Les éventails

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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Les éventails

Message par worldfairs » 22 févr. 2019 11:20 am

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

L'art de l’éventailliste, art charmant, art tout français! Légèreté, fragilité, élégance, grâce, l’éventail parle de tout ce qui fait l’attrait de nos femmes! Il est inutile dans notre climat tempéré, et l’on ne saurait s'en passer : s’il ne sert point à éventer. C’est un maintien; il aide à faire évoluer de jolis doigts et une jolie main; il permet de se dérober aux regards lorsqu’une impression qu’on veut cacher pourrait trahir; c’est un moyen de conversation secrète; c’est en même temps un objet d’art sur lequel de beaux yeux distraits peuvent un moment se poser sans déplaisir. Et j’appelais cela un meuble inutile !

Paris 1867 - Arts, design, mode - Les éventails - Eventail en taffetas, par M. Guérin-Brécheux - eventailtaffetasguerinbrecheux.jpg
Eventail en taffetas, par M. Guérin-Brécheux

Non certes, il ne l’est pas; et c’est pourquoi l’éventail forme une partie importante de notre industrie, surtout de notre industrie parisienne. Ajoutons aussi que ce qui développe beaucoup cette production, c’est que l’éventail est et doit être varié à l’infini : il en est pour tous les âges, pour toutes les conditions, pour tous les actes de la vie, pour toutes les saisons, pour toutes les situations de fait et d’esprit. Une femme bien née doit avoir une trentaine d’éventails. Celui du jour, celui des courses par exemple, ne saurait se présenter au théâtre; celui de l’Opéra ne convient pas aux Français; et l’éventail qu’on emporte aux Bouffes doit être brillant et gai, sans luxe; aux bains de mer, il vous faut, madame, quelque chose de simple, avec des emblèmes maritimes; à la campagne, des bergers et des fleurs, avec une cascade et des bois seront d’un bon effet; si c’est à Biarritz que vous êtes, prenez du rouge et du noir, car vous êtes pour ainsi dire en Espagne; au bal, que porterez-vous? Est-ce un grand bal? alors prenez ce que vous avez de plus brillant et de plus orné; est-ce à la cour? emportez ce que vous avez de plus riche, de plus maestoso; au concert, c’est autre chose; à la conversazione, autre chose encore : les variétés sont infinies. Et les variations, donc! Triste, prenez du noir; gaie, du rose, etc.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Les éventails - Eventail en soie bordé d'application de Bruxelles - eventailsoie.jpg
Eventail en soie bordé d'application de Bruxelles

Mais je n’ai encore rien dit des admirables spécimens de M. Guérin-Brécheux. Il est vrai qu’ils parlent d’eux-mêmes. Les deux premiers sont des éventails de mariage, comme l’indiquent les scènes qui y sont représentées; le troisième est en chantilly. Trois chefs-d’œuvre irréprochables.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Les éventails - Eventail de la Reine de Portugal, moulé en écaille et en nacre - eventailreineportugal.jpg
Eventail de la Reine de Portugal, moulé en écaille et en nacre
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Re: Les éventails

Message par worldfairs » 27 févr. 2019 07:46 pm

Boucher ! Ce nom caractérise toute une époque.

Plus d’un philosophe et plus d’un historien sont d’avis que les grandes époques font les grands hommes, que les hommes supérieurs ne sont que l’expression, que l’explosion des idées et des sentiments de leur temps, qu’ils n’en sont qu’une personnification, qu’une manifestation, et plus d’un historien et plus d’un philosophe ont raison. L’unité de caractère d’un siècle, la communauté d’esprit des hommes éminents qui ostensiblement le dirigent tiennent surtout à ce que toutes les illustrations d’une époque sont nées du milieu où elles se trouvaient, du même milieu. Il y a dans le sein des générations et des peuples un génie latent qui en bouillonnant porte à sa surface des condensations (qu’on nous passe ce langage emprunté à la chimie) de sa propre essence; ces globules précieux sont des hommes immortels.

Eh oui, immortels! même dans les temps où l’humanité n est pas à son apogée, comme au dix-huitième siècle par exemple. Boucher, pour en citer un, n’est-il pas tout le siècle de Louis XV vu d’un certain côté?

Siècle de corruption élégante et charmante, siècle d’esprit! la distinction à défaut de la noblesse, la grâce à la place de la dignité, la volupté au lieu de l’amour, la fadeur substituée à la tendresse, voilà le monde et les liaisons sous le Bien-Aimé, voilà la peinture de Boucher.

