Machines d'imprimerie de M. Alauzet

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
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worldfairs
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Machines d'imprimerie de M. Alauzet

Message par worldfairs » 09 avr. 2019 12:35 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"


Il y a des siècles où l’humanité est en voie de création, et où de toutes parts les œuvres jaillissent et émerveillent le monde en même temps qu’elles le transforment. Il y a une élaboration mystérieuse et momentanément inféconde dont les résultats se montrent tout à coup. Il en a été ainsi dans les grands siècles et notamment au seizième. La poudre transforme l’art de guerre et renverse, avec les châteaux, les derniers débris de la féodalité. L’Amérique est découverte. L’imprimerie va semer partout les pensées, relever les petits, amoindrir les grands, bouleverser la terre.

L’imprimerie (c’est ce grand art, le plus puissant, le plus redoutable, le plus actif agent de civilisation qui nous suggère ces pensées!) l'imprimerie fut inventée d’un seul coup. Elle existait sans doute en quelque sorte depuis longtemps. Il est vraisemblable que bien des fois l’homme l’avait rencontrée et s’en était servi avec curiosité, sans toutefois la comprendre. De tous les temps il a dû arriver qu’une surface plane et coupée ou sculptée a été revêtue par hasard d’une matière colorante qu’on a ensuite déposée sur une surface blanche. Appelez cela gravure ou impression, c’est tout un. Il y a plus, nous croyons qu’en Chine (et c’est dans ce sens que nous admettons que les Chinois qui sont fort avancés, mais qu’il ne faut pas faire plus progressistes qu’ils ne le sont, « ont inventé l’imprimerie »), nous croyons qu’il y avait en Chine des livres imprimés bien avant qu’il y en eût chez nous. Mais la véritable invention de l’imprimerie ne date pas de ces hasards et de ces combinaisons primitives et enfantines.

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Presse à retiration, par M. Alauzet

Le véritable inventeur fut celui qui imagina d’avoir à sa disposition des caractères mobiles, en sorte qu’au lieu de sculpter toute la composition d’un livre on pût rapidement, avec les mêmes caractères, en composer toutes les pages. C’est bien Guttenberg qui fut le créateur de cette puissance nouvelle, puisque c’est de sa création seulement que date l’essor qu’elle prit. C’est depuis lors que les livres se fabriquent avec une rapidité inouïe, ruinent et détruisent l’industrie des copistes, jettent dans le monde des milliers de volumes et répandent la pensée sur la terre entière. Voilà l’homme qui nous a dotés.

Maintenant, à côté de cette création qui, nous le répétons, n’appartient qu’à lui et lui appartient tout entière, il faut placer de nombreux et précieux perfectionnements : le plomb substitué au bois, c’est-à-dire la fonte des caractères à la gravure, ou plutôt à la sculpture des lettres, la stéréotypie, etc., et de nos jours tant d’applications de nos sciences qui donnent à l’imprimerie une perfection et surtout une rapidité d’émission étonnantes, même aujourd’hui où nous assistons à tant de spectacles merveilleux. Parmi les plus récentes, il faut citer celles qui s’appliquent à l’imprimerie des journaux, ces machines, par exemple, qui tirent un nombre considérable de numéros de quatre pages chacun en une minute.
Au nombre des machines les plus ingénieuses et appelées à rendre les plus grands services, nous rangeons, sans hésiter, celles de M. Alauzet.

La première est une presse à retiration avec marge à décharge pour éviter le moulage. Le mécanisme quoique très-simple est des plus ingénieux; la mise en train se fait aisément et le tirage moyen est d’environ 800 feuilles d’impression à l’heure. C’est sur des presses de ce modèle que s’impriment le Magasin pittoresque français, l’Illustration allemande, et l’ouvrage que nos lecteurs ont entre les mains en ce moment.

La deuxième est une presse à réaction à deux cylindres, permettant de faire une mise en train : ce qui la rend propre à l’impression des travaux d’administration. Le tirage moyen est de 2600 exemplaires à l’heure; cette presse est remarquable sous tous les rapports. L’impression est nette et très-franche.

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Presse à réaction par M. Alauzet

Mais voici deux fois que les mots « mise en train » se trouvent sous notre plume et que nous négligeons d’expliquer ce terme technique.

Les mêmes cylindres servant à l’impression des ouvrages de même nature, il en résulte que quelque bien recouverts qu’ils soient, il se produit sur leur surface des dépressions provenant du relief des caractères ou des clichés des gravures; ces creux empêchent que la pression ne soit égale lorsque la feuille à imprimer passe sur la forme et nuit à la netteté de l’impression ; pour parer à cet inconvénient et pour mieux faire ressortir les parties noires de la vignette, on colle une épreuve de la gravure ou de l’ouvrage à imprimer sur un léger carton et on l’applique sur le cylindre de manière à ce que toutes les parties correspondent parfaitement avec les caractères ou avec la gravure ; puis au moyen du tâtonnement et en collant de nouvelles épreuves ou des bandes de papier sur les parties qui ne viennent pas bien, on parvient à obtenir sur le cylindre un relief suffisant pour que l’impression soit claire, nette et que tous les tons de la vignette soient mis en valeur. C’est cette opération qu’on appelle la mise en train ; pour les ouvrages comme le nôtre et comme ceux que nous venons de citer, il faut une moyenne de sept heures avant que la mise en train soit achevée et que l’on puisse commencer à imprimer les bonnes feuilles.

Les presses à réaction pour les journaux ne permettent point de mise en train, parce que la forme contenant les caractères d’impression vient se placer alternativement sous les cylindres à deux différentes places : on est donc obligé de recouvrir les cylindres de manière à les rendre aussi lisses que possible ; mais ce genre d’impression laisse toujours à désirer.

La troisième est une presse lithographique qui réunit des perfectionnements très-importants dont les principaux sont :
Le mouillage mécanique et régulier qui peut s’augmenter ou se diminuer à volonté;
Le placement facile de la pierre lithographique, qui s’opère à l’arrière de la machine sans le secours des pinces, contrairement à ce qui s’est fait jusqu’à ce jour ;
Le calage est également facile et permet de corriger les inégalités d’épaisseur sans qu’il soit besoin d’enlever la pierre : cette opération se fait au moyen d’un seul tour de manivelle.
La pression est fixe et élastique au moyen de coussinets.
Le pointage est mécanique et très-précis.
Le développement du chariot vers l’arrière de la machine facilite la préparation de la pierre et les soins qu’elle peut exiger.
Enfin, le mouvement destiné à soulever les rouleaux à un moment donné est disposé de telle façon que les rouleaux toucheurs et les mouilleurs sont soulevés du même coup et des deux côtés par une seule personne, soit qu’elle se trouve de l’un ou de l’autre côté de la machine.

Cette presse imprime également la typographie.

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Presse à lithographie par M. Alauzet

M. Alauzet avait exposé une machine à réaction à quatre cylindres pour l’impression des journaux, imprimant 6000 journaux à l’heure. Cette machine était aussi remarquable que celles que nous venons d’étudier et nous comprenons que le jury lui ait décerné une médaille d’or : ce n’était que justice.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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