Joaillerie par Massin

Paris 1867 - Arts, design, fashion
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6419
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Joaillerie par Massin

Message par worldfairs » 28 janv. 2019 06:50 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

La joaillerie, pour des causes qu’il serait difficile d'indiquer, est restée stationnaire pendant 15 ans, et, de l’Exposition universelle de 1855 à celle de 1862 notamment, nul progrès n a été accompli dans cette branche de l’art industriel qui est si délicate et qui peut fournir au talent de l’artiste tant de motifs de combinaisons heureuses. A l’Exposition de 1867, au contraire, correspond une phase nouvelle ; une transformation s’est accomplie.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Joaillerie par Massin - Branche d'églantine ( coiffure et corsage) - Médaillon - Joaillerie par Massin - brancheeglantinemedaillon.jpg
Branche d'églantine ( coiffure et corsage) - Médaillon - Joaillerie par Massin

Naguère le joaillier (sauf quelques rares exceptions) n’exerçait son imagination que dans le champ très-restreint d’un certain nombre de dessins de convention et de banalités dépourvues de sentiment, de caractère, de style et de goût la plupart du temps.

Il n’en est plus ainsi. Le progrès de la science archéologique et de la connaissance des arts contemporains étrangers, Pompéi ressuscitée, telles sont, avec la passion de la curiosité qui s’est emparée de tous, les causes principales de cette rénovation des arts industriels et en particulier de la joaillerie, à laquelle il nous a été donné d’assister.

On s'est inspiré de l’antiquité, qui avait tant de style; de la renaissance si pleine d’éclat, si riche d’idées, si épanouie; du dix-huitième siècle, si élégant ; ou pour mieux dire, sans les copier, sans faire ce qu'ils avaient fait, on a fait, on a procédé comme eux : on a puisé aux sources vives de l’imagination et de la nature ; on n’a pas pastiché leurs fleurs, mais comme eux on a emprunté directement à la fleur des types d’ornement.

Parmi ceux qui ont le plus contribué à élever le niveau de cette belle industrie se place M. O. Massin, fabricant et dessinateur dont les efforts constants viennent d’être récompensés à l’Exposition universelle de 1867 par une première médaille d’or, celle qui figure en tête de la liste des récompenses de cet ordre pour la joaillerie.

Nos lecteurs vont juger par eux-mêmes de l’exactitude de cette appréciation et de celle du jury : les gravures que nous donnons ici ont été exécutées sur les dessins de M. Massin et sont la reproduction fidèle non-seulement de la forme matérielle, mais de l’esprit des admirables objets qu’ils représentent.

La branche d’églantine ci-dessus est remarquable à plus d’un titre, pour la sincérité et la vérité de l’imitation, pour l’originalité et la nouveauté, pour l’harmonie artistique de la forme et de la couleur, et pour la perfection technique.

Cette pièce, dont nous signalons l’élégante légèreté en même temps que cet épanouissement graduel et doux à l’œil qui de l’extrémité fine du sommet de la branche gagne doucement l’abondant feuillage qui entoure et soutient au bas la plus grande des trois églantines, est tout en brillants. Les fleurs sont en brillants montés d’argent, et, sur leur tige flexible, elles ont la mobilité des fleurs naturelles, ce qui, aux lumières, doit les faire étinceler de mille feux. Le feuillage aussi est en brillants montés sur un or vert tendre dont le ton est dû à un alliage trouvé par l’exposant, alliage formé vraisemblablement d’or et d’argent. Cette diversité des couleurs est d’un effet très-heureux au point de vue de l’harmonie ; elles sont en outre si vraies, et les moindres détails sont si minutieusement rendus que peu s’en faut que ces églantines ne fassent illusion. Une disposition ingénieuse permet de démonter les fleurs, en sorte que l’on peut les employer à une autre parure. Ajoutons que celle que nous représentons ici a un caractère de jeunesse tout particulier et qu’elle sied à merveille au corsage ou dans les cheveux d’une jeune femme.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Joaillerie par Massin - Diadème de brillants et de perles - Aigrette - Joaillerie par Massin - diademeaigrette.jpg
Diadème de brillants et de perles - Aigrette - Joaillerie par Massin

Voici le roi des Scarabées. Sa taille, des plus grandes, est majestueuse ; il est revêtu d’une robe de saphirs et de brillants véritablement royale; force, richesse et mystère, voilà ce qui le caractérise. Mystère en effet, car le secret des scarabées égyptiens n’a pas encore été pénétré, et celui-ci, sous son masque impassible et sous sa cuirasse impénétrable, est destiné à garder un secret : il sait cacher sous ses élytres en brillants soit un portrait, soit des cheveux, soit un souvenir ou une pièce secrète introduite par une ouverture si habilement dissimulée que l’œil le plus exercé ne pourrait la deviner. On remarquera la fermeté de lignes de ce médaillon, la netteté du dessin de tous ces membres, élytres et pattes vigoureuses, et de ces antennes légères.

