La Pagode d'Angkor à l’esplanade des Invalides

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worldfairs
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La Pagode d'Angkor à l’esplanade des Invalides

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 3 aout 1889"

Parmi les constructions des colonies qui ont été élevées sur l’esplanade des Invalides, on remarque surtout la grande pagode cambodgienne. Elle est une des plus intéressantes, par la raison même que nous avons sous les yeux un spécimen véritable et complet de l’ancienne architecture du pays. Grâce au talent de M. Fabre, l’architecte connu qui est resté de longues années en Cochinchine, le public de l’Exposition uni verselle peut se rendre compte des merveilles composées par les artistes kmers du temps passé.

Les temples d’Angkor-Wat sont restés longtemps, pour ainsi dire, inconnus des Européens. Des missionnaires les avaient signalés cependant dès le xvie siècle, et depuis ils n’étaient pas oubliés.

Bouilevaux, missionnaire, dans un voyage qu’il fit en 1850. en parla de nouveau, mais ces ruines grandioses ne commencèrent à être connues véritablement qu’après le séjour qu’y lit M. Mouhot naturaliste français, de 1858 à 1861.

Ce savant, pendant ces quatre années de séjour dans le pays, outre ses travaux relatifs à l’histoire naturelle, avait réuni des plans et des dessins nombreux des temples d’Angkor.

Pagode du Cambodge - Architecte: M. Fabre
Pagode du Cambodge - Architecte: M. Fabre

La mort vint le surprendre au milieu de ses intéressantes recherches et il ne put revenir en France.

Après M. Mouhot, le Dr Adolphe Bastian fit un voyage au Cambodge. Il a publié sur les ruines d’Angkor un récit dans le Journal of the Royal geographical society. Bientôt après, M. J. Thomson de Singapore rapportait de belles photographies et un plan détaillé des ruines.

Le gouvernement français enfin, chargea d’une mission au Cambodge M. le capitaine de frégate Doudart de Lagrée. Le voyage, exécuté pendant les années 1866, 1867, 1868 a été décrit et dessiné par MM. Francis Garnier et Delaporte, lieutenants de vaisseau qui faisaient partie de l’expédition.

L’histoire des temples d'Angkor et leur origine sont encore aujourd’hui des plus confuses. Les Cambodgiens actuels prétendent être les descendants des Indiens qui seraient venus de la province de Delhi, sous la conduite du prince Phra Thong, disgracié par le roi son père, jusque dans le sud de l’Indo-Chine où ils se seraient définitivement installés. Les dates exactes ne sont point connues. On sait cependant que dans le royaume de Cachemire, pendant le règne de Tungina, des grandes dissensions eurent lieu, ainsi que dans toutes les régions de l’Ouest de l’Inde, dans le iv° siècle, vers l’an 319. Cette époque pourrait être aussi celle de l’émigration des Indiens au Cambodge.

Il est curieux de remarquer d’ailleurs les points de ressemblance de l’art kmer avec ceux de l’art cachemirien. Cela seul semblerait suffire pour témoigner de la véracité des légendes cambodgiennes au sujet de l’émigration. — Les chapiteaux des pilastres kmers et ceux des temples cachemiriens ont des rapports évidents, mais l’arrangement des voûtes est plus frappant encore. Elles sont formées par des pierres posées en encorbellement par assises horizontales et se rejoignant, d’après le récit de M. Francis Garnier, le plus souvent à la cinquième assise. Dans les ruines cachemiriennes, on remarque le même procédé de construction.

L’État cambodgien ou kmer eut de longues années de prospérité pendant lesquelles les artistes purent élever et embellir tous les monuments qui couvrent le pays et qui font actuellement l’étonnement des voyageurs. Malheureusement, il ne reste aucun document qui puisse nous instruire sur ceux (lui ont créé ces temples incomparables, et les habitants actuels du pays ne savent rien sur leurs ancêtres. Us disent comme les Indous, lorsqu’on les interroge sur l’origine de leurs antiques monuments religieux, que ce sont les dieux seuls qui ont pu les construire.

Si les Cambodgiens ont oublié les noms de ceux qui contribuent encore aujourd’hui à l’ancienne gloire de leur pays, ils semblent avoir perdu en même temps presque toutes les notions de leur art. Les sculptures, les ornements qu’ils savent faire aujourd’hui prouvent leur infériorité extrême et font regretter d'autant plus leur passé brillant. Cette époque si belle pendant laquelle les Kmers étaient arrivés au plus haut degré, à l’apogée de leur art, fut interrompue au moment de la conquête du Cambodge par les Siamois pendant la période des années 1351 à 1374. Les Kmers furent obligés de quitter leur antique capitale et les temples furent en même temps complètement abandonnés.

La pagode de l’Exposition ne saurait donner une idée complète des temples élevés à Angkor, on ne doit la considérer que comme un détail choisi seulement pour montrer au public ce que peuvent être les compositions grandioses dont elle n’est qu’une très faible partie.

Le plan général des temples consiste en trois enceintes ayant la même forme rectangulaire. Chacune d’elle s’élevant de 6 à 7 mètres au-dessus de la précédente se compose de portiques étagés. Ils affectent dans leur ensemble la forme d’une vaste pyramide dont le sommet est couronné par le sanctuaire. Les murs de la grande clôture extérieure des temples ont environ 987 mètres sur 1,006 mètres et sont entourés par des fossés de 210 mètres de largeur. On voit, par ces chiffres, l’importance de ces ruines grandioses. Le Champ-de-Mars en entier serait à peine suffisant pour les contenir. Du côté ouest, une magnifique chaussée ornée de piliers conduit à la grande entrée triomphale qui donne accès à des portiques et aux tours d’angle du premier rectangle qui mesure 173 mètres sur 197 mètres environ. Le développement immense des façades offre aux yeux un aspect déjà extraordinaire ; la chaussée continue intérieurement, elle a près de 370 mètres de longueur et conduit à la deuxième enceinte. L’imagination reste alors frappée à la vue des pagodes et des portiques latéraux ornés des statues de tous les dieux de la mythologie des anciens peuples Khmers.

Les bas-reliefs qui ornent les murailles des portiques sont surtout les points les plus remarquables de ces lieux sacrés, l’originalité et la perfection rare de toutes les sculptures qui les composent excitent au plus haut point l’intérêt et l’admiration de ceux qui ont pu les contempler.
Des escaliers gardés par des animaux fantastiques et des terrasses vous conduisent graduellement à la troisième enceinte des temples. La grande pagode centrale, le sanctuaire apparaît alors, couvert de sculptures incomparables. Les bas-reliefs et les ornements composés avec un art infini sont si riches et si merveilleux qu’ils dépassent encore ceux des plus beaux temples de l’Inde. Cette pagode, le monument culminant des tours et des temples d’Angkor, était autrefois au centre d’un vaste étang dont les eaux limpides reflétaient les belles sculptures. Quatre superbes galeries couvertes et ornées de pilastres, aux chapiteaux finement ciselés, reliaient ce sanctuaire aux portiques qui fermaient la dernière enceinte.

Aujourd’hui les eaux ont disparu, l’étang est devenu une cour dont les dalles de pierre sont dégradées par le temps.

Les lianes et les fleurs ont pris possession de toutes ces ruines splendides, des arbres même y poussent. S’ils ajoutent par le charme de leurs couleurs ou par leurs formes pittoresques à la beauté de ces antiques lieux consacrés, ils aident malheureusement de jour en jour à hâter leur destruction.


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