Vitraux par Gsell

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Vitraux par Gsell

Message par worldfairs » 16 mars 2019 06:38 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

L'art du peintre verrier qui fut inventé par l’Europe du moyen âge, par la France ou par l’Allemagne, était connu dès le neuvième siècle. On cite à l’appui de cette assignation de date un document découvert Par Éméric David, constatant que vers le milieu du neuvième siècle, on conservait à Dijon un très-ancien vitrail peint représentant le martyre de sainte Purchasie et provenant d’une vieille église restaurée par Charles le Chauve.

Les plus anciens vitraux peints que le temps ait respectés jusqu’ici sont ceux dont Suger fit don à l’abbaye de Saint-Denis; ils furent probablement exécutés vers l’an 1140, à l’époque où ce prélat dédia l’église. Les verrières de l'abside de la cathédrale de Bourges et celles du chœur de Saint-Jean de Lyon paraissent être de la même époque.

Maintenant les plus célèbres et les plus estimées sont, maigre la faiblesse du dessin, mais à cause de la richesse des tons, les verrières du treizième siècle. Parmi elles on cite celles des cathédrales de Sens, de Bourges, de Chartres, de Tours, de Reims, d’Amiens, les roses de Notre-Dame de Paris et quelques autres.

Une révolution se produisit dans cet art au quatorzième siècle. Elle portait sur les procédés matériels et eut des conséquences artistiques immenses. On s’enhardit à donner plus de développement aux pièces de verre; le réseau des mailles de plomb qui les encadrait devint moins serré. Il en résulta que les objets se présentèrent plus clairement au spectateur, que les surfaces colorantes furent plus larges; mais, d’un autre côté, l’effet décoratif ne gagna pas à ce changement : la verrerie devint moins mystérieuse ; elle perdit de cette obscurité qui s’accordait si bien avec la sévère architecture gothique. Au quinzième siècle, les verrières ne furent plus que de splendides tableaux exécutés le plus souvent d’après les coloris des grands peintres : telles sont celles de Saint-Ouen, de Rouen. Le vitrail a cessé tout à fait d’être ce qu’il est essentiellement, une mosaïque translucide. Citons encore, dans cette époque, les vitraux de Robert Pinaigrier à Saint-Étienne du Mont, ceux de Jean Cousin à Saint-Gervais, ceux de Bernard Palissy à Écouen : ces derniers représentent les Amours de Psyché d’après Raphaël.

On a indiqué, et non sans raison, comme une des causes principales de la transformation du vitrail, la décoration des églises par la fresque et par la peinture à l’huile. En effet, toiles et fresques ne pouvaient rester plongées dans les ténèbres : il fallait bien admettre assez de lumière pour qu’on pût voir les saints et les saintes et assister à leurs travaux. Mais ce ne fut pas tout. On poussa les choses à l’extrême; on voulut comme Gœthe, licht, mehr licht, et l’on tendit à se débarrasser tout à fait du vitrail. D’ailleurs les mœurs mondaines des temps modernes s’accommodaient mal des églises sombres et austères. C’est ainsi que l’art du peintre verrier était pour ainsi dire mort à la fin du siècle dernier.

Nous avons signalé déjà le mouvement de renaissance qui a rendu à la vie tant d’arts admirables que la mode avait repoussés, et que l’archéologie, la curiosité et le goût ont récemment été rechercher. Nous le rappelons dans cette même livraison à l’occasion de la ferronnerie. La verrerie a profité de cette résurrection.

Mais, chose curieuse, la verrerie est revenue non une et indivisible, mais sous tous ses aspects historiques. La verrerie du treizième siècle comme celle du seizième a aujourd’hui des imitateurs et des rivales; les artistes de ces temps si divers font école en ce moment. Ainsi on peut diviser la peinture sur verre actuelle en deux groupes : l’ancienne ou l’archéologique, qui est toute décorative et toute mystique ; la moderne, qui n est qu’une application de la peinture historique ordinaire, dont elle ne se distingue guère que parles matières employées.

Au nombre et au premier rang des artistes verriers qui savent emprunter à l'une et à l’autre de ces deux écoles leurs mérites divers et marcher dignement sur les traces des maîtres des deux groupes, est placé M. Gsell. Le nom de M. Gsell est bien connu de toutes les personnes qui s’intéressent à l’art religieux. A Paris ses œuvres sont extrêmement nombreuses : les quinze verrières de l’abside de Sainte-Clotilde, toutes celles des Jésuites de la rue de Sèvres; à Saint-Etienne du Mont, un arbre de Jessé et les Litanies de la Vierge sont de lui, ainsi qu’un superbe camaïeu (genre abandonné depuis longtemps) représentant le Christ donnant les clefs a saint Pierre; cette pièce est à l’église Saint-Jacques du Haut-Pas. A Rouen, les vitraux de l’église de Bon-Secours sont sortis aussi de chez lui à une époque où personne ne s’occupait encore de peinture sur verre (ce qui explique quelques tâtonnements qui du reste ne nuisent point à l’harmonie colorante de l’ensemble). Dans la même ville une vingtaine de grands vitraux dont nous reproduisons l’un ont été composés par M. Gsell pour l’église Saint-Godard. Il y en a d’autres à Saint-Louis de Versailles, à Ferrières, à l’Isle-Adam, etc. L’étranger et presque toute l’Europe possèdent aussi des œuvres de cet artiste distingué.

A l’Exposition universelle il était représenté par une Nativité composée par lui-même, et une Assomption, d’après le Titien, qui étaient extrêmement remarquables. Voilà pour les vitraux Renaissance. Quant aux vitraux du douzième siècle, ils étaient, dans un caractère différent, d’un mérite égal. Enfin il avait une Promulgation du Dogme de h Immaculée Conception, que nous reproduisons et qui nous parait à la hauteur de tout ce que l’on a fait dans ce genre.
Les qualités de M. Gsell nous semblent être toutes les qualités essentielles à son art : l’harmonie, la richesse du coloris, que nous mettons au-dessus même de la composition, parce que, bien que nous admettions parfaitement le vitrail-tableau et que nous sachions l’admirer, cependant, lui-même doit être avant tout décoratif. Donc les vitraux dont nous parlons sont riches et harmonieux de couleur; ils sont en même temps, au point de vue du clair-obscur et de la translucidité, composés de telle sorte que le matin comme en plein midi, comme au coucher du jour, ils produisent des effets décoratifs, mystérieux et religieux voulus. C’est là une des difficultés les plus grandes de l’art du verrier. En dernier lieu, les verrières de M. Gsell sont composées avec autant de soin, avec autant de pensée au fond que n’importe quelle oeuvre artistique. En même temps les divisions entre les divers compartiments et les scènes qui les forment sont ingénieusement disposées et inventées. Mais ces mérites le lecteur les reconnaîtra lui-même à la seule inspection du bois que nous donnons ici. Il est seulement nécessaire de les accompagner de quelques explications descriptives.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Vitraux par Gsell - Vitrail représentant l'immaculée conception, par Gsell - vitrailimmaculeeconceptiongsell.jpg
Vitrail représentant l'immaculée conception, par Gsell

Le vitrail de l'Immaculée Conception est formé de plusieurs travées.

Dans le bas est représentée la promulgation même. On y voit le pape Pie IX imploré par cinq prélats, représentant les cinq parties du monde catholique, les Latins, les Grecs, les Arméniens, etc. Ces évêques supplient le Saint-Père de donner le nouveau dogme à la chrétienté. La scène se passe dans l’église Saint-Pierre de Rome, dont on aperçoit les grandes lignes, les énormes piliers et les vastes arcades. Les évêques sont d’ailleurs des portraits, et Mgr Sibour est très-ressemblant. Ces indications montrent avec quel soin sont arrêtées les compositions de M. Gsell.

Au milieu de la verrière et un peu en haut, est la Vierge, dans l’attitude même où elle est figurée dans la médaille frappée à l’occasion de l’inauguration du nouveau dogme.

Au-dessous de la Vierge est un compartiment très-fin, dont le sujet est la chute de l’homme : Adam et Eve sont représentés auprès de l’arbre de la science du bien et du mal. Ce tableau rappelle le point de départ de l’histoire, de l’humanité, le péché originel, que la Vierge contribue à racheter.

A droite et à gauche d’Adam et Eve sont des grisailles : ici les Patriarches et les Prophètes qui ont prédit la Conception Immaculée; là les Pères de l’Eglise et les fondateurs d’ordres religieux qui en ont préconisé le dogme; chacun de ces personnages porte un emblème de la qualification qu’ils donnent à la Vierge, une colombe, un lis, un agneau, une rose.

A l’étage supérieur, les quatre sujets retracent des faits historiques ayant trait à l’immaculée Conception.

C’est d’abord la première fête célébrée à Rouen en 1070 sous le nom de Fête des Normands. L’auteur s’est appliqué ici à représenter dans le fond la capitale de la Normandie, telle qu'elle était vraisemblablement alors : la tour principale l’on aperçoit au dernier plan et qui s’appelait au onzième siècle de la Grosse Tour, devint depuis la Tour de Jeanne d’Arc, l’héroïne y ayant été captive.

On voit ensuite saint Bonaventure, général des Franciscains, prescrivant à ses religieux de célébrer l’immaculée Conception; la scène se passe à Pise, en 1263.

Sixte IV publie la constitution Cum prœcelsa, qui approuve la Messe de l’office de l’immaculée Conception (1483).

En dernier lieu, le dominicain Wigant Wirt de Francfort voit condamner au feu par l'évêque de Mayence son apologue contre ce dogme (1498). La vue de la ville de Mayence est aussi très-exacte.

Au sommet de la verrière, des anges portent les attributs divers des Litanies de la Vierge : la Tour d’ivoire, la Porte du Ciel, l’Arche d’alliance, etc. On remarquera le style et l’élégance de ces dernières figures.

Quant à la couleur que nous ne pouvons reproduire ici, nous nous bornerons à dire qu'elle est tout autre, maintenant que le vitrail est en place, et qu'il était impossible de la juger d’après les fragments mal éclairés qui au Palais du Champ de Mars recevaient de toutes parts une lumière éclatante.

M. Gsell a, dans cette même église de Saint-Godard, restauré quatre fenêtres anciennes, entre autres le grand vitrail de l’arbre de Jessé qui date de la fin du quinzième siècle. Les plus experts en la matière ne sauraient, parait-il, distinguer les anciens fragments des nouveaux.

On vient de le voir par ces exemples, nous avions raison en commençant de dire que l’art des peintres verriers était né de nouveau et florissait.
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