L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand

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L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand

Message par worldfairs » 01 févr. 2019 07:14 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Le petit monument de style Renaissance que nous reproduisons est une pendule sortie des ateliers de M. Baugrand , joaillier de S. M. l’Empereur. Cette œuvre, aussi précieuse comme matière que fine et exquise comme exécution, est remarquable aussi pour la composition et les mérites architectoniques. Elle est en outre toute française par le caractère, et par le goût qui a présidé à sa création.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand - Pendule renaissance par Baugrand - pendulerenaissancebaugrand.jpg
Pendule renaissance par Baugrand

Elle se compose essentiellement de six parties. Le socle inférieur est en ivoire sur plan carré ; il relie, simplifie et résume le périmètre très-brisé de la construction. La petite plate-forme qui repose immédiatement sur le socle est dorée. Le soubassement a, à chaque face, quatre pilastres ou gaines, accouplés deux à deux sous les colonnes, et des panneaux intermédiaires ; sur les diagonales, des supports forment les avant-corps sur lesquels des Chimères à corps de lion et à queue de serpent sont chevauchées par des Amours qui semblent les exciter du geste et de la voix et se diriger avec elles vers les quatre points cardinaux. Au-dessus du soubassement, les faces principales sont fermées par des glaces en cristal de roche gravé; le cadran est enchâssé dans l’une de ces glaces; chaque pan coupé derrière les cariatides est aussi formé par un cristal de roche ; au-dessus du fronton de chaque arcature est assise l’une des quatre Saisons avec deux enfants ; au milieu de l’arc est une clef à fronton circulaire ornée de volutes et de feuillages avec une tête ailée en cul-de-lampe. Nous appelons l’attention sur l’art avec lequel la corniche relie les arcatures aux niches que supportent les Termes, et sur celui que révêlent les griffons placés en amortissement de ces niches et en retraite ; ils font monter le dôme insensiblement en même temps qu’ils remplissent des vides. Les arêtes du dôme se résolvent dans l’assiette du piédestal, de la façon la plus heureuse. La figure qui le surmonte est Uranie ; elle indique dans l’espace la course du Soleil père des Heures.

Toutes les pièces formant le corps de ce petit édifice sont en argent doré, ciselé, gravé et émaillé ; les figures, ainsi que les parties supérieures et inférieures des colonnes, sont en or fin, ciselé, gravé et peint sur émail; une partie du fût des colonnes est en lapis fin veiné de légers filets d’or ; le cadran est aussi en or fin, ciselé, gravé, revêtu d’émail translucide ou opaque, et peint ; les aiguilles, ciselées, sont aussi peintes sur émail. Les glaces sont l’une des parties les plus intéressantes de cette pendule : elles sont gravées et modelées dans le creux et laissent voir en transparence tout le fini du travail qui se détache sur un fond de velours grenat placé à l’intérieur.

Ce petit objet se compose de 120 pièces, qu’il a fallu 18 mois de travail incessant pour assembler à fortes soudures et avec la plus grande précision. On a dû en outre ajuster dans l’intérieur des pièces importantes, des armatures d’une nature tout exceptionnelle, en fer et en tôle, afin de diriger et de ramener les pièces après le refroidissement.

Cette pendule a aussi occupé un nombre considérable d’artistes. Ce sont spécialement MM. Fauré, dessinateur, Honoré et Fannière frères, ciseleurs, Soyer et Solié frères, peintres-émailleurs, Gagneré, émailleur, Hue, graveur sur cristal de roche, qui sont les auteurs de cette œuvre que n’eût pas désavouée Ducerceau.
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Re: L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand

Message par worldfairs » 04 mai 2019 03:26 pm

Précédemment, nous avons reproduit le dessin d une pendule en or, émail et cristal de roche, qui avait été exposée par M. Baugrand. Aujourd'hui que nous avons réuni et coordonné tous les éléments nécessaires pour parler d’une façon complète et approfondie de l'exposition de M. Baugrand, nous regrettons d'avoir cédé à notre impatience et d’avoir défloré notre sujet, que l'importance des objets et l’obligation de les reproduire par la gravure ne nous permettaient pas de traiter comme nous l’eussions désiré à l’époque ou nous nous sommes occupés pour la première fois de cet habile fabricant. Mais avant de commencer cette étude, quelques renseignements techniques sont nécessaires pour faire comprendre à nos lecteurs combien chacune des professions d’orfèvre, de joaillier et de bijoutier, que l’on confond le plus souvent, diffèrent essentiellement entre elles et exigent des connaissances et un outillage indépendants.

