Les matériaux de construction

Paris 1889 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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Les matériaux de construction

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 17 aout 1889"

La classe 63 qui comprend le « matériel et les procédés du génie civil et de l’architecture » est une des plus importantes; cependant, si on en jugeait par le nombre de ses visiteurs, on pourrait bien la classer au dernier rang. En effet, si le Champ-de-Mars et l'Esplanade regorgent souvent de monde, on jouit dans les différents emplacements occupés parla classe en question, de la tranquillité la plus complète, sauf toutefois à la galerie des machines où Ton va non pas pour visiter du matériel, mais surtout pour admirer le palais lui-même et les immenses machines auxquelles le public cependant si empressé ne comprend goutte. Pourquoi s’en étonner, n’est-ce pas encore dans le programme? L’exposition est la fête du centenaire, on n’y travaille pas. On a reproché aux organisateurs d’avoir manqué leur classement ; nous l’avons fait nous-même ici. Reconnaissons nos torts car il ne semble venir à l’idée de personne que Ton puisse travailler à l’Exposition : on y recherche le plaisir des yeux; le spectacle étant réussi, on est satisfait et les sections purement techniques restent désertes. Aux Invalides, le matériel placé derrière le panorama de Tout-Paris ne reçoit que les visiteurs qui se figurent arriver par là à quelque village javanais ou indien, mais dès que Terreur est reconnue ils rebroussent chemin bien vite.

Au Trocadéro, sur la berge, comme il n’y a pas d’erreur possible, puisqu’on a écrit en grosses lettres : matériaux de construction sur les hangars, — mettons pavillons — personne ne descend, bien qu’il y ait là de quoi intéresser des constructeurs : Une foule de matériaux de construction avec leurs différentes applications.

On serait donc mal venu de reprocher aujourd’hui à MM. Alphand et Berger un manque d’ordre ; l’expérience a prouvé amplement que les sections les mieux disposées pour se prêter à une inspection sérieuse mais purement technique ne reçoivent aucun visiteur.

Nous n’avons pas suivi cet exemple et nous sommes brave ment entré dans tous ces petits déserts pour y prendre les notes suivantes :


COUVERTURE

Les variétés de couvertures sont aujourd’hui presque innombrables; après la tuile et l’ardoise qui ont été pendant longtemps les seules couvertures pratiques et ininflammables, zinc et la tôle sont venus leur faire concurrence. Nous :k parlons pas du plomb, du cuivre, de la pierre et du ciment, du verre, etc., qui ne sont employés qu’exceptionnellement dans des cas tout spéciaux, comme aussi le carton et le chanvre bitumé qui sont des couvertures essentiellement provisoires.

Ces nouveaux venus ont naturellement stimulé les anciens et chacun s’attache à démontrer sa supériorité sur son voisin, en se perfectionnant sans cesse et en montrant sa souplesse à se prêter économiquement à toutes les exigences.

Nous sommes loin maintenant des simples tuiles plates ; les tuiles à recouvrement et à emboîtement les ont remplacées presque partout ; les toitures en sont devenues plus légères, d’où économie dans la charpente. Dans les pays où règnent de grands vents, cette légèreté est incompatible avec la stabilité, aussi aujourd’hui beaucoup de fabricants ne posant plus simplement leurs produits sur le voligeage ; la tuile est percée d’un trou dans lequel passe un fil de fer qui revient ensuite embrasser les lattes et rendre la couverture solidaire de la charpente. Ce pannetonage (fig. 1), système de Montchanin, est souvent indispensable pour les premiers rangs des toitures, qui dépassent les murs dans les constructions où l’on ne peut voliger ou plafonner complètement ces parties avancées.

materiauxconstructionfig1-5.jpg

Dans les constructions circulaires, telles que les rotondes, les tuiles plates reçoivent encore de nombreuses applications; la facilité avec laquelle ont les fabrique permet de leur donner une surface telle que les deux longs côtés convergent vers le centre (tuiles gironnées, fig. 2). On les pose ainsi comme des tuiles ordinaires et on est dispensé de faire les noues et les arêtiers, qui seraient rendus indispensables par l’emploi des tuiles rectangulaires.

Une couverture posée sur latis à claire-voie chauffe les greniers, dans certains pays d’une façon intolérable, aussi bien qu’en hiver elle laisse prendre à ces locaux la température extérieure. En un mot une pareille couverture est conductrice ; or on sait que l’air est au contraire un bon isolant ; il était donc naturel de l’employer.

La chose était facile : on savait faire des briques creuses; on n’avait donc qu’à appliquer ce mode de fabrication à celui de pièces plus minces que l’on placerait sous les tuiles ordinaires. C’est ce qu’ont fait un certain nombre de fabricants et notamment la maison Royaux, qui emploie la disposition ci-contre (fig. 3) pour couvrir les établissements industriels. On remarquera que dans cette figure la faîtière ne couvre pas seulement l’arête supérieure, mais que la partie en retour sur le versant vitré n’est que la continuation d’une tuile ordinaire; la pièce est ainsi plus lourde et résiste d’autant mieux au vent.

materiauxconstructionfig4.jpg

Les joints des châssis placés dans les toitures en tuile se font soit avec du mortier, soit avec du zinc, or on sait combien ces joints sont ou peu durables ou difficiles à bien exécuter. Avec les tuiles plates ordinaires, on ne peut agir autrement, mais avec les tuiles à emboitement, il est certain qu’il a suffi de donner au châssis en fonte la même forme et les mêmes dimensions qu’à plusieurs tuiles réunies, pour que cette pièce vienne s’intercaler dans la couverture tout aussi facilement que les autres, puisque les joints sont faits de la même manière.

La figure 4 représente un châssis de Montchanin placé à une certaine hauteur au-dessus du plancher et que l'on manœuvre à l’aide d’une petite corde et d’une poulie tout aussi facilement que s’il était à portée de la main.

materiauxconstructionfig6.jpg

Ces châssis permettent d’obtenir à volonté de la lumière et de l’air, mais ils grèvent toujours un peu le prix de la couverture. Dans les constructions rurales, qui doivent être construites économiquement, il n’est pas toujours nécessaire de prendre autant de jours que celui donné par un châssis d’une surface égale à celle de plusieurs tuiles. On se contente ou de placer de temps en temps une tuile complètement en verre comme on en construit depuis un certain temps déjà à Saint-Gobain, ou, plus économiquement, car la quantité de verre est alors beaucoup moindre, on place un petit verre à vitre dans le vide laissé au milieu d’une tuile qui forme simplement cadre (fig. 6). Avec ce dernier système, on ne peut plus ventiler comme on le fait en levant un châssis : on place des tuiles chatières (fig. 6) grillées ou non cl qui donnent une ventilation permanente, tout en ne laissant pas facile accès à l’intérieur, comme le fait un châssis en fonte d’une certaine dimension.


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Texte et illustrations de "La construction moderne - 7 septembre 1889"

LA COUVERTURE

Pour compléter ce qui a été dit dans cette revue de la couverture en tuiles à l’Exposition universelle, il nous reste à étudier divers types qui, tout en étant connus de tous, dans leur ensemble, par la notoriété de leurs fabricants, et leur qualité supérieure comme durée et comme élégance, exigent cependant un supplément d’information en ce qui concerne leur emploi dans les conditions ambiantes les plus diverses, et les différents moyens suivis pour leur mise en place avec toute la solidité nécessaire à une couverture soignée.

On a étudié dernièrement le pannetonage du type de Montchanin, destiné à résister à de grands vents, nous donnerons cette fois le système employé par M. Emile Muller qui, appliqué dans des conditions extérieures analogues aux précédentes, donnent un excellent résultat, à tous les points de vue.

Enfin, on a montré divers systèmes de tuiles: tuiles faîtières, tuiles plates, tuiles gironnées, carreaux tubulaires, tuiles pour chatières, etc.Aujourd’hui nous parlerons des tuiles à recouvrement et des tuiles à emboîtement.

couverturefig1-4.jpg

La figure 1 montre la tuile à recouvrement dite « tuile Emile Müller ». La coupe faite au droit du joint donne immédiatement l'explication de ce type : On voit, en effet, que l’étanchéité dans ce système doit être aussi parfaite que possible; la saillie au delà du talon d’emboîtement la détermine d’une façon complète. Chaque tuile pèse en moyenne 3 kilos, et il en faut environ 14 au mètre; le prix est de 200 francs le mille.

Un autre système est celui représenté (fig. 2) par la tuile à emboîtement pesant 2k800. Ici la saillie n’existe plus, et il est nécessaire que l’emboîtement soit exécuté d’une façon tout à fait rigoureuse, si l’on veut éviter les infiltrations qui, les jours de grandes pluies, peuvent se produire et occasionner des dégâts à l’intérieur de la construction.

La pose des tuiles, dans les deux systèmes considérés, se fait de la même façon. On emploie, pour les soutenir, aussi bien des lattis en bois que des lattis en fer; tout dépend do la facilité plus ou moins grande que l’on a dans le choix de ces matériaux. La figure 3 montre une couverture en tuile à recouvrement établie sur des lattes en bois de sapin. La pose de cette couverture est assez délicate, et il faut avoir bien soin de veiller attentivement à ce que les ouvriers chargés du travail l’exécutent avec précaution, si l’on veut éviter les déchets trop considérables. A cet effet, les lattis non encore placés, on mesure la tuile de manière à connaître exactement, par avance, le nombre qu’il en rentrera par rangée, et aussi le nombre des rangées, puis on lattera. On vérifiera ensuite, avec le plus grand soin, l’écartement convenable des lattes, de façon à ce que les joints des rangées de tuiles soient bien rectilignes, et parfaitement perpendiculaires à l’égout du toit. Toutes ces précautions prises, le travail sera fait dans les meilleures conditions possibles, et partant ne pourra qu’être satisfaisant.

Il est nécessaire d’employer pour cette couverture trois mètres linéaires de lattis par mètre superficiel de couverture. Les dimensions des lattes en sapin sont les suivantes : de 40 à 50 millimètres de largeur pour 25 à 27 d’épaisseur; l’écartement des chevrons étant de 0m,60 à 0m,80. Quand les lattis employés sont en fer, on prend généralement, pour le genre de couverture qui nous occupe, de petits fers cornières de 25 à 30 millimètres de côté, ou encore des fers simple T.

Dans les coupes représentées par la figure 4, nous avons montré la distinction à faire entre les joints de deux tuiles à recouvrement, et de deux tuiles à emboîtement. Tout le monde peut ainsi apprécier ce que nous disions tout à l'heure sur la valeur respective des deux joints.

Enfin, pour compléter ces renseignements sur l’exécution d’une couverture en tuiles, nous dirons que la pente la plus convenable est de 23°, soit 0m,40 par mètre.

Nous allons étudier maintenant un mode d'attache des tuiles employé dans dos conditions climatériques spéciales : nous voulons parler des constructions placées au bord de la mer, exposées ainsi à des ouragans venant du large, ou dont la situation au sommet d’une colline, par exemple, les condamne à être constamment battues par les vents dominants de la contrée.

couverturefig5.jpg

Le système employé par M. Millier est représenté par la figure 5. On voit par-dessous deux tuiles à recouvrement et à emboîtement avec leur moyen d’attache sur la toiture : ce sont des sortes d'ergots ou d’oreilles percés d’un trou, pour permettre le passage du fil de laiton, ou de fer galvanisé, qui, d’autre part, est fixé à la latte ou au chevron au moyen d’un clou ; il n’y a qu’un ergot par tuile. Quelquefois, dans les cas tout à fait particuliers, il y a deux attaches, ce qui rend le système absolument inébranlable. La différence avec le système de la maison Royaux consiste simplement en ce que l’ergot dans ce dernier cas est rejeté complètement à l’arrière.
Quant à la différence avec la tuile de Montchanin, elle n’est pas très sensible.

couverturefig6.jpg

Enfin, pour terminer cette rapide étude, nous allons encore parler succinctement de quelques cas particuliers. Nous disons cas particuliers, parce qu’ils sont généralement fabriqués à la demande de l’architecte suivant les nécessités de sa construction. Ainsi, par exemple, la figure 6 montre une tuile spéciale destinée à laisser passer un tuyau de fumée; cependant dans ce cas, les dimensions des tuyaux étant connues d’avance. parce qu’il y a des dimensions courantes adoptées partout, on peut trouver ces tuiles toutes fabriquées a l’usine; leur poids est de 3k leur prix de 1 franc.

On fabrique également des tuiles spéciales pour la ventilation des greniers, et aussi pour leur faire prendre du jour. Celle représentée sur le dessin de la figure G est à cadre métallique portant la vitre. Le poids de la tuile, abstraction faite de la garniture, est d’environ G kilos, le prix est, croyons-nous, de 2 fr. 75.

Pour les combles devant être simplement recouverts d’un vitrage, on emploie quelquefois des tuiles eu verre (fig. 6). Elles sont à peu près identiques, comme forme, aux précédentes, mais leur poids et leur prix sont sensiblement plus élevés ; elles valent environ 3 francs. On fabrique encore des tuiles en terre, vitrée. Ce sont des tuiles disposées de façon telle qu’on vient placer la vitre après coup, quand le restant du système est déjà en place. Elles sont peut-être plus économiques que les précédentes, et peuvent être employées dans les cas ne nécessitant pas une décoration spéciale.

Nous ne parlerons pas d’une façon particulière cette fois des châssis spéciaux à la tuile : le dessin qui en a été exposé précédemment donne une idée suffisante de leur forme, et il est inutile de nous appesantir davantage sur ce sujet.

couverturefig7-9.jpg

Disons maintenant encore un mot des tuiles faîtières : nous distinguons d'abord (fig. 7) la faîtière demi-cylindrique toute unie, c’est-à-dire sans emboîtement ni recouvrement. Comme on le voit, son emploi doit être limité à la couverture de hangars sous lesquels on ne craindra pas l'humidité. Sa longueur est de 0m50, et les prix de 0 fr. 60 à 0 fr. 80 suivant les largeurs adoptées.

Les figures 8 et 9 nous montrent les faîtières à emboîtement et à recouvrement. Enfin, on construit encore des faîtières spéciales pour les couvertures en ardoises, et pour les expositions à de grands vents. Dans ce cas, il y en a de clouées sur le recouvrement, d’autres par-dessous.

Terminons par un court exposé sur les tuiles fabriquées spécialement, et employées à la couverture des arêtiers et des noues. On amène, sur les deux égouts du bâtiment, les tuiles suivant le procédé ordinaire, puis on vient placer les tuiles spéciales, dont les dimensions ont dû être préalablement déterminées, et qui doivent venir s’adapter exactement sur les premières. Il en est de même pour les noues.
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 14 septembre 1889"


LA COUVERTURE

Nous terminons ici l’étude de la tuile à l’Exposition universelle; nous l’avons montrée sous toutes ses formes, et dans ses modes d’emploi les plus divers, en insistant, à dessein, sur les détails d’application qu’il est utile de rappeler de temps à autre à la mémoire des constructeurs.

En effet, il ne suffit pas toujours d’être un artiste éminent, il faut, pour être complet, joindre à cette valeur la connaissance parfaite des matériaux employés, aussi bien parleurs qualités respectives que par leur mode d’emploi dans les meilleures conditions possible; il est également nécessaire d’être, en un mot, un habile praticien.

Et maintenant, qu’il nous soit permis, avant d’abandonner définitivement ce sujet, de jeter un coup d’œil en arrière et de contempler un peu l’immense chemin parcouru, depuis quelques années, par cette industrie. Nous sommes loin dos rudimentaires tuiles flamandes et demi-cylindriques qui se rencontrent encore dans quelques pauvres villages du Centre et de l’Ouest de la France. Aujourd’hui, nous avons une multitude de toitures en tuiles du plus gracieux aspect et, sans parler des coupoles des palais des Arts à l’Exposition qui sont des chefs-d’œuvre, en ne considérant que les maisons particulières, nous avons à notre disposition, la décoration s’en mêlant, un genre nouveau qui, employé par des hommes de talent, peut créer une architecture spéciale dont les brillante-couleurs apporteront leur gaîté au milieu de nos cités, un peu monotones quelquefois, par l’uniformité de leur décoration. Il y a eu déjà des tentatives faites en ce sens, et nous devons reconnaître qu’elles ont brillamment réussi.

Mais laissons là ces considérations, elles nous entraîneraient trop loin, et dépasseraient le but que nous poursuivons.

Nous allons continuer notre revue de la couverture en ardoise qui est assez abondante à l’Exposition universelle.

Disons d’abord, en un mot, ce qu’est l’ardoise: c’est une pierre schisteuse jouissant de la propriété d’être facilement découpée en lames minces et unies. Etant d’une grande légèreté, cela lui constitue, dans certains cas, un avantage considérable, et détermine souvent son emploi quand on a la possibilité de l’avoir à bon marché. Mais il y aussi une considération importante qui intervient quand il s’agit de fixer son choix ; c’est la pente que doit avoir la couverture à construire; ainsi, dans le bassin de Paris, on ne peut, à cause du climat, employer l’ardoise pour des toitures dont la pente n’est pas au moins de 30°. Si on dépassait ce minimum, il faudrait craindre que l’humidité gagnant peu à peu l’intérieur du joint ne pénétrât insensiblement dans la construction même.

Les ardoises employées à Paris proviennent principalement des ardoisières d’Angers, de Renazé, et aussi des ardoisières des Ardennes, mais en moins grande abondance. Il y en a à l’Exposition universelle des modèles variés, et l’on peut y faire facilement son choix. Galerie des machines, classe 63, les ardoisières d’Angers ont une superbe exposition montrant les emplois les plus divers qui peuvent être faits avec l’ardoise; elles ont également une exposition très importante à l’annexe de cette classe, quai de Billy. On peut voir là, en même temps que des outils servant à l’extraction, des blocs bruts, des tables, des urinoirs, des ardoises pour écoliers, etc., différents systèmes d’ardoises. On sait que dans les couvertures de ce genre, on emploie généralement pour les faîtages, les arêtiers et les noues des plaques ou des membrons en zinc ou en plomb ; il y a ici un premier essai de confection d’un faîtage en ardoise : sur l’un des égouts, la dernière ardoise porte à son sommet une sorte de bourrelet, qui constituera le faîtage, se prolongeant sur l’autre égout, la dernière ardoise du second égout vient se placer sous le prolongement; le joint paraît, dans le modèle exposé, bien obtenu; le tout est cloué à la méthode ordinaire sur le voligeage. L’ensemble est solide mais il reste à savoir si cela réussira aussi bien dans la pratique. Nous avons simplement tenu à porter cette innovation à la connaissance de nos lecteurs.

La couverture en ardoise a de nombreux avantages ; elle s’adapte avec la plus grande facilité à tous les systèmes de charpente (bois ou fer), et cela quelle que soit la forme du comble, aussi tourmentée et aussi extraordinaire que l'on voudra; elle jouit, d’une grande solidité à cause de l’épaisseur sous laquelle on l’emploie habituellement 3, 5 et 6 millimètres environ ; les toitures de nos vieux monuments attestent enfin sa durée. De plus, elle a tour à tour l’aspect sévère qui convient si parfaitement à la nouvelle Sorbonne, ou l’aspect agréable nécessité par des monuments comme l'Hôtel de Ville ; tout cela fait défaut, en partie du moins, aux autres matériaux employés pour la couverture. L’ardoise est insensible aux variations de la température ; elle ne gèle pas par conséquent, ce qui explique sa grande durée. Elle conduit mal la chaleur, et ne produit pas le bruit, si désagréable parfois, d’une couverture en zinc sur laquelle tombe la pluie. Enfin, elle se pose avec une facilité extrême, et ne nécessite pas, dans un grand nombre de cas, de gens spéciaux pour ce travail; des manœuvres suffisent amplement à la tâche. Si à toutes ces considérations vient s’ajouter le bon marché d’achat et de transport, on voit qu’on a alors un avantage réel à employer ce genre de couverture.

Nous allons étudier maintenant pour rester fidèle à notre programme, une série de détails de construction montrant l'établissement d’une couverture en ardoise, avec différents systèmes d’ardoises et des modes d’attache divers. En premier lieu nous devons énoncer la règle suivante, applicable à presque toutes les toitures en ardoises : l’écartement entre les voliges du comble doit être égal au pureau, c’est-à-dire à la partie visible de l’ardoise sur le toit. — On peut ainsi fixer tous les éléments nécessaires à la pose de la couverture, le pureau étant égal au tiers de la hauteur de l’ardoise.

couverturefig11.jpg

Les voliges sont débitées soit en peuplier, soit on sapin du Nord ; on ne les fixe sur les chevrons qu’après avoir vérifié, avec le plus grand soin, si l’ensemble de la charpente est réglé définitivement. Il faut éviter autant que possible de faire le voligeage jointif parce qu’il faut toujours permettre la circulation facile de l’air : tout le monde sait que c’est la condition sine qua non d’une bonne conservation de la couverture. — Les ardoises reposent sur trois voliges (fig. 1 et 2), leur bord supérieur affleure le bord supérieur de la volige, tandis que leur bord inférieur dépasse un peu la volige inférieure; elles sont fixées, à la partie supérieure, généralement par deux clous en cuivre.

couverturefig12.jpg

On fait donner facilement aux ardoises la forme que l’on désire le mieux : tout dépend de l'effet décoratif à obtenir. Pour la décoration d’un hôtel particulier, par exemple, où l’on a besoin de tous les éléments décoratifs, on emploiera les ardoises découpées (fig. 2) ; la pose est toujours la môme, seulement il est nécessaire de la confier alors à un ouvrier habile.

Les ardoises, provenant d’Angers, et dont nous venons d’étudier le mode d’emploi, ont les dimensions suivantes : pour la hauteur 21 à 32 centimètres, la largeur de 10 à 22, enfin l’épaisseur varie de 3 à 5 millimètres.

couverturefig13.jpg

Les ardoises anglaises (fig. 3) diffèrent des précédentes par une plus grande épaisseur moyenne. De plus, le pureau ou partie visible de l’ardoise n’est plus établi par la même règle que précédemment : il est fixé par la pente. L’ardoise est aussi clouée au moyen de deux clous en cuivre de préférence au fer galvanisé.
Nous avons encore une observation à faire relativement à la pose d’une toiture en ardoise en général : c’est que les ardoises ne pouvant avoir toutes exactement la môme, épaisseur, il est nécessaire de faire, dès le début du travail, un triage ; les plus fortes seront placées au bas de l’égout, les moyennes vers le milieu, les plus faibles au faîtage.

couverturefig14.jpg

Pour les toitures économiques en ardoise, on peut disposer le système comme il est indiqué (fig. 4). Les chevrons étant écartés de 0m40, et les voliges de 0m 122, on accroche les ardoises avec des crochets métalliques en fer galvanisé ou en cuivre.

On établit très bien, comme on sait, les ardoises sur des charpentes métalliques. Ainsi, comme exemple, nous pouvons citer la toiture de la nouvelle Sorbonne dans laquelle des ardoises reposent sur des lattis en fer à u , et sont soutenues au moyen de crochets en cuivre.

couverturefig15.jpg

Les modes d’attache employés habituellement pour les ardoises sont connus : c’est, ou bien le clou en cuivre ou en fer galvanisé (fig. 5) employé pour les ardoises d’Angers, ou simplement le crochet de môme métal s’il s’agit d’une toiture économique. Il y a, en outre, à l’Exposition, galerie des machines, classe 63, d’autres systèmes exposés qui, naturellement, au dire des inventeurs, sont d’une supériorité écrasante par rapport aux autres. Ainsi la maison Célier expose un système de crochet d’attache nouveau : c’est le crochet à échappement qui permet, en cas de réparations, de retirer les ardoises sans l’aide d’aucun outil. Il assure, parait-il une sécurité et une économie absolues. Nous ne savons ce qu'il y a de vrai dans ces affirmations. Nous n’avons d’ailleurs signalé ce mode d’attache que parce qu’il constituait une petite nouveauté au milieu de l’uniformité générale.

couverturefig16.jpg

Nous devons encore parler, pour terminer, d’une autre innovation pouvant être essayée à l’occasion : c’est le système de la maison Grosjeau qui emploie des sous-joints (fig. 6) en zinc destinés à accrocher et à retenir les ardoises. L’avantage consiste principalement dans la diminution du pureau qui n’est plus que les 4/5 de la hauteur totale au lieu du 1/3 comme précédemment. L'utilisation de l’ardoise se trouve par conséquent plus complète, et si la solidité et l’étanchéité ne sont pas diminuées par cette disposition, il y a à considérer le système avec attention; l’expérience seule peut en montrer la Valeur. On construit ces sous-joints de deux espèces, les uns spéciaux au premier rang qui sont plus longs, les autres plus courts, pour le restant de la couverture. Il faut sept sous-joints au mètre carré, leur prix est de 23 francs le cent. On peut les faire en cuivre, zinc, fer galvanisé, et ils permettent en ouïr une grande variété de décoration.

Nous avons terminé ici la revue de l’ardoise à l’Exposition universelle, nous l’avons faite aussi complète que possible, en ne considérant que les meilleurs modèles et en signalant les quelques innovations parues ces derniers temps. Nous donnerons prochainement un article sur la couverture en zinc en particulier, et sur quelques couvertures employées dans des conditions économiques spéciales.
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Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 5 octobre 1889"

Le zinc fit sa première apparition en Europe au XIIe siècle. Il venait alors de la Chine et des Indes; aussi l’a-t-on longtemps appelé étain des Indes. On ne le prépare, dans nos régions européennes, d’une façon un peu importante et méritant d’être signalée que depuis le milieu du XVIIIe siècle.

Le zinc se trouve dans la nature sous différents états. A l’état de calamine (carbonate de zinc) souvent mêlé alors avec du silicate, ou à l’état de blende (sulfure de zinc) de beaucoup le plus important puisqu’on retire dans ce cas, du minerai, jusqu’à 60% de zinc utilisable. Ces minerais se trouvent en abondance en Angleterre, dans la haute Silésie et en Belgique entre Liège et Aix-la-Chapelle. En France, on en rencontre aussi, mais en bien moins grande abondance, dans les départements du Lot et du Gard.

D’un mot, nous allons dire comment on extrait le zinc de sa gangue : on commence tout d’abord par amener les minerais à l’état d’oxyde de zinc, de manière à les rendre plus facilement divisibles mécaniquement. Le minerai ainsi préparé est mêlé avec son volume de houille sèche en petits fragments, et soumis à l’action d’une température élevée ; l’oxyde de zinc se réduit, et le métal distille en même temps qu’il y a dégagement d’oxyde de carbone.

Le zinc est un métal d’un bleu légèrement bleuâtre, à texture cristalline. Il est cassant à la température ordinaire, mais il devient ductile et malléable entre 100 et 130°, on peut alors le laminer en feuilles très minces qui sont, sous cette forme, employées dans l’industrie. Le zinc est inaltérable dans l’oxygène et dans l’air sec. Au contact de l’air humide, il se recouvre d’une couche imperméable d’hydrocarbonate d’oxyde de zinc, qui préserve de toute altération ultérieure le restant du métal. D'où l’immense application du zinc dans la couverture.

Les avantages présentés par le zinc pour les toitures n’exigeant pas une décoration supérieure, sont tels que partout où l’on a à édifier une construction avec économie, son emploi est indiqué. Il est solide et léger; de plus, il dure longtemps sans nécessiter de réparations; enfin il n’exige pas une grande inclinaison du toit : 10 centimètres par mètre suffisent pour une toiture ordinaire; et pour une terrasse on la réduit très bien à 0. Or l’ardoise exige au moins 30 centimètres et la tuile 43, il en résulte par conséquent, si on considère la surface à couvrir, une réelle économie avec le zinc.

D’après la Société de la Vieille-Montagne, un bâtiment de 12m30 de long sur 6m80 de profondeur, compris maçonnerie, charpente et toiture, coûterait avec du zinc n° 14, le cours officiel du zinc laminé étant de 65 francs les 100 kilos :
Zinc 1,144 fr. 82, soit par mètre carré 16 fr. 40. — Ardoises 1,972 fr. 90, soit par mètre carré 23 fr. 21.— Tuiles 2,902 fr. 80, soit par mètre carré 31 fr. 80.

Les prix pour un hangar de 63 mètres de long sur 18 de large, charpente en fer et couverture en zinc, seraient :
Zinc 18,592 fr. 53, soit par mètre carré. . . 16 fr. 40
Tuiles 29,765 fr. 48 — ... 26 25

Le zinc est plus léger que le plomb. Si nous représentons par 2 la ténacité du plomb, celle du zinc est 10. Sa densité est 7,19, tandis que celle du plomb est 11. 35 ; il est donc une fois et demie plus léger que le plomb.

Depuis quelques années, il y a une tendance à remplacer l’ornementation en plomb, si lourde et si chère, par du zinc estampé; c’est un fait à signaler, d’autant plus que les résultats attestent la possibilité de faire avec ce métal une décoration riche et élégante.

Nous allons maintenant passer en revue quelques-unes des couvertures en zinc employées actuellement, et nous parlerons spécialement des systèmes adoptés par la Société de la Vieille-Montagne dont les types sont visibles à l’Exposition.

Les couvertures en zinc en général doivent être posées à dilatation libre pour éviter les déchirures du métal aux points d'attaches. Le meilleur système de couverture pour les maisons d’habitation est le système dit « tasseaux (fig. 1), avec des voliges très rapprochées afin de réagir contre un des inconvénients du zinc qui, tout le monde le sait, absorbe énormément la chaleur en été, et la laisse perdre avec une égale facilité en hiver; d’où les nombreux inconvénients du comble à la Mansard couvert en zinc.

Le dessin montre le faîtage et un égout d’une couverture en zinc à dilatation libre. D’abord les tasseaux couvre-joints e et les feuilles de zinc f agrafées au droit des tasseaux par des agrafes spéciales dont nous verrons plus loin le détail; puis les couvre-joints h avec leurs tètes n soudées au faîtage g; enfin les tètes de vis o avec les calottes en zinc. La figure montre bien la manière dont on replie les feuilles de zinc au faîtage et contre les tasseaux pour obtenir des joints absolument étanches, pendant que les attaches aux points d’assemblages sont à l’abri de toute dislocation par suite de la facile dilatation ménagée aux feuilles.

Les assemblages des diverses pièces de bois avec les feuilles de zinc sont représentés (fig. 2). Pour retenir les feuilles et les empêcher de glisser, on emploie des pattes en zinc d’un numéro plus fort, clouées sur les voliges, et repliées sur elles-mêmes, de façon à saisir la feuille à sa partie supérieure. Dans le sens de la largeur, les feuilles sont repliées le long du tasseau qui est enveloppé par une bande également en zinc repliée de telle façon qu’elle saisit la feuille comme dans une encoche. Par ce système d’attache dans les deux sens, on obtient un tout parfaitement solidaire, en même temps que la dilatation est absolument ménagée. On recouvre le tasseau de son couvre-joint en zinc, terminé en biseau pour empêcher l’eau de remonter le long du relief, et l’ouvrage se trouve terminé.

Ce système de couverture est celui qui présente le plus de garantie comme durée et comme solidité; de là son emploi presque général dans la couverture en zinc.

Le système Baillot, dit à doubles nervures, que nous représentons (fig. 3) est employé pour toitures, revêtement de murs et lambris. Il diffère du précédent en ce que chaque feuille, mesurant en largeur 0m94, possède quatre systèmes de nervures destinées principalement, dans l’esprit de l’auteur, à diviser la nappe d’eau en cas de pluie, et à l’empêcher d’être chassée tout entière par le vent sur un point quelconque de la toiture. La dilatation est aussi parfaitement ménagée, elle se fait dans le sens de la façade ; or les feuilles n’étant clouées que par leur partie supérieure, il en résulte que la dilatation se trouve également libre dans le sens de la pente. Tout s’opère donc dans de bonnes conditions.

Les assemblages et attaches sont simples, nous en donnons (fig. 4) quelques détails. Les feuilles de zinc sont clouées avec des clous en fer galvanisé; et pour les poser, on perce simplement au poinçon les trous nécessaires dans chaque feuille. Les clous étant placés sous les recouvrements sont à l’abri des intempéries. L’accrochement des feuilles, dans le sens vertical, se fait au moyen de fortes languettes soudées au bas de chaque feuille sur la face interne des joues des nervures. La position presque verticale de ces languettes assure à l’attache une grande rigidité. Enfin, le dessous des feuilles est terminé par un biseau qui laisse dans l’intérieur des recouvrements le vide nécessaire pour empêcher toute infiltration par capillarité.

La figure 4 montre en premier lieu l’application des feuilles sur voliges pleines avec le mode d’attache sur les pannes. Dans les deux autres cas les feuilles sont placées sur lattes. — Le recouvrement des feuilles ne doit pas être inférieur à 0m05, mais il peut être porté à 0m20 s’il s’agit de revêtement de mur, de pignon, etc. Ce système qui paraît bon en ce sens que l’application en est facile, et qu’il est assez élégant, ne détrône cependant pas le précédent qui reste le premier par sa simplicité même.
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