Meuble en ébène par Hunsinger

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worldfairs
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Meuble en ébène par Hunsinger

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Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

L'exposition de 1867 a pleinement confirmé la réputation qu’une première épreuve avait déjà value à ce producteur. M. Hunsinger avait au Champ de Mars un choix très-remarquable de petits et de grands meubles précieux, qui étaient tous des styles les - plus purs, et décorés de dessins variés et pleins de goût. La fabrication n’en était pas inférieure au mérite plastique.

Nous ne parlerons ici ni de ses tables à huit colonnettes, ni de ses bahuts, ni de ses bibliothèques qui se distinguaient toutes par une originalité attrayante. Mais nous nous étendrons sur un meuble qui est entièrement de la composition de l’exposant, et qui a attiré l’attention particulière des amateurs et de tous les hommes compétents dans la question de l’ébénisterie.

Nous voulons parler du grand meuble d’ébène incrusté d’ivoire, dont l’acquisition a été faite par M. Goldschmidt. C'est un meuble Renaissance.

Les œuvres de ce genre sont à la fois du domaine de l’architecte, du statuaire, du peintre et de l’ébéniste. Les mêmes principes qui dominent ces arts assez divers dans leur mode de manifestation sont ceux que nous avons bien des fois énoncés. Et dans ce fait qu’ils sont communs à chacun de ces arts considérés isolément, et qu’ils le sont encore lorsqu’ils concourent ensemble à la réalisation d’une idée complexe, il y a bien évidemment une preuve de plus que l’art est un, c’est-à-dire que les règles de toutes les manifestations imaginatives de l’homme sont les mêmes, que la manifestation ait lieu par le récit poétique, ou en prose, par la pierre, par le marbre, par le pinceau.

Oui, nous disons par la plume, c’est-à-dire que nous en revenons à ce précepte d’Horace : Ut pictura poesis, « il en est de la peinture comme de la poésie, » précepte contesté à fond par Lessing et que nous maintenons cependant; bien plus, nous l’étendons à la composition musicale elle-même, tout en faisant, quant à elle, dans l’application, les réserves imposées par la particularité de son mode d’expression, par ce fait que la musique s’adresse à un autre sens que les arts plastiques, à l’ouïe et non à la vue : différence radicale, il est vrai, mais moins radicale encore que le principe suprême de l’unité dans la variété de l’harmonie qui domine tous les arts et toutes les œuvres d’art littéraires, picturales, architectoniques, sculpturales et dites industrielles.

Ainsi, l’édifice, la fresque, le petit tableau de genre, la statue, la moulure d’ornementation, le meuble, le bijou, doivent être, comme l’épopée, le roman, le quatrain, uns et variés ; l’accord, un accord serré et étroit, doit exister entre toutes leurs parties, elles doivent s’équilibrer, être proportionnées. Il n’y a pas de type de beauté, mais il y a une loi qui domine tous les types et qui renferme toutes les beautés, c’est l’harmonie.

Le meuble que nous avons sous les yeux porte l’empreinte de cette loi. Il se tient bien sur ses robustes jambes et sur son soubassement ; il monte bien droit, fait face au spectateur et s’épand à droite et à gauche comme un bel édifice qui développe ses ailes; son couronnement est sa tête, et l’horloge qui est en haut semble son oeil. Et que le lecteur ne s’effarouche pas de cette comparaison; qu’il sache qu’au fond les beaux édifices sont soumis à la même loi d’équilibre qui régit cette œuvre admirable, le corps de l’homme. Le grand Artiste l’a composé avec tant d’art, que l’art suprême des hommes consiste à équilibrer leurs œuvres aussi bien que Dieu a équilibré la sienne.... C’est ainsi que les anciens ont pu, sans trop de subtilité, faire des rapprochements d’une part entre les plus beaux monuments de leur temps, les règles qui avaient présidé à leur création, qu’ils en dégageaient après coup, et, de l’autre, les proportions humaines.

Donc la base est suffisamment forte pour porter le corps de l’édifice, le sommet en est suffisamment léger. C’est qu’ici on a compté avec la raison qui serait choquée de voir porter un éléphant par une levrette.

Maintenant, qu’est-ce qui nous frappe le plus dans cette œuvre? C’est sa couleur. C’est cette décoration blanche tranchant sur le noir. Est-elle harmonieuse? N’y a-t-il pas trop de blanc? Les masses d’ivoire sont-elles bien réparties ? Y a-t-il un centre principal et des centres secondaires reliés par des ensembles moins importants? Oui, tout intéresse, tout est bien en valeur, tout est bien groupé, et il n’y a ni taches blanches ni taches noires qui surprennent. L’œil est flatté et attiré.

S’il en est ainsi, nous pouvons passer au détail des sculptures et des incrustations, et considérer chacune d’elles en elle-même. Il y a plus, quand même quelque détail serait imparfait, l’œuvre resterait belle : c’est l’harmonie de l’ensemble qui est tout.

Meuble en ébène, style renaissance, par Hunsinger
Meuble en ébène, style renaissance, par Hunsinger

Voyez comme ces arabesques sont fines et originales, comme elles se contournent et s’entrelacent heureusement et en restant claires et nettes. La petite frise qui court immédiatement sous le grand panneau est un chef-d’œuvre de composition et de dessin : ces deux chiens, qui en sont la note la plus sonore et d’où partent les branchages qui s’en vont morando, forment avec ceux-ci une œuvre complète. Les petits panneaux latéraux avec médaillons et encadrement développés, avec sirènes, amours, vase et fleurs, sont exquis et d’un travail délié qui ne saurait être surpassé. La grande composition du milieu est très-bonne ; le modelé est beau et surtout les draperies sont réussies. La Peinture est une figure pleine de noblesse et de grâce. Mais je veux ici faire une critique : ce meuble est de style Renaissance dans sa forme et ses grandes lignes, dans tout le caractère de son ornementation. Eh bien, les figures du milieu, par leur type, par leur caractère, par leur mouvement, parleur attitude, par leurs draperies sont incontestablement du dix-huitième siècle : ce n’est ni de la Renaissance italienne, ni de la Renaissance française; c’est du Van Loo.

Sauf ce détail secondaire, ce meuble, dont l’exécution est merveilleuse, méritait grandement de figurer ici, et on nous saura gré de l’y avoir introduit.


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