L'inauguration de l'Exposition
Posté : 02 juin 2019 10:27 am
Texte et illustrations de "La construction moderne - 27 avril 1889"
A LA VEILLE DE L’INAUGURATION
Ces jours derniers encore, une sereine activité régnait au Champ-de-Mars tout comme à l’esplanade des Invalides. Ici quelques sergents de ville appuyés aux barrières contemplaient paisiblement les premiers bourgeons ; les équipes de bruns annamites, entourées de maçons blanchis, ébauchaient une pantomime internationale qui ne semblait guère avoir pour objet les secrets du métier, mais qui initiait nos Limousins aux pacifiques plaisirs d’une pipe d’opium; rarement on rencontrait quelques charpentiers à l’ouvrage. Là bas les exposants déjeunaient dans les restaurants, brasseries et cafés, jusqu’aux heures les plus avancées de la journée ; quelques trains séjournaient abandonnés au milieu des futurs jardins du Champ-de-Mars; de loin en loin, on rencontrait quelques peintres qui méditaient longuement sur les colorations qu’ils se proposaient de donner, un jour ou l’autre, aux plinthes et aux cimaises qui les attendaient ; dans les airs quelques doreurs faisaient voltiger au vent des parcelles de métal, tout en causant d’un échafaudage à l’autre. Rien ne pressait.
Transformation complète aujourd’hui. La prochaine inauguration a galvanisé cette apparente somnolence. Les derniers trains circulent en tous sens, promenant leurs panaches de fumée ; derrière eux les terrassiers enlèvent les traverses et les rails, comblent les tranchées, nivellent les remblais qui bouleversaient les jardins ; dans les galeries on décharge à la hâte les plates-formes, on établit les derniers planchers ; les sculpteurs, les peintres, les céramistes attardés, accrochés aux façades, se dépêchent à rattraper le temps perdu ; les frises, les couronnements s’achèvent à vue d’œil. On ajuste les tronçons épars de la fontaine que l’on bronze tout en les mettant en place ; à travers une forêt d’échafaudages qu’on démonte sous leurs pieds les décorateurs montent, descendent, mettent la dernière main aux coupoles. Les colis roulent au milieu de ce dédale ; les menuisiers se hâtent de dresser les boutiques qu’on apporte tout achevées; dans les galeries des machines, les marteaux-pilons se dressent pêle-mêle avec les machines à coudre, les trains de matériel, les presses à imprimer, les métiers à tisser, les piqueuses de bottines et les raboteuses.
A l’entour du palais, la foule curieuse déjà s’engouffre dans les avenues encombrées de chanteurs ambulants, de cabarets en plein air, de restaurants improvisés, de panoramas historiques ou géographiques; des détachements de soldats sénégaliens, égyptiens, arabes, cambodgiens traversent la cohue, d’un pas militaire, sous la conduite d’officiers de toutes les couleurs.
Enfin le moment est venu où l’on sent que quelque chose de grand et d’inusité se prépare. Malgré la malveillance étrangère, malgré plus d’une lourde maladresse commise à l’intérieur, malgré les inquiétudes persistantes de l’heure actuelle, à force de volonté, de persévérance, de confiance acharnée en l’avenir, on devine qu’une œuvre digne d’un peuple, grand encore malgré ses revers et ses fautes est enfin accomplie. Seule peut-être au monde, la France, menacée de tous côtés au dehors, tout ébranlée encore au dedans, en un temps qui ramène, plus violentes que jamais, les compétitions brutales eu même temps que le règne de la force grossière, devant un lendemain incertain, seule la France pouvait penser à donner une fois encore le spectacle vraiment grand de ces fêtes où elle convie l’univers entier.
Il y faut un grain de folie généreuse et d’indestructible confiance en ses destinées qu’on ne rencontrerait nulle part ailleurs. Ces élans courageux et cette hauteur de sentiments qui apparaissent chez nous, par moments, au-dessus des petitesses journalières, devraient nous faire pardonner, auprès des autres nations, bien des erreurs commises.
L’étranger ne se plaindra pas qu’on n’ait cherché cette fois à parer du mieux possible la fête qu’on lui prépare et qu’on lui offre. Aujourd’hui on peut juger de l’aspect définitif que présentera notre Exposition, aspect qui a singulièrement changé et a considérablement gagné depuis quelques jours. Maintenant que les carcasses éparses ont reçu leur revêtement bigarré, richement colorié, que les bâtiments attardés se sont achevés d’un coup de baguette, et, de tous côtés, apparaissent pimpants, vernis, étincelants, sous leurs architectures mexicaines, arabes, indiennes, péruviennes, tonkinoises, chiliennes, cambodgiennes; maintenant qu’on sort d’un Téocalli pour entrer dans un théâtre en plein vent, d’un concert tunisien pour passer à une exposition industrielle, d’un pavillon des arts à une rue du Caire, d’un panorama transatlantique à une vue du Tout-Paris parisien ; maintenant qu’on nous annonce l’arrivée de jeunes Tunisiennes, de Hollandaises, d’Annamites, de Suédoises et autres pour peupler ces innombrables pavillons, depuis les Troglodytes de M. Garnier, ses habitations gothiques et de la Renaissance jusqu’aux vastes bâtiments des colonies, maintenant on peut assurer que l’Exposition ne manquera pas de variété, d’animation, de vie et de gaîté. Grâces en soient rendues aux dieux qui président aux destinées des expositions !
