer! Ainsi dans l’équilibre harmonieux de ses lignes, dans la vivacité de ses couleurs, le jardin français prendra un caractère moderne.


SECTIONS ÉTRANGÈRES.

La renaissance du jardin régulier se marque dans tous les pays de l’Europe & de l’Amérique.

Si, dans ses lignes générales, la conception est la même, elle présente, selon les pays, certains caractères particuliers qu’il faut attribuer à la nature du sol, au climat, aux moeurs des habitants.

Le terrain accidenté, les cascades abondantes, la vive lumière qui découvre de vastes panoramas, la profusion des monuments surgissant de toute part ont fait la magnificence du jardin italien, avec ses terrasses en gradins, ses effets d’eau, ses perspectives, le marbre de ses balustres, de ses loggias, de ses vases, de ses statues. Malgré les tendances nouvelles à plus de simplicité, beaucoup de ses caractères réapparaissent nettement dans les réalisations qu’offre l’Italie moderne.

De même un sol peu généreux qui a besoin de se protéger contre les rayons du soleil, une eau rare, non moins que les souvenirs mauresques & des moeurs nonchalantes, ont fait le jardin espagnol, limité par ’importantes architectures, avec son patio encadré de galeries, ses fleurs-précieuses cernées de pavements en céramique, ses étroits canaux, ses. fontaines d’où s’échappent de minces filets d’eau. Et l’Espagne de notre temps, dans son renouvellement, ne peut s’écarter beaucoup de ces principes essentiels.

L’Angleterre qui donna son nom au jardin paysager a renoncé à cette forme pour adopter un parti plus volontaire. En cela elle est revenue à de très anciennes coutumes, antérieures à l’école classique & contemporaines de l’école néerlandaise. Pourtant elle ne s’est point soustraite aux conditions naturelles. Son climat humide, ses pluies fines & fréquentes entretiennent la végétation. Nulle part les prairies ne sont plus vertes ni plus grasses. Les plantes & les fleurs y peuvent croître à envi.

L’Anglais est d’ailleurs un admirable horticulteur. Il aime le jardinage. Il y voit un passe-temps, un sport; il l’aime avec raffinement.
Nombre copropriétaires possèdent des collections d’essences rares & l’on compte en Angleterre beaucoup de spécialistes de la culture florale qui s’adonnent avec passion à cet art si délicat & ne cessent de l’enrichir.

Le génie anglo-saxon mêle à un sens positif une inclination sentimentale vers le romanesque. C’est ce qui avait motivé, dans le style paysager, l’imitation de la nature, la recherche du pittoresque littéraire & poétique qui en sont les traits dominants. Dans leur retour sincère à une conception plus méthodique, les Anglais se sont gardés de négliger les ressources offertes par leur pays & ils n’ont point renoncé à leur penchant instinctif.

L’art moderne du jardin prospère toujours chez eux, depuis le jardin de ville jusqu’aux grands parcs de campagne. D’excellents architectes, secondés par des praticiens experts, dessinent des plantations régulières qu’ils encadrent de strictes bordures, de chemins dallés & au milieu desquelles ils creusent des bassins géométriques, lis ne dédaignent pourtant ni les charmilles, ni les arbres taillés, ni les statues, ni les perrons, ni les terrasses & savent en composer d’harmonieuses ordonnances.

Mais à leurs fleurs ils accordent la plus grande liberté. S’ils s’en servent pour suggérer de vastes taches de couleurs, ils les jettent par larges touffes en moutonnements irréguliers. Ils se plaisent à des dallages d’apparence impromptue où poussent, entre les joints, les herbes folles & la mousse. Ils en favorisent au besoin la croissance aux marches de leurs escaliers. Ils multiplient les murs en pierre sèche, les puits aux margelles .caduques & manifestent ainsi leur amour du pittoresque.

Toutes les fois qu’ils le peuvent, aux abords du jardin régulier sont -des plantations d’arbustes qui poussent sans aucune contrainte : «rock-gardens» où croissent toutes les floraisons alpines entre des amoncellements de rochers ; « wild-gardens » où la nature reprend son aspect sauvage; «bog-gardens» qui réunissent des plantes de marais & de tourbières; «moraines» pour plantes délicates. Ces ensembles, aménagés avec art, offrent de belles perspectives, de larges vues sur la campagne.