Voyez ses dieux, ses déesses, ses bergers et ses Philis : que sont-ce autre chose que de jeunes seigneurs et de juvéniles grandes princesses déguisées mythologiquement ou agrestement. Ses nymphes toutes nues ou demi-troussées, ses bergères à la gorgerette en désordre ne sont autre chose que des duchesses et des marquises folâtres, comme il s’en trouvait beaucoup alors.

Et encore une fois ce n’est pas qu’il copie; non, il y a de bien grandes différences apparentes entre ses créations et le monde où il vivait; mais il s’en inspire, mais il en est pénétré jusqu’aux moelles, il ne saurait en peindre un autre. Telles sont les moindres œuvres de Boucher, tel est cet éventail non monté que nous reproduisons en une gravure légère, royaume enchanté des nuages bleus ou roses peuplés d amours, de torches et de fleurs.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Les éventails - Eventail, par Boucher - Hsitoire du travail - eventailboucher1.jpg
Eventail, par Boucher - Hsitoire du travail

Que ces trois médaillons sont jolis! Au milieu, une jeune comtesse de seize ans, à peine sortie du couvent pour épouser le lendemain un seigneur quelle n’a jamais vu et dont elle saura bien se venger l’an prochain. A gauche, une autre comptant quelques printemps de plus, d’un tempérament plus formé, plus tendre et plus sensuel : elle est là, non rêveuse, mais à demi pâmée par ses souvenirs ou par ses désirs et tout imprégnée d’amour : en la voyant on pense aux innocences lascives de Greuze qui va venir. De l’autre côté est un jeune berger, bien jeune encore, mais déjà viril et corrompu, un de ces bergers qui égarent plutôt les brebis qu’ils ne les ramènent.

L’exécution picturale est délicieuse. Ces trois jolies têtes sont bien accompagnées par des nébuleuses paphiennes et par des Cupidons de toutes sortes : c est le monde d’Eros, d’Astarté, de Louis XV et de Boucher.
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Re: Les éventails

Message par worldfairs » 17 mars 2019 07:42 pm

Depuis quand fait-on des éventails? et puisqu’on en fait, comment se fait-il qu’on n’en ait pas toujours fait? Est-ce qu’il faisait moins chaud chez nos aïeux et chez nos aïeules que chez nous ? Mais est-ce bien pour se préserver de la chaleur que l’on se sert de ces charmantes inutilités? Ne serait-ce pas plutôt pour montrer une jolie main on pour se dérober aux regards d’une façon agaçante, ou pour voir sans être vue, ou pour parler à son voisin sans être surprise? Graves questions assurément et qu’il ne conviendrait pas de résoudre sans y avoir mûrement réfléchi et surtout sans avoir fait une enquête auprès des personnes compétentes.


Dans tous les cas les anciens ne connaissaient pas l'éventail ou du moins ces feuillets repliés si légers à la main. Sans doute les dames romaines et les femmes de l’Asie Mineure avaient bien quelque esclave qui les endormait doucement en balançant au-dessus de leurs têtes des plumes rassemblées. "Esclave, chasse les mouches, " dit un personnage de Térence et apparemment il est ici question d’éventail.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Les éventails - Eventails de M. Duvelleroy - eventailsduvelleroy.jpg
Eventails de M. Duvelleroy

Au moyen âge, d’éventail il n’est pas question. Mais sous Louis XIV sous Louis XV, sous Louis XVI, l’éventail règne despotiquement sur le monde européen. Quel eût été le destin de celui à qui Mme de Maintenon aurait daigné donner un coup d’éventail sur les doigts! Que de gens auraient désiré que Mme de Pompadour perdit un éventail pour le lui rapporter : présenté avec grâce, il eût été l’origine d’une fortune sans limites.

De nos jours, après la célébrité passagère de l’éventail du dey d’Alger, ce meuble est devenu populaire.

Cependant, il se trouve encore des artistes qui en fabriquent pour de grandes dames, et des grandes dames de goût qui en commandent à des artistes. Dans cet ordre d’idées, MM. Duvelleroy, de Paris et de Londres, sont dignes de toute l'attention du public. Ils se sont fait une réputation non-seulement par la grâce et le style de leurs dessins, mais aussi par le mérite particulier de leurs sculptures en nacre, en ivoire, en ébène et en bois rares; en sorte que leurs œuvres dont nous donnons ici deux des meilleurs spécimens sont à la fois des peintures et des sculptures. Nos grand mères ne les désavoueraient pas.
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