La joaillerie par Bapst

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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La joaillerie par Bapst

Message par worldfairs » 20 mars 2019 10:19 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Nous ne saurions trop le répéter, parmi les différentes branches de l’industrie qui ont le plus contribué à jeter un si vif éclat sur l’Exposition universelle, la joaillerie française occupait le premier rang, et c’est forcément que nous sommes appelés à nous occuper souvent de cet art industriel.

Il en est des bijoux comme de toutes les œuvres d’art : il faut qu’ils aient leur style et leur caractère propre. Les tabatières, les montres, les bagues, toutes ces charmantes choses enfin, destinées à être tenues à la main, approchées de l’œil, étudiées presque à la loupe, doivent se recommander tout spécialement par un fini de travail, une délicatesse et souvent une multiplicité de détails qui seraient perdus dans des parures d’un plus grand style. Dans ces dernières, la même perfection de travail est indispensable, mais elle doit s’allier à une grande sobriété de lignes et de détails, car il faut que, même à une grande distance, d’un bout à l’autre d’un salon, par exemple, le dessin ressorte aussi nettement que si l’on tenait l’objet à la main.

Ce sont ces principes qui depuis plus d’un siècle environ servent de guide à MM. Bapst, et c’est à atteindre ce but que tendent leurs efforts; depuis bientôt un siècle, disons-nous, et qu’on ne croie pas que nous exagérons, car la maison Bapst est la plus ancienne de Paris et ses fondateurs étaient les successeurs directs de Boehmer et Bossange, les malheureux joailliers de la reine Marie-Antoinette.

Une clientèle des plus riches et des plus fidèles est venue récompenser leurs efforts et leur permettre d’exécuter ces admirables parures dont il nous a été permis d’apprécier les grandes qualités d’après les échantillons exposés dans leur vitrine, qui réunissait les éléments nécessaires à une étude complète et approfondie du grand art de la joaillerie.

Les quelques spécimens que nous reproduisons vont nous permettre de rendre plus sensibles les idées que nous avons émises en commençant.

Paris 1867 - Arts, design, mode - La joaillerie par Bapst - Diadème en brillant - Noeud Louis XVI et médaillons, par Bapst - diademebapst.jpg
Diadème en brillant - Noeud Louis XVI et médaillons, par Bapst

Le grand diadème lauré exécuté pour Sa Majesté l’Impératrice est d’une pureté de style vraiment idéal; rien de plus simple pourtant comme composition : trois feuilles de laurier accouplées, comme dans le diadème antique, se reproduisent les unes à la suite des autres, espacées entre elles par des perles en onyx noir; les perles imitant les graines du laurier, qu’on aurait eu tort de représenter par des diamants, sont ici d’un effet charmant. Par l’opposition de leur couleur, elles détachent parfaitement , les unes des autres, les différents groupes de feuilles, et cette répétition du même motif, qui va en diminuant d’une manière presque insensible jusqu’aux extrémités, donne à l’ensemble du diadème une netteté de dessin et une régularité de lignes sur lesquelles l’œil aime à se reposer. Ici, rien de confus, rien qui ressemble à ces masses informes de diamants, jetant un éclat plus ou moins vif; nous sommes en présence d’un diadème princier, aussi bien conçu que soigneusement exécuté, et dont toutes les parties se profilent aussi nettement de loin que de près.

Le grand nœud Louis XVI se distingue par les mêmes qualités. Il s agissait d’imiter à l’aide de diamants un nœud de dentelle; ce problème a été admirablement résolu. Rien n’y manque : les brillants placés au centre du ruban, légèrement espacés les uns des autres, représentent les à-jour d’une dentelle véritable, dont le picot est formé par un petit travail de serti d’une délicatesse infinie. Le travail est poussé à sa perfection, toutes les pierres sont mises en valeur et chaque détail concourt à l’ensemble général, tant il se trouve bien à sa place. C'est de la joaillerie parfaitement comprise.

Ce nœud est la reproduction en diminutif des nœuds d’épaules que MM. Bapst ont exécutés pour Sa Majesté l’Impératrice avec les diamants de la couronne.

Qu’il nous soit permis à ce propos de faire une courte digression.

Longtemps avant l’ouverture de l’Exposition, on avait annoncé que les diamants de la couronne seraient exposés; les travaux d’aménagement étaient commencés et rien ne faisait prévoir la déception qui nous était réservée, lorsque l’on apprit qu’en raison des exigences des réceptions des nombreux souverains qui devaient venir à Paris, Sa Majesté l’Impératrice se trouvait dans l’obligation de renoncer à satisfaire le désir qu’elle avait eu de son côté et que lui avait exprimé la commission impériale.

Le public ne put donc contempler ces magnifiques joyaux et ces incomparables parures qui venaient d’être tout récemment remontées par MM. Bapst; quant à nous, nous fûmes privés d’un magnifique sujet d’études et d’une série de dessins que nous espérons cependant bien pouvoir placer un jour sous les yeux du public.

Mais poursuivons notre étude. Ces deux médaillons formant pendants de cou sont deux charmants spécimens de cette catégorie de bijoux qui peuvent se porter avec une parure de grande cérémonie aussi bien qu’avec une toilette de ville ou de petite réception. C’est toujours la même simplicité de lignes, mais quels gracieux détails! Comme l’émeraude qui forme le centre du médaillon Louis XVI brille au milieu de ces fines guirlandes de feuillage d’une légèreté incomparable! avec quel art l’air et les jours habilement ménagés permettent de suivre constamment le profil du dessin !

C’est en produisant de semblables bijoux que les joailliers français ont acquis cette supériorité que leurs rivaux n’osent leur contester et qu’ils conserveront longtemps encore si nos praticiens s’exercent à manier le crayon et peuvent, comme MM. Bapst, tracer eux-mèmes tous leurs dessins pour les faire exécuter ensuite sous leurs yeux dans leurs propres ateliers.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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