Nous préciserons d’abord la distinction qui existe entre la bijouterie et la joaillerie. La bijouterie comprend : la bijouterie d’or travaillé ou enrichi de pierreries ou d’émaux; la bijouterie d’or doublé; la bijouterie de cuivre doré, à laquelle peuvent se rattacher les perles fausses, les coraux , la bijouterie d’acier et celle de deuil. L’or et l’argent entrent comme accessoires dans la joaillerie ; les pierres sont au contraire les accessoires de la bijouterie. Les matières premières pour la joaillerie sont les diamants, ainsi que les pierres et les perles fines ou fausses. (Les prix des pierres et des perles pures sont très-variables, en raison du poids, de la couleur et de la qualité. Les principaux lieux de provenance sont les Indes, la Sibérie et les régions centrales du Nouveau-Monde.) Les matières premières pour la bijouterie sont : l’or (titre 0,747), qui vaut environ 2600 fr. le kilogramme; l’argent (titre 0,950), qui vaut environ 200 fr. le kilogramme. Les principaux centres de production sont l’Australie, la Sibérie et l’Amérique du Nord. Le joaillier reçoit les pierres taillées du lapidaire, qui, par son habileté, a pu leur ajouter une valeur considérable. Cette taille s’effectue à l’aide de procédés mécaniques. Le joaillier monte ces pierres taillées; son œil est essentiellement dirigé parle goût. Le bijoutier modèle et cisèle les métaux précieux, les enrichit d’émaux ou de pierres.

Et maintenant que nos lecteurs ont pu juger des aptitudes diverses qu’il faut pour exercer une seule des trois professions dont nous venons de nous occuper, passons à l’étude des pièces qui composaient l’exposition de M. Baugrand, qui est à la fois orfèvre, bijoutier et joaillier.

Ce qui distinguait tout particulièrement cette exposition, et ce qui appelait de prime abord l'attention, c’était le groupement harmonieux, artistique de ces œuvres si diverses et si variées. L’orfèvrerie y était représentée dans toute la plénitude de son art, la bijouterie dans toute sa finesse, la joaillerie dans toute son élégance et dans tout son éclat. Le regard attiré par ces merveilles innombrables ne savait sur quel objet se fixer. Près d’une coupe en cristal était placé le bandeau scintillant d’une reine de la mode ; plus loin, un flacon, en émail encloisonné, tel qu’en fabriquaient les Chinois (alors qu’ils n’étaient pas eux-mêmes obligés à une fabrication mercantile), se trouvait près des camées les plus élégamment gravées; une ombrelle, au manche étincelant et des plus modernes, était jetée négligemment à côté d’un coffret à bijoux qu’on croirait avoir appartenu à quelque reine égyptienne; et au-dessus de cet ensemble magnifique, étincelant, chatoyant, le dominant de toute sa taille et de toute sa beauté, une statue du plus beau, du plus pur style égyptien.

C’était Isis, la Vénus égyptienne, tenant en main son fils Horus.

Cette statue semble détachée d’une des fresques qui ornent les salles basses du Louvre, tant l’expression, à la fois fine et majestueuse, qui est le caractère distinctif du style égyptien, est reproduit avec fidélité. C’est plus qu’une interprétation, plus qu’une reproduction, c’est une complète assimilation qui a dû satisfaire surtout les égyptologues, mais qui sera admirée par les admirateurs du beau sous quelque forme qu’il se présente.

Comme exécution, cette merveilleuse statue, aujourd’hui la propriété de M. Mathews, le célèbre et intelligent amateur, est aussi parfaite que sous le rapport du style et delà beauté. Couverte d’émaux de couleurs, admirablement travaillés, elle est d’un fini et d’une délicatesse de ciselure dont rien n’approche. Au-dessous et à gauche de Y/sis, était placée une boîte à bijoux en argent doré affectant la forme d’un temple égyptien, supportée par quatre sphinx. Sur chacun des côtés de cette boîte sont représentés différents tableaux, copies fidèles prises dans les temples de Philé et de Delphes.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand - Ensemble de l'exposition de M. Baugrand (hors concours) - ensembleexpositionbaugrand.jpg
Ensemble de l'exposition de M. Baugrand (hors concours)

Très-sobre de détails, mais d’une exécution parfaite, cette boite à bijoux a été très-remarquée. L’émail qui recouvre les grands côtés et sur lequel ont été dessinés les tableaux est d’une seule pièce. C’est la première fois, croyons-nous, que sur des plaques d’argent de cette dimension un orfèvre ose tenter d’émailler ou de peindre des sujets de cette grandeur. D’habitude, lorsqu’on recouvre d’émail un grand panneau d’or ou d’argent, on n’a garde de tenter pareille aventure. Les émaux sont semés çà et là, au hasard semblerait-il, ou suivant l’inspiration du dessinateur; mais l’artiste a grand soin de régler cette soi-disant inspiration, de manière à conserver autour de la portion qu’il émaillé, et afin d’en assurer l’existence, une partie non émaillée qui la consolide en lui servant pour ainsi dire de cadre.

Mais ici rien de semblable : tout a été laissé au talent de i’émailleur et à la bonne fortune de son fourneau; les plaques y ont été portées couvertes sur toutes leurs parties des dessins les plus fins, des couleurs les plus délicates, et le succès justifiant une fois de plus l’audaces fortuna juvat, est venu couronner la hardiesse de cette entreprise.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand - Coupe en jade, porteurs égyptiens émaillés, par Baugrand (hors concours) - coupejadebaugrand.jpg
Coupe en jade, porteurs égyptiens émaillés, par Baugrand (hors concours)

Bien des gens aiment l’ancien parce qu’il est ancien, et non pour la beauté ou la gracieuseté de ses formes. Il n’en est point ainsi de M. Baugrand. Ses aspirations, ses goûts le portent vers la reproduction des scènes égyptiennes : son exposition le prouve; mais il sait faire un choix judicieux de modèles. Voici par exemple une coupe du jade le plus ancien portée par quatre esclaves ; quoi de plus gracieux et de plus pur comme style que ce bijou? N’a-t-on pas vu cette scène reproduite dans tous les tableaux représentant les marches triomphales des Sésostris et des Rhamsès? N’est-ce point charmant de composition et tout à fait en dehors des banalités de notre époque?

C’est encore M. Mathews, l’intelligent amateur américain, qui a su pressentir ce que vaudront dépareilles choses dans une trentaine ou une quarantaine d’années, qui est devenu l’acquéreur de cette belle coupe et de la boite à bijoux dont nous venons de parler.

Nous devons encore mentionner, et toujours dans le même style, un très-beau service à thé, un charmant miroir émaillé, et un pendant de cou formé par un magnifique morceau de cristal de roche, sur lequel se trouve incrusté le profil à’Isis, avec bordure en pierres fines du plus haut prix.

Ce dernier bijou, d’une délicatesse de formes et d’une perfection d’exécution vraiment idéales, a été acheté dès les premiers temps de l’Exposition par un connaisseur émérite, M. Arlès-Dufour.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand - Coffret à bijoux en argent émaillé, style égyptien, par Baugrand (hors concours) - coffretbijouxbaugrand.jpg
Coffret à bijoux en argent émaillé, style égyptien, par Baugrand (hors concours)

Mais M. Baugrand ne s’en tient pas au genre égyptien. Tout en ayant ses préférences et en quittant les voies battues, il est loin d’être exclusif. Le beau l’attire quel que soit le pays ou l’époque à laquelle il appartient. Le style de la Renaissance était représenté dans son exposition par un flacon en cristal de roche, supporté par une chaîne également en cristal, qui était recouverte d’émaux d’une élégance rare et tout à fait appropriée au style de cette époque. A leur perfection inimitable on reconnaît le faire et la main habile des frères Solié, qui semblent avoir vécu au quinzième siècle, tant ils possèdent le sentiment et la grâce qui étaient le propre des artistes delà Renaissance.

A côté de ce flacon était placée une coupe du même style en émail sur argent vermeillé; ce charmant bijou, appartenant actuellement au musée Sauvageot, est la copie exacte d’une coupe en faïence qui se trouve au Louvre.

Voici une œuvre d’art d’un autre genre. C’est une coupe en cristal et argent ; le pied est formé par trois dauphins supportant une vasque sur les bords de laquelle Narcisse, ce triste amant de sa propre beauté, est couché, se mourant, en contemplant son image. Cette gracieuse application, à un bijou, de l’idée qui a inspiré à Vibert un de ses meilleurs tableaux, est parfaite d’exécution et de composition.

Nous voici arrivés aux bijoux proprement dits; qu’on nous permette toutefois une courte digression avant d’aborder cette partie de l’exposition de M. Baugrand.

