Les républiques américaines

Paris 1889 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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Les républiques américaines

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 27 juillet 1889"


Les républiques américaines forment au Champ-de-Mars un groupe important qui occupe presque la totalité des jardins situés du côté de l’avenue Suffren.

Ces républiques exposent généralement des produits et matières premières intéressants au point de vue des rapports commerciaux avec ces pays, mais rentrant peu dans le genre des sujets qu'il s’agit de traiter ici. Laissant donc le plus souvent de côté ce que ces pavillons renferment, nous nous occuperons surtout de leur aspect et de leur composition architecturale.

Quelques-unes de ces constructions, disposées dans un pêle-mêle peut-être excessif, présentent un intérêt qui échappe souvent au visiteur ignorant que tel détail ou motif d’architecture, traité par lui de baroque ou de fantaisiste, est traduit ou inspiré du style particulier au pays représenté.

Cet intérêt n’est pourtant malheureusement pas général, et on peut exprimer le regret de voir beaucoup trop de ces pavillons d’Amérique traités d’une manière absolument banale et sans caractère exotique. Il faut ajouter pour être juste que des circonstances atténuantes peuvent être invoquées, avec raison quelquefois, dans la rapidité avec laquelle les travaux devaient être exécutés, et aussi dans l’insuffisance des crédits alloués par quelques républiques modestes.

La République Dominicaine entre autres était dans ce cas, d’autant plus regrettable pour elle, que s’adressant à M. Courtois-Suffit, qui a eu heureusement d’autres occasions de prouver son originalité, elle aurait pu certainement exposer ses produits dans un cadre plus intéressant, et moins pauvre. Les pavillons de Haïti, du Guatemala et du Paraguay, qui lui font suite, présentent également bien peu d’intérêt. Ce sont de petites constructions en bois, très banales, sans style particulier, et manquant absolument de caractère.

J’en dirai autant de l’Uruguay, construction plus importante tout on fer avec revêtements de terre cuite et couverte ! de coupoles. C’est bien une salle d’exposition, un grand hall ! éclairé largement par de grandes baies et entouré d’une large galerie formant un premier étage; mais l’ensemble en est froid et sec.

Au contraire, en retour sur la terrasse du palais des Arts libéraux, on se trouve arrêté par une construction d’aspect curieux et de couleur vive, décorée de carreaux de faïence aux dessins étranges et mystérieux.

Pavillon de San Salvador - Architecte: M. Lequeux
Pavillon de San Salvador - Architecte: M. Lequeux

C’est le pavillon de la République de Salvador, qui comprend un rez-de-chaussée et un premier étage. Le rez-de-chaussée se compose d’un vestibule donnant accès à un bureau pour les commissaires généraux, et à l’escalier desservant l’étage. En arrière se trouve une salle d’exposition prenant toute la largeur de la construction. Au premier étage, l’escalier débouche sur un atrium accusé en façade par trois baies en ogives ayant leurs retombées sur de gracieuses colonnettes, et au fond duquel se trouve une seconde salle d’exposition.

Le comble couronnant l’atrium est en saillie sur le reste de la toiture et forme dôme quadrangulaire ; il est couvert en tuiles émaillées aux couleurs nationales, c’est-à-dire en tuiles bleues disposées en bandes horizontales et alternées avec des bandes de tuiles blanches. Mais ce qui fait l’originalité de ce pavillon, c’est sa décoration céramique extérieure très curieusement étudiée par l’architecte, M. Jacques Lequeux, d’après des documents empruntés à l’histoire du Mexique.

Ces faïences sont disposées de manière à former frises et pilastres. Elles sont de différentes couleurs dont les dominantes sont le bleu, le jaune et le rouge sombre.

Dans la façade principale, les motifs de la frise supérieure et ceux des pilastres du premier étage sont composés des signes des années mexicaines, et l’ensemble forme un siècle. Le motif milieu de la frise représente la date de 1889. La frise inférieure à hauteur du plancher du premier étage est formée de 18 motifs différents qui sont les 18 signes des mois composant l’année mexicaine.

