Itinéraire d'un constructeur

Paris 1889 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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Itinéraire d'un constructeur

Message par worldfairs » 09 juin 2019 11:42 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 6 juillet 1889"

Faire une visite intéressante à l’Exposition universelle n’a rien d’embarrassant : entrez par les portes des Invalides, ou par la galerie des machines, devant la tour Eiffel ou dans le voisinage du palais des Beaux-Arts, par n’importe quel guichet, et vous trouverez un spectacle jusqu’alors inconnu, auquel les architectes ont réussi à donner cet air gai, cette allure de fêtes que demandait M. Alphand. Mais si, après une visite d’ensemble où vous aurez jeté un coup d’œil rapide sur toute cette architecture nouvelle, vous voulez vous mettre au travail et voir de près ce qui intéresse plus particulièrement les constructeurs, si vous voulez vous rendre compte des progrès de l’hygiène, de la céramique, de la fabrication des ciments, etc. , nous croyons ne pas nous aventurer en vous prédisant que vous éprouverez cette fois quelque embarras.

Voyons cela. Vous prenez un catalogue et vous cherchez : matériaux de construction ; vous voyez que cette classe porte le n° 63 et qu’elle est casée à la galerie des machines. Vous vous dirigez de ce côté, où vous allez, croyez-vous, trouver tout ce qui vous concerne ; pas du tout : pour faire une visite complète, vous serez obligé de prendre le Decauville, de passer sur la berge de la Seine, en face des Invalides, ensuite de remonter la grande avenue pour vous rendre derrière le panorama de Tout-Paris, et vous n’aurez pas encore fini, car en passant sur le pont d’Iéna vous aurez vu par hasard que sur la berge opposée on avait peint sur quelques hangars qui se trouvent là : Matériaux de construction, — et il y en a bien d’autres.

Second exemple, pris au hasard: la balnéothérapie a sa place tout indiquée dans la section d’hygiène; elle y est représentée, mais elle a aussi un pavillon spécial dans une des annexes de la classe LXIII, où vous n’irez pas la chercher, j’en suis sûr.

Nous ne sommes pas le premier à dire que l’Exposition est un magnifique bazar, on l’a constaté depuis longtemps, sans songer toutefois à adresser le moindre reproche à MM. les administrateurs ; chacun a compris, en effet, que pour dresser un plan d’une pareille étendue, il eût fallu un laps de temps qu’on n’avait pas devant soi; les organisateurs ont fait vite, et malgré des imperfections comme colles que nous venons de signaler, on peut dire qu’ils ont fait bien, mais surtout qu’ils ont fait beau.

Ce léger désordre, un peu forcé, a donné l’idée au directeur de la Construction moderne de faire étudier pour ses lecteurs une sorte de petit Guide qui permettrait aux intéressés de savoir vers quels points ils devront plus particulièrement se diriger pour trouver les objets et les travaux qui les concernent. Ce petit Guide ne sera peut-être pas tout à fait complet; on ne saurait nous en faire un crime ; il y a tant de choses à voir, qu’il est permis d’en oublier. Cette absolution, que nous nous donnons d’avance, nous espérons que nos lecteurs ne se feront pas tirer l’oreille pour nous l’accorder à leur tour et qu’ils nous sauront quelque gré de leur avoir signalé des emplacements qui leur resteraient absolument inconnus s’ils se bornaient à faire quelques rares visites, comme il arrivera sans doute pour bon nombre de nos collègues de province.

Esplanade des Invalides.

Le tramway, le bateau, ou tout autre mode de transport moins démocratique nous a amenés, par exemple, devant l’entrée des Invalides. Nous passons par l’un des guichets placés de chaque côté de la porte monumentale de M. Gauthier, et nous voilà dans l’enceinte.

A droite, une annexe de la classe LXIII nous offre immédiatement l’occasion de nous arrêter, car il reste entendu qu’avant défaire ces visites utiles, studieuses, si vous voulez, nous avons déjà parcouru tous ces palais devant lesquels nous nous sommes sentis pleins d'admiration pour le savoir et le talent des artistes qui les ont édifiés. S’il en était autrement, il est certain que nous ne saurions, dès l’entrée, vous arrêter devant une toiture en zinc ou des entrevoûts : notre invitation serait inutile ; car avant que nous ayons pu vous retenir, vous auriez longé la palissade de la station tête de ligne du chemin de fer Decauville et vous seriez déjà dans l’avenue centrale. Mais votre curiosité est déjà satisfaite de ce côté et vous allez avoir l’amabilité de nous écouter; ce sera peut-être parfois plus gai que vous ne pensez, nous vous laisserons le plaisir de lire sur les annonces et les prospectus les expressions pompeuses et réjouissantes qui vous annonceront presque toujours que le produit devant lequel vous vous trouvez est bien supérieur à tous ses concurrents sans exception.

Commençons maintenant notre rapide revue-itinéraire, en parcourant les pavillons annexes qui sont installés le long du quai, sur l’Esplanade des Invalides.

Quelle est d’abord cette toiture si parfaite :
« Économie, durée, solidité, légèreté, étanchéité? »
Elle est construite avec des « tuiles métalliques en zinc » de M. Duprat. Si ce n’est pas encore la perfection, si les inventeurs nous réservent mieux, il faut convenir que ce fabricant a tout au moins réussi à faire une toiture dont la pose est facile, qualité que ne possède pas la couverture en zinc telle que nous la voyons employer d’ordinaire. Nous n’insistons pas sur cette exposition, pas plus que sur les suivantes, nous réservant le droit d’y revenir, s’il y a lieu, dans des articles spéciaux.

M. Paul Dubos manie les bétons agglomérés avec une grande habileté, c’est un imitateur très habile qui avec ce..
comment dire? je mettrais bien « matériau », mais notre imprimeur, qui n’est pas brouillé avec l’Académie, va supprimer ce barbarisme et me faire dire bon gré mal gré — ce ne serait pas la première fois — qu’avec cette « composition » grossière, qu’il colore de tous les tons, M. Dubos imite la terre cuite et même des matières plus précieuses qui sont difficiles à travailler, et fournissent, par conséquent, des vases, des statues, etc., dont le prix de revient est de beaucoup supérieur à celui que permettent d’obtenir les bétons agglomérés.

La Compagnie des ardoisières de la Rivière-Renazé a eu l’heureuse idée de nous faire voir comment on extrait les ardoises et comment on les travaille avant de les livrer aux entrepreneurs.

Quelques vues nous montrent des bancs en exploitation.

Les blocs extraits sont trempés un certain temps dans l’eau ; un ouvrier armé d’une espèce de ciseau très mince, long et tranchant, qu'il graisse avec du saindou, fend ces blocs en lames minces qu’il passe à son compagnon. Celui-ci donne les dimensions définitives à l’aide d’une sorte de hache ou plutôt d’une lame métallique large et mince qui abat les parties de l’ardoise qui dépassent le gabarit. Ce petit travail intéressera certainement les nombreux visiteurs qui n’habitent pas dans les pays où gît le schiste ardoisier et qui n’ont pas eu l’occasion de visiter des carrières.

Plus loin, viennent des expositions de serrurerie artistique; MM. les serruriers ont tenu à montrer leurs œuvres presque « nature » ; elles sont pour la plupart recouvertes simplement d’une couche de minium qui est loin de les faire valoir. Combien M. Michelin a été mieux inspiré que ses concurrents dans la décoration de la magnifique porte que nous rencontrerons en passant près du panorama de la Compagnie générale transatlantique. La fermeture de magasins Paccard figure au milieu de cette exposition de serrurerie.

« Hourdis et tuiles système Perrière aîné ». Les tuiles sont creuses ; une couche d’air isole donc les combles de l’extérieur et peut, jusqu’à un certain point, rendre ceux-ci plus habitables, moins froids en hiver, moins chauds en été ; on les pose sur chevrons en bois ou sur cornières, sans interposition de lattis, et le mode de fixation leur enlève toute velléité de se soulever sous l’influence du vent.

Les hourdis Pereire ont reçu leur consécration sur la tour Eiffel ; les plates-formes, qui auraient dû être supportées, dans l’intervalle des fers à I, par des voûtes en briques, le sont au contraire par ce hourdis, qui a l’avantage d’être beaucoup plus léger, et présente, grâce à ses nombreuses membrures, une résistance à la flexion qu’on serait loin de lui supposer à première vue.

La maison Pincherat expose des briquettes de ses ciments et met leur résistance en évidence en soumettant l’une d’elles à l’action d’une machine à essayer. Parmi les échantillons, notons celui fabriqué à Fokio, d’après les indications fournies au gouvernement japonais par notre compatriote.

Un peu plus loin, nous allons prendre un escalier qui nous conduit sur la berge. Nous tournons à droite et nous nous dirigeons vers le pavillon de la balnéothérapie. Cette exposition d’installations luxueuses de salles de bains est à voir, et il est regrettable de la trouver ainsi perdue et isolée. En revenant sur nos pas, voilà le pavillon de MM. Gaudon et Lœwenbruck ; ces constructeurs ont placé leurs produits sous un pavillon qui n’a rien d’artistique, mais dont la construction est intéressante; la toiture en tôle galvanisée est ondulée et supportée par une charpente d’une grande légèreté.

Un pylône dont les montants sont composés de madriers réunis par des frettes, se dresse près de l’escalier; mais le propriétaire — lors de notre visite — n’avait pas encore cru devoir faire connaître son nom.

Il nous est impossible pour le moment de parler de toutes les constructions et éléments de construction qui se trouvent réunis sur cette berge; nous nous contenterons aujourd’hui de dire qu’on y a exposé de nombreux échantillons de pierre, une terrasse de construction spéciale, le système de distribution d’eau de MM. Carré et fils, une installation complète d’une exploitation de carrière parle lil hélicoïdal, à peu près identique à celle que nous avons décrite dans la Construction moderne, une sonnette Lacour et des constructions en ciment avec ossature métallique. Ce nouveau système de construction rend de grands services, particulièrement dans l’établissement de réservoirs d’une certaine importance qui occupent de cette façon un emplacement, on peut dire minimum, car les parois sont d’une épaisseur très réduite. On fabrique aussi de cette façon des tuyaux de conduite d’eau de grandes dimensions. M. Petit, ingénieur de la Compagnie générale des eaux, qui avait à émettre à la Société des ingénieurs civils son opinion sur ces tuyaux, a affirmé qu’une conduite de plusieurs kilomètres avait été installée dans les environs de Paris et qu’elle donnait entière satisfaction.


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Re: Itinéraire d'un constructeur

Message par worldfairs » 10 juin 2019 04:51 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 27 juillet 1889"

Remontons sur l’esplanade et prenons la grande avenue, appuyons sur la gauche et promenons-nous dans tout l'espace compris entre la grande voie et la rue de Constantine. Le côté architectural et ethnographique de cette partie de l’Exposition pourrait nous retenir longtemps; mais la Construction moderne a donné ou donnera prochainement des vues des palais et des pavillons que nous rencontrerons en chemin, nous n’avons donc guère qu’à les énumérer.

C’est d’abord le palais de l’Algérie, celui de la Tunisie, et la pagode de Villemour, le palais de Madagascar, l’Annam et le Tonkin; puis, derrière le restaurant annamite, près de la rue de Constantine, une immense serre. Nous arrivons au palais des colonies que nos lecteurs connaissent déjà.
Derrière lui sont les villages alfourou. Canaque, pahouin et plus loin, les palais de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique, la factorerie du Gabon et la pagode d’Angkor. Sans nommer les restaurants et les bazars, n’oublions pas le pavillon colonial élevé récemment par la maison Moisant, et qui sert de bureau de renseignements commerciaux sur les colonies.

Fatigués par la vue de toutes ces couleurs qui brillent au grand soleil, retirons-nous un peu à l’ombre dans un enclos où nous ne serons dérangés par personne si ce n’est par deux représentants d’industriels. Pour nous trouver dans ce petit désert, il nous suffit de nous diriger vers le panorama de Tout-Paris, en appuyant par conséquent sur notre droite. Pénétrons dans la maison d’école modèle de M. Marcel Lambert; ici, nous sommes encore dans la foule qui prend le plus grand intérêt à tout le matériel scolaire perfectionné ins-tallé par l’architecte ; mais si nous sortons par la cour et le jardin, nous tombons dans une annexe de la classe 63 complètement déserte : c’est du matériel d’entrepreneur.

Les architectes ont fort peu à voir ici; il n’en est pas de même des entrepreneurs qui trouveront quelques machines intéressantes sur lesquelles nous aurons sans doute l’occasion de revenir.

La Société du matériel de l’entreprise expose une bétonnière locomobile, système Lion; MM. Beaufils frères, leur binard aujourd’hui si répandu au moins à Paris. M. Pétolat construit des voies ferrées portatives et des wagonnets de terrassements ; il a apporté à ceux-ci quelques perfectionnements dont le moindre n’est peut-être pas l’accrochage automatique ; les wagons poussés les uns sur les autres se trouvent accrochés au moment où ils se tamponnent; il n’est plus nécessaire qu’un ouvrier vienne, au risque de se blesser, atteler lui-même chaque wagonnet. 11 en résulte une économie de temps et une plus grande sécurité sur les chantiers.

La clé à bascule, système Cochepain, facilite le déchargement des tombereaux.

En hiver, les municipalités sont souvent obligées de sabler les voies et ordinairement cette opération est faite par des cantonniers qui projettent leurs pelletées avec force, au risque de faire plus qu’indisposer les passants. M. Guillot expose une sableuse mécanique qui évite ces inconvénients. La sableuse proprement dite est montée sur l’extrémité arrière d’un tombereau ordinaire et peut être démontée instantanément, de sorte que le tombereau peut toujours être employé aux transports journaliers. Ainsi que le dit M. Guillot, le système évite, pendant les mois où le sablage est inutile, l’immobilisation d’un matériel coûteux.

Signalons encore parmi les exposants d’ailleurs peu nombreux de cette annexe, M. L. Blot (balayeuses, ramasseuses), M. J. Weitz, de Lyon (wagonnets), M. Mallet, de Marseille, etc. et dirigeons-nous en face du panorama pour entrer dans l’exposition de la Société de secours aux blessés militaires qui a installé une infirmerie de gare facilement démontable. Ce système a été choisi par M. Albert Ellissen, secrétaire de la société, parmi tous les types de ce genre qui figuraient au concours d’Anvers en 1885.

