Papiers peints de la Maison Zuber de Rixheim

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worldfairs
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Papiers peints de la Maison Zuber de Rixheim

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Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

L'industrie des papiers peints a cela de particulier, que contrairement à la plupart de nos grandes industries qui sont obligées de recourir à des matières exotiques et de payer un lourd tribut à l’étranger, elle trouve dans le pays même tous les éléments qui lui sont nécessaires pour la fabrication de ses produits.

C’est ainsi que la gélatine, les couleurs, l’outremer et même l’or d’Allemagne, dont l’industrie étrangère avait longtemps gardé le monopole, sortent maintenant de nos manufactures.

Mais il a fallu de longues années et une longue persévérance delà part de nos fabricants avant d’atteindre à ce résultat; il est vrai qu’il s’est trouvé dans cette industrie des maisons qui, depuis près d’un siècle, ont constamment marché à la tête du progrès et n’ont reculé devant aucun sacrifice pour assurer à la France la suprématie dans ce genre de travail.

C’est ainsi que la maison Zuber, de Rixheim, dont l’existence est si intimement liée à celle de la fabrication des papiers peints, que faire l’historique de cette industrie, c’est en même temps faire celui de cette maison, s’est constamment appliquée à produire à l’aide de procédés nouveaux et perfectionnés ou à introduire en France ceux appliqués chez nos voisins.

Quelques mots sur l’industrie des papiers peints permettront à nos lecteurs de juger plus aisément des progrès accomplis et de la part qui en revient à MM. Zuber.

Originaire de la Chine et du Japon, à ce qu’on assure, cette industrie fut importée en Europe par les Hollandais vers le milieu du seizième siècle ; mais ce ne fut que cent ans plus tard qu’eurent lieu nos premiers essais. Ce furent, à ce que l’on prétend, des ouvriers anglais qui importèrent en France le secret de la fabrication d’un papier velouté, qui n’était qu’une imitation imparfaite des tentures; quoi qu’il en soit, la pensée de substituer aux produits coûteux, tels que tissus, tapisseries ou cuirs repoussés qui servaient à décorer les appartements, un produit moins cher, parait avoir donné naissance chez nous à l’industrie des papiers peints.

Décor genre Gobelins, par Jean Zuber, de Rixheim (Médaille d'or)
Décor genre Gobelins, par Jean Zuber, de Rixheim (Médaille d'or)

Les essais se multiplièrent en France, en Angleterre, en Allemagne et en Hollande sans appréciables progrès pour cette industrie; mais enfin, en 1780 environ, un marchand mercier nommé Réveillon, dont le nom devait devenir célèbre pendant la Révolution, fonda une manufacture à Paris, dans le faubourg Saint-Antoine, et imagina des procédés si nouveaux et si ingénieux qu’il opéra une véritable révolution dans la fabrication des papiers peints.

C’est Réveillon qu’on doit regarder comme le véritable inventeur des papiers de tenture.

Après lui, M. Jean Zuber, le grand-père du chef actuel de la maison Zuber, dont l’usine avait été transférée à Rixheim en 1797, créa, pendant les premières années de l’Empire, le premier paysage colorié qui représentait des vues de la Suisse et qui était composé d’une série de lés imprimés.

De 1816 à 1819, M. Jean Zuber fils introduisit en France la fabrication en grand des chromâtes de potasse et de plomb, l’application de l’impression au cylindre en taille-douce, et inventa, en collaboration avec M. Michel Spaerlier, le procédé des teintes fondues ou irisées.

Puis successivement, de 1828 à 1864, la maison Zuber appliqua ou inventa la fabrication en grand du sulfate et acétate de manganèse, de l’hydrosulfate d’antimoine, du bleu minéral; la fabrication à l’auge des rayures parfaites à couleurs multiples; la fabrication de l’outremer artificiel; l’impression continue à la vapeur par machines anglaises à six couleurs; le collage à la gélatine; les papiers gaufrés ou repoussés au cylindre; la machine pour prendre l’empreinte naturelle des veines du bois, principe appliqué antérieurement en Allemagne par des procédés qui nous sont restés inconnus; toutes les inventions, en un mot, qui ont contribué à amener cette industrie au haut degré de perfection qu'elle a atteint de nos jours.

Le décor genre Gobelins que reproduit notre gravure a été exécuté par M. Zuber d’après les dessins de M. Chabal Dussurgey, l’habile artiste attaché à la manufacture impériale des Gobelins. Ce décor a été jugé assez sévèrement par MM. les ouvriers délégués, qui ne nous semblent point s’être rendu compte de l'idée qui a présidé au choix des couleurs et du style du dessin de ce panneau.

Ces messieurs reprochent au décor de M. Zuber sa composition et son dessin, qu’ils trouvent fort anciens comme style. Ce sont là des reproches que nous trouvons fort hasardés. S’étant donné pour but d’imiter une tapisserie ancienne, M. Zuber eût commis un anachronisme en produisant un panneau approprié au style coquet et de mauvais goût de notre époque.

Quant à la couleur, il fallait un fond un peu sombre, d’un ton laineux, et des groupes de fleurs un peu plus massifs s’enlevant d’une maniéré bien lumineuse. Reprocher à du papier peint de reproduire les défauts et d’imiter trop scrupuleusement la tapisserie des Gobelins, c’est, à notre avis, le plus grand éloge qu’on puisse en faire.

M. Zuber, en ne s’adressant qu’à un public d’élite et forcément restreint, porte la peine de sa tentative; mieux eût valu peut-être produire de jolies choses faites pour plaire à tout le monde que de quitter les sentiers battus. Le style et le caractère y eussent perdu, mais il aurait sans doute obtenu les suffrages de MM. les délégués.

Quant à nous, qui aimons les belles choses, pour qui la tapisserie sera toujours le décor par excellence, nous félicitons M. Zuber d’avoir aussi bien réussi à l’imiter et l’engageons vivement à continuer dans cette voie. Le jury international a été probablement du même avis, puisqu’il a décerné à M. Zuber la première médaille d’or dans son industrie.


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