Les pilastres du rez-de-chaussée comprenant vingt motifs figurent les signes des 20 jours mexicains qui font un mois. Ces décorations fidèlement reproduites d’après les dessins très exacts de M. Lequeux, présentent des formes de fleurs, d’animaux étranges et bizarres du plus curieux effet.
Ces carreaux se continuent sur les deux faces latérales du pavillon et sur la face postérieure où se trouve percée une porte de sortie. De ce côté, les pilastres de l’étage sont composés avec les signes des jours disposés dans un ordre spécial. — La frise à hauteur du plancher du premier étage représente les anciens rois mexicains, le premier à gauche, avec la robe grise, est le premier roi fondateur. Le dessin reste le môme pour tous ; la silhouette en est naïve et présente une protubérance qui pourrait l'aire hésiter sur la nature du sexe de ces rois ; le signe place en avant de la figure est celui de la parole, les rois seuls ayant le droit de parler dans les conseils, précaution fort sage pour éviter des discussions regrettables. Le signe placé dans l’angle à gauche, est le signe distinctif indiquant l’ordre du règne de chaque roi.

Les pilastres du rez-de-chaussée empruntent leurs décorations aux noms anciens des villes du Mexique. Deux panneaux de faïence représentant des paysages de l’Amérique jettent une note amusante dans celLe façade postérieure. Deux autres panneaux dont les sujets sont reproduits d’anciennes gravures mexicaines décorent les façades latérales, traitées dans le môme esprit. Elles sont de plus percées de fenêtres garnies dans toute la hauteur de grilles de forme arrondie et permettant de sc pencher pour voir à droite et à gauche. Ces grilles faisant saillie sur la façade sont d’un joli effet.

La partie sculpturale qui complète la décoration, c’est-à-dire les chapiteaux de pilastres, les motifs des tympans, etc.., a été inspirée des plantes et produits du pays dont on peut voir des échantillons dans une serre annexe. Toute la faïence a été exécutée à Gien.

L’entrepreneur général pour la construction qui est en pans de bois enduits de plâtre est M. Kasel ; les sculptures ont été exécutées par Ménard et les vitraux par la maison Champigneulle de Metz. Le carrelage céramique est de Maubeuge ; enfin la dépense pour ce pavillon qui occupe une superficie de 104 mètres carrés a été de 50,000 francs.

Quant aux objets exposés, ils sont de toutes natures, et se rapportent à presque toutes les classes. On peut remarquer d’assez curieux modèles de constructions du pays, tels que : le palais municipal deSan Salvador, l’Institut national, le Palais national, la Caserne d’artillerie, la résidence du président de la République, le théâtre et un spécimen de maison bourgeoise. Quelques meubles sont également intéressants.

A côté de l’architecte, M. Jacques Lequeux, il est juste de nommer M. Pector, consul général plénipotentiaire à Paris, qui, nommé commissaire général, a su diriger habilement tous les préparatifs et l’installation de cette exposition.


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Texte et illustrations de "La construction moderne - 17 aout 1889"

A peu de distance du Salvador, sur la terrasse du palais des Arts Libéraux, le pavillon du Nicaragua appelle l’attention par son architecture en bois très mouvementé et imprimé du cachet particulier de M. Sauvestre, à qui la fantaisie ne fait jamais défaut.

Cette petite construction est de silhouette amusante et gaie d'aspect. Des frises et panneaux en bois incrustés de différentes couleurs forment une décoration originale, la toiture en tuile est agrémentée d’épis en terre cuite qui complètent le caractère de ce pavillon, dans lequel on voit des échantillons de café, de peaux de bêtes. et surtout le très intéressant modèle en relief du canal interocéanique du Nicaragua entrepris par M. A. G. Ménogal, ingénieur en chef.

Pavillon du Venezuela - Architecte: M. Paulin
Pavillon du Venezuela - Architecte: M. Paulin

Très joli et très gracieux, le pavillon de Vénézuéla de style renaissance espagnole, très décoré de riches sculptures qui en amusent la façade sans l’écraser. C’est élégant et finement étudié ; la porte d’entrée dont la ligne de plein cintre est rompue par un remplissage formé d’arabesques, soutenue par des cariatides de profil et surmontée des armes du Vénézuéla autour desquelles s’enroulent des rinceaux en volutes, supportés par des gaines formant pilastres. Un décrochement au-dessus de cette porte silhouette la façade d’une façon heureuse et interrompt la balustrade de la toiture. Ce décrochement décoré de guirlandes, de vases, etc., n’a que l’épaisseur du mur de façade qu’il continue seulement dans un but décoratif comme cela se rencontre souvent dans l’architecture espagnole.