A peine nous reste-t-il, avant l’ouverture, quelques jours pour retracer ici le programme de la fête, et rajuster dans un ensemble complet les descriptions partiellement données, au fur et à mesure, des fragments de ce tableau. Pour cela nous ne saurions mieux faire que de présenter à nos lecteurs les principaux passages de l'excellent et très intéressant rapport que vient de lire M. Charton l’un des ingénieurs en chef qui ont pris une part méritante à l’exécution.
Après bien des remaniements causés par les hésitations, les atermoiements, les défiances mêmes des nations étrangères, jusqu’au moment où l’entraînement définitif a levé tous les obstacles, voici le programme définitif.
GRANDES DIVISIONS DE L’EXPOSITION
L’Exposition se divise en quatre parties principales :
— Le Champ de Mars, comprenant la section des Beaux-Arts et celle des Arts Libéraux, la section des produits divers et la section des machines ;
— Le Trocadéro, comprenant principalement l’exposition d’horticulture ;
— Le quai d’Orsay, de l’avenue de La Bourdonnais à l’Esplanade des Invalides, comprenant la section des produits et appareils agricoles, ainsi que la section des produits alimentaires ;
— Et l’Esplanade des Invalides, comprenant les expositions des Ministères et les expositions des Colonies françaises et des pays de protectorat.
Au milieu, pour ainsi dire, de ce vaste emplacement constitué par ces quatre grandes divisions, présentant, sans comprendre la partie occupée sur les berges de la Seine, une surface totale de 70 hectares, supérieure de 20 hectares à celle de l’Exposition de 1878, s’élève, à l'entrée du Champ de Mars, dans l’axe du pont d'Iéna, la Tour de 300 mètres.
LA TOUR EIFFEL
Son exécution a marché avec une précision mathématique; tout a été si bien prévu et calculé, qu’aucun mécompte ne s'est produit. Les 7,300 tonnes de fer se sont réunies, assemblées et élevées comme par enchantement.
Sous peu, les ascenseurs fonctionneront : 2,350 personnes pourront monter par heure au premier et au deuxième étage, et 750 personnes au sommet; la durée totale de l’ascension sera de sept minutes environ.
En comprenant les escaliers, il sera possible de permettre la visite de la tour à 5,000 personnes par heure.
C’est beaucoup, et cependant il y a presque certitude que ce seront plutôt les moyens d’ascension qui feront défaut que les visiteurs mêmes.
CHEMIN DE FER INTERIEUR
En outre, pour se rendre facilement et rapidement dans une des parties de l’Exposition, on a créé un chemin de fer intérieur.
C’est un chemin de fer à double voie, de 0m60 de largeur chacune, système Decauville ; il a son point de départ à la porte d’entrée principale de l’Esplanade des Invalides, suit tout le quai d’Orsay entre deux rangées d’arbres qui, par leur feuillage, formeront un véritable et long bosquet sous lequel circuleront les trains ; il passe en tunnel sons le carrefour de l’avenue Rapp et de l’avenue Bosquet, croise l’avenue de La Bourdonnais, s’engage dans la tranchée qui limite le Champ de Mars en avant de la Tour, et tourne ensuite pour longer l’avenue de Suffren, jusque près de l’École Militaire où se trouve la station terminus.
Il comporte trois stations intermédiaires; celles de l’agriculture, du palais des produits alimentaires et celle de la Tour Eiffel.
A partir de neuf heures du matin jusqu’à onze heures du soir, les trains circuleront, en semaine, de dix minutes en dix minutes, et, les dimanches et jours de fêtes, de cinq en cinq minutes.
Comme l’une des principales entrées de l’Exposition — lapins proche du centre de Paris — est celle de l’Esplanade des Invalides, située à 260 mètres seulement du pont de la Concorde, la foule des visiteurs se portera en grande partie de ce côté, et de là, par le chemin de fer, pourra se rendre rapidement soit au Champ de Mars, soit an Trocadéro.
HISTOIRE DE L’HABITATION.
En avant de la Tour, de chaque côté du pont d’Iéna et parallèlement au quai, depuis l’avenue de La Bourdonnais jusqu’à l’avenue de Suffren, se trouve l’histoire de l’habitation faite de main de maître par M. Charles Garnier, architecte-conseil de l’Exposition ; c’est une série d’habitations rappelant les phases principales de la construction depuis les temps les plus primitifs jusqu’à nos jours ; chacune habitée et garnie à l’intérieur des types de mobilier de son époque, sauf toutefois, et pour cause, pour les habitations de l’époque préhistorique !
