Christofle & Cie

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Christofle & Cie

Message par worldfairs » 21 janv. 2019 08:01 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Il s’est produit, depuis vingt à trente ans, un mouvement considérable dans le domaine de ce que l’on appelle l’art industriel. Cette activité extraordinaire a eu deux causes immédiates : d’une part, les progrès accomplis par la Science et les applications nouvelles qu’ils ont permises; de l’autre, le goût pour les objets d’art et en matière d’objets d’art, que les amateurs de curiosités et les collectionneurs avaient fait naître et entretenu; ajoutons à ces influences la marche de la science archéologique : c’est grâce à elle qu’il nous a été donné d’assister à une véritable rénovation des industries artistiques.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Seau à glace, par Christofle et Cie - christofleseauglace.jpg
Seau à glace, par Christofle et Cie

Nous ne voudrions pas faire ici un cours de philosophie, ni à propos d’un coffret ou d’un vase prendre dans les sphères de l’histoire un essor ambitieux. Toutefois, nous ne croyons pas déplacées quelques considérations formant le développement de ce qui précède.


Lorsqu’après les orages sans précédents de la Révolution, et les guerres formidables de l’Empire, le monde, accablé de fatigue, s’arrêta et se reposa, quelques-uns de ceux qui avaient traversé ces grandes vicissitudes jetèrent un regard en arrière et se mirent à rassembler les débris du passé. Ce fut d’abord au hasard et pêle-mêle qu’on recueillit tant de trésors dispersés, abandonnés, ignorés; mais peu à peu on découvrit de telles richesses, qu’il fallut les classer, et bientôt les chercheurs se divisèrent en spécialités. C’est alors qu’on vit naître les bibliophiles, les numismates, les amateurs de faïences, les fanatiques de vieux meubles; et bientôt, tout ce qui était ancien devint précieux et fut admiré avec passion (c’est-à-dire parfois de parti pris et au delà d’une juste mesure). Il y avait eu naguère, dès Louis XIV, des « curieux » et de riches cabinets, mais jamais il n’y avait eu autant de genres aussi divers et aussi savamment formés.

Le culte voué aux objets d’art anciens devait nécessairement amener à des comparaisons avec le présent, à des inspirations demandées au passé, à des modifications radicales dans les habitudes des artistes et des artisans modernes. Il en devait aussi résulter un peu de confusion dans leurs idées et dans leur style : c’est beaucoup, sans doute, parce qu’ils ont trop présents à l’esprit les vieux modèles des diverses époques, que nos maîtres manquent souvent d’originalité, donnent des productions complexes, d’un caractère mixte, ou, du moins, n’ont pas réussi à créer un style particulier à leur temps.

Les progrès de l’archéologie n’ont pas peu contribué à amener cet état de choses. La chromolithographie et la photographie nous ont fait connaître l’Egypte, Pompéi et l’Orient, aussi bien, je ne crois pas exagérer, que ceux qui les ont parcourus.

Reconnaissons toutefois que, souvent aussi, de ces révélations nouvelles sont sorties des inspirations précieuses et des créations qui, par leur pureté même de style, et par l’esprit élevé dans lequel leurs auteurs ont imité, sont au niveau des plus belles productions connues de l’art appliqué à l’industrie.

A un autre point de vue, la Science, par ses progrès inouïs, a mis à la disposition de l’industriel des moyens mécaniques ou chimiques qui lui ont permis soit une production plus facile et par conséquent plus abondante, soit une fabrication plus correcte, plus régulière, plus parfaite, ou qui lui ont livré des matières nouvelles.

C’est dans ces conditions que nous avons vu refleurir la cristallerie, la faïence, l’art du bronzier et l’orfèvrerie.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Cafetière style Louis XVI, par Christofle et Cie - christoflecafetierestylelotus.jpg
Cafetière style Louis XVI, par Christofle et Cie

De cette dernière branche de l’art contemporain et de certains de ses spécimens les plus précieux, les plus intéressants et les plus nouveaux, nous entretiendrons nos lecteurs dans ce numéro et (à cause de l’importance du sujet et des procédés que nous étudierons) dans la prochaine livraison. Nous allons nous occuper de MM. Christofle et Cie, à qui ce que nous venons de dire parait bien s’appliquer. En effet, on peut caractériser avec précision leurs travaux en disant que, chez eux, l’Art et la Science se donnent la main.