Les fenêtres à meneaux formés de colonelles sont également couronnées d'un motif d’arabesques, reposant sur de» culs-de-lampes, et au premier étage de la tour située sur la façade latérale gauche, deux fenêtres à balcons saillants sont traitées dans le même esprit. Cette tour est élégamment couronnée d’un dôme en forme de poire très élancée.

A l’intérieur se trouve un premier salon d'exposition précédent. un « patio », autour duquel une galerie abrite les produits vénézuéliens. Deux petites salles et, un petit salon complètent l’aménagement.

Ce pavillon, un des plus intéressants de l’Exposition, a été étudié par M. Paulin qui avait à lutter contre l’insuffisance des crédits pour arriver à un résultat satisfaisant, étant donnée la richesse de la décoration et l'importance de la construction qui occupe une superficie de 450 mètres carrés.

M. Paulin a surmonté ces difficultés, elle pavillon du Vénézuéla n’a coûté que 51,000 francs. L’entrepreneur général a été M. Meunier, et la sculpture a été exécutée par M. Hamel. Toute la construction est en enduit de plâtre et staff.

L’entrée est accusée par une porte décorée d’un fronton de chaque côté de laquelle se trouve une autre petite porte ; au-dessus est un balcon à hauteur du premier étage et le tout est encadré par un motif central à rampants et décoré de colonnes ioniques accouplées. L’intérieur se compose d’un grand hall avec galerie formant premier étage et couronné par un dôme central flanqué de quatre petits dômes aux angles. Sur les façades latérales deux balcons à grandes saillies rompent un peu la monotonie de ces façades.

En résumé l’effet général est désagréable et causé en grande partie, je crois, par l’application de moyens de construction nouveaux à des formes et à des détails classiques qui s'en accommodent peu. La décoration est terne, l’aspect général lourd.

Pavillon du Chili - Architecte: M. Picq
Pavillon du Chili - Architecte: M. Picq

Le pavillon de la République du Chili, dont M. Picq est l'architecte, est loin d’avoir les mêmes qualité; M. Picq qui avait construit, en fer, la bibliothèque Schoelcher, dont la Construction moderne a donné une reproduction, a voulu de nouveau faire une application des mêmes principes. Le pavillon du Chili en effet est tout en fer avex remplissage en terre cuite peinte; mais cette fois l'architecte s’est trompé.

On constate également de la lourdeur dans une des contractions voisines; mais là c’est une lourdeur puissante et voulue; celle des édifices mexicains dont le pavillon Champ-de-Mars résume l’histoire et le caractère.

Pavillon du Mexique - Architecte: M. Furet
Pavillon du Mexique - Architecte: M. Furet

Le pavillon du Mexique qui occupe une surface considérable est tout en fer et tôle. C’est là d’ailleurs le reproche que nous lui ferons, étant donné que les constructions dont il est la reproduction ou plutôt dont il est inspiré, ne pouvaient évidemment pas être de cette matière essentiellement moderne. Malgré la peinture dont on l’a revêtu, l’emploi du fer en cette circonstance déconcerte et trouble. L’excuse insuffisante et à laquelle nous restons en tout cas assez indifférents, c’est que ce pavillon doit être démonté et transporté à Mexico où il servira de musée. Mais il est regrettable que la construction métallique soit si apparente dans une étude d’architecture en pierre.

C’est M. Antonio Penafiel, le très savant directeur du bureau de statistique qui a été chargé de la partie archéologique de l’édifice, et nous ne saurions mieux faire pour en donner la description que d’emprunter les extraits suivants au rapport adressé par M. Penafiel au ministre des travaux publics :
"La forme de l’édifice a été empruntée à colle des anciens teocallis aztèques, et l’ornementation, d’origine purement mexicaine a été prise des dessins de l’ouvrage Monumentos de l’arte mexicano antiguo, exécutés par MM. Domingo Carrai, José N. Roviroza el Julio Penafiel.

L’édifice qui mesure 70 mètres de longueur sur 40 mètres de largeur et 14m50 de hauteur se compose d’une partie centrale et de deux pavillons latéraux; la partie du milieu, compendium du culte mexicain, résume la religion du soleil et du feu : un grand soubassement porte à sa partie inférieure les signes de ce culte, et à sa partie supérieure les braseros symboliques de ses fêtes périodiques.