Après les abris sous roches, les troglodytes, les cabanes de l’époque du renne, de la pierre polie, de l'âge du bronze et de l’époque du fer, les habitations lacustres, viennent ;
L’habitation égyptienne occupée par des Egyptiens qui vendront au public de nombreuses curiosités provenant des fouilles pour le musée de Boulac ; il est même question d’y exposer deux momies royales... authentiques;
Les constructions de l’Assyrie, de la Phénicie, des Hébreux ; dans cette dernière, il y aura une collection d’autiquités hébraïques disposées dans un intérieur des plus pittoresques ;
La maison étrusque, hôtellerie antique, meublée dans le caractère du temps, avec ses lits, tables, tabourets, vases, amphores, etc. L’hôtelier sera autorisé à donner une nourriture moins étrusque que son mobilier ;
L’habitation indoue meublée avec les produits si riches et si variés de l’Inde, particulièrement avec ceux de Cachemire ;
La maison persane, reproduction très fidèle des constructions les plus anciennes de la Perse, devant laquelle il y aura un café persan avec ses musiciens et ses chanteurs authentiques;
La maison grecque, qui, au point de vue archéologique, est peut-être la plus remarquable de l’histoire de l’habitation ;
La maison romaine, dans laquelle sera installée une verrerie avec ses souffleurs en costume ;
La maison Scandinave, intérieur de pêcheurs de Norvège, qui ont déjà expédié leur bateau dont la forme diffère peu de celle des bateaux Scandinaves que virent, il y a plusieurs siècles, les habitants de l’Ile-de-France ;
La maison moyen âge dans laquelle sera le salon d’honneur de M. le Président de la République.
Ensuite :
La construction byzantine, très originale par son style, contiendra de très intéressantes collections de produits de la Slavonie et une exposition des Slaves du Sud, installée dans un intérieur semblable à ceux que l’on admirait à l'Exposition de Pesth en 1885 ;
Le petit pavillon slave dans lequel sera installée une distillerie d’essence de roses de la célèbre vallée de Késanlik ;
Le pavillon de la Bulgarie habité par des paysans bulgares ;
Le pavillon russe, habité aussi par des paysans qui fabriqueront sous les yeux du public ces objets en bois si répandus en Russie.
Enfin les pavillons du Soudan, de la Chine et du Japon, le premier contenant des collections provenant du Congo ; les deux autres représentants des intérieurs chinois et japonais d’une parfaite exactitude.
Chaque habitation sera entourée de jardins en rapport avec son caractère et ne comportant que des plantes originaires du pays. L’esprit inventif de M. Laforcade, le collaborateur de M. Alphand, pour tout ce qui concerne les parcs et jardins, a réalisé des merveilles.
Les premiers abris humains sont au milieu d’une nature sauvage : quelques ronces, aloës, yucca, poussent seulement dans les fissures et crevasses des rochers. Près des constructions de l’Assyrie, de la Phénicie et des Hébreux, s’élèvent des saules de Babylone, des arbres de Judée et des cèdres du Liban.
Au milieu de la plaine aride où se trouvent les Pélasges et les Etrusques, poussent des tamaris et virgiliers.
Près des habitations gauloises, le superbe chêne.
L’habitation grecque est entourée de lauriers d’Apollon.
Puis, la construction italienne avec ses myrthes, ses grenadiers, ses orangers et mimosas ; le pavillon de la Renaissance avec ses murailles tapissées de roses, capucines, clématites et chèvrefeuilles odorants ; la Chine avec son jardin aux allées multiples et contournées, planté de chamœrops, de bambous, de thés, d’azalées, etc.; le pavillon japonais au milieu des aucubas, des fusains, des hortensias, cydonias et d’autres arbustes aux fleurs éclatantes ; les constructions de l’Amérique, Incas et Astèques, avec leur datura arborescent, leurs soleils, leurs héliotropes et aloës.
PARC ET JARDINS
Après avoir jeté un coup d’œil sur ces nombreuses constructions qui demanderont plusieurs journées pour être toutes connues, dans leurs détails, il me reste à vous parler, en ce qui concerne le Champ de Mars, du parc, de l’éclairage électrique et des autres principales constructions établies sur la berge de la rive gauche de la Seine.
Le parc comprend deux parties : le jardin central, qui, en contre-bas des terrasses des palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, a une étendue d’environ 5 hectares, et le jardin haut, d’une surface de plus de 3 hectares, comprenant les deux pavillons de la Ville de Paris, et qui occupe tout l’espace compris entre les trois façades des expositions diverses.
Le jardinier en chef de la Ville de Paris a fait transporter dans le Champ de Mars plus de quatre cents variétés d’arbres forestiers et d’ornement, et environ sept cents variétés d’arbustes, à feuilles caduques ou persistantes.
Tout le long des terrasses seront rangés de magnifiques palmiers exposés par MM. Besson frères, de Nice.
Dans le parc se trouveront les essences les plus rares et les plus variées, et tout est combiné de façon que pendant toute la durée de l'Exposition on ait des fleurs à profusion.
J’ajouterai que des vélums aux riches couleurs seront installés au-dessus des allées principales situées à droite et à gauche des tapis de verdure de 40 mètres de largeur qui entourent les fontaines et les bassins.
Les visiteurs pourront ainsi, à l’abri des rayons du soleil, traverser dans toute sa longueur le parc, qui, lui aussi, sera une des merveilles de notre exposition.
ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
La science électrique qui, depuis 1878, a progressé à pas de géant, doit naturellement jouer un grand rôle dans notre grande Exposition.
