La céramique à l'exposition

Paris 1889 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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La céramique à l'exposition

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 8 juin 1889"

Longtemps on a reproché à l’architecture moderne de tourner dans le même cercle, de suivre toujours les mêmes sentiers battus on de n’en sortir, sous prétexte d’originalité, que pour retourner en arrière et copier des constructions de style ancien et d’une autre époque. Une architecture nouvelle était réclamée par les artistes et tous ceux qui, devant les progrès réalisés et les nouveaux matériaux de construction utilisables, se demandaient si enfin une formule moderne n’en sortirait pas et si le XIXe siècle ne marquerait pas d’un signe particulier son passage dans l’Histoire de l’architecture. L’Exposition de 1889 a répondu à cette question ; la voie est maintenant franchement ouverte, et le fer, la terre cuite et la céramique sont les éléments d’un genre de construction neuf, original et susceptible de se prêter à toutes les interprétations possibles de ce grand art qui doit revêtir tous les caractères, le sévère et le gai, le riche et le simple.

Depuis quelque temps déjà, le fer et la brique sont d’un usage répandu dans les constructions ; mais jusqu’à présent on avait surtout utilisé ces matériaux pour les établissements industriels ou scolaires. L’architecture noble préférait encore la pierre et le granit à cette grossière ferraille dont elle craignait la brutale promiscuité.

Mais le fer qui est ingénieur, je veux dire ingénieux, s’est assoupli, a pris des formes élégantes, et. au lieu de se poser toujours en hercule et de se borner à des exercices de force, s’est peu à peu révélé gymnaste audacieux et séduisant. Les architectes ont fini par s’y laisser prendre, et dès lors une forme nouvelle s’imposait, puisque logiquement on ne saurait retrouver dans les constructions en ferles mêmes aspects et les mêmes dispositions que dans les constructions en pierre. Avec les ressources dont ils disposaient pour habiller ce vil métal, terres cuites, faïences et céramique, ces architectes en sont arrivés à créer les palais du Champ-de-Mars dont tout le monde admire la grandeur et la richesse.

Toutes ces constructions prouvent à quel résultat on peut arriver par l’union bien entendue de l’ingénieur et de l’architecte. Avouons que, le fer s’imposant de plus en plus, nous ne saurions nous passer de la science exacte et positive des calculateurs ; mais ceux-ci ont aussi besoin d’un artiste pour compléter leur œuvre et en faire de l’architecture au lieu de simple construction.

La galerie des machines est admirable; elle étonne et surprend, mais il y manque ce je ne sais quel charme artistique que ne possède pas davantage la tour de 300 mètres qui impressionne à la façon d’un chiffre énorme. Au contraire, devant le palais des Beaux-Arts et des Arts Libéraux, à l’admiration indiscutable pour le constructeur, se joint ce sentiment de charme à l’adresse de l’artiste, de l’architecte qui a su habiller, colorer le squelette, l’animer et lui donner une âme.

On avait déjà en 1878 pressenti le parti nouveau à tirer de ces formules nouvelles ; mais il était encore timide et n’occupait pas la place prépondérante qu’il a aujourd’hui.

Il serait pourtant injuste de ne point rappeler le gai et séduisant pavillon de l’Union céramique au Trocadéro, de M. Marcel Deslignières, le palais algérien de M. Wable dont les éléments décoratifs étaient empruntés aux vieux monuments du XIIIe et XIVe siècle qui subsistent à Tlemcen ; et aussi le pavillon du Ministère des travaux publics et celui de la Ville de Paris qu’on a soigneusement conservé aux Champs-Elysées. — Il est probable que les hangars municipaux de cette année n’auront pas, soit dit en passant, le même retentissement dans l’histoire des Expositions universelles.

C’est la céramique qui est le succès des Palais proprement dits de l’Exposition, et aussi de beaucoup d’autres pavillons français ou étrangers.

La céramique était dès l’antiquité connue dans l’Extrême-Orient, ainsi que la mosaïque, à Byzance, qui se distinguait par nue magnificence inouïe; les fonds d’or y étaient prodigués. Tombé en décadence au moyen âge, l’art de la mosaïque se releva à l’époque de la Renaissance. Les plus parfaites mosaïques italiennes datent en effet des XVIe et XVIIe siècles. Quant à la céramique elle fut toujours d’un usage très répandu ; après Byzance et l’Espagne, c’est l’Allemagne qui offre les plus curieux exemples de faïences employées en construction. A Leipsig, dans le couvent Saint-Paul, qui date du commencement du xm' siècle, ou a trouvé des briques émaillées qui supposent des connaissances céramiques assez grandes; et à Breslau, le tombeau élevé à Henri IV, duc de Silésie, est tout entier en terre cuite émaillée. La tuile vernissée était également connue des Orientaux qui s’en servaient fréquemment.

La céramique architecturale peut se diviser en deux catégories : celle où elle entre comme élément matériel de construction et celle où elle ne compte que comme remplissage et décoration ; c’est dans ce dernier cas que son emploi avec le fer trouve son application la plus séduisante, en ajoutant une plus grande légèreté à ses qualités primordiales de couleur et d’ornementation.

Les deux beaux palais des Beaux-Arts et des Arts Libéraux sont des exemples frappants de la richesse que peut apporter à un monument l’emploi artistement fait de la terre cuite et de la céramique, surtout lorsque les céramistes portent les noms de Millier, Parvillée et Lœbnitz; sans compter Brault, Boulenger, Mortreux, etc., que nous rencontrerons à la classe de la céramique «u dans nos promenades autour des pavillons étrangers.

Mais commençons par les deux palais de M. Formigé.

Avec M. Müller qui a donné son nom à un genre de brique revêtue d’émail sur une de ses faces, la céramique devient la matière même de la construction en même temps que de l’ornementation. Ce principe appliqué avec un rare talent à la couverture des deux dômes des palais des Beaux-Arts et des Arts Libéraux, a donné un résultat très curieux et intéressant au point de vue art et construction. Cette couverture se compose de tuiles émaillées de plus de 600 sortes; elles ne se superposent pas, mais s’emboîtent sur les côtés et à la partie supérieure, et cela forme plutôt une mosaïque qu’une couverture en tuiles. Chaque dôme contient 50,000 pièces environ, disposées en 70 rangs.

Le dessin se répète sur 12 tranches séparées les unes des autres par un fuseau décoré de fleurs bleues sur fond jaune d’or. Le motif principal de chaque tranche, dont le fond est bleu, consiste en un cartouche portant au centre deux grands RF d’or, et le cartouche se détache sur un fond blanc crème bordé par no dessin eu méandre. Au-dessous et au-dessus de ces tranches, tout autour du dôme, court une grecque blanc crème sur fond bleu émail; tout cela forme un ensemble d’un effet très brillant et très chatoyant.

A la base de chaque dôme, 24 vases céramiques de 3 mètres de hauteur sont disposés sur les consoles de l’attique soutenant la couverture, et dans lequel sont percés des œils de bœuf décorés de tons bleu et terre cuite naturelle.

A M. Müller appartient encore l’exécution des motifs de décoration du porche des Arts Libéraux, consistant en pyramides en
terre cuite avec figures de femmes, œuvre de M. Michel, sculpteur, et aussi, dans le porche du palais des Beaux-Arts, les médaillons des tympans (génies portant des inscriptions) et la grande frise supérieure des deux palais. Les pilastres à arabesques du porche des Beaux-Arts, ornés de médaillons à cadres d’or et fond bleu, avec figures de femmes symbolisant la Poésie, l’Etude, la Vérité et la Couleur, sont de Lœbnitz.

Enfin la balustrade couronnant les palais et formée de petits pilastres entre lesquels se répète un motif de boucliers aux têtes de lion, sort également des ateliers de M. Müller.

La part de M. Parvillée est aussi à signaler; c’est la décoration extrêmement brillante des petits dômes des pavillons d’angle vers la Seine. Ces dômes à pans coupés sont couverts de tuiles de porcelaine émaillée. Les motifs bleu turquoise, bleu foncé et jaune, avec quelques notes rouges se détachent sur un fond bleu vert, bordé en haut et en bas d’une grecque blanche sur fond gros bien.

Les piliers en fer des travées des deux palais sont revêtus de panneaux en terre cuite cannelés, avec entrelacs de feuilles de laurier et de chêne, œuvre de M. Ruffier. L’armature en fer, restée apparente et enserrant les motifs de terre cuite comme en une résille, est d’un effet original et d’une franchise de construction intéressante. Ces piliers sont couronnés de cartouches à effets métalliques dont l’irisation jette au soleil des reflets changeants. Enfin au-dessus de chaque travée se répète une frise en terre cuite de 2 mètres de hauteur, représentant des enfants tenant des cartouches, et se détachant sur un fond d’or. Cette frise d’un joli dessin a été exécutée par M. Müller.

Avant de quitter ces deux palais, il faut encore citer l’œuvre céramique de M. Roy, chargé des cartouches aux initiales RF des retours d’angles des façades et de la frise à sujets emblématiques, terre cuite sur fond or, qui suit le rampant des frontons des portes Rapp et Desaix, et les voussures à caissons fond bleu portant des rosaces en terre cuite.

Presque toute la décoration céramique du dôme central de M. Bouvard a été confiée à M. Müller. Elle consiste en briques vernissées et en fleurons dans l’attique soutenant le dôme et sur le dôme lui-même ; le reste est en staff coloré.

Enfin le palais des machines a égayé sa façade d’entrée sur l’avenue La Bourdonnais avec une inscription ornée de feuillages en carreaux de faïence, exécutée par M. Mortreux que nous retrouvons sous le porche du pavillon de la presse avec les deux belles figures delà Pensée et de la Critique.

Jetant maintenant un coup d’œil sur les divers pavillons du Champ-de-Mars, nous constaterons presque partout l’application très répandue de la décoration céramique.

Parmi les pavillons français, celui des industries du gaz, dont M. Picq est l’architecte, présente un certain intérêt à l’intérieur. Toutes les faïences sont de Sarreguemines ; elles sont utilisées comme revêtement et panneaux décoratifs, au premier étage. Le morceau le plus intéressant est une grande cheminée, sans style bien défini, mais dont les détails sont agréables ; entre autres la frise d’un joli dessin et d’une couleur brillante, et les cariatides renaissance supportant la cheminée.

La salle de bains a été décorée d’une façon originale par M. Mortreux; le carrelage en lave émaillée est surtout à remarquer. Tons les autres carrelages, et il en est de très réussis, sont de Boch, ainsi que deux panneaux décoratifs sur la galerie du premier étage, en carreaux de grès de couleur décorés de feuillages genre japonais qui feraient de très beaux revêtements.

Sur la terrasse du Palais des Arts libéraux, le pavillon de la République de Salvador, construit par M. Lequeux, offre des spécimens très curieux de faïences céramiques sur lesquelles je reviendrai en traitant à part ce pavillon. Ces faïences, exécutées à Œen d’après les dessins de l’architecte, reproduisent les signes des jours, semaines, mois et années du vieux calendrier mexicain, ainsi que les rois fondateurs du Mexique dans une frise très originale qui décore la façade postérieure. Les couleurs de ces faïences sont très brillantes.

Nous retrouvons MM. Muller, Lœbnifz et Parvillée dans le palais de la République argentine. Le premier a fourni le soubassement en grès émaillé autour duquel court la frise des écus, inspirée d’un dessin japonais, et aussi, au-dessus de ce soubassement, la frise des chats, copiée sur un motif argentin. Le chéneau en terre cuite émaillée est aussi de M. Millier qui a également exécuté la stèle de la façade principale, fîgurant un paon dont la queue déployée est garnie de cabochons de faïence.

De M. Lœbnitz sont les allèges du rez-de-chaussée avec cabochons de faïences et les médaillons couronnant les pylônes en terre cuite en partie émaillés couleur bleu turquoise ; ainsi que les épis et cartouches aux armes argentines des pylônes, les cartouches des balcons saillants et les arcs doubleaux en terre cuite des trois baies de la façade principale.

Les encadrements des travées courantes, en faïence bleu et turquoise, reproduction de dessins arabes, sont de M. Parvillée, ainsi que les brillants pylônes d’angles inspirés d’un motif argentin.

La mosaïque occupe dans le palais une place très importante aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur ; c’est M. Facchina qui a été chargé de l’exécuter. Il faut citer les encadrements des grands arcs de la façade, ornés de dessins argentins, et ne pas oublier M. Néret qui a fourni les énormes cabochons de verres, bleus, verts et rouges éclairés le soir électriquement. Mais nous reviendrons en détail, et dans un article spécial, sur les magnificences de ce palais resplendissant comme une châsse et qui fait le plus grand honneur à MM. Ballu et Chance], architectes, et M. Cabireau, secrétaire du comité.

Avant de prendre le train des Invalides, nous avons encore quelques céramiques intéressantes à voir au pavillon du Maroc. On n’a malheureusement pas eu le temps de mettre en place les faïences décoratives prévues dans les bazars; mais le vestibule du pavillon impérial est orné de revêtements de faïences assez curieuses. Ils proviennent de Séville et sont en terre assez grossière. Les dessins tracés à la main par un simple artisan sont de style mauresque très pur. On y retrouve l’influence arabe dans les motifs géométriques. Presque en face du Maroc, la façade du Japon composée par M. Gautier, architecte, est décorée de faïences de Longwy d’après des dessins japonais ; les plus intéressantes sont celles de la grande porte d’entrée.

Enfin la façade de la Serbie nous arrête encore au passage avec sa grande décoration en marbre et mosaïque habilement composée par M. Labonige, architecte, qui s’est inspiré du style serbo-byzantin. L’exécution de ces mosaïques a été confiée à M. Bichi, mosaïste italien, que nous retrouverons lorsque nous parlerons des mosaïques de la façade italienne dans les sections industrielles. La façade de la Serbie se compose d’un motif central, formant l’entrée de deux côtés éclairés de trois baies. L’entrée est accusée par trois portes à arcs, avec encadrements en mosaïque, dessins jaunes sur fond bleu ; sur le tympan de celui du milieu un belle inscription : Serbie, en bleu sur fond or. Un grand arc en mosaïque couronne les trois baies d’entrée ; il est formé de carreaux à motifs sertis d’or sur fond rouge et bordé d’une sorte de grecque d’un joli dessin, le tout encadré d’une bande de feuillage vert sur fond bleu avec bordure or et rouge.

Les fenêtres des côtés sont décorées de mosaïques analogues à celles des portes, les tympans à fond d’or avec rosaces et écussons au centre ; au-dessus un large panneau ; toute la façade est couronnée d’une frise à dessins jaunes sur fond vert venant buter sur les chapiteaux de quatre pilastres en mosaïque.

L’ensemble de ces mosaïques établies sur châssis de fer pour être transportées à Belgrade, est distingué et très brillant sans être criard.

Aux Invalides on trouve encore des céramiques très intéressantes, surtout aux palais algériens et tunisiens. M. Saladin, qui doit traiter lui-même l’Exposition tunisienne, expliquera aux lecteurs de la Construction moderne la beauté des faïences du Bardo et des superbes mosaïques relevées des tombeaux de Sbeïtla et Lamta; mais je voudrais dire quelques mots des faïences décoratives du palais de l’Algérie.

La plupart sont de fabrication française, mais inspirées de faïences italiennes très employées en Algérie ; celles des portiques extérieurs, abritant les bazars algériens, sont des copies de modèles anciens de Delphes, Livourne et Naples, exécutées par la maison Lœbnitz, ainsi que les faïences du minaret. — On peut remarquer au centre des portiques une jolie fontaine genre mauresque. Mais les faïences les plus intéressantes au point de vue décoratif sont peut-être celles de Fourmentrau-Conrqnin qui a fourni les revêtements du pavillon d’angle près de la Tunisie, ceux de la galerie intérieure formant vestibule, et ceux du soubassement de la porte d’entrée principale, dont l’entourage est de Parvillée. De ce dernier est aussi l’entourage très fin et élégant en faïence bleue, de la fenêtre du salon officiel du côté de la Tunisie; chaque carreau porte comme décoration l’inscription de la ville d’Alger.

Il faut encore citer deux belles portes exécutées par Fargue-Hardeley : l’une du pavillon d’angle à gauche de la façade sur la Seine est inspirée de la mosquée Si-Haioni à Tlemcen; l’autre, intérieure, située dans la salle de Constantine (exposition de M. Rolland) et destinée à être remontée à Biskra, a été faite sur les dessins de M. Marquette, architecte, l’habile collaborateur de M. Ballu dans la conception et l’exécution de l’Exposition algérienne.

Dans le café maure, les revêtements sont en faïence de Creil, et les dessins sont inspirés de motifs persans.

Dans l’Exposition coloniale nous n’avons guère à citer que les tuiles vertes ainsi que leurs abouts d’un joli effet, et dans le pavillon de l’Annam et du Tonkin les balustrades en faïences ajourées. Un morceau capital et de toute beauté est la frise à personnages et animaux, fouillée très curieusement, et sortant des manufactures de Chô-Lon, qui couronne le pavillon de la Cochinchine.

Dans un prochain article, il nous restera à parcourir la classe 20 des sections industrielles françaises et étrangères et à nous arrêter devant les produits les plus intéressants de la céramique.