Le diadème à la coquille est une pièce de première importance; l’invention en est simple, élégante dans sa richesse : un coquillage, des roseaux, voilà qui va bien ensemble; ce sont là, en outre, des motifs excellents pour un diadème : la coquille qui s’élève fièrement au centre, les roseaux qui s’étendent mollement sur la courbe du front; la coquille a de plus cet avantage, quelle offre une surface commode à garnir de brillants et que sa concavité aide à les faire valoir en en concentrant les feux. L’ensemble de ce bandeau nous parait à la fois doux, ferme, léger et assez plein pour ne pas manquer de résistance. Les perles y figurent en nombre suffisant pour l’égayer. La courbe générale des roseaux et celle de chacun d’eux en particulier est toute suave. Dans ce bel ouvrage qui est d’un ordre très-élevé la grâce et la légèreté des détails atténuent la sévérité habituelle de la forme des diadèmes. Ajoutons que, suivant les exigences de la grande ou de la petite soirée, ce bijou se décompose en deux groupes de roseaux qui servent à la coiffure ou que l’on emploie comme agrafes d’épaule, et qui laissent libre pour être accrochée au cou, en pendant, cette coquille du milieu toute ruisselante de diamants et au centre de laquelle une perle superbe semble avoir pris naissance. La monture est en or et en argent; ces métaux sont combinés de façon à faire valoir les savantes dispositions du dessin dont les lignes sont d’une rare pureté.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Joaillerie par Massin - Diadème briolette - Pendant de cou style Louis XIV (Appartient à M. Coster) - Joaillerie par Massin - diademebriolette.jpg
Diadème briolette - Pendant de cou style Louis XIV (Appartient à M. Coster) - Joaillerie par Massin

Les objets que nous venons d’examiner nous semblent démontrer que les qualités principales de M. Massin sont le style et la grâce. Voici une autre pièce qui nous confirme dans cette opinion. Mais ici, pour atteindre à la grâce, il a fallu faire des tours de force peut-être inouïs. C'était une entreprise bien hardie que de tenter d’exécuter ces deux plumes, telles que nous les avons sous les yeux, deux plumes en brillants, dont fous les brins, indépendants les uns des autres, s’entre-croisent et s’enchevêtrent, et agitent au moindre souffle les treize cents diamants qu’une main de fée a su sertir dans une quantité d’or et d’argent si petite que son poids ne dépasse pas trente-cinq grammes; de la sorte trois centigrammes, en moyenne, ont suffi pour la sertissure de chaque diamant. En vérité, la délicatesse du travail ne saurait être poussée plus loin, et nous sommes bien devant des plumes. Il est vrai que pour arriver à ce résultat, pour assurer à la fois la flexibilité et la solidité de ce beau travail, on a du recourir à des procédés nouveaux. Nous n’en citerons qu’un. Il y avait surtout à combiner les deux matières employées, de façon à ce quelles donnassent, au degré nécessaire, la force de résistance qu’on peut en obtenir; en effet, exécutée en or seul, cette œuvre eut été trop lourde (on sait que l’or est spécifiquement plus lourd que l’argent); mais l’argent à son tour offrait moins d’élasticité que l’or. On le voit, le joaillier chercheur ne doit pas seulement être un artiste, il lui faut aussi appeler constamment la science à son secours, et être à la fois géomètre, physicien et chimiste.

A mesure que l’on avance dans l’examen des productions de M. Massin, on est forcé de reconnaître que chez lui, aux qualités sérieuses que nous avons signalées jusqu’ici, telles par exemple que la pureté du dessin, s’ajoute une fantaisie brillante en même temps que sage, et sauvegardée contre les écarts de l’imagination par le bon sens et le goût.

Voici par exemple lui diadème dont le milieu est formé par un diamant briolette. On sera frappé de l’élégance des lignes, de la noblesse de la forme. On remarquera aussi la légèreté des attaches et le talent avec lequel les pierres montées à jour ont pu être chacune isolée complètement et encadrée dans une petite ogive dont elle touche à peine le bord ; cette habile mise en valeur a été appliquée plus complètement encore aux pierres du rang supérieur qui ne sont portées que par une fine tige. L’encadrement du diamant du milieu et les rinceaux qui le couronnent sont d’un aspect nerveux et ferme qui s'accorde bien avec le caractère que reçoit la composition des pointes qui courent tout le long de la crête. L’architecte de ce petit monument nous paraît s’être inspiré, quoique de plus ou moins près, mais avec bonheur, du style de l’Inde, la terre des pierres précieuses.