Comme le jardin chinois, berceau du style paysager, le jardin japonais résume tout un monde en miniature. Les architectes n’en.usent pas moins arbitrairement avec la nature que ceux de notre propre école, mais ils prétendent la pasticher en agençant des matériaux & des objets véridiques. Ce sont des montagnes & des vallons, des rochers & des cavernes, des torrents furieux ou des rivières placides, des forêts en réduction voisinant avec des cultures rares, des ponts, des kiosques, de minuscules maisons, des animaux étranges. L’Extrême-Oriental rêveur, méditatif, curieux de sensations raffinées, trouve de quoi satisfaire son imagination dans ces paysages artificiels qui l’emportent loin de la vie.

Chacun de ces jardins, chacune de leurs divisions constituent un tableau savamment composé, avec motif central. On ne saurait imaginer quels soins minutieux président à leurs aménagements. Des pierres, des rochers véritables y sont parfois amenés de très loin, en plusieurs morceaux quand leur masse en rend le transport difficile, puis reconstitués à l’aide d’un ciment invisible. Les plantes, les arbres, dont la croissance est arrêtée par un traitement subtil, y prennent des dimensions & des formes définitives en harmonie avec l’ensemble. 11 n’est point jusqu’aux mousses répandues sur le sol qui ne soient l’objet de précautions attentives. Ainsi, dans sa petitesse, avec sa parure traditionnelle d’amandiers, de pruniers, de cerisiers en fleurs au printemps, d’acacias parfumés, d’érables, le jardin japonais revêt un caractère singulier de fini & de perfection achevée.

Pour donner à l'acte rituel qu’est la consommation du thé le cérémonial nécessaire, on a pris, depuis des siècles, l’habitude de parer avec un luxe raffiné les parties voisines du jardin.

C’est probablement ce qu’ont voulu rappeler les organisateurs de la Section lorsqu’ils ont fait surgir, autour de leur pavillon de thé, les grâces sinueuses de plantations délicates où se mêlait aux rocailles, aux fines terrasses de bois, l’éclat discret des céramiques entre les clôtures de bambou.

Les Américains, peuple jeune où s’affrontent des races très diverses & dont l’immense territoire présente tant de variété, affirment leur volonté de doter les villes & leurs banlieues des agréments de la nature. Ils encouragent sur leur sol fart du jardinier qui prend, suivant les régions, des formes très différentes.

Le dessin régulier triomphe en Californie avec ses parterres, ses gazons, ses haies taillées. Grâce au climat chaud, comparable à celui de notre Provence, il s’enrichit d’une luxuriante végétation d’arbres & de fleurs de choix.

On le retrouve encore en Pennsylvanie, où subsistent quelques-uns des plus anciens jardins d’Amérique mais où l’on crée aussi beaucoup de jardins modernes. L’austérité des quakers s’y manifeste par une tendance à la simplicité.

C’est l’influence italienne & surtout espagnole qui domine dans le Sud, notamment en Floride, où le patio est à la mode, où s’épanouit dans les cours intérieures toute l’exubérance végétale des tropiques : palmiers, bougainvilliers, lauriers-roses, vignes escaladant les murs & les piliers, fleurs aux tons éclatants qui débordent des jarres & des grands vases. Elles se discernent dans les plantations symétriques & l'architecture des jardins, dans I’étagement des terrasses à balustres, dans la disposition des arbres rares qui découpent leur feuillage à travers l’ardente lumière.

Si la tradition fait défaut dans ce pays neuf, elle a laissé des traces profondes en Allemagne & en Autriche où tour à tour les Pays-Bas, la France, la Grande-Bretagne ont envoyé leurs artistes, où les princes & les empereurs rivalisèrent de magnificence. Toutefois, sans dédaigner ces grands exemples, Allemands & Autrichiens ont su se dégager du passé pour constituer un art moderne.

Une rigoureuse méthode apparaît dans le jardin allemand. Le terrain s’harmonise avec l'architecture. Aux amples surfaces très sobrement ornées, aux grandes lignes rigides correspondent les divisions des plates-bandes & le dessin des parterres. Le rapport des parties planes avec les parties en relief est minutieusement étudié. Les proportions sont mesurées avec exactitude. Les couleurs sont distribuées selon une juste cadence. Un soin jaloux préside à la répartition des divers éléments, chemins dallés, terrasses, bassins & fontaines, de manière à déterminer des points de vue précis, à obtenir des effets savamment ménagés. Tout est net, discipliné, depuis les dalles des pavements jusqu’aux pierres des murs.