Une succession de gradins, caractère principal des « anciens temples, conduisent aux portiques où se trouvent « deux cariatides dont la forme a été empruntée à une étude archéologique faite récemment à Tula de Hidalgo, dans le but de trouver un support ou colonne pouvant s’appliquer à l’architecture mexicaine.

Le portique a pour couronnement le symbole du soleil Tonatiuh présidant à la création de Cipactli représentant la force fertilisante de la terre qui alimente le genre humain.

Afin de les faire cadrer avec le but de l’exposition internationale, nous avons placé des groupes mythologiques dans les pavillons situés à droite et à gauche de l’édifice. Dans le premier, la déesse Centeotl protectrice de l’agriculture, ayant à sa droite Tlaloc dieu des pluies, et à sa gauche Chalchiuhtlicue déesse de l’eau : trois divinités qui, suivant « les anciennes croyances aztèques, donnaient la vie à l’humanité et la fertilité aux champs.

Dans le premier pavillon gauche, et symétriquement sont représentés Xochiquetzal, divinité des arts, Camaxtli. dieu de la chasse, et Yacatecuhtli, dieu du commerce.

On a placé sur les portes les signes de la date commémorative de la réforme du calendrier, qui se relie aux fêtes du feu.

Enfin pour personnifier, avec ses événements fondamentaux, l’ancienne histoire mexicaine, on a placé deux « groupes. Dans l’un, le roi Izcoatl, véritable fondateur de la nationalité et de la monarchie, le sage politique qui tira sa tribu de l’esclavage pour la rendre forte et puissante ; à ses côtés, ses contemporains, Nezahualcoyolt, le roi poète, et Totequihuatzin, représentant la triple alliance de Mexico, Texcoco et Tacuba, qui eut une si grande influence sur les conquêtes des rois Mexicains.

L’autre groupe représente la fin aussi héroïque que tragique do la monarchie aztèque : Cacama, Cuitlahuac et Cuauhtemoc. Le premier, le roi de Texcoco, vaillant martyr de la défense de Mexico ; le second, le héros populaire de la Roche Triste, le vainqueur de Cortès, dans sa retraite à Popotla, et enfin la plus grande figure antique de l’héroïsme national, Cuauhtemoc, le dernier empereur de Mexico.

En résumé, la partie centrale de l’édifice représente les idées capitales de la religion ; les pavillons extrêmes l’agriculture et les arts, et les figures intermédiaires, le commence cernent et la fin de l’ancienne civilisation mexicaine."
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 31 aout 1889"

Le pavillon de la Bolivie est un des premiers qui aient été construits dans les jardins du Champ-de-Mars ; celui-ci était encore à l’état de marécage, que déjà s’élevaient les lourdes tours boliviennes flanquant un dôme d’une légèreté également douteuse.

Pavillon de la Bolivie - Architecte: M. Fouquiau
Pavillon de la Bolivie - Architecte: M. Fouquiau

Cette construction est inspirée, dit-on, du style de la Renaissance espagnole, et c’est M. Fouquiau qui s’est chargé de nous traduire ces inspirations agrémentées de sa fantaisie propre.

Le pavillon se compose, dans sa partie la plus importante, d’un grand hall accusé franchement en façade par un dôme qui semble recouvert en cuir bouilli, et éclairé de grandes baies circulaires. Dans les angles de ce hall, un escalier et des pièces rectangulaires motivent quatre tours carrées hautes d’environ 30 mètres et couronnées par d’énormes boules, décorées de proues de navire. Un porche composé de trois arcades couvertes, elles aussi, de trois petites coupoles qui devraient être jaune d’or, sert d’entrée.

Evidemment le parti adopté est bon, et pouvait avec de l’étude donner un résultat très intéressant. Il motivait une silhouette amusante avec les tours et les coupoles, et les assises horizontales alternativement rouge sombre et jaune très clair devaient lui donner de la couleur et de la gaîté. Malheureusement tout cela est manqué. Le pavillon a de la silhouette, mais celle-ci est sourde et mal étudiée ; l’ensemble est trapu et écrasé, le ton général est sale.

Une annexe figure, traitée en décor, l’entrée du tunnel de Pulacayo mesurant 3,276 mètres de longueur et construit par la Compagnie Huanchaca de Bolivie (extraction de minerais d’argent). Ce côté de la façade plaît toujours au public.

A l’intérieur une galerie tourne autour du hall au premier étage ; mais comme on n’a rien trouvé à y exposer, l’accès en est interdit. En somme, pavillon peu intéressant.

Tout autre est celui du Brésil. D’une architecture de fantaisie ne se rattachant à aucun style particulier, cette construction fait honneur à M. L. Dauvergne qui en a obtenu l’exécution au concours. Le plan en est simple et rentre dans le parti généralement adopté; c’est-à-dire un hall central entouré d’une galerie formant étage; ici l’importance de l’Exposition Brésilienne a nécessité deux étages de galeries, ce qui donne au hall un aspect d’autant plus élevé.

Pavillon du Brésil - Architecte: M. Dauvergne
Pavillon du Brésil - Architecte: M. Dauvergne


Ce pavillon a cela de particulier qu’on ne sait pas trop où se trouve la vraie façade principale. Est-ce celle qui fait face à la République Argentine et qui est percée de trois grandes baies à arcs plein cintre, décorée de statues et reliée à droite à une serre par un portique de 21 mètres de longueur? C’est plutôt évidemment celle qui regarde la tour Eiffel et qui donne également accès au hall par deux grandes baies semblables aux autres, et décorée également de statues personnifiant les principaux fleuves du Brésil. Cette façade est très agréable, flanquée de la terrasse qui se trouve au-dessus du salon du comité, et de la tour carrée d’un caractère légèrement hindou donnant accès à un campanile d’où l’on domine les jardins du Champ-de-Mars. Ces deux façades sont ornées de proues de navires fortement en saillie, et percées à la hauteur de la seconde galerie de petites fenêtres composées d’arcs reposant sur d’élégantes colonnettes. La couverture en zinc est garnie d’une crête d’un joli dessin et couronne bien l’ensemble de la construction. La serre qui lui est annexée e-t bien rattachée au pavillon par le portique dont je viens de parler et qui offre avec elle un exemple intéressant de travail de serrurerie.

Devant la serre et le portique s’étend un jardin où sont exposées des plantes brésiliennes et dans lequel on pénètre par une porte décorative en charpente. Derrière se trouve un pavillon de dégustation auprès du bassin d'eau chaude où l’on peut voir la « Victoria Regia », cette plante qui pousse pendant les débordements de l’Amazone, et qui réussit cette année à l’Exposition, pour la première fois, en plein air.

Le plan est, je le répète, très bien disposé, bien compris et l’architecte a su dans un petit espace (400 mètres carrés pour le pavillon et 800 pour les jardins), donner l'illusion d’une assez grande chose par des aspects variés.

A l’intérieur la construction est tout en fer. Auprès du hall de 19m50 sur 14m50 qui constitue la grande salle d’Exposition, on trouve une petite galerie des Beaux-Arts et un salon pour le comité. Le plancher de ce salon est recouvert d’une très curieuse mosaïque de bois exécutée par un nommé Ignacio Tavarès do Souza, à Rio-Janeiro, qui a expédié les pièces toutes prêtes à être mises en places. Un escalier donne accès aux galeries supérieures, à la galerie du premier étage et au campanile de la tour.

Les plafonds sont décorés de peintures habilement exécutées par M. Lippmann qui a fait également celles de la serre représentant des plantes et des oiseaux aux couleurs vives. Au second étage, les fenêtres éclairant la galerie sont garnies de vitraux très décoratifs, et également composés de fleurs et d’oiseaux sur fond blanc craquelé, le tout se détachant sur une large bordure lie-de-vin. Ces vitraux, d’un très bel effet, sortent des ateliers de M. Champigneulle de Paris. Les autres entrepreneurs sont :

Entrepreneurs généraux, MM. F. et H Michau et L. Douane ;
Charpente en fer, MM. Moisant et Cie;
Charpente en bois, M. Poirrier;
Couverture, M. Blanpied ;
Zinc d’art, M. Viltard (crête et serre) ;
Serrurerie, M. Sohier (crête et galerie) ;
Peinture, M. Bardou;
Vitrines, M. Lecœur ;
Menuiserie, M. Baudelot,
Sculpture, M. Gilbert.
La dépense totale a été de 350,000 francs.
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 21 septembre 1889"

