Horloge par M. Benson

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worldfairs
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Horloge par M. Benson

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Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"


Les produits de l’horlogerie peuvent être divisés en cinq séries :
1° La grosse horlogerie, qui comprend les horloges publiques et leurs organes spéciaux, tels que remontoirs, échappements, sonneries, aiguilles, appareils d’éclairage des cadrans pour la nuit, etc.
2° L’horlogerie courante ou de commerce qui comprend la fabrication des blancs et roulants de pendules et de montres; les pendules de cheminées ou d’appartements, les pendules portatives ou de voyage, les montres communes en argent, les montres plus soignées en or ou en argent.
3° Les régulateurs astronomiques, les montres marines et les thermomètres de poche.
4° Les accessoires de l’horlogerie, comprenant : la fabrication des ressorts moteurs et des ressorts spiraux, le travail des pierres fines, les machines-outils.
5° Les horloges en bois, dont l’usage est si répandu dans les campagnes et les villages.

Nous ne nous occuperons pour le moment que de l’horlogerie monumentale, et nous prendrons pour exemple la grande et célèbre horloge d’un exposant anglais, M. Benson, qui l’avait déjà produite à l’Exposition de Londres, en 1862.

Ce n’est pas que nous n’ayons de notre côté de magnifiques horloges monumentales. On dit même, nous parlons des gens les plus compétents, comme M. Laugière, l’honorable auteur de la notice contenue sur la matière dans le catalogue, comme les membres du jury international, comme les délégués des ouvriers dans leurs intéressantes et sincères publications, on dit que l’horlogerie monumentale française est un produit entièrement national et supérieur, dans son ensemble, à ce qui se fait à l’étranger. On ajoute même que la troisième catégorie dont nous avons parlé, bien qu’elle n’occupe commercialement qu’une place secondaire, a le premier rang pour l’importance et la beauté scientifique de ses produits.

A vrai dire, de prime abord, au point de vue moral, il peut y avoir là de quoi surprendre le philosophe : quoi, c’est ce peuple vif, léger, un peu nonchalant, prime-sautier, qui est l’auteur des meilleurs de ces produits où l’application d’esprit, où la patience et la minutie ont une si grande part; c’est le Français qui donne les meilleurs et plus parfaits appareils de précision. Cela est d’autant plus surprenant que, pour ce qui est des objets mobiliers de toute nature, appartenant à ce que l’on appelle la marchandise courante, nous sommes, comparés à nos voisins, et surtout aux Anglais, d’une infériorité désolante. Voyez nos boites, nos meubles, non de pacotille, mais de bon marché : il n’en est pas un qui soit bien ajusté, solide ou qui ferme bien. Chez nos voisins, il n’en est pas ainsi : tout est correct et se tient solidement.

Horloge monumentale, par Benson de Londres
Horloge monumentale, par Benson de Londres

Voici comment nous expliquons ce fait que les Français sont bons horlogers : c’est que ce ne sont pas les Français, mais seulement certains Français ; ce ne sont pas les premiers Français venus, ce ne sont pas les Français du Midi, par exemple; les centres de fabrication en France sont : 1° pour la termination des pendules, Paris; pour l’achèvement des montres de poche, Besançon (Doubs); pour les ébauches de montres, Beaucourt (Haut-Rhin), le pays de Montbéliard et Cluses (Haute-Savoie); pour les ébauches ou roulants des pendules civiles et des pendules de voyage, Saint-Nicolas-d’Aliermont (Seine-Inférieure), Beaucourt et Montbéliard ; aussi Morez (Jura), pour les grosses horloges en fer et pour celles dites de Comté, dont on se sert principalement dans les usines et dans les grands établissements industriels. Les produits de ce dernier centre figurent pour une part considérable dans la fabrication nationale (dont l’ensemble est estimé à 35 millions de francs). Toutes ces fabriques alimentent les marchés français, et leurs produits sont en outre l’objet d’une exportation importante. Eh bien, il suffit de jeter les yeux sur la carte, pour voir du premier coup d’œil que les départements horlogers sont situés dans l’Est et sur notre frontière. On peut donc en conclure que c’est parce qu’ils sont un peu allemands et suisses, parce qu’ils sont peuplés de Français mêlés de peuples calmes et appliqués, que cette industrie savante et sérieuse y prospère.

Quoi qu’il en soit, dans cet état de choses, nous aurions pu trouver chez nous quelque monument d’horlogerie qui nous eût fait honneur, mais nous trouvons juste et courtois de nous occuper de nos voisins, surtout lorsqu’ils ont l’importance considérable de M. Benson. C’est d’ailleurs plus profitable, plus instructif que d’être en perpétuelle admiration de soi-même.

