Bas-relief en bronze

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Bas-relief en bronze

Message par worldfairs » 03 mars 2019 10:31 am

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Aux qualités intrinsèques de ce bas-relief en bronze s’ajoute le mérite du mystérieux, et les archéologues érudits et les curieux auront longtemps de quoi exercer leur sagacité dans cette pièce. On ne sait d’une façon précise ni de qui elle est, ni d’où elle vient, ni quel est son âge.

Et pourtant, voyez comme la science a fait des progrès et à quels résultats elle arrive ! Résultats dus surtout (c’en est une autre application) à cette facilité des communications qui caractérise notre temps, l’énorme échange d’idées et de connaissances qui s’est accompli depuis peu : il n’y a pas à douter que ce morceau ne soit italien, ne soit lombard et ne soit du quinzième siècle. Il y a plus, il est certainement des dernières années du quinzième siècle.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Bas-relief en bronze - Bas-relief en bronze (XVe siècle) - Histoire du travail - basreliefbronze.jpg
Bas-relief en bronze (XVe siècle) - Histoire du travail

C’est que chaque âge et chaque localité ont leur caractère, leur style, leurs types, leurs procédés, leurs habitudes, leurs traditions, leurs sujets favoris, souvent leurs attributs spéciaux. Du moins, il en était ainsi naguère. Et cela s’explique bien facilement : ces nuances tranchées n’ont rien de bien étonnant. Autrefois chaque ville était un Etat. Elle avait ses barrières, son territoire ouvert ou plutôt fermé par une viabilité peu complète, peu sur à parcourir, hérissé de châteaux d’où sortait le pillage, et infesté de routiers, enveloppé de murailles de la Chine par des lignes innombrables de douanes et par des péages. On voyageait infiniment peu. Tel fut le monde pendant onze cents ans, depuis la chute de l’empire romain jusqu’au seizième siècle. On conçoit qu’il n’y avait pas là de quoi fusionner les races, les mœurs et les goûts. Chacun donc vivant chez soi, ne voyant qu’un petit nombre d’hommes et de femmes, n’ayant de communion qu’avec eux, se façonnait à l’image de ses compatriotes, les reflétait dans son âme, dans ses pensées et dans ses sentiments comme eux le reflétaient, et si bien qu’il y avait entre des citoyens de cités comparativement peu éloignées beaucoup plus de distance qu’il n’y en a aujourd’hui entre nous et les Américains du Sud.

Les arts ont exprimé ces similitudes d’une part et ces divergences de l’autre avec une grande force. Cette Vierge en est un frappant exemple. Rien n’indique mieux le temps des Visconti et des Sforza.

C’est le moment où l’art s’est dégagé des langes du gothique. La forme s’est émancipée du mysticisme. Le moyen âge essentiellement religieux méprisait le corps, ne songeait qu’à l’âme : du moins tel est le fond de ses doctrines. l)e là dans les arts une anatomie enfantine, un nu qui n’a été aucunement étudié. Le quinzième siècle bouleverse tout cela, et remet, artistiquement parlant, la chair en honneur. On étudie le nu et l’on fait des corps vraiment humains; on y recherche même la beauté. Les muscles apparaissent, la maigreur infime fait place à une carnation riche; les contours s’arrondissent; les membres se dénouent; le mouvement est délibéré, équilibré ; la grâce se montre, et sous les draperies on devine des corps. En même temps les expressions se vivifient.

Il y a plus, d’un seul bond — et l’impulsion est rarement venue de la contemplation des œuvres antiques méprisées si longtemps comme païenne — la représentation de la figure humaine arrive à la force et au caractère. Tels sont la Vierge et les anges que nous avons sous les yeux.

Cette femme est puissante et d’une riche nature. Son col est ferme et vigoureux, ses bras sont beaux, ses mains nourries. J’en dirai autant des enfants. La draperie est mouvementée et incidentée. Rien de plus gracieux et déplus vrai en même temps que ces chérubins. L’attitude de celui qui, agenouillé sur la moulure du piédroit de la niche, tend les bras au Sauveur est très-remarquable : tout le corps suit bien les bras et le visage; la bouche surtout exprime parfaitement le désir et la demande respectueux. L’attitude de tête de l’enfant Jésus est aussi excellente de naturel. Ceux du bas, celui surtout qui élève ses deux mains vers le Dieu, sont parfaits. Nous recommandons ce dernier comme un modèle de dessin et de modelé.

On a voulu voir dans cette pièce la figure de la Charité. Nous contestons énergiquement cette dénomination. Oui sans doute, à première vue, l’idée qui vient tout d’abord est celle-là : une femme entourée d’enfants qui la supplient, qui s’abritent sous les plis de sa robe, c’est toujours ainsi qu’on représente la Vertu théologale. Mais comment avoir un doute ici ? Ce ne sont pas des enfants qui l’entourent : ce sont des anges, et des anges qui célèbrent les louanges de quelqu’un, qui ne peut évidemment être que Dieu. Un seul enfant n’a pas d’ailes : c’est le Sauveur. L’auréole de la Vierge nous confirme en outre surabondamment dans cette opinion.
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