Toute la construction se démonte en peu de temps et se replace dans les caisses d’où elle est sortie. Ces caisses, au nombre de quarante, servent à former le plancher.

Les parois sont imperméables à l’extérieur et ininflammables à l’intérieur; la légèreté est pour ainsi dire extrême; les cadres sont en bois et les parois qui sont doubles sont constituées par une toile enduite d’une substance que l’on ne fait pas connaître. Le tout, malgré cette grande légèreté, forme un ensemble très rigide qui ne laisse rien à désirer comme assemblage; tout est bien enjoint, et ne passe que l’air que l’on veut bien laisser pénétrer par les ouvertures spéciales de ventilation.

Nous voilà maintenant au voisinage d’une classe qui occupe un assez vaste emplacement; bon nombre d’exposants ont répondu à l’appel du comité et les documents abondent : c’est l’économie sociale. Entrons et nous verrons que l’initiative privée a fait beaucoup plus pour le sort des ouvriers que tous les bavards qui parlent souvent de ces questions sans en connaître le premier mot et voudraient tout réglementer avec des lois dont ils n’apprécient pas toujours la portée.

La question des logements est une des grosses préoccupations des industriels ; aussi nous trouvons-nous en face d’une foule de types d’habitations à bon marché construites pour la plupart dans l’esprit de la plus stricte économie compatible avec le bien-être de l’habitant. Quelques-unes de ces constructions, celles qui sont édifiées pour des travailleurs occupés dans des industries aujourd’hui florissantes ont même un certain caractère, nous ne dirons pas architectural, mais un petit cachet de gaieté campagnarde qui réclame la verdure comme cadre. C’est souvent, en effet, au milieu de petits jardins que ces cités sont élevées ; celles que nous trouvons dans les quartiers populeux des grandes villes sont plutôt de vastes casernes qui ne remplissent qu’imparfaitement leur but; l’ouvrier ne les aime pas et il n’y entre que contraint par la nécessité. C’est ainsi du moins que les choses se passent en France; on réussit mieux, paraît-il, en Angleterre, si nous en jugeons d’après les maisons véritablement colossales que des sociétés anglaises exposent dans cette classe. Exemple : maisons pour 162, 340 et 378 familles.

Quelques industriels ont représenté leurs maisons d’ouvriers non seulement en dessins, mais les ont édifiées avec les matériaux auxquels ils recourent d’habitude; les maisons sont complètes et aménagées. Nous citerons MM. Menier, de Noisiel, M. de Nayer, de Villebrœck; d’autres, comme MM. Solvay de Dombasle, ont fait des reliefs très importants montrant l’ossature, les planchers, la charpente, etc.

Il n’y a pas que les industriels qui se soient occupés des cités ouvrières ; beaucoup de sociétés se sont formées dans ce but, et des établissements de bienfaisance ont employé une partie de leurs fonds à loger convenablement les classes pauvres.

L’hygiène est un grand facteur pour arriver au but do moralisation que poursuivent les exposants que nous avons cités aussi bien que ceux que nous passons sous silence et on a tenté de construire des établissements de bains à bon marché, notamment à Londres, où existent aussi des lavoirs publics fort bien installés.

Des philanthropes ont organisé des sociétés de prévoyance dont on trouvera là tous les programmes. Le familistère de Guise est un des types les plus connus d’une entreprise bien réussie d’association ouvrière. Il est vrai qu’elle a été préparée de longue main.

On n’en finirait pas à vouloir citer la masse de documents qui sont là amoncelés ; on rencontre même à l’exposition du cercle des maçons et tailleurs de pierre des modèles de stéréotomie; ce sont les appareillages les plus intéressants du château de Chantilly.

Poursuivons notre chemin, entrons dans la classe voisine qui est passée en revue dans la Construction moderne par un spécialiste qui sait faire apprécier toute l’importance des progrès récemment réalisés dans cette branche, dans les questions d’assainissement et d’hygiène.

Comme la classe que nous quittons, et plus peut-être, cette exposition sera très visitée par les constructeurs soucieux de s’instruire ; la France tarde trop à mettre en pratique les travaux de nos savants ; ce n’est pas cependant que nos constructeurs ne soient en état de répondre aux programmes qui pourraient leur être imposés, mais leurs inventions ne sont pas assez connues ; on n’est pas encore familiarisé avec l’idée de la nécessité absolue qu’il y a de supprimer les lieux d’infections qui pullulent encore dans Paris même. On recule devant la dépense sans réfléchir qu’il s’agit tout simplement de diminuer les ordonnées des courbes indiquant la mortalité. Ce résultat vaut bien, ce nous semble, quelques sacrifices pécuniaires.
Avant cependant d’arriver au pavillon de l’hygiène nous devons mentionner celui des eaux minérales. Les richissimes sociétés qui exposent ici n’ont pas besoin d’une surface considérable pour montrer les produits qui soulagent nos estomacs ou apaisent nos rhumatismes et comme tout bon commerçant aime à faire parade de sa splendeur, on profite des emplacements libres pour exposer les vues et les plans des magnifiques casinos construits par des architectes renommés, ce n’est pas inutile pour la réclame et nos confrères y passent comme le président Carnot lui-même lors de ses visites.

Les appareils sanitaires dont parle avec tant de compétence M. Borne ne sont pas placés pour la plupart dans le palais de l'hygiène même, ils forment une sorte d’annexe qui entoure ce palais sur deux faces, la face postérieure et la face sud qui a été reliée au pavillon des eaux minérales par une galerie couverte.

A l’intérieur du palais, ce que nous voyons surtout qui nous intéresse, ce sont des établissements hospitaliers ; plusieurs de nos lecteurs nous ont déjà demandé des renseignements sur les pavillons d’isolement; nous leur conseillons de compléter leur étude par la visite des documents fort importants qu’ils trouveront ici.

Les villes dont nous avons particulièrement remarqué les établissements hospitaliers sont: Bordeaux, Marseille, Dunkerque, Montpellier et le Hâvre.

La compagnie générale des eaux pour la France et l’étranger présente fort bien les travaux les plus importants dont elle a été chargée et parmi lesquels nous trouvons les distributions d’eau de Spezzia et de Venise.

Sortons du palais de l’hygiène et continuant à descendre vers la Seine et toujours du même côté de l’avenue, nous entrons dans le pavillon des applications du génie sanitaire. Ce pavillon élevé dans le même style que son voisin le palais que nous venons de quitter, renferme l’exposition principale de la maison Geneste et Herscher. Les applications du génie sanitaire sont nombreuses et aujourd’hui très à l’ordre du jour, c’est dire que cette exposition est fort intéressante.
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Re: Itinéraire d'un constructeur

Message par worldfairs » 16 juin 2019 07:04 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 24 aout 1889"

Avant de quitter l’Esplanade, après avoir visité ce qui concerne l’hygiène, nous pouvons pénétrer à l’intérieur du palais /le la guerre. A côté des canons et des tourelles Canet et de divers autres et puissants engins d’attaque et de défense, le constructeur trouvera, dans la section réservée au génie militaire, des systèmes de ponts construits avec beaucoup d’ingéniosité au moyen de bois 'ordinaire, même de bois en grume facile à se procurer en général. Le bois seul ne joue pas toujours le rôle principal. C’est lui qui la plupart du temps forme le tablier; le rôle de contre-fiche lui incombe également; mais les tirants qui dans la construction ordinaire et durable seraient en fer sont ici des cordages ; ceux-ci ont l’avantage d’être facilement transportables, ou encore, il peut en être réquisitionné au besoin un grand nombre, môme dans les villages de peu d’importance.