A ce propos, il n’est pas indifférent de remarquer qu’il s’est produit en France et en Angleterre, et à peu près à la même époque, chez M. Christofle et chez M. Elkington, qui est le premier orfèvre de Londres, un même fait qui est un grand enseignement pour les industriels : il montre que dans le travail sérieux, assidu, consciencieux, même lorsqu'il limite ses prétentions, se trouvent à une haute puissance toutes les forces et toutes les ressources pour triompher dans les régions les plus élevées et les plus brillantes de la production.

Nous nous expliquons. M. Charles Christofle borna longtemps son ambition à exécuter de l’orfèvrerie courante à la portée de tout le monde; mais sincèrement désireux de bien faire, de faire mieux dans la zone qu’il s’était tracée, chercheur infatigable, réformateur constant, fanatique de perfection même lorsqu’il s’agissait des objets les plus simples, il arriva un jour où son outillage était sans égal, où son personnel d’élite avait contracté l’habitude du goût le plus sévère. Armement, armée et chefs, tout* était du premier ordre et rompu à la lutte. Lorsque M. Christofle jugea à propos de faire de l’orfèvrerie de luxe et de l’orfèvrerie d’art, il put d’emblée rivaliser avec les établissements qui, depuis des années, se consacraient spécialement à l’orfèvrerie la plus riche et la plus délicate, marcher de pair avec elles, ou, pour être plus exact, l’emporter sur elles.

La maison Christofle et Cie, à la tête de laquelle sont aujourd’hui MM. Paul Christofle, fils de Charles Christofle, et Henri Bouilhet, le chimiste, son neveu, fabrique donc essentiellement des bronzes de table, des surtouts et des services de dessert dorés ou argentés, de l’orfèvrerie en maillechort et en laiton, des couverts et de la petite orfèvrerie, dorés ou argentés (elle dore aussi et argente tant les objets fabriqués par elle que ceux qu’on lui confie) ; et en même temps elle produit de la grande orfèvrerie d’argent et des objets d’art, delà galvanoplastie ronde bosse et massive et de la galvanoplastie ronde bosse monumentale; elle fait aussi des émaux cloisonnés et du damasquinage.

Ces dernières branches de la fabrication de MM. Christofle et Cie ont été plus récemment introduites chez eux. Charles Christofle fut en France le créateur de l’orfèvrerie galvanique; il fit, en outre, faire un pas immense à cet art, en ajoutant aux procédés ordinaires de l’orfèvrerie des procédés mécaniques qui donnent une précision de lignes qu’atteint difficilement et à grands frais le travail manuel. Ce furent ces perfectionnements qui, joints à la sincérité de ses titres, et surtout à sa réputation, le mirent à l’abri des dangers de la concurrence, lorsque l’expiration des brevets qu’il avait pris et qui l’avaient entraîné dans une longue lutte judiciaire, fit tomber dans le domaine public l’invention qu’ils protégeaient.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Toilette style Louis XVI, par Christofle et Cie - christofletoilettestylelouis16.jpg
Toilette style Louis XVI, par Christofle et Cie

Il reçut, en effet, toutes les distinctions auxquelles un industriel peut prétendre : deux médailles d’or obtenues en 1844 et en 1849, la croix de chevalier de la Légion d’honneur, la grande médaille d’honneur à l'Exposition universelle de 1855, et la croix d’officier à la suite de l’Exposition de Londres de 1862, furent les justes récompenses des services rendus par lui à l’industrie nationale. Ses successeurs, qui ont longtemps été ses collaborateurs, s’inspirant de ses principes et suivant ses exemples, marchent avec succès dans la voie tracée par lui; mais c’est en s’efforçant d’améliorer leur fabrication et d’enrichir de temps à autre la variété déjà si grande des produits dus ;i de nouveaux procédés.

Nous aurons à parler des émaux cloisonnés de M. Christofle, dont nous reproduirons plusieurs spécimens. Nous les passons donc sous silence pour le moment. Mais comme nous ne devons pas donner d’échantillons de ses incrustations de métaux précieux, nous en dirons deux mots ici même.

