L'orfèvrerie

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worldfairs
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L'orfèvrerie

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Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

L'orfèvrerie comprend :
1° L’orfèvrerie artistique;
2° La grosse et la petite orfèvrerie de table en or et en argent ou en alliages argentés ou dorés par les procédés électro-chimiques ;
3° Les bronzes de table et les services de dessert ;
4° Le plaqué;
5° L’orfèvrerie et les bronzes d’église;
6° Les objets d’or, d’argent ou de cuivre émaillés.

En France l’industrie de l’orfèvrerie est presque entièrement concentrée à Paris. On fabrique aussi à Lyon de l’orfèvrerie religieuse.

L’argent fin, dit M. P. Christofle, membre du comité d’admission de la classe 21 à l’Exposition universelle, à qui nous empruntons ces renseignements, l’argent fin vaut en moyenne 220 francs le kilogramme; la loi admet pour l’orfèvrerie massive deux titres dont le premier est presque seul employé.

L’argent au premier titre vaut 212 fr. 62 cent., et l’argent au deuxième titre, 180 fr. le kilogramme.

L’argent ou l’or, comme nous avons eu occasion de l’expliquer tout au long, sont appliqués par les procédés électro-chimiques, soit sur des pièces en laiton ou cuivre jaune (cuivre et zinc), soit sur des pièces en maillechort (cuivre, zinc, et nickel). Les prix des métaux entrant dans la fabrication de ces alliages varient comme il suit : cuivre 200 à 300 fr. les 100 kilogrammes ; zinc 75 à 80 francs; nickel 12 à 13 francs.

Quant à la fabrication du plaqué elle tend de plus en plus à disparaître.

Les élaborations diverses qui concourent à la fabrication de l’orfèvrerie sont nombreuses. L’alliage ou le métal est fondu dans des creusets; il est ensuite coulé dans des moules en terre battue; en sortant du moule, la pièce passe aux mains du ciseleur. Le travail de la ciselure est économiquement remplacé, pour les pièces qui doivent être reproduites, par l’estampage au mouton ou au balancier sur des matrices d’acier.

Seau à glace, par Elkington, de Londres
Seau à glace, par Elkington, de Londres

On fabrique au moyen de ces procédés les bronzes de table, certains objets d’art et différentes pièces d’orfèvrerie qui sont obtenus par divers procédés, tels que le tour, le marteau, l’estampage. La monture consiste à réunir toutes les parties d’une pièce d’orfèvrerie, à les ajuster et à les fixer; ce travail se fait par la soudure et au moyen de vis et d’écrous. Le couvert se fabrique avec des laminoirs à rouleaux avec lesquels le modèle est gravé en creux. Les autres procédés sont la gravure à la main ou à l’eau-forte ; l’émaillerie, le guillochage et le polissage, avec tours spéciaux; enfin le finissage, qui comprend l'avivage par le rouge d’Angleterre, ou le brunissage au moyeu de brunissoirs d’acier ou de pierre dure.

Chez nous, l’orfèvrerie se fabrique presque exclusivement dans de grands ateliers ou chez des ouvriers chefs de métier, employant un certain nombre d’ouvriers et d’apprentis; très-peu d’ouvriers travaillent seuls.

Les hommes comptent pour les quatre cinquièmes environ et les femmes pour un cinquième. Le personnel des femmes a cependant augmenté depuis la création de l’orfèvrerie argentée, dont le brunissage leur est exclusivement confié.

La moyenne des salaires à Paris est de 5 francs pour les hommes et de 2 fr. 40 pour les femmes.

Les produits d orfèvrerie sont, en général, livrés par le fabricant aux marchands en détail, ou aux commissionnaires pour l’exportation.

Notre production annuelle, y compris le plaqué, est de 43 millions de francs dont 4 millions environ sont exportés.

Nous n’avons pas entre les mains les chiffres correspondants de la production anglaise, mais nous ne serions pas surpris qu’elle fût aussi considérable.

Les Anglais aiment l’orfèvrerie et surtout l’argenterie, et s’il est vrai que les pièces d’argenterie restent dans les familles, même les plus modestes, pendant des siècles, tandis qu’en France nous échangeons volontiers, contre des pièces à la mode par le style et la forme, celles que nous tenons de nos propres parents, s’il est vrai que cette manie du changement peut seule contribuer beaucoup à développer la production française, cependant nous croyons que la fabrication anglaise a des débouchés considérables à l’extérieur, dans les colonies, en Australie, aux Indes, et y est préférée à la nôtre.

Cette préférence est d’autant plus explicable que l’orfèvrerie anglaise n’est aujourd’hui qu’une orfèvrerie française, accommodée légèrement au goût de nos voisins. Nous avons dit en effet que les principaux artistes des premiers fabricants d’Angleterre sont des Français : Vechte, Morel-Ladeuil, etc.

A cette indication, que nous avons longuement développée, nous demandons la permission d’ajouter quelques considérations dans le même ordre d’idées, sinon dans la même direction absolument, sur la participation considérable des artistes du jour aux produits des industries artistiques. Et à ce sujet nous dirons deux mots d’un statuaire éminent dont nous avons plusieurs fois, dans le cours de cette publication et tout récemment encore, gravé diverses œuvres.

Jules Klagmann était un véritable artiste. Né à Paris, le 1er avril 1810, il étudia sous Ramey fils, suivit de 1825 à 1829 les cours de l’École des Beaux-Arts et débuta par un envoi de cinq statuettes au Salon de 1834. Il a fait tour à tour de la sculpture monumentale, des bustes et médaillons-portraits, et dans ses dernières années il devint fondeur. Il faut citer de lui : le Dante, Machiavel, Shakespeare, Corneille, Byron, statuettes (1834); les Saintes femmes au tombeau, le Saint homme Job (1835); une Nymphe endormie (1842); un Enfant tenant un lapin (1844); une Petite fille effeuillant une rose (1846); les Attributs de la Passion, bas-relief pour l’église Saint-Cyr à Issoudun (1848); des Bustes, médaillons, groupes, etc.; les motifs principaux de l’épée offerte par la ville de Paris au comte de Paris (1842) ; quatre Cavaliers pour un vase commandé par le duc d’Orléans (1842); les sculptures décoratives et monumentales du Théâtre Historique (1846-48) et la belle fontaine de la place Louvois. Jules Klagmann, qui avait été décoré en 1853, est mort jeune encore en 1864.

La nuit, par Elkington, de Londres
La nuit, par Elkington, de Londres

Telle est la carrière féconde et bien remplie d’un maitre dont le sentiment artistique était profond , dont le goût était exquis, qui était infatigable à l’invention et à la recherche, qui avait une fraîcheur d’idées charmante, qui méditait ses œuvres en penseur, qui travaillait avec un amour passionne, qui possédait tous les secrets de la sculpture, et qui a laissé dans tout ce qu'il a produit la trace d’un sentiment et d’une grâce antiques. C’était un ancien, modernisé sans que sa pureté native en fût endommagée.

L'aurore, par Elkington, de Londres
L'aurore, par Elkington, de Londres

A côté des œuvres éminentes que nous venons de citer, Klagmann a donné une multitude de productions moins importantes sinon moins parfaites. Il a énormément produit pour l’industrie des bronzes, pour le commerce, comme on dit. De son temps l’artiste, aux prises avec une grande création peu payée, si elle était commandée, point peut-être s’il l’avait entreprise à l'aventure, n’était que très-mal rémunéré. Il en est encore ainsi aujourd’hui; la sculpture est un art tout à fait désintéressé qui, comme la gravure, donne à peine un morceau de pain à celui qui s’y est consacré. C’est pourquoi aujourd’hui comme alors il faut produire pour les bronzes d’art et d’ameublement, pendules, coupes, lustres, groupes, presse-papiers, etc., des compositions à sujets ou de pur ornement.

Il y a toutefois cette différence entre naguère et aujourd’hui, qu’un préjugé pesait sur ce genre de travail, et qu’un artiste se serait cru déshonoré si ses camarades avaient su qu’il travaillait pour les marchands : on oubliait que les plus grands maîtres du passé avaient été, en même temps que créateurs d’œuvres d’art pur, artistes industriels. Quoi qu’il en soit, on s’en cachait; l’auteur de telle pendule remarquable demeurait ignoré, et par suite de cette mauvaise honte, le fabricant ne donnait à l’auteur de ces productions qu’un mince salaire.

Comme Klagmann, M. Morel-Ladeuil travaille pour l’industrie, et comme Vechte pour l’industrie anglaise. C’est M. Elkington qui exécute ses modèles.

Nous donnons ici deux repoussés de lui : le Jour et la Nuit.

Comme conception rien n’est plus heureux, mieux imaginé et déduit, ni plus logique.

Voici d’abord la Nuit sous les traits d’une belle jeune femme, mélancolique et douce, qui passe dans les cieux. Elle ramène sur son beau corps les voiles noirs qui doivent, en l’enveloppant, produire les ténèbres, tandis qu'autour d’elle, les génies nocturnes versent sur les humains les ombres de la nuit. Elle-même répand sur eux le pavot, la fleur pleine d’opium qui donne le sommeil et les rêves. Alentour les nuages noirs s’accumulent et s’épaississent.

Un cercle d’étoiles entoure cette scène. Le tableau est encadré d’une légère et gracieuse frise d’arabesques.

Le pendant est l’Aurore, plus jeune, plus légère, plus vive, radieuse,« aux doigts de rose » et ouvrant avec éclat sur le monde les portes lumineuses de l’Orient.

Le sceau à glace de M. Elkington est une création d’un artiste distingué également, M. Wilms. Il est de style Renaissance et de bon goût. On remarquera le beau relief et l’excellent modelé des rinceaux et des Amours qui y sont perdus et en font partie. Les quatre mascarons du bas sont aussi d’une bonne exécution et surtout ils sont bien à leur place : celui qui nous fait face est une tête de Fleuve, comme il convient à l’ornementation d’un vase destiné à recevoir de l’eau sous une forme ou sous une autre. C’est ce motif qui a inspiré le sujet du médaillon du milieu : des Amours jouant sur l’eau et dans les roseaux.


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