Les échafaudages de peintres

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worldfairs
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Les échafaudages de peintres

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 mai 1889"

Les échafaudages employés généralement pour la peinture des façades aussi bien que pour leur nettoyage sont, comme on sait, des échafaudages volants. Ils se composent d’un plancher de chaque côté duquel s’élève un garde-corps et ils sont suspendus à des moufles dont on allonge ou raccourcit les brins pour travailler à la hauteur voulue. Ces moufles prennent leurs points d'attache sur la toiture au moyen de cordes qui passent un peu au-dessus du niveau du chéneau sur des chevalets surplombant la façade de la quantité nécessaire pour écarter l’échafaudage et l’empêcher de dégrader les saillies. De cette façon, pour peindre tonte une façade, il faut un plancher aussi long que la façade est large ; sinon, on est obligé de transporter les chevalets lorsqu’on a peint sur toute la hauteur de la construction une largeur égale à la longueur du plancher.

Pour une façade de maison ordinaire, il ne résulte de ce déplacement qu’un petit supplément de main-d’œuvre, mais si la surface à peindre ou à nettoyer est très longue, s’il s’agit d’un édifice, les déplacements successifs finissent par absorber beaucoup de temps.

A l’Exposition universelle qui, grâce à l’activité qui y a été déployée, vient d’être si brillamment inaugurée, M. Rondeau, chargé de la peinture de la galerie des machines, a dû exécuter son travail très rapidement ; il y a réussi eu employant la disposition suivante qui a été décrite dans le Génie civil par M. Eugène Flachat.

Peinture des chevrons. — La première difficulté était de peindre les dessous des chevrons; d’habitude pour les ouvrages de ce genre, mais de moindre importance, on se sert d’un échafaudage roulant d’une largeur égale — ou plus petite —à celle d’une travée et analogue à ceux qui servent pour le montage. Sur la plate-forme on établit au moyen de chevalets un deuxième plancher que l’on démonte partiellement lorsque la peinture de la travée est terminée et qu’il faut passer sous une ferme. Au palais des machines, ce système n’était pas applicable car il fallait laisser le sol entièrement libre pour y commencer les travaux d’installation. Il n’y avait donc pas à songer à prendre de points d’appui sur le sol, et M. Rondeau a suspendu son échafaudage volant à des câbles attachés à ces immenses fermes, que nous devons à l’ingénieur en chef des constructions métalliques de l’Exposition, M. Contamin.

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Sur chacun de ces câbles en fils d’acier enroulés en hélice, se meut une poulie à gorge de 140 millimètres de diamètre (fig. 1), traversée par un boulon auquel est suspendue la chape B qui supporte au moyen d’un fort rivet les moufles dont les brins retiennent comme à l’ordinaire l’échafaudage. Le boulon traverse également deux flasques horizontales C réunies par deux rivets qui servent à attacher les brins des moufles de va-et-vient.

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Les câbles sont au nombre de trois et passent dans les fermes comme le montre la figure 2 ; ils sont maintenus aussi rigides que possible par des tendeurs analogues à ceux des attelages de wagons (fig. 3) ; ces câbles mis en place et attachés aux barres de treillis au moyen de chaînes que l’on isole du fer par des pièces de bois qui s’opposent en outre au glissement, sont un peu lâches; on les raccourcit en tournant la partie évidée B dont les extrémités forment écrou pour les deux tiges A et C filetées eu sens inverse. On aurait pu employer des tendeurs plus faibles ; ceux-ci, en effet, sont soumis à des tensions moins considérables que ceux des wagons dont les dimensions sont cependant inférieures à celles indiquées sur la figure 3.

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L’échafaudage étant suspendu comme nous l’avons dit, parallèlement aux fermes (fig. 4), voyons comment on obtient sou déplacement dans le sens perpendiculaire à la longueur des chevrons.

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Les extrémités du brin de commande sont attachées à la chape horizontale et passent sur des moufles fixées à chacune des extrémités de l’espace à parcourir. La figure 5 est un plan schématique de cette disposition ; si on tire sur le brin CD et vers D, on voit que le galet de roulement AB sera tiré du même côté, et inversement, en tirant vers C, on ramènera l’échafaudage de ce côté. Les brins inférieurs passent au-dessus des garde-corps à portée de la main (fig. 6).

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Peinture des tympans. — Après ce que nous venons de dire, on voit immédiatement quel peut être l’application du système à la peinture d’une surface verticale ; l’échafaudage est placé parallèlement à la façade et se trouve suspendu à un câble tendu horizontalement. Le problème résolu est le suivant : atteindre tous les points de la surface en parcourant un axe fixe sur lequel on prend au moyen des moufles d’élévation les ordonnées nécessaires. C’est cette disposition que M. Rondeau a employée pour peindre les tympans du palais des machines dans un temps relativement très court et sans gêner la circulation.

Tant sous la toiture que latéralement, 15,400 mètres carrés ont été couverts à la brosse, à l’aide de 30 hommes, en 18 jours.

Comme le fait remarquer M. Flachat, le système funiculaire est susceptible de nombreuses applications et son emploi sera encore très avantageux dans les cas où les pannes seront de plus faible portée et par conséquent moins hautes, car on pourrait disposer les câbles perpendiculairement aux fermes et travailler ainsi sur une plus grande longueur sans déplacer l’échafaudage autrement qu’à l’aide des brins des moufles de va-et-vient.

« Dans ce cas, les échafaudages volants seraient horizontaux et les peintres n’auraient qu’à les faire monter ou descendre suivant les câbles d’acier, ce qui serait facile à cause des faibles pentes de ces combles. On n’aurait alors qu’à chercher un mode de support intermédiaire des câbles pour laisser passer librement les galets de roulement. »

Il est certain que le système que nous venons de décrire rendra particulièrement bien des services aux compagnies de chemins de fer qui ne peuvent sans de graves préjudices établir sous leurs halles des échafaudages roulants encombrants et dispendieux.


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