Les portes de l’Exposition resteront ouvertes le soir, et les parties qui seront éclairées à la lumière électrique seront :
1° Le palais des machines;
2° La galerie qui conduit du parc à ce palais ;
3° Les terrasses des galeries des expositions diverses et celles des palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux ;
4° Le palais des produits alimentaires dont nous parlerons plus loin ;
5° Le parc et les fontaines.
La surface totale sera de 300,000 mètres carrés, et il y aura au moins 1,150 lampes à arc, et 10,000 lampes à incandescence représentant en tout plus de 180,000 becs Carcel.
Dans la grande nef du palais des machines il y aura 86 lampes à arc de 25 ampères, et 6 lampes de 60 ampères suspendues aux grandes fermes de 115 mètres; dans les galeries annexes, 188 foyers et 730 lampes à incandescence réparties aux abords des escaliers donnant accès au premier étage de ces galeries.
En tout, on peut estimer à 90,000 becs Carcel la quantité de lumière qui sera répandue dans le Palais des machines, ce qui, pour la surface entière, représente près de 1 bec Carcel par mètre carré.
On comprend par ces chiffres l’aspect féerique que présentera, sous ces flots de lumière, cette gigantesque galerie en pleine activité de travail.
Le jardin central, avec ses pelouses et ses massifs d’arbres,'les escaliers et balustrades placés devant les palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, ainsi que les façades de ces deux palais seront brillamment éclairés par 120 foyers de 100 Carcel et plus de 6,000 lampes à incandescence de 10 bougies.
FONTAINES LUMINEUSES
Mais ce qui, incontestablement, aura le plus d’originalité et de succès, ce seront les fontaines lumineuses.
La fontaine monumentale, l’œuvre de M. Contan, qui occupe le centre du parc, représente «. la France environnée de la Science, de l’Industrie, de l’Agriculture, de l’Art, éclairant le monde de son flambeau ». Du motif central, 4 jets d’eau à grand débit ; autour, 8 groupes avec 10 jets jaillissant de cornes d’abondance ; la masse d’eau retombe en cascade dans une rivière d’où partent, près de chaque rive, d’autres jets, et aboutit dans un grand bassin comportant 17 groupes de jets d’eau.
Toutes ces gerbes projetant environ 500 litres d’eau par seconde, seront illuminées de couleurs différentes par la lumière électrique. Ce seront de véritables pluies d’or, d’argent et d’émeraude qui se refléteront dans les cascades et les eaux des bassins.
Ces effets lumineux sont obtenus de la manière suivante :
Au-dessous de chaque bassin existent des chambres souterraines circulaires, solidement construites en béton Coignet; leur plafond s’ouvre pour donner passage à une série de cheminées verticales placées chacune au-dessous des gerbes d’eau, se terminant par nue glace formant en ce point le fond môme du bassin.
Dans chaque chambre est installée une lampe à arc électrique à grande intensité dont toute la lumière est envoyée horizontalement par un réflecteur parabolique sous la cheminée de la chambre; là, un miroir incliné à 45° renvoie verticalement de bas en haut, le faisceau lumineux qui, après avoir traversé une lame colorée et la glace qui termine la cheminée, vient illuminer toute la gerbe d’eau, en rouge, vert, bleu, etc., suivant que la lame colorée que l’on a glissée est rouge, verte ou bleue, etc.
On obtient ainsi des effets tout à fait magiques et il se passe un phénomène intéressant à constater, c’est que l’eau en mouvement absorbe complètement la lumière électrique et il n’y a, par suite, que les jets et les gouttelettes d’eau qui tombent qui soient colorés.
Chaque lampe à arc destinée à l’illumination des jets d’eau sera de 500 à 1,000 becs Carcel.
Pour arriver à éclairer les jets paraboliques qui s’échappent des cornes d’abondance, il a fallu disposer plusieurs miroirs, de façon que la lumière électrique suive la trajectoire de l’eau ; dans ce cas, l’eau passe entre deux tuyaux concentriques, et c’est dans l’intérieur du plus petit que la lumière électrique est projetée.
De telles fontaines lumineuses ont déjà été exécutées avec succès en Angleterre, à Glascow et à Londres, et aussi en Espagne, à Barcelone; mais celles de l’Exposition de 1889, installées sous l’habile direction de M. Bechmann, ingénieur en chef du service des eaux de la Ville de Paris, et par la maison anglaise Gallovay, auront, par suite de nombreux perfectionnements apportés par la masse d’eau mise en mouvement, et l’intensité de la lumière, une importance tout à fait exceptionnelle.
La grande fontaine placée sous la tour Eiffel, érigée et sculptée par M. de Saint-Vidal, sera éclairée par quatre lampes à arc de 350 becs Carcel chacune.
Tout cet éclairage du Champ de Mars sera assuré par trois groupes de stations centrales, offrant un ensemble complet des divers systèmes de distribution de force électrique : le premier dans le jardin d’isolement (côté de l’avenue de La Bourdonnais), compris entre le palais des machines et les expositions diverses; le deuxième sur la berge de la Seine en aval du pont d’Iéna, et le troisième le long de l'avenue de La Bourdonnais, à côté du pavillon de la Presse.
