Pavillon des Pays-Bas

Paris 1925 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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worldfairs
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Pavillon des Pays-Bas

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Texte du livre "Arts décoratif & industriels modernes" de 1925

Les salles du Grand Palais, occupées par la Section néerlandaise, avaient été organisées par Th. Vijdeveld, qui dirigeait naguère la revue d’avant-garde Wendingen. Dans l’une d’elles, un groupe d’architectes exposait des photographies & des dessins représentant clés blocs de maisons, des cités ouvrières, des écoles, des villas, des immeubles pour des magasins ou des banques, construits en ces dernières années. Pour le visiteur étranger aux récentes manifestations de l’activité artistique de ce pays, c’était une étonnante révélation. II entrait dans un monde nouveau : un monde aux formes puissantes, étranges parfois, où se manifeste un curieux mélange de rationalisme rigoureux & de recherches esthétiques, un ensemble impressionnant créé par la volonté d’un peuple dont toute l’histoire est un exemple de ténacité méthodique.

Dans tout cela, sauf la netteté des baies closes, la mise en œuvre des briques rouges, presque rien qui rappelât la maison hollandaise d’hier, fille de celle qu’ont aimée les Vermeer, les Pieter de Hooch, mirant dans l’eau des canaux son joli pignon à gradins. Dans tout cela, malgré la variété des talents individuels, une unité d’expression, une parenté évidente avec les meubles hollandais, créés d’ailleurs le plus souvent par ces mêmes artistes qui ont bâti cités, écoles & grands immeubles modernes.

Le problème de l’habitation devait avoir une importance capitale dans un pays dont la population a doublé depuis un demi-siècle. Pour remédier à la crise du logement devenue aiguë en 1916, État & municipalités prirent des mesures énergiques. Ils encouragèrent les initiatives individuelles, ils apportèrent leur aide à des sociétés. Grâce à leur concours, à Amsterdam, à la Haye, à Rotterdam, à Utrecht, on vit, entre 1919 & 192^5, surgir des quartiers nouveaux, des villes entières. La parfaite cohésion de ces ensembles est due à leur réalisation rapide par un groupe d’architectes imbus des mêmes principes & pour qui l’unité n’est plus la maison, mais le pâté de maisons, la rue, le quartier, la cité ouvrière avec ses places & ses jardins. Elle a été favorisée par de sages prescriptions : depuis 1901, l’entrepreneur n’est plus libre de bâtir à sa guise des habitations populaires. Un architecte lui est imposé qui, lui-même, soumet ses plans à une commission d’esthétique.

Deux artistes éminents ont exercé sur la nouvelle architecture hollandaise la plus heureuse influence. L’un est fauteur justement célèbre de la Bourse d’Amsterdam (1898-1903), le Dr H. P. Berlage. A l’âge de soixante et onze ans, il poursuit encore son labeur. L’autre est De Bazel, mort en 1923, au moment où s’achevait l’ossature en béton armé de son plus bel édifice, l’immeuble d’une banque d’Amsterdam. Rompant avec un formalisme arbitraire, le Dr Berlage a continué, au nom de la raison & de la sincérité, le bon combat mené jadis par Cuypers,-épris lui-même de l’architecture médiévale comme l’était chez nous Viollet-Le-Duc. De Bazel, architecte sensible, aux recherches variées, s’était surtout attaché à la clarté pure des formes, à la noblesse des proportions.

Les plus distingués d’entre les architectes à qui ces maîtres ont ouvert la voie, sont ou furent des disciples indépendants. Citons parmi eux De Klerk, le plus fantaisiste, mort jeune, en 1923, J. M. Van der Mey, Piet Kramer, G. J. Rutgers, J. F. Staal, Mertens, Dudok, architede de la commune de Hilversum où il a exécuté un ensemble de travaux d’une vigoureuse originalité, H. A. J. & Jan Baanders & J. J. P. Oud, de Rotterdam, tous représentés à l’Exposition; Jan Wils, du groupe de Stijlj & Werschoor qui ont doté la Haye d’immeubles à loyer d’un type nouveau en Hollande.

Leurs œuvres, aussi importantes par la qualité que par le nombre, ne sont pas issues de formules passivement acceptées. Elles témoignent d’un conflit émouvant entre deux tendances qui, de tout temps, s’opposent. Tel qui croit n’obéir qu’à la raison se laisse tenter par une recherche de caractère légitime, mais dangereuse quand l’imagination y a trop de part, car elle peut conduire à une nouvelle convention. J. J. P. Oud, rationaliste convaincu, bannit non seulement tout décor, mais toute forme qui n’est pas dictée par le programme & la matière & n’exprime pas une fonction. 11 n’aspire qu’au rythme austère créé par la répétition d’éléments rectilignes. D’autres, tels que De Klerk, Dudok, s’ils éliminent le détail mesquin, sacrifient parfois à un idéal préconçu de grandeur massive. Tantôt le toit traditionnel est remplacé par une terrasse, tantôt, au contraire, il devient énorme. Certaines oppositions de cubes, certaines saillies de plans, parfois même de larges courbes semblent plutôt voulues par une esthétique arbitraire que par la solution précise des données architecturales. Ici une tour rectangulaire produit un effet saisissant. Mais peut-être n’a-t-elle jailli que pour alléger d’un élan une masse horizontale.

C’est de cette dernière tendance, imprégnée de romantisme, que relevait le Pavillon national des Pays-Bas, construit par M. J. F. Staal. Ici, du moins, la grave fantaisie de l’architecte ne s’appliquait ni à une maison, ni à un édifice d’une destination pratique. Le pavillon abritait une salle mystérieuse, évoquant le luxe des Indes. Un toit énorme, légèrement relevé à la base, comme celui d’une pagode, pesait sur des murs trapus. L’ensemble se reflétait dans deux bassins rectangulaires bordés de briques, comme il l’eût fait dans les canaux. Au pied des murs, en de larges corbeilles, des fleurs montaient.

Sur le pignon de la façade postérieure, couronnée par les armes des Provinces-Unies, en faïence de Delft, les briques, disposées avec une virtuosité remarquable, dessinaient des flots portant une nef. Briques, tuiles, bois, matériaux nationaux, tenaient la plus grande place dans cette construction. Mais le béton y intervenait. C’étaient des poteaux, peu visibles, soutenant la masse du toit, qui avaient permis d’ouvrir, au-dessous de sa saillie, une frise lumineuse. Comme dans le Pavillon du Tourisme, de façon non moins étonnante, des lames de verre dépoli paraissaient porter une charge & n’étaient qu’une clôture.

A l’extérieur, des sculptures sommaires, taillées directement dans la pierre par Hildo Krop; au dedans celles de John Raedecker, en bois peint & en béton, accompagnaient parfaitement cette œuvre solidement assise & d’une forte concentration.


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Re: Pavillon des Pays-Bas

Message par worldfairs »

J. F. Staal, architecte.

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