Les spécimens qui sont dans le palais sont des réductions à très petite échelle et ce n’est qu’à l’extérieur que l’on a pu exposer, grandeur d’exécution, un des systèmes les plus appréciés de ponts démontables, celui de M. Eiffel. Il se trouve sur le côté gauche de la grande avenue en allant vers la Seine.
Derrière le palais dont nous venons de parler, nous avons remarqué une passerelle qui réellement ne doit pas être difficile à monter, elle se compose, comme tablier, d’une simple toile métallique à mailles un peu larges. La solidité est plus grande qu’on n’en jugerait à première vue, et une compagnie de fantassins passerait par là en fort peu de temps.

Rien que l’exposition militaire soit complètement en dehors de notre cadre, nous n’avons pas cru pouvoir passer sous silence ces intéressantes études faites par le génie militaire ; elles pourraient, en somme, prendre place dans la classe 63 que nous examinons spécialement.

Avant de prendre le Decauville, pour nous diriger enfin vers le Champ-de-Mars, nous devons encore signaler près du palais gastronomique un petit pavillon des industries du bâtiment, donnant sur la voie ferrée et dans le prolongement de l’exposition de l’outillage agricole placée derrière l’exposition du ministère de la guerre. Ce petit pavillon a été construit par un petit syndicat d’architectes, d’entrepreneurs, de tapissiers, de céramistes, etc... On dirait une petite chapelle à part dans laquelle l’union est complète entre l’architecte et l’entrepreneur; c’est d’ailleurs T « Union du bâtiment ».

A droite et immédiatement en entrant nous voyons des dessins ou reproductions de plans, coupes et élévations des constructions économiques de M. E. Flamant et les constructions pratiques de M. Aug. Waser. Un cahier des charges et une brochure délivrée moyennant finances fournissent tous les renseignements nécessaires.
La maison Godeau expose une petite toiture sur laquelle ont été montés différents articles spéciaux : châssis à tabatière en fer laminé, châssis à coffre et à gouttière pour ardoises, châssis s’emboîtant avec la tuile mécanique, marches pour tuiles mécaniques, balustrades pour faîtage, boisés, etc.

Les meubles de M. Bardin sont munis de nouveaux systèmes de galets qui permettent, parait-il, au bois de travailler encore après sa mise en œuvre sans que pour cela le fonctionnement soit le moins du monde entravé.

Ce pavillon contient encore : un système d’escalier, une installation de salle de bains, des peintures, un système spécial de construction des pans de fer, hourdis, etc.

Nous avons maintenant vu à peu près tout ce qui nous concerne sur l’esplanade des Invalides, mais nous ne voudrions pas la quitter sans dire en quoi consiste le chemin de fer glissant qui n'était pas encore installé lors de nos premières visites.

Imaginez une boîte carrée rectangulaire, cylindrique, peu importe, munie d’un couvercle et privée de fond, ou plus simplement un verre retourné dont le fond est percé d’un trou qui fait communiquer l’intérieur avec une conduite d’eau. Il est certain que si la pression de cette eau est suffisante, le verre se soulèvera et laissera écouler le liquide entre ses bords et la surface sur laquelle ceux-ci reposaient. Si on déplace le verre en le maintenant toujours vertical, il est certain qu’il sera plus facile d’obtenir le déplacement dans ces conditions que si le verre reposait simplement sur une surface pleine sans interposition de liquide. C’est là le principe du chemin de fer glissant ; il consiste à soulever un train au-dessus des rails en U au moyen d’eau sous pression envoyée dans des patins placés sous les wagons.

Mais pour obtenir les vitesses considérables que l’on annonce, il est certain qu’il ne suffit pas de soulever le train, il faut le pousser. L’énergie employée à produire ce travail est fournie par une conduite d’eau qui coure tout le long de la voie. Elle porte de distance en distance des ajutages par lesquels l’eau s’échappe au passage du train. Dès que le train est passé, la fermeture des ajutages se fait automatiquement. L’eau qui s’échappe agit sur une sorte de turbine sans fin portée par les wagons. Le mode de propulsion peut donc être comparé grossièrement à la transmission de mouvement par pignon et crémaillère ou par écrou et vis sans fin.

Ce mode de transport n’est pas nouveau ; il est dû à l’hydraulicien Girard, mort en 1870, qui fit ses premières expériences à la Jonchère, près de Bougival. C’est M. l’ingénieur Barre qui vient de reprendre ces expériences aux Invalides sur une longueur de 150 mètres. L’installation est derrière l’exposition de l’Algérie, à droite de la rue de Constantine (en partant de la Seine), en face du ministère des affaires étrangères.

On a dit que cette invention ne porterait pas atteinte aux chemins de fer actuels; nous ne croyons pas que l’inventeur ait jamais eu la pensée de supplanter la traction par locomotive ; ce n’était sans doute pas le but de Girard car si son système est susceptible de recevoir quelques applications avantageuses dans certains cas particuliers, il n’a pas la souplesse du matériel roulant qui a été et est encore l’objet de nombreux perfectionnements et nous transporte aujourd’hui, dans les rapides, avec des vitesses de plus de 100 kilomètres à l’heure.

A notre point de vue le quai d’Orsay ne présente pas grand intérêt ; on peut cependant visiter le pavillon de MM. Mi-linaire frères qui ont exposé leur projet de métropolitain.

Ces constructeurs ont étudié la solution en viaduc métallique. Les portées seraient de 62m50, c’est-à-dire qu’il y aurait 16 appuis par kilomètre. Le nombre des voies serait de quatre : Ces deux voies inférieures seraient affectées à la circulation du matériel ordinaire des compagnies; un matériel plus léger et construit spécialement pour les grandes vitesses, roulerait sur les deux voies supérieures. La hauteur libre au-dessus de la chaussée serait de 7 mètres ; le viaduc n’entraverait par conséquent la circulation des voitures et des piétons que par trois piliers situés tous les 62m50, c’est-à -dire qu’elle la laisserait complètement libre. Sans préconiser le projet de MM. Militaire, ce qui ne pourrait se faire que par une étude approfondie, on ne peut nier qu’à première vue cette solution soit très séduisante et on a peine à croire que des ingénieurs de l’Etat complotent de nous faire circuler sous les rues de Paris, sous prétexte que les trépidations .du métal seraient insupportables et que l’on changerait la physionomie artistique de la capitale en circulant à ciel ouvert.

Pas plus qu’on ne fait d’omelette sans casser des œufs, il est évident qu’il est impossible de faire le métropolitain en viaduc (au moins en majeure partie) sans renverser quelque chose, mais rien n’oblige à choisir l’Opéra et Notre-Dame comme immeubles à jeter bas, on peut au contraire étudier un tracé qui donnerait de l’air dans les quartiers trop populeux et se bornerait à passer à proximité et non en face de nos monuments. Puisque nous parlons métropolitain , disons de suite que le projet Haag figure bien en détail au premier étage de la galerie des machines, près de la salle réservée à la Société des ingénieurs civils et non loin de l’exposition de la Société centrale des architectes, -c’est-à-dire, encore, sur le côté pignon de la galerie où est peint le vitrail représentant la bataille de Bouvines.