L’horlogerie anglaise a figuré avec beaucoup d’éclat à notre Exposition.
Les dispositions que les exposants avaient données à leurs vitrines, le mélange de la bijouterie avec l’horlogerie, la profusion de brillantes dorures qui augmentaient encore les apparences de leurs belles pièces, « tout cet ensemble, dit, dans son rapport, M. Alexandre, délégué des ouvriers, a excité l’admiration des visiteurs. J’ai entendu autour de moi ces exclamations : Les Anglais nous dépassent, ils sont nos supérieurs en horlogerie. Sans doute, les Anglais ont des spécialités que nous avons négligées, et ils sont devenus nos supérieurs dans la fabrication des chronomètres de bord et de quelques montres d’un prix élevé. Mais nous avons aussi nos spécialités qui rendent nos tributaires non-seulement les Anglais, mais toutes les nations du monde. La pendule de Paris se trouve sur toutes les cheminées des bourgeois anglais, et dans les salons de tous les pays, et les montres de Besançon sont répandues sur tous les marchés du globe. Quant à l’horlogerie monumentale, nous pouvons déclarer hardiment que nous tenons encore la première place d’une manière très-honorable....... Nulle part on ne fait mieux ni à aussi bas prix. »

Mouvement de l'horloge monumentale, par Benson de Londres
Mouvement de l'horloge monumentale, par Benson de Londres

Tel est, du reste, l’avis des Anglais eux-mêmes, et nous avons sous les yeux une notice anglaise sur la grande horloge de M. Benson, qui commence par ces mots : « Il est bien connu des personnes compétentes en matière d’horlogerie que les Français nous ont longtemps surpassés par la grandeur et les beautés de leurs horloges monumentales. Quiconque en a examiné avec attention le mécanisme n’a pu manquer de remarquer avec quel soin et quelle précision chaque partie est parachevée, tandis que les pièces sont réglées avec la perfection que l’on peut s’attendre à trouver dans des mécanismes aussi parfaits. D’un autre côté, les principales grandes horloges anglaises d’exécution moderne sont les antipodes des horloges françaises, pour la beauté de la construction et trop souvent pour les qualités de l’exécution. On a longtemps cru chez nous que la dimension de ces produits rendait inutile le fini que les horlogers français y apportaient ; mais il nous semble que bien que de bons résultats puissent être attendus des horloges à roues de fonte, comme on les fait généralement aujourd’hui, une exécution bien supérieure sera le résultat naturel de l’emploi de meilleurs matériaux et d’un travail plus intelligent. »

C’est cette idée que M. Benson paraît s’être appliqué à réaliser dans sa grande horloge : les roues sont de la matière la plus durable et la moins corrosible. Les roues ont été taillées à la mécanique avec une rare exactitude, chose peu facile, puisque les principales ont deux pieds (anglais) de diamètre, et pèsent chacune plus de 120 livres (anglaises); elles ont ensuite été polies jusqu’à présenter l’éclat d’un miroir. Cette horloge a cet avantage que n’avait jamais eu aucune horloge jusqu’ici, c’est que l’on peut en enlever une seule roue sans démonter le reste; pour enlever la plus petite morsure de rouille d’une ancienne horloge, on est obligé de la disloquer tout entière. La cage est en fer forgé uni, les dimensions sont de neuf pieds trois pouces sur quatre pieds (anglais). Les quatre cadrans ont trois pieds de diamètre et sont en fer à jour, les heures peintes sur des tuiles vernies de Minton, ce qui est d’un bel effet. Le grand cadran a neuf pieds de diamètre et est en ardoise émaillée de Magnus, et orné d’un dessin aussi heureux que compliqué, qui a été fourni par l’Ecole d’art de South-Kensington. La communication entre ce cadran et le mouvement qui sont séparés par une distance de trois cents pieds, se fait au moyen de tiges de fer, etc., ce qui montre la force de la machine. L’échappement est de Graham avec levées en pierres, pouvant glisser dans une rainure et agrandir à volonté l’ouverture de l’ancre selon les besoins. Le pendule est compensateur, a quinze pieds, et vibre une fois toutes les deux secondes. Les cloches sont delà fonderie de MM. Mears à Whitechapel et ont des voix agréables. Le mécanisme est assez puissant pour faire sonner à toute force des cloches aussi grandes que celles du Nouveau-Palais de Westminster. Chaque quart d’heure est sonné par une cloche d’un ton différent. Les poids sont en fer et suspendus par des fils de fer; ils passaient à l’Exposition, sur des poulies, à deux cents pieds au-dessous du sol, et étaient ensuite portés par une autre poulie a soixante-dix pieds au-dessus.

Nous donnons avec une vue du mécanisme une autre vue delà construction tout entière. Alentour, sous une vitrine, étaient rangées les montres de diverses sortes que M. Benson fabrique. Il y en avait aussi d’anciennes, indiquant l’état de l’horlogerie il y a trois cents ans, et servant de termes de comparaison avec les produits du jour qui étaient placés à côté d’elles.


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