Tout le monde a eu dans les mains quelques-uns de ces vases antiques japonais ou chinois, qui sont en bronze incrusté d’argent ou d'or. Pour plusieurs d’entre eux il est facile, en les examinant de près, de voir comment le travail a été conduit : le burin a délicatement tracé un alvéole; puis un fil d’argent, d’un diamètre plus fort que le filet, y a été introduit de force à petits coups de mattoir; le métal précieux a ensuite été affleuré par la lime ou le polissoir : ce sont de véritables bronzes damasquinés. Mais il est un autre décor qui semble être plutôt une peinture à l’or ou à l’argent : le métal précieux, dans les pièces ainsi ornées, qui sont beaucoup plus rares que les précédentes, ne fait pas épaisseur; au lieu d’être employé en fils de petit diamètre, il se découpe sur le bronze en larges à-plats; il est au même plan que le bronze; il semble qu’il n’y a là qu’un dépôt très-superficiel. Quant aux vases de ce genre, on ignore à quel moyen il a été recouru pour obtenir cette décoration (nous pourrions dire il est recouru, car dans les vitrines japonaises de l’Exposition on en rencontre plusieurs spécimens).

MM. Christofle et Bouilhet n’ont pas cherché à retrouver le procédé des Japonais, mais à produire les mêmes effets qu’eux. Le dessin du décor est exécuté à la gouache sur le vase à incruster: on épargne ensuite, au moyen d'un vernis qui ne peut être attaqué ni dans les acides, ni dans les alcalis, toute la partie de la pièce qui n’est pas couverte de blanc, puis on la pose dans un bain d’acide nitrique très-faible, au pôle positif de la pile; le sel de plomb dont est composée la gouache se dissout, et le métal est mordu; lorsque l’alvéole est devenu suffisamment profond, on retire le bronze, on le rince dans un bain d’argent ou d’or très-peu dense, marchant à froid et à la pile ; le dépôt du métal précieux se produit dans le creux qui se trouve décapé par l’action de l’eau-forte; l’alvéole plein, on arrête l’opération , on enlève le vernis et l’on soumet la pièce à un polissage à la main qui affleure facilement les surfaces au point qu’on ne les distingue plus au toucher. Les pièces obtenues par ce procédé sont les premières qui reproduisent les effets donnés par les bronziers japonais. Nous en avons exposé en détail la manutention parce qu'elle nous a paru particulièrement ingénieuse et que les résultats qu'elle donne permettent d’égaler les chefs-d’œuvre du genre.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Accessoires de la toilette Louis XVI, par Christofle et Cie - christofleaccessoirestoilettelouis16.jpg
Accessoires de la toilette Louis XVI, par Christofle et Cie

MM. Christofle ont aussi un procédé de guillochage électro-magnétique, au moyen duquel l’électricité, par l’intermédiaire d’un électro-aimant, guilloche elle-même, c’est-à-dire fait, par des interruptions et des mises en communication successives, avancer ou reculer le burin avec une précision et une rapidité extraordinaires.

Tels sont, avec la galvanoplastie ronde bosse dont nous parlerons plus loin, les travaux divers auxquels concourent nos artistes les plus éminents : MM. A. Gumery, Aimé Millet, Maillet, Mathurin Moreau, Rouillard, Thomas, les statuaires, Charles Rossigneux, l’architecte, Émile Reiber qui est spécialement attaché à l’établissement comme dessinateur, et M. A. Madroux, qui en est l’ornemaniste. Ces chefs de file sont assistés par un personnel de 1418 ouvriers et ouvrières, tant à Paris qu’à Carlsruhe.

Visitons maintenant l’exposition de MM. Christofle et Cie :

Elle offre naturellement au spectateur des spécimens du premier ordre de toutes les branches dont se compose leur fabrication. Ces produits représentent toutes les variétés possibles de destinations, de formes, de procédés et de matières. Ils s’adressent au public le plus riche, aux municipalités, aux États et aux souverains, aussi bien qu’aux personnes placées dans des conditions modestes; et ces dernières, comme nous l’avons expliqué plus haut, trouveront dans les vitrines de MM. Christofle des pièces dont on peut dire que materiam superat opus, non parce que la matière est comparativement de peu de valeur, mais parce que l’élaboration en est exquise.

Parmi celles-ci, nous citerons des surtouts et des services de dessert, des services à thé, de nombreuses pièces d’orfèvrerie de table, des seaux à glace, des corbeilles à pain, des soupières, des réchauds, des cloches, des plateaux, des plats, des casseroles, des porte-coquetiers, des ménagères, des raviers, des huiliers, des flambeaux, etc., des couverts de modèles très-divers, des types adoptés pour le service des paquebots des grandes compagnies de transports maritimes, ou employés à bord des navires de l’État, et des modèles très-simples pour les hôtels ou les maisons particulières. Grâce aux soins minutieux donnés à ces derniers produits, on peut dire que MM. Christofle , dont ils sont la principale fabrication, ont popularisé le style et le bon goût, en l’introduisant à peu de frais dans le sein des familles de la classe moyenne.