Par le quai d’Orsay, comme constructions importantes, on ne trouve guère que la section espagnole abritée sous le palais publié récemment par la Construction moderne et le palais des produits alimentaires.

Un peu avant d’arriver au panorama de la Compagnie générale transatlantique, en dehors des galeries, est exposée ■une coupe d’avenue (avenue de la Révolution) disposée à peu près comme les grandes voies américaines : toutes les conduites, eaux, gaz, vapeur, air comprimé, câbles électriques, passent sous la chaussée, mais sans y être enterrées; la chaussée a un sous-sol et s’il se produit une fuite ou tout autre accident, la réparation est facile.

Non loin de là, mais cette fois à l’intérieur des bâtiments, est l’exposition de MM. Arbey et fils. On y trouve les principales machines à travailler le bois. On sait que malgré l’emploi du fer, la consommation du bois est loin de décroître, bien au contraire, et si le Nord ne nous envoyait d’énormes cargaisons, nous serions actuellement obligés de dévaliser nos forêts pour faire face à nos besoins.
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Re: Itinéraire d'un constructeur

Message par worldfairs » 24 juin 2019 01:18 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 31 aout 1889"

On a vu ici quels échafaudages il a fallu élever pour monter les fermes du palais du Champ-de-Mars; la Tour elle-même qui est le triomphe le plus connu de la construction métallique, avant d’atteindre la hauteur de sa première plateforme, a demandé au bois de servir de béquilles à ses arbalétriers ; les dômes des beaux-arts et des arts libéraux ont nécessité un enchevêtrement de bois considérable, et si le montage de la moitié des fermes de la galerie des machines par la Société des anciens établissements Cail n’a exigé qu’un outillage relativement simple et léger, ce n’est qu’à l’ingéniosité de ceux qui se sont chargés du travail qu’on le doit. On a vu, en effet, quelles proportions prenait l’outillage et à quel volume de bois on était conduit en se servant de moyens également fort ingénieux, mais certainement moins appropriés.

Cette consommation de bois de plus en plus grande devait nécessairement amener un perfectionnement tant dans les procédés abattage que dans les machines à débiter, couper, planer et creuser le bois. On pourra assez bien se rendre compte des progrès accomplis en visitant l’exposition de MM. Arbey et celles de quelques autres constructeurs qui eux exposent dans la galerie des machines.

Dans les plus vastes exploitations forestières, on en a longtemps été réduit à abattre les arbres même du plus fort diamètre, à l’aide de la hache et d’une scie à main (passe-partout). Aujourd’hui, après bien des recherches, on est arrivé à affranchir l’ouvrier de ce travail pénible : on scie à la vapeur aussi bien en pleine forêt que dans une usine. La machine elle-même, l’outil qui reçoit directement l’action de la vapeur, est assez peu encombrant pour pouvoir être amené à peu près partout ; il n’en est pas de même de l’appareil qui l’alimente, de la chaudière. Outre son poids et son volume qui la rendent difficilement transportable, la chaudière ne peut être installée qu’à proximité d’un ruisseau, d’une source et dans une forêt bien aménagée, pourvue de bonnes voies de communication, ce qui n’est pas toujours le cas; mais ce ruisseau qui manque sur place peut passer à une certaine distance, il alimentera donc facilement un générateur de vapeur ; si de plus il a une pente suffisante on pourra créer une chute que l’on utilisera au moyen d’une roue ou d’une turbine pour faire tourner une dynamo génératrice. L’électricité produite sera conduite à une dynamo réceptrice qui transformera l’électricité en mouvement pour actionner un outil analogue à celui que nous venons de voir fonctionner à la vapeur. Le problème de la transmission de la force par l’électricité est aujourd’hui assez avancé pour qu’on puisse trouver avantage à agir ainsi dans un grand nombre de cas.

Les lames de scies ont en général leurs dents inclinées uniformément de bas en haut, de sorte qu’elles ne travaillent qu’en descendant; c’est là leur infériorité par rapport aux scies circulaires ou à lames sans fin. Pour les faire travailler d’une façon continue, MM. Arbey ont divisé la longueur de la lame en plusieurs parties égales « comprenant chacune quatre dents à double inclinaison, c’est-à-dire que chaque partie à sa denture inclinée en sens contraire de la partie précédente et suivante ». Ce perfectionnement augmente notablement la production sans, croyons-nous, qu’il puisse la doubler entièrement ainsi que le disent les constructeurs.

Ces machines à débiter le bois exigent, comme on sait, la construction d’une fosse ou d’un bâtis assez élevé pour l’emplacement du volant auquel la bielle est attelée. On éprouve quelquefois des difficultés pour faire cette installation. Dans ce cas, on peut prendre une machine horizontale mais on ne s’arrête à cette solution que lorsque la première est complètement impossible.

Quittons les machines à travailler le bois et jetons en passant un coup d’œil sur la magnifique porte en fer forgé, exposée tout près de nous par un constructeur bien connu de nos lecteurs, M. Michelin. Le panorama de la compagnie générale transatlantique est sur notre droite ; il est fort intéressant mais si l’on va y admirer un « bâtiment », celui-ci ressemble par trop peu à ceux dont on s’occupe habituellement dans la Construction moderne pour que nous en parlions ici. Nous continuons donc notre chemin et nous passons en revue les habitations des divers peuples que M. Garnier a été chargé de nous faire connaître. Il a déjà été trop souvent question de cette partie de l'Exposition pour qu’il soit utile de la signaler un peu longuement; elle est tellement intéressante et a été l’objet de tant d’articles, tant dans la presse artistique que dans les journaux quotidiens, que chacun sait où elle se trouve et que les constructeurs aussi bien que les artistes s'empresseront tous comme le public, d’aller la voir d’abord avant d’entreprendre la série de visites plus pratiques mais moins captivantes que nous résumons ici.

Après avoir vu la maison aztèque et ses voisines, revenons vers l’axe du Champ-de-Mars ; nous voilà devant le monument de la terre dont on a probablement le plus parlé, soit pour adresser des louanges à son constructeur, soit pour proclamer en termes indignés que la Tour ne saurait avoir aucune prétention à être une œuvre d’art. Il y a certainement de l’exagération des deux côtés, mais ce n’est pas là ce qui nous occupe; que M. Eiffel ait oui ou non fait une œuvre artistique, on ne peut contester qu’il se soit montré constructeur habile : il a élevé rapidement et avec une grande précision le plus haut monument du monde. A ce titre, son travail mérite d’être signalé ici, et cela d’autant plus que même les gens qui en ont beaucoup parlé le connaissent encore assez peu.
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Re: Itinéraire d'un constructeur

Message par worldfairs » 26 juin 2019 10:25 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 7 septembre 1889"

Pourquoi est-elle en fer, la tour de trois cents mètres? Parce que le métal se travaille plus facilement que la pierre, qu'il offre peu de prise au vent et qu’il est très résistant, sous un poids relativement faible. Un autre et important avantage du fer sur la maçonnerie, c’est l’économie: le monument de Washington qui porte peu d’ornementation et n’a que 183 mètres de hauteur a coûté sept millions. On peut voir par là, étant donné que l’on voulait atteindre 300 mètres de hauteur, ce qu’il en aurait coûté d’adopter les projets de tours en maçonnerie qui avaient été présentés, en 1886, à la commission présidée par M. Alphand.