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Texte et illustrations de "La construction moderne - 15 juin 1889"

Avant de pénétrer dans les galeries et d’examiner la céramique à un point de vue moins spécialement architectural, il nous faut donner un coup d’œil au pavillon de l'Union céramique et chaufournière, assez mal placé près de la galerie des machines, côté de l’avenue La Bourdonnais. Là, sous un hangar sans grand intérêt par lui-même, sont exposés tous les produits utilisables en architecture, tuiles, ciments, briques... etc. Parmi les plus intéressantes, il faut citer les expositions des ciments et chaux du bassin d’Argenteuil, les tuiles des établissements de Villequier et de Roumazières. Ce dernier expose aussi des briques émaillées et des terres cuites décoratives, de même que la maison Champion. La société anonyme des briques et pierres blanches a également une exposition assez intéressante.

A côté du pavillon de l’Union céramique se trouve celui de Montchanin très coquet et celui de la maison Royaux tous deux en briques et terres cuites. Mais le plus réussi est certainement celui de MM. Perusson, père et fils, situé dans les jardins, au pied de la Tour Eiffel, du côté du palais des Beaux-Arts. Tous les échantillons des produits de l’usine d’Ecuisses, terres cuites, briques émaillées, carreaux de faïence, etc., ont été employés à sa construction qui est très élégante. On accède au pavillon par deux perrons décorés de vases et deux vasques avec fontaines égayent les deux côtés de la terrasse qui entoure ce petit édicule dû à la collaboration de M. Ferret, architecte, et Mazonni sculpteur, directeur des ateliers artistiques des usines Perusson
Enfin, un peu plus loin, nous trouvons encore le pavillon de MM. Brault, père et fils, divisé en deux parties mitoyennes, l’une de style gothique en terre cuite blanche, l’autre en briques noires et rouges.

Dirigeons-nous maintenant vers le Dôme central et arrêtons-nous, dans la galerie de 30 mètres, devant la porte de M. Marcel Deslignières, qui sert d’entrée triomphale à la classe 20 de la céramique.

La Construction moderne a donné dans son dernier numéro un dessin qui peut en montrer la belle ordonnance ; mais pour en comprendre toute la beauté, il faut en voir la couleur, la richesse décorative et l’élégance de détails.
Le gros œuvre est tout en terre cuite et le reste en faïence de couleur. Le soubassement très puissant de l’arc central a été exécuté par Brault; il est d’une jolie tonalité et décoré de grandes feuilles bordées de bleu. Au-dessus deux niches avec frontons et colonnes abritent deux statues en faïence émaillée dans le style de la Renaissance italienne. Celle de gauche, la Céramique, est de M. Lormier, sculpteur ; celle de droite, la Mosaïque, de M. Houssin.

Les colonnes de ces niches, très élégantes et autour desquelles court un feuillage d’une grande finesse, ont été exécutées par M. Boulenger, les plaques décoratives placées dessous, par M. Muller.

Les tympans de frontons des niches sont décorés d’un motif en émail sur cuivre exécuté par M. Charles Jean. Au-dessus de ces niches, dans le tympan de l’arc, deux mosaïques snr fond d’or exécutées par M. Guilbert-Martin d’après les cartons de M. Chassevent-Bacque représentent la Terre et le Feu symbolisées par deux femmes drapées.

L’inscription, également en mosaïque, est l’œuvre de M. Facchina, ainsi que les tympans des petits arcs des baies latérales. Au-dessus de cette inscription, les rosaces en faïence fine de grande dimension qui décorent les métopes de la frise sortent des ateliers de M. Boulenger qui dans les arcs latéraux de droite a exécuté les pilastres montant jusques sous de petites niches décorées de statuettes. Ces baies latérales sont d’un très joli effet; la balustrade en lave reconstituée émaillée est de M. Gillet; le couronnement des pilastres au-dessus des petites niches, de M. Delaherche ; — les pilastres de gauche y compris les niches sont de M. Fournier. Lœbnitz a exécuté les culs-de-lampe soutenant les petites statuettes.

Enfin les bas-reliefs des baies latérales, traités à la manière de Lucca délla Robbia, par M. Laoust, représentent les principales opérations du travail de la céramique et de la mosaïque. L’exécution céramique a été confiée à M. Brault et à M. Mortreux qui a fait également les deux statues des grandes niches.

Cette porte très étudiée par M. Marcel Deslignières qui en a composé tous les détails est vraiment superbe et mérite les compliments de tous, non seulement à l’adresse de l'architecte, mais aussi de ses collaborateurs habiles et dévoués qui n’ont marchandé ni leurs efforts ni leur temps pour arriver à un résultat essentiellement artistique.

En pénétrant dans la classe 20, ou trouve à droite et à gauche les expositions de MM. Guérin et Deck qui complètent l’ensemble décoratif de la porte sur la grande galerie par de beaux vases placés sur la balustrade.

On retrouve dans la classe 20, que nous parcourrons surtout au point de vue décoration et architecture, les céramistes que nous avons déjà nommés et admirés à propos des diverses constructions du Champ de Mars, ParviUée, Guilbert-Martin, Boulenger, Muller, Lœbnitz dont l’exposition est particulièrement bien disposée dans un élégant portique signé P. Sédille, Facchina avec de beaux carrelages mosaïques, Fourmaintrarr-Courqnin chez qui nous retrouvons les modèles de revêtements du palais algérien et aussi des faïences d’art très intéressantes et artistiquement égales à celles de Nevers. Ces noms-là parlent d’eux-mêmes ; mais nous avons encore à signaler les mosaïques de M. Zambon, les décorations en mosaïque d’émail et de marbre de Burke et Cie qui exposent aussi des carrelages et des revêtements intéressants, les carrelages de MM. Piquot, Colle et fils, Simons, Boulenger (d’Auneuil), Sand et Cie, et les produits de MM. Zanussi pour dallages, revêtements, frises décoratives mosaïques vénitienne et romaine, Debaecker pour la décoration appliquée au chauffage, Gustave Roy, Raffin et Ameuille qui entre’autres choses expose une jolie frise d’un dessin mauresque, Picquefeu dont l’exposition est entourée d’une intéressante balustrade en terre cuite, et surtout les magnifiques carrelages, de Boch, de la manufacture de Maubeuge. Les décorations céramiques architecturales en lave émaillée de MM. Gillet et Lefort des Ylouses sont très curieuses; enfin les faïences de M. Fargue sont de toute beauté et d’une couleur extrêmement brillante.

Dans un ordre d’idée moins spécialement architectural, mais s’y rattachant cependant par l’intérêt décoratif, il faut citer les belles céramiques d’art genre Palissy de MM. Pull père et fils qui exposent comme pièce principale une reproduction d’une partie de la cheminée de Germain Pilon dans la salle de la Renaissance au Louvre, et aussi les faïences de M. Gallé de Nancy qui expose également dans la grande galerie un pavillon original en bois sculpté et marqueté dont la décoration est inspirée de la flore paléontologique et où il a groupé quelques spécimens de ses industries. Dans son exposition de la classe 20, il faut remarquer une cloison décorative en bois d’amaranthe naturel et chêne lacustre à jour, très élégante et d’un cachet artistique distingué.

Les poteries d’art du golfe Juan exposées par M. Clément Massier sont aussi curieuses et décoratives. Ce sont des produits d’une grande richesse parmi lesquels on remarque les deux panneaux de revêtements en faïence à reflets métalliques de style persan. C’est magnifique; mais le prix excessivement élevé, vu la difficulté de l’exécution dont on ne peut jamais prévoir les résultats, ferait hésiter devant l’utilisation en grand d’une pareille matière.

On peut toujours se donner la satisfaction de s’imaginer un dôme comme ceux des palais du Champ de Mars, couvert de cette façon et éclairé par le soleil !

Il faudrait, d’ailleurs, tout citer dans cette merveilleuse classe de la céramique, et cet article deviendrait tout à fait un catalogue. Je m’arrêterai sur les faïences de Gien qui occupent le centre de la classe autour d’un magnifique et monumental vase décoratif; mais tous les artistes feront une plus longue visite et admireront les belles faïences de Creil, Montereau, Limoges, Blois, Nevers, etc.

La céramique et la faïence sont aujourd’hui tellement dans les mœurs qu’elles sont devenues dans tous les pays des produits de nécessité absolue. Aussi n’est-il pas étonnant d’en trouver des échantillons dans presque toutes les sections étrangères ; mais il en est bien peu qui puissent rivaliser avec la France. C’est dans l’Angleterre que nous trouvons les produits céramiques les plus intéressants et présentant une réelle valeur artistique.