Tout ce qui est rare est précieux, tout ce qui est précieux est beau. Tel est le raisonnement du vulgaire. Les délicats île se contentent pas de ces aphorismes, et il leur faut des opinions plus réfléchies et mieux motivées. Ils n’acceptent pas de prime abord que, parce qu’une matière est rare, ne se trouve que dans des pays lointains, n’en.arrive qu’à grands frais d’extraction, de transport, de travail et de temps, elle soit, par cela même, digne d’admiration. Ils aiment à faire abstraction des efforts matériels qu elle a causés et à considérer le produit en lui-même. Ils se demandent alors si c’est à l’art ou à la matière qu’il doit sa valeur. Ils ne veulent tenir aucun compte de ce qui, au contraire, fait tout pour la masse des individus.

Pour les diamants, par exemple, un esprit éclairé, une personne de goût, tout en sacrifiant à l’usage qui veut qu’on ait des rivières et des plaques de corsage, se demandent si c’est par préjugé ou par amour du beau ! Qu’est-ce que le diamant ? Est-ce une pierre rare et dispendieuse que l’orgueil et le luxe ont par convention érigée en reine des pierres, ou vraiment a-t-il des mérites que d’autres n’ont pas ?

Cette dernière alternative est celle pour laquelle nous penchons. Sans doute l’ostentation, plus que le goût, a fait la réputation du diamant. Mais le diamant a des qualités uniques. Sous sa simplicité, il a, à lui seul, l’éclat et la splendeur de toutes les pierres : ses reflets, ses étincelles sont à la fois ceux du rubis, de la topaze, de l’émeraude, du saphir; c’est un arc-en-ciel condensé dans un cristal merveilleux. Il a la modestie, il a la distinction, il a l’élégance, il a toutes les plus riches couleurs de la nature, celles que le prisme nous montre; car le diamant taillé, c’est un prisme, mais un prisme tellement puissant que les feux qu’il jette percent parfois la vue comme le soleil lui-même. Rien ne remplace, rien n’égale le diamant.

Et que nous comprenons bien que nos belles s’en parent; comme il sied bien à toutes, dans les cheveux, sur le col, au corsage, au bras! Il les enveloppe d’étincelles, il les enflamme mystérieusement, et elles enflamment davantage ainsi.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand - Service à thé émaillé, style égyptien, par Baugrand (hors concours) - servicethebaugrand.jpg
Service à thé émaillé, style égyptien, par Baugrand (hors concours)

Et maintenant continuons notre étude.

Voici d’abord le collier des Douze-Césars à camées incrustés, reproduction précieuse et fidèle des plus belles médailles antiques. La monture en diamants et perles de ce collier prouve le degré d’habileté auquel peuvent atteindre des ouvriers habiles guidés par un bon dessin.

La broche en diamants, imitant un nœud de ruban, est d’une simplicité de mouvements des plus vrais ; rien de plus difficile cependant que de faire, surtout en bijouterie, des choses tout à la fois simples, belles et riches. Notre gravure au simple trait avancé donne une idée exacte du travail de ce magnifique bijou qui a été acheté par le comte Tyskewitz.

Le collier-ruban, en diamants, a la souplesse du velours; aux lumières, il produit l’effet d’un ruban de feu et s’enroule autour du cou aussi aisément qu’un lacet de soie.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand - Miroir émaillé, style égyptien, par Baugrand (hors concours) - miroiremaillebaugrand.jpg
Miroir émaillé, style égyptien, par Baugrand (hors concours)

Mais nous voici transporté dans les jardins de ces palais enchantés où les oiseaux, les fleurs et les fruits sont couverts de pierres précieuses. Quelle charmante volière on peuplerait avec ces oiseaux au plumage éblouissant, aux ailes mobiles et flexibles, dont les légères oscillations doublent l’éclat des pierres qui les couvrent; et qui n’envierait ce paon, cette lyre, cet oiseau-mouche, merveilles de goût et de travail? Le paon que représente notre gravure est devenu la propriété de lord Dudley.

Puis au milieu de ces richesses énormes, de ces colliers aux mille feux, voici que s’élève une tulipe jaspée de pierres de couleurs, si vraie, si exacte, si naturelle, qu’on la croirait enlevée à la collection d’un amateur de Harlem.

