Cheminées par Parfonry et Lemaire

Paris 1867 - Arts, design, fashion, shows
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 8189
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Cheminées par Parfonry et Lemaire

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Nous avons eu occasion de parler de l’ornementation et de la décoration à demeure des appartements, et de les distinguer de l’ornementation et de la décoration mobiles ou mobilières. Nous avons tracé les règles auxquelles sont soumises les unes et les autres et qui se résument à peu près en ceci : dans un hôtel la décoration à demeure doit être en parfait accord avec la décoration générale et extérieure de la construction ; il faut que dès le moment où le visiteur a, en entrant, levé les yeux sur la façade, jusqu’à celui où il arrive dans la pièce la plus reculée de la maison, il soit, d’une façon continue, frappé par une unité harmonieuse ; il faut que tout se lie, que tout se réponde, que rien ne choque, ne heurte, ne surprenne. C’est toujours la grande loi de l’harmonie qui domine toutes les provinces de l’art. Néanmoins nous avons reconnu que les exigences de la vie moderne ne se prêtent pas invariablement à cette unité et à cette perfection. Et nous avons admis pour les maisons-omnibus que la façade pouvait n’être pas en accord strict avec l’intérieur, ou, plutôt, quelle pourrait être moins originale et telle qu’elle puisse s’accorder avec diverses ornementations intérieures et avec des mobiliers de divers caractères.

Cela posé, revenons au cas de l’hôtel. Qu’entendons-nous par accord entre la façade les décorations intérieures de la maison ? Voici encore une occasion d’expliquer dans une de ses applications particulières la grande loi d’harmonie que je viens de rappeler et que je ne cesserai jamais d’invoquer chaque fois qu’il s’agira d’art. Il faut que les cheminées, l’envergure et l’encadrement des fenêtres et des portes, ces fenêtres et ces portes elles-mêmes, et les ferrures des unes et des autres, les plinthes, les cimaises, les corniches, les voussures, s’il y en a, les encadrements du plafond, les rosaces, les cadres des glaces, il faut que tout cela, comme forme, comme ligne, comme couleur ait le même style, le même caractère, la même physionomie que la susdite façade. Il faut en outre que tous ces objets soient en harmonie avec les tentures et le mobilier.

Pour le simple appartement il suffit que la décoration à demeure et la décoration mobile soient en conformité. La partie la plus considérable et la plus importante du mobilier fixe est sans contredit la cheminée. Elle tient la plus grande place, elle est comme le centre de la pièce, c’est auprès d’elle qu’en entrant ou cherche d’abord la maîtresse de la maison; c’est autour d’elle qu’on se réunit; on pourrait même dire qu’elle est toute la maison, car elle est tout le foyer.

De là, l’importance qu’elle tenait dans les constructions anciennes. Autrefois, au moyen âge, par exemple, on demeurait, en quelque sorte, dans la cheminée de la grande salle du château. Les chambres étaient vastes et froides; aussi les cheminées étaient immenses à cette époque où l’on vivait tant chez soi, grâce à la difficulté des communications. Les cheminées étaient alors de vastes cavités surmontées d’immenses auvents qui garantissaient de la bise.
Sous Louis XIII, sous Louis XIV, il en était à peu près de même. Sous Louis XV et sous Louis XVI, la vie a changé, on sort beaucoup, les pièces deviennent petites, les robes volumineuses, il faut ménager l’espace : la cheminée s’aplatit contre le mur; et même on la surmonte d’une glace, ce qui en fait abaisser les tablettes. De nos jours, les glaces sont devenues si bon marché qu’on en met de colossales et la cheminée s’abaisse encore. Telle est, au point de vue décoratif et en peu de mots, l’histoire de la cheminée chez les peuples modernes.

Cheminée de style renaissance, par Parfonry et Lemaire (médaille d'or)
Cheminée de style renaissance, par Parfonry et Lemaire (médaille d'or)

Ajoutons que ces vicissitudes ne lui ont rien ôté de son importance relative, qui est dans la nature des choses. Au contraire, comme on fait aujourd’hui des appartements de tous les styles, on rencontre partout des cheminées de toutes les époques. Ce sont surtout les cheminées Renaissance qui ont la vogue, les cheminées Henri II, modelées sur celles de ce merveilleux château d’Anet, bijou-type de l’art de cette époque que M. Moreau fait restaurer avec un soin si digne d’éloges par l’excellent et habile architecte, M. Bourgeois. La cheminée Louis XIII, la cheminée Louis XV ou Louis XVI sont ensuite les plus usitées.

Ces considérations nous sont suggérées par les deux cheminées que nos lecteurs ont sous les yeux. Nous avons dit que dans la décoration fixe, c’est la cheminée qui tient le premier rang. Il en est surtout ainsi lorsqu’il s’agit d’une cheminée de l’importance de celle dont nous parlons en premier lieu.

Cette belle création, en raison des attributs qui l’ornent, indique évidemment qu’elle est destinée à une salle à manger. Elle est en marbre rouge antique, avec des moulures ornées et élégies à deux tons.

Les cariatides, les poissons, les engins de pêche et les autres ornements sont en marbre de même matière.

Son beau cadre, où se combinent de la façon la plus heureuse, des effets de mat et de poli, renferme un bas-relief en marbre blanc, qui est dû au ciseau de M. Cain, l’un de nos meilleurs animaliers.

Le sujet représente un milan piquant sur un canard.

Cette composition est remarquable par l’harmonie et la simplicité des lignes si bien comprises pour un ensemble de marbrerie et aussi par l’heureuse invention des détails et le fini de l’exécution.

La cheminée Renaissance en marbre noir ainsi que la précédente provient des ateliers de MM, Parfonry et Lemaire. Elle est remarquable de dessin et de sculpture.

Les têtes de lion sont d’un effet et d’un modelé admirables; la frise de coquilles qui les sépare est d’une douceur de relief charmante. Le poli des lignes architecturales combiné avec les parties mates des sculptures complète la rare élégance de ce travail.

Il n’en pouvait être autrement des œuvres sorties de cette maison, qui à l’Exposition universelle a obtenu de la façon la plus honorable la médaille d’or de l’industrie marbrière.

Cheminée de salle à manger, en marbre rouge antique, par Parfonry et Lemaire (médaille d'or)
Cheminée de salle à manger, en marbre rouge antique, par Parfonry et Lemaire (médaille d'or)

Quoique exposant pour la première fois, cet établissement qui jouit à juste titre d’une haute réputation, est connu pour avoir exécuté pour la ville de Paris les fontaines de la place de la Madeleine (M. Davioud, architecte); la colonnade et le plafond Renaissance du vestibule de l’hôtel du prince Paul Demidoff à Paris (M. Vautier, architecte). Le grand escalier d’honneur et la belle rampe style Louis XIV sculptée à jour, du palais du prince Yousoupoff à Saint-Pétersbourg (M. Monigheti, architecte, etc.).


Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
https://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Arts, design, mode, spectacles »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité