Décor et Mobilier de la Rue

Paris 1925 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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worldfairs
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Décor et Mobilier de la Rue

Message par worldfairs » 06 oct. 2019 04:08 pm

Texte du livre "Arts décoratif & industriels modernes" de 1925

SECTION FRANÇAISE.

A l’urbanisme se rattachent un certain nombre d’éléments qui contribuent au confort ou à l’agrément de la vie. Les uns font partie de l’aménagement des voies : lampadaires, réverbères, fontaines, lavatories, baraques, kiosques, mâts & poteaux de trolleys, plaques indicatrices, entrées souterraines, édicules. Ils dépendent en général des Services municipaux. Les autres, laissés à l’initiative privée, intéressent pourtant la collectivité puisqu’ils participent à l’embellissement de la rue. Ce sont les devantures des magasins & des boutiques.

Des premiers les urbanistes usent avec modération. Chez nous, il faut l’avouer, l’incurie & le mauvais goût ont toujours prévalu dans ces ouvrages. On ne sort guère de la banalité que pour tomber dans les surcharges d’ornements surannés revêtant des formes pauvres. La seule tentative digne d’attention aboutit à la fin du dernier siècle à ces entrées du Métropolitain dont le «Modern style» a suscité quelques critiques. Mais ni les besoins nouveaux de la circulation ni l’extension de l’éclairage électrique aux kiosques, aux signaux, aux lampadaires, n’ont révélé jusqu’à présent des inventions originales.

Dans nos avenues, les bancs demeurent inconfortables & disgracieux; les boîtes aux lettres & les avertisseurs d’incendie affectent des silhouettes saugrenues; les plaques indicatrices demeurent toujours illisibles & d’une attristante laideur.

Il y a là un large champ de recherches que l’Exposition devait opportunément provoquer.

Toutefois, faute de débouchés, les artistes n’ont que rarement répondu à son appel. On a pu voir quelques œuvres remarquables qui, du reste, n’étaient pas rattachées à la Classe 26; des transformateurs électriques dont le décor était emprunté aux seuls éléments de transmission du courant, fils, supports & isolateurs; des kiosques dont les auteurs avaient su trouver, par l’emploi de matériaux modernes, ciment armé, bois contreplaqué, d’attrayantes combinaisons de plans & de lignes, assez sobres pour ne point compter dans la perspective générale, assez imprévues pour attirer l’attention.

Les quelques appareils d’éclairage en béton, érigés par les Services de la Ville de Paris, montraient, à défaut d’élégance, une volonté de construction rationnelle.

Il convient, d’autre part, de signaler l’initiative de plusieurs fonderies importantes qui, en dépit de la routine, demandèrent à des artistes des modèles de lampadaires, de bancs & de monuments funéraires. Ils étaient installés dans les rues du Village français sur le seul emplacement qui pût leur offrir une ambiance favorable. Pour les lampadaires on avait employé la lumière nue afin d’obtenir le maximum de puissance, mais en la protégeant avec soin; on avait fait choix de lyres minces, ne donnant aucune ombre portée sur le sol. Le support se réduisait à une tige verticale; la décoration en était d’une extrême simplicité, dépourvue de grosses saillies, pour enlever à l’appareil tout caractère encombrant & pour en rendre d’autre part l’escalade impossible.

Un candélabre prévu pour la bordure d’un trottoir présentait, du côté de la chaussée, un soubassement uni, facilitant le nettoyage &, du côté des maisons, une vaste case, un poste pour le service, un réservoir pour les ampoules de rechange; dans les deux sens longitudinaux du parcours, l’indication de la rue & de l’arrondissement étaient d’une parfaite lisibilité.

Les mêmes préoccupations logiques avaient déterminé la construction d’un banc en fonte à deux places : décoration sobre sans saillies, écartement des supports combiné pour laisser aux deux places l’appui du dossier, siège & barre incurvés pour assurer le confort.

On avait joint à cette Section quelques monuments ou ornements funéraires, disposés dans le cimetière du Village français. Certains d’entre eux, pour la plupart en fonte, se recommandaient par le respect de la destination & de la matière.