Doulton, dont le nom est surtout prononcé chez nous lorsqu’il s’agit de tuyaux en grès, d’appareils sanitaires à effets d’eau et de chauffe-bains, ne mérite pas sa renommée seulement à cause de ces produits éminemment utiles mais absolument dénués de côté artistique; nous voyons au Champ de Mars, dans la section anglaise, quelle place il occupe dans la céramique avec ses belles cheminées en faïence et ses revêtements parmi lesquels il faut citer ceux qui sont placés dans le vestibule de 15 mètres et qui représentent des oiseaux, un paon, etc... Ces très belles pièces sont d’un coloris un peu terne et sombre mais cependant très décoratives et présentant un grand intérêt.

La céramique anglaise est encore représentée par les belles faïences de Turner, de Minton et de Worcester; mais un morceau qui attire plus particulièrement l’attention est une grande pièce décorative de 3ra20 de hauteur et de 2 mètres de diamètre exposée par la maison Brownfield et Sons. Elle représente la Terre recevant de la Nature les dons de l’Abondance en grains, en fruits et en fleurs. Autour de la planète, quatre figures de femmes symbolisent les saisons et dans le bas du piédestal une foule d’enfants habilement groupés forme une frise mouvementée. L’ensemble de cette pièce, rare au point de vue de la dimension, étant en pâte tendre, est très gracieux et distingué, qualité assez rare dans les œuvres d’art anglaises.

Les Pays-Bas nous offrent encore quelques échantillons de faïences céramiques ; entre autres les décorations de Joost Thooft Labouchères, de Delft, en camaïeu. Ce sont, en général, de petites choses, des scènes maritimes ou de genre, des paysages... Cependant, à côté de cet art un peu petit, on trouve quelques revêtements de cheminée et une frise d’enfants dans une note humoristique amusante et dont la composition est signée A. Lecomte.

La Belgique représentée par Théophile Moll, de Gosselies, le fondateur de l’Industrie du fer émaillé en Belgique en 1837, qui expose quelques émaux, par MM. Aubry et fils, avec des faïences pour revêtements, mais surtout par la maison Boch frères (La Louvières), qui a une magnifique exposition pouvant rivaliser avec les plus beaux produits de céramique architecturale. Je signalerai des revêtements très beaux de dessin et de coloris, parmi lesquels un de style ottoman et un autre de style persan d’une grande richesse d’aspect. Des panneaux décoratifs, des vases, des plats, etc... complètent cette superbe exposition. On peut encore citer, en Belgique, les faïences de la maison Auguste Mouzin.

L’Italie nous offre une entrée assez intéressante avec sa façade décorée de portiques garnis de mosaïques florentines. Ces portiques, formés d’arcs et de colonnes, accompagnent le grand arc accusant l’entrée et sont inspirés de l’architecture de l’an 1400, spécialement de l’art florentin. Le dessin est très primitif et très simple ; celui de la frise en verre peint est pris dans une voûte du château du comte Gallé, à Florence. Les mosaïques, tournant autour des colonnes torses et décorant le grand arc de la porte, sont d’un effet assez curieux, mais d’un aspect un peu mesquin et mièvre, la mosaïque gagnant beaucoup à être employée sur de grandes surfaces. Tout ce travail a été exécuté par M. Bichi que nous avons nommé déjà à propos de la façade serbe. A voir dans la section italienne les faïences à reflets métalliques, de Cantagalli, celles de d’Amato, de Molaroni et les belles mosaïques de Salviati.

La Suisse expose aussi quelques spécimens de faïences, à employer surtout pour la décoration des poêles ; telles sont celles de la maison Jos Keiser dans laquelle nous voyons un très joli poêle en faïence avec une décoration en camaïeu, d’un élégant aspect. La Suisse a encore, dans le palais des Arts Libéraux, un panneau en carreaux de faïence, œuvre exécutée à l’Ecole industrielle de Genève, qui n’est pas sans intérêt. Un oiseau-lyre en occupe le centre et, vu de face, la queue, déployée en éventail, se détache en blanc sur un fond de couleur foncé. C’est d’un effet brillant, un peu cru, mais original.

Nous voici arrivé au terme de cette visite rapide à la céramique décorative qui nous aura prouvé combien notre époque occupera une place glorieuse dans l’histoire générale delà faïence et de la céramique, et quelle grande et belle part sera celle de la France dans les progrès constatés à l’Exposition de 1889.
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