Mais pourquoi, dira-t-on, puisque l’on pouvait faire une tour de même hauteur en maçonnerie, n’est-on pas monté plus haut avec le fer qui est bien plus léger? D’abord il n’est pas prouvé qu’une tour en pierre de taille aussi élevée eût été si facilement construite qu’on veut bien le dire, les fondations auraient atteint des proportions considérables et l’on se serait heurté de ce chef, à d’énormes difficultés. En tous cas, à la date à laquelle l’exécution du projet fut décidée, il n’était guère possible d’admettre que dans le court délai dont on disposait, une hauteur plus grande que 300 mètres pouvait être atteinte; on a vu, en effet, que malgré toute l’activité déployée le monument n’a pu recevoir de visiteurs que quelque temps après l’ouverture de l'Exposition et il eût donc été imprudent de vouloir faire plus. Il y a une autre raison encore qui est, comme le choix des matériaux à employer, d’ordre économique : le poids du métal à la base augmente rapidement avec la hauteur ; c’est ainsi que sur les sept millions de kilos qui, comme on sait, représentent le poids de la tour, quatre millions sont déjà absorbés en arrivant à la première plate-forme.

Les premières dispositions prises ont donc leur raison d’être, le projet est parfaitement raisonné au point de vue du constructeur et il en est encore de même au point de vue de la forme, de la silhouette de l’édifice. Si celle-ci n’est pas agréable à l’œil, c’est qu’il n’y a pas de beau que le vrai, c’est que la décoration ne doit pas nécessairement découler de la construction.

C’est un des principes les plus élémentaires de la construction métallique, que les différents éléments de celle-ci doivent être, dans le plan des efforts à supporter, formés de figures indéformables; ce principe n’est pas appliqué partout dans la tour non pas dans des détails de faible importance, mais dans la constitution même de la charpente, jusqu’à la deuxième plate-forme.

En effet, les figures formées par les arbalétriers, le sol et les plates-formes sont des trapèzes, par conséquent des figures déformables, nous chercherions en vain le contreventement qui relie d’habitude deux sommets opposés, il n’existe pas ; il n’y a pas, par exemple, de poutre représentant la diagonale qui irait du premier étage du pilier 1 au deuxième étage du pilier 2 ; et cependant, quoique la surface présentée au vent soit bien réduite précisément par l’emploi du fer, il ne s’ensuit pas que l’effort de renversement soit négligeable ; la somme des faces des treillis a encore une valeur très appréciable; on a dû s’en préoccuper et on Ta fait en donnant aux arbalétriers une forme telle que si l’on mène à chacun d’eux une tangente dont le point de contact est à la même altitude sur l’un et l’autre arbalétrier, les deux tangentes se rencontrent en un point qui est précisément le point de passage de la résultante des forces dues au vent. La barre de treillis que pour faire un triangle il aurait fallu ajouter ne jouerait par conséquent plus aucun rôle. On peut objecter que si la courbe est favorable pour une certaine hypothèse, elle ne le sera plus pour toute autre; mais les différentes épures ont montré que pour des hypothèses très différentes, la courbe varie assez peu et que la 'courbe moyenne ne s’éloigne pour ainsi dire pas d’une façon très appréciable des courbes extrêmes.

Si nous nous sommes un peu étendu sur un sujet qui a déjà été traité plusieurs fois, c’est qu’il nous a paru nécessaire de porter à la connaissance de nos lecteurs des renseignements qui semblent être fort peu répandus, même dans le monde des constructeurs. Ces renseignements nous ont été fournis par une conférence faite récemment par un des ingénieurs de M. Eiffel.

L’exposition tire un peu à sa fin; ce petit compte rendu de nos promenades n’aurait plus de raison d’être continué bien longuement et c’est très rapidement que nous achèverons de faire le tour du Champ-de-Mars et du Trocadéro.

A gauche de la tour nous trouvons un grand nombre de pavillons, d’abord celui de M. Eiffel, qui expose des réductions de ses plus importants travaux, le pont sur le Douro, le via-duc de Garabit. Ce dernier est un ouvrage trop important pour que nous n’en parlions pas quelque peu; si la tour a le mérite d’attirer à Paris un nombre considérable de visiteurs, le viaduc de Garabit a l’avantage d’être un ouvrage essentiellement utile qui a fait assez de bruit pour qu’il ne soit pas superflu de savoir en quoi il consiste. Ce n’est pas que cet ouvrage considérable ait marqué une ère nouvelle dans la construction des ponts, puisque c’est sur le Douro que M. Eiffel a inauguré son système d’arc, mais l’application du principe est faite ici à une échelle tellement vaste qu’elle a beaucoup attiré l'attention des gens du métier et du public.

Ce viaduc est établi sur la Truyère, il fait franchir à la ligne de chemins de fer de Marvejols à Neussargues une vallée profonde, en maintenant, aux abords, le tracé sur un plateau peu accidenté. Si Ton n’avait eu recours à cette solution, la ligne aurait dû côtoyer, sur une longueur de 20 kilomètres, des vallées fort accidentées.

La grande arche centrale a 165 mètres d’ouverture et 52 mètres de flèche. Les rails se trouvent à 123 mètres au-dessus du point le plus bas de la vallée. Les naissances de l’arc reposent sur des rotules, mais la clé est rigide et présente une hauteur de 10 mètres. Au delà de l’arc, le tablier se prolonge, soutenu par des piles métalliques, et atteint une longueur totale de 448m30.

A côté de ces ponts à grande portée, M. Eiffel expose des ouvrages d’un ordre tout autre, par exemple les écluses de Panama et la coupole flottante du grand équatorial de Nice.

Quelques autres pavillons placés dans le voisinage de la tour offrent encore quelque intérêt, mais c’est surtout dans le pavillon du gaz qu’il nous faut pénétrer pour nous rendre compte des ressources que nous pouvons tirer encore, malgré la concurrence de l’électricité, de l’invention de Lebon.

Il y a des gens qui se figurent que l’électricité a tué le gaz, on leur a déjà tant raconté, chiffres à l’appui, qu’il y avait une telle économie à employer sinon la lampe à incandescence, du moins l’arc voltaïque, qu’ils n’attendent plus que l’heure de l’enterrement. Nous avons déjà dit quel était le grand défaut des tableaux comparatifs établis le plus souvent par des électriciens : l’électricité figure avec son prix de revient et le gaz avec le prix de vente. Si on voulait se donner la peine de se renseigner sur la valeur des dividendes distribués par les compagnies gazières à leurs actionnaires, on conviendrait qu’il faut en rabattre. Les gaziers n’ont pas capitulé devant leurs concurrents, ils se défendent au contraire très bien, témoins les grands progrès réalisés dans la construction des brûleurs ; le gaz qui brûle dans les candélabres de l’avenue de l’Opéra donne, sous un même volume, environ deux fois plus de lumière que celui qui sort des becs ordinaires à papillon. Et quand bien même le gaz serait menacé d’être expulsé des applications de l’éclairage, il lui resterait encore assez à faire pour que son industrie n’en meure pas. Les dernières statistiques n’indiquent d’ailleurs pas que cette dernière éventualité est à prévoir ; M. Cormault, président de la société technique de l’industrie du gaz en France, a fait connaître au dernier congrès que la consommation du gaz n’a pas cessé d’augmenter depuis 1878 ; elle a atteint, l’année dernière, 628 millions de mètres cubes; c’est une augmentation de 198 millions de mètres cubes sur la production de 1878.