Il y a plus de fantaisie en Autriche. Une recherche volontaire du rythme, un besoin d’élégante netteté vont de pair avec un sentiment délicat de la nature.

L’art des jardins est prospère dans l’Europe du Nord. Au Danemark il participe du bon goût qui se manifeste actuellement en architecture. On y voit des aménagements de grande allure qui rappellent notre style classique : parterres où se découpent de gracieuses arabesques entre des charmilles &des cabinets de verdure, vastes pelouses peuplées de statues, rehaussées de massifs de fleurs & bordées d’allées rectilignes de grands arbres aux sombres verdures.

C’est aussi le style de Le Nôtre qui domina longtemps en Suède. On y a repris sans peine les dispositions régulières, mais en les faisant voisiner avec de libres arrangements où les arbres vivent sans contrainte, où croît avec exubérance une ardente végétation, où s’étalent des pièces d’eau parsemées de nymphéas.

L’architecture des villas offre de majestueuses terrasses ayant vue sur la mer ou sur les montagnes, sortes de cours-jardins symétriquement dallées, bordées de colonnades auxquelles se mêlent les troncs droits de quelques arbres, des ifs taillés en pyramides, opposant ombre & lumière, lignes horizontales & verticales.

A défaut de ces exemples, nous avons pu du moins goûter le charme du bassin plat, encadré de marbre blanc, de gazon, de buis en boules, où se reflétait le portique du Pavillon Suédois.
Les Hollandais ont accueilli les tendances nouvelles. Leurs conceptions séculaires les y préparaient; les jardins qu’ils créent aujourd’hui ont beaucoup de points communs avec l’antique jardin néerlandais. Celui-ci procédait déjà de l’aspect même du pays & des mœurs qui n’ont point changé.

L’ordonnance est calme, symétrique, presque monotone; elle se compose de droites qui se coupent en compartiments géométriques. Les arbres sont rares comme le soleil dont ils n’ont pas besoin d’atténuer les rayons. Ils s’alignent aux lisières en rideaux ou en allées doubles. L’eau, par contre, est abondante. Immobile elle remplit les canaux & les bassins rectilignes.
La richesse est dans les fleurs, dans la variété des tulipes qui font des tapis éclatants entre les verts gazons & les allées de briques roses. Elle est aussi dans le choix de nombreux ornements : tonnelles, kiosques & statues.

De tout cela, le Pavillon des Pays-Bas, faute de place, n’a pu nous donner qu’un aperçu. Toutefois son architecte évoquait le style national par le double miroir d’eau, coupé d’allées de briques & par les socles massifs, couronnés de fleurs d’un seul ton.

Belgique. — Entre la France & la Hollande & près de la Grande-Bretagne, la Belgique n’échappe point aux influences de ces pays. D’ailleurs son climat réunit quelques traits des leurs. Moins brumeux que celui de l’Angleterre, il est moins sec que le nôtre & se prête mieux à la croissance des plantes rustiques. Aussi les Belges ont-ils la passion du jardinage. Ils ornent de fleurs leurs balcons. Ils aiment à les cultiver eux-mêmes; ils entendent leur réserver une large place.

Cependant ils se sont ralliés aux dispositions régulières. Mais à l’équilibre des proportions ils mêlent une note pittoresque & picturale; dans un dessin étudié avec soin ils introduisent les formes imprévues de la végétation libre. Ils inclinent pour des jardins d’une intimité plaisante.

C’est à l’un de ces architectes de talent que nous dûmes l’agréable petit jardin contigu au Pavillon de la Belgique, où pourtant il n’avait pu nous rappeler la splendeur des floralies flamandes.

Luxembourg. — Le Luxembourg, non moins attaché que le Royaume belge au culte de la fleur, avait tenu à en faire un des éléments principaux de sa participation. On n’a pas oublié la fraîche & séduisante roseraie qu’il aménagea sur le Cours-la-Reine, où, dans le rectangle d’une haie taillée, sur les faces de laquelle s’inscrivaient trois porches légers en bois peint, était enclose une belle collection de rosiers répartis avec goût, en compartiments symétriques.


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