De tous les pavillons américains, celui de la République argentine est le plus riche et le plus brillant. L’architecte, M. A. Ballu, a eu cette chance sur nombre de ses collègues, qu’il avait à sa disposition un large crédit qui lui a permis de donner libre essor à sa fantaisie et de s’entourer d’artistes dont le talent était une garantie de réussite. Habilement secondé par M. Adrien Chancel, il a su donner un caractère très intéressant, au point de vue de la construction et de la décoration, à ce pavillon tout en fer qui doit être démonté et reconstruit à Buenos-Aires.

Le pavillon ou plutôt le palais de la République argentine occupe une superficie de près de 1,700 mètres ; il se compose d’une grande salle au rez-de-chaussée, avec deux petites pièces de chaque côté de l’escalier montant à un second étage qui occupe la même surface sauf l’espace formant hall sous la grande coupole centrale. Cette coupole est accompagnée de quatre autres plus petites formées comme elles de côtes en verre, et est ornée extérieurement à sa naissance d’une mosaïque garnie de cabochons de verres de couleurs diverses.

La forme du palais est rectangulaire. Tout le soubassement est en grès vernissé et couronné par une frise de chats géométriques d’un dessin très original. Ces grès exécutés par la maison Muller sont d’un joli effet et forment un élément de construction intéressant.

L’entrée, très riche de décoration, est accusée par un grand arc central, avec un plus petit de chaque côté, et au-dessous trois portes donnant accès dans la grande salle du rez-de-chaussée. Un groupe décoratif en bronze doré dû au ciseau de M. Hugues, statuaire, se silhouette sur la verrière de l’arc central.

Les trois arcs sont décorés de terres cuites, de gros cabochons rouges en verre et de mosaïques de M. Facchina, un maître dont il faut signaler dans la classe 20 le magnifique travail d’art et de patience copié d’après une peinture du Tiepolo. Des cabochons en verre taillé forment encadrement autour du pavillon, et décorent les métopes entre les corbeaux en fer soutenant le chéneau en terre cuite. Ces cabochons sont d’un ton vert brillant.

Les deux tympans au-dessus des petits arcs de l’entrée sont ornés, celui de gauche d’une mosaïque représentant un berger dans les Pampas, composition de Barrias, celui de droite un laboureur, par Roll.

Les deux ailes, de chaque côté, sont percées chacune de trois travées encadrées d’une large bordure en faïence bleu turquoise de M. Parvillée, et formant au premier étage une galerie ou loggia avec revêtements en faïence verte. Chaque travée comprend trois arcades reposant sur des colonnettes en fer avec balcons saillants et au-dessous une frise de cabochons bleus en verre. Dans le soubassement trois baies rectangulaires avec allèges en terre cuite décorées de petits cabochons de faïence éclairent le rez-de-chaussée.

Aux angles, sont quatre pylônes avec revêtements de faïence et applications de verres taillés. Ce motif, exécuté par M. Parvillée et tiré de documents argentins, est d’un aspect un peu clinquant et présente un caractère d’ouvrage de verroterie qui, appliqué à une construction importante, étonne un peu. Ce genre de décoration rappelle légèrement celui que les pâtissiers obtiennent au moyen de confitures et de compotes habilement appliquées sur des tartes. Cela peut être appétissant quand c’est frais, mais un peu de poussière suffit pour donner à ces produits un aspect désagréable. Ce même reproche peut s’adresser au palais de la République argentine. C’est d’une minutie et d’une fraîcheur de décoration qui nécessiteraient un entretien impossible, et il est à craindre que dans quelques années ce palais ne prenne un aspect tout à fait sale, déjà très sensible principalement sur la façade postérieure.

Ces pylônes sont couronnés de quatre groupes sculptés par Barrias et décorés de médaillons gravés par Dupuis, figurant les provinces argentines.

Les façades latérales traitées dans le même esprit que la façade principale sont trouées de trois arcs dont un central plus important, mais sans voussure, avec un large encadrement de mosaïque. Au premier étage se trouvent des balcons saillants.

La façade postérieure présente à peu près les mêmes dispositions que la façade principale, sauf dans la partie centrale qui se décroche au droit de l’escalier éclairé par un grand arc.

De chaque côté de la baie la construction est en grès dans toute la hauteur.

A l’intérieur, la nef est en fer apparent; la décoration très intéressante est inspirée de motifs argentins généralement géométriques et formant frises, voussures, pilastres, etc. Les pendentifs de la grande coupole représentent l’agriculture par Gauthier, le commerce et l’industrie par Turcan, l'art par Lefèvre et la science par Pépin. La frise ornementale, décorée des médaillons des personnages illustres de la République argentine par Toussaint, a été exécutée par Lameire.

Les quatre petites coupoles sont également ornées de peintures qui, dans la coupole de l’agriculture, représentent la pêche et la culture du raisin par T. Robert Fleury, l’exploitation des bois et de la canne à sucre par Saint-Pierre ; la coupole du commerce renferme des peintures décoratives de Besnard (les mines de cuivre et tannerie) et de Gervex (le téléphone, le chemin de fer); celle des arts est ornée de l’architecture et la sculpture par J. Lefebvre, et de la peinture et la musique par H. Leroux; enfin L. O. Merson a exécuté la physique et la chimie pour la coupole des sciences, et Cormon l’astronomie et l’électricité. Les divers écoinçons des fermes sont aussi décorés de peintures par H. Duffer et H. Barrias.

Les vitraux forment aussi au palais de la République argentine un élément de décoration très riche et très soigné. Le morceau principal est la grande verrière de l’escalier par Ch. Toché, représentant la République française et la Ville de Paris recevant la République argentine à l’Exposition. La composition est intéressante et décorative, mais la tonalité un peu crue en certaines parties. La note moderne chère à l’artiste est accusée par un municipal monté sur un cheval vraiment trop rouge et du même ton que la femme exotique de droite. Cette dernière figure fait partie d’un groupe très heureusement disposé et très brillant de couleur, je citerai principalement un superbe perroquet rouge et bleu tout à fait éclatant. Les arcs des grandes baies sont également décorés de verrières magnifiques composées de plantes et de vases décoratifs avec écusson symbolique au centre. Une très belle bordure, formée d’écussons séparés par un motif où l’on retrouve les chats géométriques de la façade, sert d’encadrement à la verrière située au-dessus de la porte d’entrée.

Tous ces vitraux, où l’on trouve surtout des verts et des bleus remarquables, ont été exécutés par M. Oudinot.

On voit par les noms de ces différents collaborateurs que le palais de la République argentine présente un intérêt artistique incontestable. L’ensemble, malgré quelques critiques de détails, est très brillant et les cabochons de verres de couleur éclairés le soir à la lumière électrique l’illuminent d’une manière originale. La dépense totale prévue était de un million (non compris le mobilier et l’éclairage), et dans ce chiffre, 200.000 francs étaient réservés pour les œuvres d’art.

Les principaux collaborateurs et entrepreneurs ont été ;
Maçonnerie, Riffaud et Cie ;
Grosse serrurerie, société des ponts et travaux en fer (anciens établissements Joret) ;
Couverture et plomberie, Piollet, Marie et Leguerrier;
Vitraux d’art, Oudinot;
Verrerie, Néret;
Menuiserie, Drouard frères;
Mosaïques, Facchina;
Fonte de bronze, Thiébaut;
Céramique, Muller, Lœbnitz et Parvillée.

Pour terminer la revue des Républiques américaines, il reste à citer le très original pavillon de l’Equateur, par M. Chedanne.

C’est une petite construction de forme carrée et de caractère rappelant le style assyrien (?). L’encadrement de la porte est formé de masques dentelés d’une facture amusante, et son couronnement, fait d’un motif de sculpture plate, semble représenter au centre une figure de dieu ou de roi et de chaque côté plusieurs rangées de personnages agenouillées vers elle. Une frise d’oiseaux découpés grossièrement court autour de ce petit pavillon très intéressant et gardé par d’énormes grenouilles taillées dans une imitation de granit.

Et maintenant, avant de poser le point final de cette rapide étude, il faut rendre hommage à l’empressement et au soin apportés par toutes les Républiques américaines pour être représentées dignement à l’Exposition universelle de 1889 et concourir dans une part si large et si intéressante à l’œuvre grandiose de la République française.
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