La fabrication du gaz d’éclairage a fait d’immenses progrès et ce n’est plus guère de ce côté que les efforts seront sans doute dirigés; on s’applique beaucoup actuellement à perfectionner et à vulgariser l’utilisation. Les organisateurs de l’exposition du gaz ont fort bien compris que pour remplir leur mission, c’est-à-dire pour montrer la vigueur de leur industrie, il importait plus de montrer au public tout le parti qu’il pouvait tirer du gaz plutôt que d’exposer des cornues, des appareils de chargement et des laboratoires d’analyse ou de photométrie. Ces derniers n’ont pas été négligés cependant, car on en a installé au sous-sol du pavillon, mais c’est surtout pour y montrer les services que le gaz peut précisément y rendre. Nous ne pouvons pas décrire complètement tout ce pavillon, il faudrait pour cela un article spécial, mais nous ne le quitterons pas sans signaler une des applications du gaz les plus récemment tentées et qui aura certainement une grande influence sur l’avenir de cet agent d’éclairage.

« Il n’y a pas bien longtemps, disait récemment M. Emile Muller dans le Génie civil, qu’on a posé le principe qu’une bonne installation du gaz dans une habitation ou dans les lieux de réunion, doit absolument rejeter au dehors tous les produits de la combustion et employer leur chaleur perdue, quand ce sera possible, à la ventilation.
« Cela a été tenté quelquefois, mais n’a pas été réussi, parce qu’en construisant, les architectes n’avaient pas ménagé les dispositions nécessaires.....»

M. Muller constate que dans quelques pièces seulement du pavillon il y a évacuation des produits de la combustion, mais il aurait voulu l’application sur une grande échelle, partout dans les petits cabinets comme salons et salle à manger.

Quelques salles de réunion de Paris sont déjà ventilées de celte façon, mais la question est encore un peu neuve et les exemples ne se multiplient pas rapidement. Il faut espérer que de nouvelles recherches conduiront bientôt à des résultats satisfaisants, et dans ce cas il n’est nullement téméraire de prédire au gaz qu’il aura peu à souffrir de la concurrence de l’éclairage électrique.

Sortons du pavillon du gaz après avoir visité le sous-sol qui contient des moteurs en mouvement dont l’un actionne une pompe refoulant l’eau dans les combles dans des réservoirs qui alimentent un ascenseur Edoux, un autre met en mouvement une dynamo Edison qui fournit l’éclairage électrique. On voit par ce dernier exemple que si, comme nous l'avons dit plus haut, l’électricité prenait dans l’éclairage la place du gaz, elle n’en arrêterait pas pour cela la consommation.

Quelques céramistes ont installé aux environs de la tour, leurs expositions ; leurs pavillons sont très en vue et ont déjà été signalés dans \a-Construction moderne, nous ne voulons pas nous y arrêter et nous poursuivons notre chemin vers le palais des Beaux-Arts ou plutôt vers sa gauche, car nous laissons ce pavillon complètement de côté, nous aurions trop à dire s’il nous fallait énumérer toutes les œuvres d’architecture ou même les plus intéressantes que renferme ce palais.
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Re: Itinéraire d'un constructeur

Message par worldfairs » 03 juil. 2019 11:51 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 14 septembre 1889"

Entre le palais des beaux-arts et l’avenue de la Bourdonnais, nous rencontrons successivement, sur notre gauche, les pavillons des pastellistes, des aquarellistes, de la presse, des forges du nord, de la société de Mariemont, Solvay, Fonderie et forges de l’Horme, anciens établissements Cail, et nous en passons. Toutes ces expositions sont curieuses, mais ne nous concernent guère directement; il n’est pas déplacé cependant de signaler, précisément comme curiosité, dans le pavillon des anciens établissements Cail, une réduction au 1/5e de l’exécution du fameux ascenseur des Fontinettes. Ce puissant engin est construit à Arques sur le canal de Neuffossé qui met en communication les ports de Calais, Gravelines et Dunkerque. Par suite de l’énorme transit qui a lieu par cette voie (13,000 bateaux par an) on a dû renoncer à l’emploi des écluses qui occasionnaient des retards et des encombrements nombreux. Les écluses existantes ont été remplacées par un ascenseur qui procure une économie de temps considérable et qui a été construit pour donner passage à des bateaux plus longs que ceux que pouvaient admettre les écluses.

Voici un passage de la description de l’appareil qui figure dans les notices des travaux des ponts et chaussées :
L’ascenseur proprement dit se compose de deux caissons ou sas métalliques renfermant de l’eau et dans lesquels flottent les bateaux. Chaque sas est fixé sur la tête d’un piston unique qui plonge dans un cylindre de presse hydraulique installé au centre d’un puits. Les deux presses communiquent au moyen d’une conduite munie d’une vanne qui permet de les isoler à volonté.

On a ainsi une véritable balance hydraulique, et il suffit que l’un des caissons ait reçu une certaine surcharge d’eau pour que, cette vanne étant ouverte, il s’abaisse en produisant l’ascension de l’autre. D’ailleurs, le poids d’un sas ne varie pas, qu’il contienne ou non des bateaux, pourvu que la hauteur de l’eau reste la même.

Chaque sas mobile a une longueur totale de 40m35 et une longueur utile de 39m50. »


Nous connaissons depuis quelques années les ascenseurs pour maisons d’habitation, magasins, etc... ; lorsque M. Edoux breveta cette invention et lorsqu’en 1878 il construisit l’ascenseur du Trocadéro, on criait un peu à la témérité et cependant tout cela était encore loin et des ascenseurs de la tour Eiffel et de celui des Fontinettes; dans ce dernier, le poids à élever atteint environ 800 tonnes!

Sur notre droite, nous avons rencontré, chemin faisant, des expositions de produits céramiques, des marbres de Belgique, du matériel de petits chemins de fer. Il ne faut pas oublier la Société de la vieille Montagne qui ne cesse de perfectionner ses produits. Parmi ceux-ci, ceux qui nous intéressent le plus et qui en somme sont ceux que consomment la plus grande partie de la fabrication, sont les toitures en zinc.

Ces toitures n’ont fait sérieusement leur apparition que depuis une quarantaine d’années, mais leur légèreté, leur propreté, et leur longue durée, ont vite propagé les applications.

On a d’abord eu recours au système à tasseaux qui est encore très employé, mais depuis quelque temps on fait un fréquent usage d’« ardoises » en zinc. Ce système a l’avantage de donner un meilleur aspect à la couverture et il permet plus facilement que le système à tasseaux, la circulation de l’air entre le bois et le zinc; la résistance au vent et l’étanchéité sont incomparablement supérieures à celles de la tuile et des ardoises proprement dites.

Le zinc a d’autres applications qui intéressent les constructeurs ; nous citerons notamment celle qui fera, nous l’espérons, disparaître l’emploi de la céruse dans la peinture des bâtiments.

La céruse, comme on sait, est vénéneuse, elle produit des effets désastreux sur ceux qui la mettent souvent en œuvre ; la peinture à l’oxyde de zinc est exempte de ces inconvénients et il y a lieu de s’étonner que son emploi ne se soit pas généralisé dans ces dernières années.

Nous sommes tout proche de la galerie des machines, mais avant d’y pénétrer il faut visiter le pavillon des spécialités métalliques, celui de l’union céramique et chaufournière où nous avons remarqué des systèmes de hourdis très légers parmi les nombreux et divers produits obtenus aujourd’hui par nos céramistes.

Voici enfin la porte D, nous entrons et nous prenons immédiatement l’escalier qui nous conduit au premier étage, nous jugerons mieux ainsi de l’ensemble et nous nous dirigeons vers les sections qui nous concernent, car vous savez que la galerie des machines abrite aussi une partie de la classe 63 ; ici cependant ce ne sont plus des matériaux ni du matériel: de nombreux dessins d’architecture, des photographies des principaux monuments, hôtels et magasins construits par nos contemporains. C’est là que la société centrale a exposé les travaux d’un grand nombre de ses membres ; nous ne citerons personne, car nous pourrions nous laisser entraîner à faire une longue liste. Nous passons donc rapidement, du moins ici, sur le papier, quitte à nous rattraper sur place.

C’est là aussi que sont exposés soit des reliefs, soit des dessins des grands travaux publics exécutés dans ces dernières années ou ceux dont la réalisation s’imposera tôt ou tard.

Nous avons parlé tout à l’heure de l’ascenseur des Fontinettes comme d’un travail colossal ; mais nous n’en avons pas fini avec les surprises que nous réservent nos ingénieurs.

MM. Schneider du Creusot et Hersent,le grand entrepreneur de ports, projettent ni plus ni moins que de franchir le détroit du Pas-de-Calais au-dessus de la mer puisque Messieurs les Anglais tremblent à l’idée de nous voir arriver chez eux par une voie souterraine.

Ce gentil petit ouvrage n’aurait que 36,800 mètres de longueur; il serait partagé en travées de différentes longueur: 500, 300,250 et 100mètres; la hauteur libre au-dessus des basses-mers serait de 61 mètres. Si un jour nos voisins d’outre-Manche nous permettent d’entrer chez eux autrement que par eau, la société qui se chargera de l’exploitation de la ligne ferrée pourra prendre ses dispositions pour recevoir de nombreux visiteurs ; en effet, on vient de tous côtés pour voir la galerie des machines qui n’a cependant que 115 mètres de portée ; c’est déjà raisonnable, mais que serait-ce s’il existait quelque part un ouvrage qui lui permettrait de s’installer, dans le sens de sa longueur !

Plus loin, nous rencontrons de nouveau un projet de métropolitain, celui de MM. Desroches et Barreau, celui de M. Haag est près du bureau réservé aux membres de la Société des ingénieurs civils.

La Société de constructions des Batignolles n’a pas fait beaucoup de frais; il est vrai qu’on pourrait en dire autant de tous les grands entrepreneurs; leurs noms sont connus, on sait qu’ils ne craignent guère les difficultés, ils l’ont assez montré dans tous les travaux importants exécutés dans les ports ou sur les lignes ferrées. On sait que M. Hersent a fait le port d’Anvers et il n’a pas besoin de l’afficher bien apparemment. MM. Zschokke et P. Terrier ont trop d’expérience en matière de travaux à l’air comprimé pour que les intéressés ne comptent pas sur eux dans les cas difficiles; ainsi lorsque le gouvernement italien voulut agrandir le port de Gênes à l’aide des millions laissés à cet effet par le duc de Galbera, c’est sur ces entrepreneurs français qu’il porta son choix à la suite de l’ouverture d’un concours international.

Revenons à l’ancienne maison Gouin, elle aurait certainement dû nous faire voir à petite échelle l’immense pont que M. Bodin vient d’étudier pour elle ; le sytème est tout nouveau, on y a employé des poutres en encorbellement d’une construction toute particulière qu’il eût été intéressant de nous faire voir de près. La portée de l’arc est de 250 mètres ; on voit que nos ingénieurs arrivent de plus en plus à des chiffres fort respectables et s’ils continuent à marcher, en construction métallique avec la même cadence que depuis une quinzaine d’années, nos petits enfants verront des choses bien extraordinaires.

Le rez-de-chaussée de la galerie des machines renferme quelques expositions qui intéresseront certainement nos lecteurs, mais nous avons hâte d’en finir et nous passons rapidement dans les galeries diverses parmi lesquelles nous visiterons particulièrement celle de l’éclairage, celle du chauffage et de la ventilation qui est fort bien organisée, et celle de la céramique où nous remarquons d’abord M. Lœbnitz, puis et surtout M. Emile Muller qui, tout en exposant des pièces artistiques, comme ses voisins qui en font une spécialité, n’a pas négligé le côté pratique en vue duquel nous parcourons l’exposition.

Le palais des arts libéraux ne nous offre rien de particulièrement intéressant ; nous ne pouvons cependant nous dispenser d’aller voir ces premiers constructeurs qui se donnent un mal inouï pour exécuter patiemment ce que nous faisons aujourd’hui en un clin d’œil.

Dans la classe 14, M. Bordier expose un appareil d’invention récente qui permet de prendre chez soi des douches mitigées à volonté et à telle pression qu’on le désire. Aujourd’hui on préfère dans certains cas, les douches chaudes aux douches froides, car celles-ci se supportent difficilement et ce n’est que progressivement qu’on peut les administrer aux malades. Il est donc nécessaire que la douche soit à température variable pour être prise en traitement suivi.

Or pour établir une douche qui réalise cette condition, il est indispensable que les deux eaux (eau chaude et eau froide) soient à la même pression pour s’introduire et se mélanger dans l’appareil de douches.

Avec les procédés connus jusqu’à l’apparition de cet appareil, on est obligé de recourir à deux installations différentes : soit que l’on dispose des étages supérieurs de la maison, soit que l’on ne dispose que d’appartements occupant un même étage. Ici, l’appareil produit seul les deux effets, et il en résulte une notable économie d’installation.

Les pavillons des républiques américaines sont déjà connus de nos lecteurs, M. Brincourt en a parlé et il est probable que quand paraîtront ces lignes ils auront été vus par le plus grand nombre; ces pavillons en effet attirent le regard par leur originalité du moins pour quelques-uns, celui du Mexique par exemple, et dès qu’on les a aperçus d’un point quelconque on ne résiste pas longtemps à la curiosité.

Au lieu de nous attarder encore au Champ-de-Mars, nous prenons donc rapidement le pont d’Iéna. Si réellement on veut faire connaissance avec des matériaux de construction il faut descendre sur la berge de la rive droite; on pourra étudier facilement ; nous l’avons déjà dit, cette partie de l’Exposition est déserte.
Lorsque nous aurons dit qu’il est indispensable d’entrer dans le jardin du Trocadéro pour visiter : à droite, le pavillon du ministère des travaux publics que la Construction Moderne publiera très en détail, à gauche le pavillon très original des forêts, il ne nous restera plus qu’à nous excuser d’avoir écourté notre itinéraire dans le Champ-de-Mars, mais il fallait en finir avant la clôture.
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