Nous devrions tout citer dans cette exposition sans rivale, mais l’espace va nous manquer, et force nous est de terminer ici la nomenclature des bijoux exposés par M. Baugrand qui a voulu évidemment, par tous ces travaux, démontrer qu’il connaît à fond les ressources de l’art du joaillier, comme on le comprenait jadis; il a franchement abordé de front toutes les difficultés qu’il renferme, soit pour l’enchâssement des pierres, la gravure des métaux, leur émail, si souvent rebelle à la volonté de l’artiste, et a fait une application heureuse des nouvelles découvertes et des nouveaux procédés de son industrie.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand - Flacon en cristal, style renaissance, par Baugrand (hors concours) - flaconcristalbaugrand.jpg
Flacon en cristal, style renaissance, par Baugrand (hors concours)

M. Baugrand nous semble surtout avoir compris ce qu’aurait dû être l’Exposition universelle de 1867 et ce que devraient être les futurs concours de ce genre : « La démonstration évidente de ce qui se fait dans une industrie et de tout ce qu’on peut y faire. » Nul plus que lui ne s’est pénétré de cette idée, et son exposition nous a prouvé la fécondité de son imagination, le soin qu’il a de s’entourer de tout ce que Paris renferme de plus habile en artistes de tous genres, et enfin son profond sentiment artistique.

Il ne s’est point borné à fabriquer des parures destinées à nos élégantes; il a voulu quitter les voies battues et a employé tous les moyens dont il dispose à créer des chefs-d’œuvre semblables à ceux qui ont rendu célèbre la bijouterie d’une autre époque; il a démontré d une manière irréfutable que les œuvres de notre siècle n’ont point à redouter d’être comparées avec les produits du moyen âge et de la Renaissance lorsqu’on s’applique, non point à les imiter servilement, mais à en tirer des éléments de goût et de perfection.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand - Coupe émaillée sur argent vermeillé, par Baugrand (hors concours) - coupeemailleebaugrand.jpg
Coupe émaillée sur argent vermeillé, par Baugrand (hors concours)

Les moyens de créer de nouvelles merveilles sont entre les mains des orfèvres et des bijoutiers français; à aucune époque il ne s’est rencontré des dessinateurs, des ciseleurs, des graveurs et des peintres émailleurs plus parfaits, des ouvriers plus habiles. Mais les fabricants, obligés de se plier au goût et aux désirs des acheteurs, produisent ce qu’on leur ordonne de faire, et la plupart des bijoux d’aujourd’hui, nés des caprices de la mode, sont destinés à passer comme elle. Il en résulte que les amis du beau, du vrai beau, ne rencontrent que peu d’objets qui soient dignes de leur admiration.

C’est à eux qu’il appartient de réagir contre le faux et le mauvais goût; qu’ils viennent en aide à ceux qui veulent rendre à l’orfèvrerie et à la bijouterie française l’éclat dont elles brillèrent jadis; qu’ils ne se bornent point à visiter les magasins et à choisir des modèles créés pour tout le monde; qu’ils ordonnent d’exécuter pour eux, à leur compte, une œuvre originale, et il se trouvera dans la bijouterie française, M. Baugrand nous le prouve, des hommes pour interpréter leurs idées ou pour créer des chefs-d’œuvre qui égaleront, qui dépasseront même, peut-être, ceux des siècles passés.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand - Broche-noeud en diamants , par Baugrand (hors concours) - brochenoeudbaugrand.jpg
Broche-noeud en diamants , par Baugrand (hors concours)

Avant de terminer, il nous reste à parler de la situation à peu près exceptionnelle dans laquelle se trouve placé M. Baugrand, qui est tout à la fois marchand et fabricant.

En général et à de très-rares exceptions près, les marchands parisiens vendent ce que les différents fabricants leur livrent ; ils demeurent étrangers à la confection de l’œuvre qu’ils débitent, n’assistent point à son enfantement, sont dans l’impossibilité de surveiller son exécution, de corriger les défauts aussitôt qu’ils apparaissent, enfin ne peuvent contribuer efficacement à son parfait achèvement, car il faut pour cela une surveillance continuelle, de tous les instants, que seul peut exercer le chef d’une fabrique qui fait travailler sous ses yeux.

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'orfèvrerie, bijouterie et joaillerie par Baugrand - Paon en brillants, par Baugrand (hors concours) - paonbrillantsbaugrand.jpg
Paon en brillants, par Baugrand (hors concours)

Pénétré depuis longtemps de cette vérité, M. Baugrand fait exécuter ses bijoux chez lui, dans ses propres ateliers. Il a à son service de fort habiles ouvriers ; les récompenses accordées, sur ses propositions, par la Commission impériale, à un grand nombre d’entre eux, et la finesse, la perfection du travail des pièces dont nous avons parlé, le prouvent surabondamment; ses dessinateurs sont excellents : nous citerons, parmi eux, un véritable artiste, M. P. Fauré, architecte-dessinateur, qui a obtenu une médaille d’argent.

Et maintenant terminons en disant que M. Baugrand, ayant été appelé à faire partie du Jury international chargé de distribuer les récompenses, a été mis hors concours.
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