A LA VEILLE DE L’INAUGURATION
Ces jours derniers encore, une sereine activité régnait au Champ-de-Mars tout comme à l’esplanade des Invalides. Ici quelques sergents de ville appuyés aux barrières contemplaient paisiblement les premiers bourgeons ; les équipes de bruns annamites, entourées de maçons blanchis, ébauchaient une pantomime internationale qui ne semblait guère avoir pour objet les secrets du métier, mais qui initiait nos Limousins aux pacifiques plaisirs d’une pipe d’opium; rarement on rencontrait quelques charpentiers à l’ouvrage. Là bas les exposants déjeunaient dans les restaurants, brasseries et cafés, jusqu’aux heures les plus avancées de la journée ; quelques trains séjournaient abandonnés au milieu des futurs jardins du Champ-de-Mars; de loin en loin, on rencontrait quelques peintres qui méditaient longuement sur les colorations qu’ils se proposaient de donner, un jour ou l’autre, aux plinthes et aux cimaises qui les attendaient ; dans les airs quelques doreurs faisaient voltiger au vent des parcelles de métal, tout en causant d’un échafaudage à l’autre. Rien ne pressait.
Transformation complète aujourd’hui. La prochaine inauguration a galvanisé cette apparente somnolence. Les derniers trains circulent en tous sens, promenant leurs panaches de fumée ; derrière eux les terrassiers enlèvent les traverses et les rails, comblent les tranchées, nivellent les remblais qui bouleversaient les jardins ; dans les galeries on décharge à la hâte les plates-formes, on établit les derniers planchers ; les sculpteurs, les peintres, les céramistes attardés, accrochés aux façades, se dépêchent à rattraper le temps perdu ; les frises, les couronnements s’achèvent à vue d’œil. On ajuste les tronçons épars de la fontaine que l’on bronze tout en les mettant en place ; à travers une forêt d’échafaudages qu’on démonte sous leurs pieds les décorateurs montent, descendent, mettent la dernière main aux coupoles. Les colis roulent au milieu de ce dédale ; les menuisiers se hâtent de dresser les boutiques qu’on apporte tout achevées; dans les galeries des machines, les marteaux-pilons se dressent pêle-mêle avec les machines à coudre, les trains de matériel, les presses à imprimer, les métiers à tisser, les piqueuses de bottines et les raboteuses.
A l’entour du palais, la foule curieuse déjà s’engouffre dans les avenues encombrées de chanteurs ambulants, de cabarets en plein air, de restaurants improvisés, de panoramas historiques ou géographiques; des détachements de soldats sénégaliens, égyptiens, arabes, cambodgiens traversent la cohue, d’un pas militaire, sous la conduite d’officiers de toutes les couleurs.
Enfin le moment est venu où l’on sent que quelque chose de grand et d’inusité se prépare. Malgré la malveillance étrangère, malgré plus d’une lourde maladresse commise à l’intérieur, malgré les inquiétudes persistantes de l’heure actuelle, à force de volonté, de persévérance, de confiance acharnée en l’avenir, on devine qu’une œuvre digne d’un peuple, grand encore malgré ses revers et ses fautes est enfin accomplie. Seule peut-être au monde, la France, menacée de tous côtés au dehors, tout ébranlée encore au dedans, en un temps qui ramène, plus violentes que jamais, les compétitions brutales eu même temps que le règne de la force grossière, devant un lendemain incertain, seule la France pouvait penser à donner une fois encore le spectacle vraiment grand de ces fêtes où elle convie l’univers entier.
Il y faut un grain de folie généreuse et d’indestructible confiance en ses destinées qu’on ne rencontrerait nulle part ailleurs. Ces élans courageux et cette hauteur de sentiments qui apparaissent chez nous, par moments, au-dessus des petitesses journalières, devraient nous faire pardonner, auprès des autres nations, bien des erreurs commises.
L’étranger ne se plaindra pas qu’on n’ait cherché cette fois à parer du mieux possible la fête qu’on lui prépare et qu’on lui offre. Aujourd’hui on peut juger de l’aspect définitif que présentera notre Exposition, aspect qui a singulièrement changé et a considérablement gagné depuis quelques jours. Maintenant que les carcasses éparses ont reçu leur revêtement bigarré, richement colorié, que les bâtiments attardés se sont achevés d’un coup de baguette, et, de tous côtés, apparaissent pimpants, vernis, étincelants, sous leurs architectures mexicaines, arabes, indiennes, péruviennes, tonkinoises, chiliennes, cambodgiennes; maintenant qu’on sort d’un Téocalli pour entrer dans un théâtre en plein vent, d’un concert tunisien pour passer à une exposition industrielle, d’un pavillon des arts à une rue du Caire, d’un panorama transatlantique à une vue du Tout-Paris parisien ; maintenant qu’on nous annonce l’arrivée de jeunes Tunisiennes, de Hollandaises, d’Annamites, de Suédoises et autres pour peupler ces innombrables pavillons, depuis les Troglodytes de M. Garnier, ses habitations gothiques et de la Renaissance jusqu’aux vastes bâtiments des colonies, maintenant on peut assurer que l’Exposition ne manquera pas de variété, d’animation, de vie et de gaîté. Grâces en soient rendues aux dieux qui président aux destinées des expositions !
A peine nous reste-t-il, avant l’ouverture, quelques jours pour retracer ici le programme de la fête, et rajuster dans un ensemble complet les descriptions partiellement données, au fur et à mesure, des fragments de ce tableau. Pour cela nous ne saurions mieux faire que de présenter à nos lecteurs les principaux passages de l'excellent et très intéressant rapport que vient de lire M. Charton l’un des ingénieurs en chef qui ont pris une part méritante à l’exécution.
Après bien des remaniements causés par les hésitations, les atermoiements, les défiances mêmes des nations étrangères, jusqu’au moment où l’entraînement définitif a levé tous les obstacles, voici le programme définitif.
GRANDES DIVISIONS DE L’EXPOSITION
L’Exposition se divise en quatre parties principales :
— Le Champ de Mars, comprenant la section des Beaux-Arts et celle des Arts Libéraux, la section des produits divers et la section des machines ;
— Le Trocadéro, comprenant principalement l’exposition d’horticulture ;
— Le quai d’Orsay, de l’avenue de La Bourdonnais à l’Esplanade des Invalides, comprenant la section des produits et appareils agricoles, ainsi que la section des produits alimentaires ;
— Et l’Esplanade des Invalides, comprenant les expositions des Ministères et les expositions des Colonies françaises et des pays de protectorat.
Au milieu, pour ainsi dire, de ce vaste emplacement constitué par ces quatre grandes divisions, présentant, sans comprendre la partie occupée sur les berges de la Seine, une surface totale de 70 hectares, supérieure de 20 hectares à celle de l’Exposition de 1878, s’élève, à l'entrée du Champ de Mars, dans l’axe du pont d'Iéna, la Tour de 300 mètres.
LA TOUR EIFFEL
Son exécution a marché avec une précision mathématique; tout a été si bien prévu et calculé, qu’aucun mécompte ne s'est produit. Les 7,300 tonnes de fer se sont réunies, assemblées et élevées comme par enchantement.
Sous peu, les ascenseurs fonctionneront : 2,350 personnes pourront monter par heure au premier et au deuxième étage, et 750 personnes au sommet; la durée totale de l’ascension sera de sept minutes environ.
En comprenant les escaliers, il sera possible de permettre la visite de la tour à 5,000 personnes par heure.
C’est beaucoup, et cependant il y a presque certitude que ce seront plutôt les moyens d’ascension qui feront défaut que les visiteurs mêmes.
CHEMIN DE FER INTERIEUR
En outre, pour se rendre facilement et rapidement dans une des parties de l’Exposition, on a créé un chemin de fer intérieur.
C’est un chemin de fer à double voie, de 0m60 de largeur chacune, système Decauville ; il a son point de départ à la porte d’entrée principale de l’Esplanade des Invalides, suit tout le quai d’Orsay entre deux rangées d’arbres qui, par leur feuillage, formeront un véritable et long bosquet sous lequel circuleront les trains ; il passe en tunnel sons le carrefour de l’avenue Rapp et de l’avenue Bosquet, croise l’avenue de La Bourdonnais, s’engage dans la tranchée qui limite le Champ de Mars en avant de la Tour, et tourne ensuite pour longer l’avenue de Suffren, jusque près de l’École Militaire où se trouve la station terminus.
Il comporte trois stations intermédiaires; celles de l’agriculture, du palais des produits alimentaires et celle de la Tour Eiffel.
A partir de neuf heures du matin jusqu’à onze heures du soir, les trains circuleront, en semaine, de dix minutes en dix minutes, et, les dimanches et jours de fêtes, de cinq en cinq minutes.
Comme l’une des principales entrées de l’Exposition — lapins proche du centre de Paris — est celle de l’Esplanade des Invalides, située à 260 mètres seulement du pont de la Concorde, la foule des visiteurs se portera en grande partie de ce côté, et de là, par le chemin de fer, pourra se rendre rapidement soit au Champ de Mars, soit an Trocadéro.
HISTOIRE DE L’HABITATION.
En avant de la Tour, de chaque côté du pont d’Iéna et parallèlement au quai, depuis l’avenue de La Bourdonnais jusqu’à l’avenue de Suffren, se trouve l’histoire de l’habitation faite de main de maître par M. Charles Garnier, architecte-conseil de l’Exposition ; c’est une série d’habitations rappelant les phases principales de la construction depuis les temps les plus primitifs jusqu’à nos jours ; chacune habitée et garnie à l’intérieur des types de mobilier de son époque, sauf toutefois, et pour cause, pour les habitations de l’époque préhistorique !
Après les abris sous roches, les troglodytes, les cabanes de l’époque du renne, de la pierre polie, de l'âge du bronze et de l’époque du fer, les habitations lacustres, viennent ;
L’habitation égyptienne occupée par des Egyptiens qui vendront au public de nombreuses curiosités provenant des fouilles pour le musée de Boulac ; il est même question d’y exposer deux momies royales... authentiques;
Les constructions de l’Assyrie, de la Phénicie, des Hébreux ; dans cette dernière, il y aura une collection d’autiquités hébraïques disposées dans un intérieur des plus pittoresques ;
La maison étrusque, hôtellerie antique, meublée dans le caractère du temps, avec ses lits, tables, tabourets, vases, amphores, etc. L’hôtelier sera autorisé à donner une nourriture moins étrusque que son mobilier ;
L’habitation indoue meublée avec les produits si riches et si variés de l’Inde, particulièrement avec ceux de Cachemire ;
La maison persane, reproduction très fidèle des constructions les plus anciennes de la Perse, devant laquelle il y aura un café persan avec ses musiciens et ses chanteurs authentiques;
La maison grecque, qui, au point de vue archéologique, est peut-être la plus remarquable de l’histoire de l’habitation ;
La maison romaine, dans laquelle sera installée une verrerie avec ses souffleurs en costume ;
La maison Scandinave, intérieur de pêcheurs de Norvège, qui ont déjà expédié leur bateau dont la forme diffère peu de celle des bateaux Scandinaves que virent, il y a plusieurs siècles, les habitants de l’Ile-de-France ;
La maison moyen âge dans laquelle sera le salon d’honneur de M. le Président de la République.
Ensuite :
La construction byzantine, très originale par son style, contiendra de très intéressantes collections de produits de la Slavonie et une exposition des Slaves du Sud, installée dans un intérieur semblable à ceux que l’on admirait à l'Exposition de Pesth en 1885 ;
Le petit pavillon slave dans lequel sera installée une distillerie d’essence de roses de la célèbre vallée de Késanlik ;
Le pavillon de la Bulgarie habité par des paysans bulgares ;
Le pavillon russe, habité aussi par des paysans qui fabriqueront sous les yeux du public ces objets en bois si répandus en Russie.
Enfin les pavillons du Soudan, de la Chine et du Japon, le premier contenant des collections provenant du Congo ; les deux autres représentants des intérieurs chinois et japonais d’une parfaite exactitude.
Chaque habitation sera entourée de jardins en rapport avec son caractère et ne comportant que des plantes originaires du pays. L’esprit inventif de M. Laforcade, le collaborateur de M. Alphand, pour tout ce qui concerne les parcs et jardins, a réalisé des merveilles.
Les premiers abris humains sont au milieu d’une nature sauvage : quelques ronces, aloës, yucca, poussent seulement dans les fissures et crevasses des rochers. Près des constructions de l’Assyrie, de la Phénicie et des Hébreux, s’élèvent des saules de Babylone, des arbres de Judée et des cèdres du Liban.
Au milieu de la plaine aride où se trouvent les Pélasges et les Etrusques, poussent des tamaris et virgiliers.
Près des habitations gauloises, le superbe chêne.
L’habitation grecque est entourée de lauriers d’Apollon.
Puis, la construction italienne avec ses myrthes, ses grenadiers, ses orangers et mimosas ; le pavillon de la Renaissance avec ses murailles tapissées de roses, capucines, clématites et chèvrefeuilles odorants ; la Chine avec son jardin aux allées multiples et contournées, planté de chamœrops, de bambous, de thés, d’azalées, etc.; le pavillon japonais au milieu des aucubas, des fusains, des hortensias, cydonias et d’autres arbustes aux fleurs éclatantes ; les constructions de l’Amérique, Incas et Astèques, avec leur datura arborescent, leurs soleils, leurs héliotropes et aloës.
PARC ET JARDINS
Après avoir jeté un coup d’œil sur ces nombreuses constructions qui demanderont plusieurs journées pour être toutes connues, dans leurs détails, il me reste à vous parler, en ce qui concerne le Champ de Mars, du parc, de l’éclairage électrique et des autres principales constructions établies sur la berge de la rive gauche de la Seine.
Le parc comprend deux parties : le jardin central, qui, en contre-bas des terrasses des palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, a une étendue d’environ 5 hectares, et le jardin haut, d’une surface de plus de 3 hectares, comprenant les deux pavillons de la Ville de Paris, et qui occupe tout l’espace compris entre les trois façades des expositions diverses.
Le jardinier en chef de la Ville de Paris a fait transporter dans le Champ de Mars plus de quatre cents variétés d’arbres forestiers et d’ornement, et environ sept cents variétés d’arbustes, à feuilles caduques ou persistantes.
Tout le long des terrasses seront rangés de magnifiques palmiers exposés par MM. Besson frères, de Nice.
Dans le parc se trouveront les essences les plus rares et les plus variées, et tout est combiné de façon que pendant toute la durée de l'Exposition on ait des fleurs à profusion.
J’ajouterai que des vélums aux riches couleurs seront installés au-dessus des allées principales situées à droite et à gauche des tapis de verdure de 40 mètres de largeur qui entourent les fontaines et les bassins.
Les visiteurs pourront ainsi, à l’abri des rayons du soleil, traverser dans toute sa longueur le parc, qui, lui aussi, sera une des merveilles de notre exposition.
ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
La science électrique qui, depuis 1878, a progressé à pas de géant, doit naturellement jouer un grand rôle dans notre grande Exposition.
Les portes de l’Exposition resteront ouvertes le soir, et les parties qui seront éclairées à la lumière électrique seront :
1° Le palais des machines;
2° La galerie qui conduit du parc à ce palais ;
3° Les terrasses des galeries des expositions diverses et celles des palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux ;
4° Le palais des produits alimentaires dont nous parlerons plus loin ;
5° Le parc et les fontaines.
La surface totale sera de 300,000 mètres carrés, et il y aura au moins 1,150 lampes à arc, et 10,000 lampes à incandescence représentant en tout plus de 180,000 becs Carcel.
Dans la grande nef du palais des machines il y aura 86 lampes à arc de 25 ampères, et 6 lampes de 60 ampères suspendues aux grandes fermes de 115 mètres; dans les galeries annexes, 188 foyers et 730 lampes à incandescence réparties aux abords des escaliers donnant accès au premier étage de ces galeries.
En tout, on peut estimer à 90,000 becs Carcel la quantité de lumière qui sera répandue dans le Palais des machines, ce qui, pour la surface entière, représente près de 1 bec Carcel par mètre carré.
On comprend par ces chiffres l’aspect féerique que présentera, sous ces flots de lumière, cette gigantesque galerie en pleine activité de travail.
Le jardin central, avec ses pelouses et ses massifs d’arbres,'les escaliers et balustrades placés devant les palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, ainsi que les façades de ces deux palais seront brillamment éclairés par 120 foyers de 100 Carcel et plus de 6,000 lampes à incandescence de 10 bougies.
FONTAINES LUMINEUSES
Mais ce qui, incontestablement, aura le plus d’originalité et de succès, ce seront les fontaines lumineuses.
La fontaine monumentale, l’œuvre de M. Contan, qui occupe le centre du parc, représente «. la France environnée de la Science, de l’Industrie, de l’Agriculture, de l’Art, éclairant le monde de son flambeau ». Du motif central, 4 jets d’eau à grand débit ; autour, 8 groupes avec 10 jets jaillissant de cornes d’abondance ; la masse d’eau retombe en cascade dans une rivière d’où partent, près de chaque rive, d’autres jets, et aboutit dans un grand bassin comportant 17 groupes de jets d’eau.
Toutes ces gerbes projetant environ 500 litres d’eau par seconde, seront illuminées de couleurs différentes par la lumière électrique. Ce seront de véritables pluies d’or, d’argent et d’émeraude qui se refléteront dans les cascades et les eaux des bassins.
Ces effets lumineux sont obtenus de la manière suivante :
Au-dessous de chaque bassin existent des chambres souterraines circulaires, solidement construites en béton Coignet; leur plafond s’ouvre pour donner passage à une série de cheminées verticales placées chacune au-dessous des gerbes d’eau, se terminant par nue glace formant en ce point le fond môme du bassin.
Dans chaque chambre est installée une lampe à arc électrique à grande intensité dont toute la lumière est envoyée horizontalement par un réflecteur parabolique sous la cheminée de la chambre; là, un miroir incliné à 45° renvoie verticalement de bas en haut, le faisceau lumineux qui, après avoir traversé une lame colorée et la glace qui termine la cheminée, vient illuminer toute la gerbe d’eau, en rouge, vert, bleu, etc., suivant que la lame colorée que l’on a glissée est rouge, verte ou bleue, etc.
On obtient ainsi des effets tout à fait magiques et il se passe un phénomène intéressant à constater, c’est que l’eau en mouvement absorbe complètement la lumière électrique et il n’y a, par suite, que les jets et les gouttelettes d’eau qui tombent qui soient colorés.
Chaque lampe à arc destinée à l’illumination des jets d’eau sera de 500 à 1,000 becs Carcel.
Pour arriver à éclairer les jets paraboliques qui s’échappent des cornes d’abondance, il a fallu disposer plusieurs miroirs, de façon que la lumière électrique suive la trajectoire de l’eau ; dans ce cas, l’eau passe entre deux tuyaux concentriques, et c’est dans l’intérieur du plus petit que la lumière électrique est projetée.
De telles fontaines lumineuses ont déjà été exécutées avec succès en Angleterre, à Glascow et à Londres, et aussi en Espagne, à Barcelone; mais celles de l’Exposition de 1889, installées sous l’habile direction de M. Bechmann, ingénieur en chef du service des eaux de la Ville de Paris, et par la maison anglaise Gallovay, auront, par suite de nombreux perfectionnements apportés par la masse d’eau mise en mouvement, et l’intensité de la lumière, une importance tout à fait exceptionnelle.
La grande fontaine placée sous la tour Eiffel, érigée et sculptée par M. de Saint-Vidal, sera éclairée par quatre lampes à arc de 350 becs Carcel chacune.
Tout cet éclairage du Champ de Mars sera assuré par trois groupes de stations centrales, offrant un ensemble complet des divers systèmes de distribution de force électrique : le premier dans le jardin d’isolement (côté de l’avenue de La Bourdonnais), compris entre le palais des machines et les expositions diverses; le deuxième sur la berge de la Seine en aval du pont d’Iéna, et le troisième le long de l'avenue de La Bourdonnais, à côté du pavillon de la Presse.