On y regrettait l’absence des accessoires de la rue, depuis les plaques indicatrices jusqu’aux boîtes aux lettres dont le renouvellement apparaît si nécessaire.

Les boutiques dues à l’initiative privée, par leur diversité, leur gaieté, la lumière qu’elles répandent, ajoutent singulièrement à l’attrait de la rue. Par la présentation des objets exposés, elles constituent un instrument important de publicité.

La composition originale des boutiques date de quelques années seulement. A Paris & dans plusieurs grandes villes de province, on en voit les effets séduisants & ingénieux. Complétant des immeubles modernes ou habilement plaquées sur de vieilles maisons, les nouvelles boutiques procèdent d’une heureuse fantaisie alliée à la logique.

Si leurs destinations diverses font leur infinie variété, elles commandent, d’autre part, les grandes lignes de leur construction & le choix des matériaux. Des livres ou des objets d’art ne peuvent être présentés comme des produits alimentaires. La plupart des architectes en tiennent compte avec à-propos.

A l’Exposition, les boutiques proprement dites étaient principalement groupées au long de la galerie sur la gare des Invalides & sur le pont Alexandre III.

Certaines de leurs façades avaient surtout un caractère architectural ou décoratif. Les unes marquaient le souci de rompre avec les alignements monotones. C’étaient des combinaisons simples de lignes sobres; un porche accueillant sur plus de la moitié de la surface, ou d’amusants décrochements qui (déployaient les vitrines en éventail. D’autres s’ornaient de matières qui rappelaient leur contenu. L’émail égayait de ses claires & brillantes colorations une vitrine de fers émaillés; clés motifs de ferronnerie encadraient les œuvres d'un orfèvre; des panneaux de bois sculpté annonçaient un meublier.

Plusieurs de ces compositions témoignaient d’une intention publicitaire. Tantôt l’effort se portait sur l’étalage, celui-ci se présentant comme une toile sans cadre, celui-là s’enrichissant d’un encadrement dont les lignes rentrantes concentraient l’attention sur la glace, cet autre se développant en une suite de cases vitrées formant feuilles de paravent. Tantôt la boutique elle-même venait renforcer l’effet du premier plan : ici, le fond du magasin montrait en perspective les articles réunis à l’intérieur, laissant voir leur détail; là, tout le magasin était mis, pour ainsi dire, en vitrine dans une cage polygonale flanquée de deux portes. Parfois la façade était faite pour concentrer l’intérêt sur une sélection : large encadrement, vitrines de dimensions réduites. Telle boutique projetait vers les flâneurs son ventre à angle obtus derrière lequel s’abritaient quelques objets de choix; telle autre, avec sa large glace rectangulaire ou inclinée de manière à éviter les reflets, offrait aux regards des pièces exceptionnelles.

Parfois enfin la façade constituait une enseigne; elle formait un hall-musée autour d’un porche très ouvert ou, disposée en retrait, provoquait l’arrêt du passant, ou se privait de vitrines pour faire place à des attributs spirituellement disposés.

Dans un aussi vaste champ on ne saurait énumérer toutes les trouvailles des architectes. Du moins ont-ils donné une très heureuse idée du décor que la boutique est appelée à fournir à la voie publique de demain.


SECTIONS ÉTRANGÈRES.

Le mobilier de la rue a fait l’objet d’études & de recherches intéressantes dans certains pays étrangers, principalement ceux du Nord de l’Europe. On y utilise dès maintenant des éléments bien conçus qui, non seulement s’harmonisent avec le cadre de la ville, mais procurent encore à ses habitants des avantages appréciables.

On eût souhaité d’en voir quelques-uns groupés autour des pavillons des nations exposantes. Mais cet espoir ne fut pas réalisé. Seul le Pavillon britannique montrait un modèle courant de boîte aux lettres. Un autre s’accolait au Pavillon des Pays-Bas, pratique, libre de tout décor, mais élégant néanmoins & de justes proportions.


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