Nous nous sommes laissé attirer par deux œuvres de la plus grande valeur, tant sous le rapport de la richesse de la matière que de l’ordonnance du dessin et de l’exécution parfaite.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Joaillerie par Massin - Broche, camée émeraude - Joaillerie par Massin - brochecameeemeraude.jpg
Broche, camée émeraude - Joaillerie par Massin

L’une est un pendant de cou style Louis XIV. Il a été commandé par M. Coster, le lapidaire bien connu, qui a consacré à cette pièce quatre pierres de la plus grande rareté pour la dimension et pour la limpidité. (Le brillant bleu pèse 30 grains, la briolette (pendeloque) 28 1/2, le brillant rouge vif 1 1/2, le brillant blanc 8 grains; la taille a été parachevée en Hollande.) La plus grande, qui forme le centre de la composition, est un diamant bleu. Un diamant briolette formant pendeloque est séparé du diamant bleu par un diamant rouge vif; enfin un diamant blanc, moins rare que celui-ci quant à l’espèce, mais si merveilleusement pur qu’il a été jugé digne de faire partie de cet ensemble peut-être unique, couronne la masse principale. La disposition de ces pierres ajoute encore à leur valeur. La gravure rigoureusement exacte que nous en donnons ne permettra pas d’en douter. Du reste, la monture elle-même nous parait des plus remarquables; l’arrangement en est serré et délicat à la fois ; les courbes générales offertes par les chimères, et les incidents dont ces courbes sont agrémentées frappent l’œil et l’intéressent à la fois; les petits cordons qui enchaînent les têtes fantastiques au coulant du collier sont bien trouvés et s’infléchissent avec grâce. L’exécution est des plus fines, sans être aucunement petite.

L’autre est une œuvre de grand style que l’antiquité n’eût pas reniée. C’est un camée émeraude représentant Jules César ; deux branches de laurier réunies par un nœud en brillants encadrent le médaillon. Le groupement des feuilles, le chiffonné du nœud, l’ordonnance simple et large de l’exécution sont d’un maître. C’est grand, fort et sévère comme il convient au sujet. La couronne de laurier semble avoir été posée sur le portrait ; la monture invisible ne permet pas de voir comment l’un est fixé à l’autre; quelques feuilles seulement qui mordent les bords suffisent à assurer la solidité du bijou. La figure de César est bien dans le caractère du grand Jules; le modelé est d une savante ampleur; la couronne qui le coiffe est d’un aspect héroïque ; à la vigueur de l’exécution on reconnaît que le graveur a senti qu’il travaillait pour l’éternité ; dans des siècles, en effet, ce bijou figurera certainement dans les musées de l’avenir auprès de ce que les anciens nous ont légué de plus beau en ce genre, et les érudits et les artistes d’alors discuteront probablement sur la date de cette œuvre qu’ils attribueront sans doute au siècle des Antonins.

Telles étaient, entre cent pièces remarquables, les principaux morceaux exposés par M. Massin. A leur simple inspection, on le voit sans peine, leur honorable auteur n’est pas seulement un industriel, c’est surtout un artiste et un artiste très-distingué. Du reste, il est bon de le dire, c’est un des rares exposants qui, n’ayant pas de collaborateurs, étant le seul auteur et exécutant de ce qui est livré au public sous leur nom, peuvent à bon droit tout signer. M. Massin est aussi un chercheur, et la joaillerie lui doit, entre autres innovations, l’une de celles qui ont le plus de succès et le succès le plus mérité. C’est lui qui a remis au jour le genre de l’aigrette : nous avons eu sous les yeux le dessin d’un travail de ce genre exécuté il y a quatre ans pour une des premières grandesses d’Espagne, et toutes les innovations auxquelles la création de l’aigrette peut donner lieu, tant au point de vue de la forme et des combinaisons artistiques qu’à celui du praticien, de la sertissure et de la monture, étaient réunies dans ce chef-d’œuvre. Ajoutons que les dessins encore inédits que nous avons vus dans les cartons de ce travailleur infatigable promettent d’autres merveilles ; or on vient de voir que M. Massin est homme à tenir ce que son crayon promet.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Arts, design, mode »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité