Crédence (XVe siècle)

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Crédence (XVe siècle)

Message par worldfairs » 03 mars 2019 02:29 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Cette magnifique crédence est un chef-d’œuvre que nous attribuerions volontiers au commencement du quinzième siècle. Les considérations qui précèdent s’y appliquent, quoique dans une mesure un peu restreinte. Ainsi, il est bien vrai qu’ici la forme plastique commence à se rectifier et à s’épanouir, à s’arrondir, à s’animer, à jouer librement ; toutefois elle ne fait que commencer; elle n’est pas arrivée dans le voisinage du terme de son évolution, comme dans le bas-relief de la Vierge. C’est donc de l’art du moyen âge et nullement de la Renaissance que nous avons sous les yeux. Et remarquons bien qu'ici la forme s’est humanisée sans que le sentiment s’y soit affaibli.

Sans doute, les figures sont d’un bon dessin, d’un bon agencement, bien drapées, richement et avec style; les attitudes sont justes, et dans leur immobilité la vie est évidente : je parle des trois saintes du haut, sainte Marguerite, sainte Barbe et sainte Catherine.

J’en dirai autant des deux anges en prière qui passent leur buste à travers les fenêtres formées par les caissons des tiroirs (les deux autres montrent du doigt la légende écrite sur la banderole qui les ceint). Quant aux personnages des scènes sculptées sur les vantaux du corps principal, cela est plus vrai encore, et ces scènes sont pleines d’animation. Ici, c’est l’Annonciation ; là, l'Adoration des bergers.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Crédence (XVe siècle) - Crédence (XVe siècle) - Histoire du travail - credence.jpg
Crédence (XVe siècle) - Histoire du travail

Eh bien, cette allure dégagée des figures ne leur enlève rien de leur caractère éminemment religieux et mystique.

Entrons maintenant dans le détail de ces bas-reliefs.

Dans l'Annonciation, on voit bien que la Vierge était agenouillée à son prie-Dieu et y lisait un livre saint qu’une de ses mains n’a pas encore quitté ; à l’apparition de l’ange, elle se lève, et le geste de sa main droite indique la surprise, en même temps qu’un mouvement de retraite de son corps et de son cou exprime une sorte de crainte pleine d’humilité. L’ange qui s’avance avec une certaine impétuosité parait parler avec une chaleur solennelle.

On remarquera la finesse du décor, brodé à jour, pourrait-on dire, qui, s’appuyant sur deux colonnettes légères, forme l’appartement de la Vierge.

A côté, un toit de chaume, des bergers, un vieillard et un jeune homme en contemplation et en prière; au fond, un ange. Nous avons pensé un moment que ces personnages représentaient les trois mages venus du fond de l'Orient guidés par une étoile mystérieuse; et l’étoile nous parait bien être là au dehors et à gauche de la toiture; mais, en acceptant cette interprétation, les trois mages n’eussent été que deux. La tête du bœuf est visible en avant de l’auge. Mais nous n’avons pas fait encore de description générale du meuble. Il a la forme d’un bahut à tiroirs et à vantaux, surélevé sur quatre pieds. Les sujets religieux que nous venons de décrire semblent indiquer qu’il a fait partie du mobilier d’une sacristie.

Le dessus du corps du bahut servait sans doute de tablette pour recevoir des vases et autres objets. Un riche dais, composé de trois voussures dont les retombées viennent s’ajuster sur quatre colonnes, surmonte un fond composé de trois arcs ogives dont les tympans formant niches sont ornés des figures de saintes que nous avons dites. Cette crédence est d’une hauteur comparativement petite puisqu’elle ne mesure que deux mètres. Elle est couverte sur toutes ses faces de peintures et de dorures. Une des serrures, celle du tiroir de gauche, est restée en place; on remarquera quelle est posée en travers. La trace de celles de l’autre tiroir et des deux portes est évidente. A ces dernières sont adaptées aussi deux poignées légères en fer; elles sont pendantes et assez bien placées pour se confondre de prime abord avec les plis accentués des habits de l’ange à gauche, et du jeune berger à droite. Ces anciens ne négligeaient aucun détail.

On le voit bien en considérant avec attention toutes les petites sculptures qui enrichissent ce meuble: les unes, les principales, vigoureuses et retentissantes, si je puis dire; les autres, qui les encadrent et les accompagnent, discrètes et fines. Telles sont aussi toutes ces gravures qui courent le long des pieds et des montants unis du meuble, et qui ressemblent à de délicats estampages.

A cette époque, on ne faisait rien à demi ni à la hâte; on n était pas pressé. Il est vrai que le temps valait moins d’argent et fuyait beaucoup moins vite; la vie n’était pas chargée comme aujourd’hui. Les gens d’alors, que nous considérons sous certains rapports comme des barbares, en étaient-ils plus malheureux ?
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