Nous ne parlerons que pour mémoire, parmi les grandes pièces d’orfèvrerie exposées, du service de dessert exécuté pour les fêtes de l’Hôtel de ville de Paris, d’après le programme de M. le sénateur baron Haussmann, et qui vient de faire l’admiration de tous les souverains d’Europe. Il doit céder le pas au surtout de table doré à l’or mat et vermeil appartenant à Sa Majesté l’Empereur, et exécuté spécialement pour l'exposition de 1867. Ce surtout se compose de sept pièces principales formant jardinières et de vingt-deux candélabres. La pièce du milieu représente les quatre Parties du monde appuyées sur des proues de navire, emblèmes du commerce maritime, et reliées entre elles par des guirlandes que soutiennent des aigles impériales ; les figures, qui sont d’une rare élégance et dont le groupement offre un ensemble de courbes tout harmonieuses et nobles, sont dues à M. Maillet. Les pièces latérales sont des jardinières rondes, du centre desquelles s’élèvent des groupes portant des gerbes de lumières; ces groupes représentent le Travail dans ses deux principales manifestations : l'Agriculture et l’Industrie; M. Aimé Millet en est l’auteur. Les jardinières debout sont ornées d’enfants qui symbolisent les quatre éléments : ils sont modelés par MM. Mathurin Moreau et Capv. M. Madroux a modelé les ornements.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Pot à eau de la toilette Louis XVI, par Christofle et Cie - christoflepoteautoilettelouis16.jpg
Pot à eau de la toilette Louis XVI, par Christofle et Cie

La Victoire, prix de course gagné en 1866 par Gladiateur, mérite aussi d’être rappelée : c’est une figure en argent fondu et très-finement ciselé de jeune fille qui, haletante, vient de s’arrêter auprès de la borne qui formait le but de la course et d’y saisir la palme qui y était posée. Le Vase d'Achille, prix offert par l’Empereur au Cercle des patineurs pour le tir international de 1867, est orné de bas-reliefs représentant l’éducation du demi-dieu par Chiron, et diverses allégories.

Un jeune Faune à demi renversé sur le sol et aux pieds duquel un lionceau, comme lui plongé dans un état de demi-ébriété, dévore des raisins, voiLà un excellent support pour un vase destiné à donner aux vins pétillants cette fraîcheur que les Anciens aimaient tant. Sur la panse de l’amphore, dont la structure et la décoration sont inspirées dans le goût antique, un relief doux montre des figures portées par des nuages; ce sont les Ivresses: l’Art, l’Amour, etc. ; sur le côté principal est représentée Vénus armée de sa ceinture redoutable; ces petites compositions sont bien groupées, les lignes en sont agréables. L’expression du Faune, dont la main hésitante cherche à étreindre le pied du vase, est bien comprise et admirablement rendue ; mais ce qui nous a le plus séduit, c’est le modelé de son corps; l’artiste a parfaitement saisi la nature de l’adolescent, et les chairs sont d’une souplesse et d’une vie peu communes. L’arrangement du pied est excellent. Cette pièce a été modelée par M. Réveillon et ciselée ou repoussée par M. Douy.

Nous reproduisons la principale des trois pièces d’un service à café, de style Louis XVI, en argent repoussé et ciselé. La forme de cette cafetière est d’une rare élégance, et l’oeil, en en suivant les contours, est retenu et charmé. L’ornementation n’en est pas moins attachante : vingt détails gracieux, ingénieusement trouvés, et combinés avec un sentiment exquis de l’harmonie, font de ce morceau un bijou et un tableau à la fois. On remarquera les rinceaux si délicats qui courent sur le col et dont les nervures ont des saillies si discrètes et pourtant si vives. La richesse et la fermeté caractérisent les acanthes qui attachent le goulot et l’anse. Sur les panses, des mascarons originaux et souriants, avec des rinceaux soutenus. Un bouton élancé couronne gaiement le couvercle. Cette jolie composition est due à M. Doussamy et a été ciselée au repoussé par M. Michaud; donc elle suffira à faire apprécier l’habileté de main et le sentiment. La patine que laisse voir tout le travail de la ciselure n’a rien ôté à l’argent de sa couleur mate, mais l’a, au contraire, relevée de tons chauds.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Service à thé style grec, par Christofle et Cie - christofleservicethestylegrec.jpg
Service à thé style grec, par Christofle et Cie

Nous avons apporté tous nos soins à la reproduction de la toilette Louis XVI, composée par M. Reiber, architecte, chef de l’atelier de composition et de dessin. C’est une œuvre de première importance et merveilleusement réussie. Nous la donnons dans son ensemble, puis nous en représentons séparément diverses parties. Les marbres précieux, les ors de couleur et l’argent ont été heureusement combinés. Les figures adossées aux deux colonnes porte-lumières qui soutiennent la glace sont dues au ciseau de l’un de nos plus grands maîtres, M. Gumery. M. Carrier-Belleuse, dont on connaît la facilité, la grâce et la fraîcheur, est l’auteur des petites figures décoratives. Les ornements ont été modelés par M. Chéret. Quoi de plus charmant que ces deux statuettes, l’Art et la Nature, dont l’une présente à la beauté qui se penchera sur la glace qui les sépare un miroir et un collier, et dont l’autre, sans autre parure que ses cheveux luxuriants, lui offre une poignée de fleurs! Quoi de plus aimable que ces jolies cariatides du bas, dont les cheveux sont si galamment relevés sur la nuque, dont le col est si ferme et dont la draperie courte retombe en plis si souples! Et ces fleurs, il y en a partout: dans les corbeilles qui couronnent les cariatides, et leur servant de chapiteaux couvrent les angles du meuble, sur les traverses qui relient les quatre pieds, sur les branches des candélabres, et surtout sur le bord supérieur du miroir. La table est une mosaïque composée de lapis de Perse et de jaspe du Mont-Blanc incrusté d’argent et d’or. La ceinture de la table, c’est-à-dire la face verticale qui soutient la tablette, est ornée d’une frise de jasmin et de lilas.

Divers objets de toilette en argent doublé d’or, aiguière, cuvette, coupe à bijoux, boites à poudre et à pommade, flacons, etc., garnissent ce meuble. La gravure ci-dessus est une image fidèle, matériellement comme dans son esprit, du pot à eau. On remarquera la forme bizarre du bec, l’originalité du bouton d’attache de l’anse et l’aimable scène qui est sculptée sur la panse : une jeune femme est à sa toilette, deux Amours lui présentent un miroir; tandis qu’elle ajuste une fleur dans ses beaux cheveux, un troisième perce de ses flèches les imprudents qui la regardent. Les ondulations du corps de la belle coquette, la richesse et la souplesse de son torse, l’excellente composition de toute la scène et l’ordonnance du décor accessoire en font lin bas-relief qui, exécuté en marbre dans de plus grandes dimensions, eût certainement formé une œuvre d’art pur que Clodion n’eût pas désavouée.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Service à café turc (émail champlevé), par Christofle et Cie - christofleservicecafeturc.jpg
Service à café turc (émail champlevé), par Christofle et Cie

Le thé grec en argent repoussé se recommande autant par son originalité que par son style. S’inspirer de l’art grec pour créer des objets d’un usage tout moderne, était assurément chose nouvelle et périlleuse. L’auteur de ce service, M. Rossigneux, architecte, a fait mieux que de se tirer des difficultés de son entreprise ; il les a attaquées de front et en a triomphé, à force de science archéologique, de goût et de talent. Lorsque l’on considère l’ensemble du guéridon et des pièces qu’il est destiné à porter, on est frappé de la belle harmonie qui sort de ce tout ; il y règne une admirable unité; c’est abondant et sobre à la fois, c’est complexe et clair; en un mot, c’est grec et français. Nous pouvons ajouter que cette œuvre est pleine de caractère. Mais ce mérite se révèle surtout dans les détails. On remarquera les formes variées, quoique marquées au sceau du même esprit, du samovar, de la théière, du pot à lait, de la théière à eau, formes sévères et pures ; l’ornementation en est ingénieuse et intéressante ; des peaux de lions et de lionnes donnant lieu à d’excellents motifs de draperie, des têtes d’éléphants, de béliers et de dauphins, des fleurons fabuleux, le tout bien combiné, bien lié, bien à propos, telle est cette décoration. La table est portée sur un trépied en bronze doré et argenté, formé par des colonnettes légères, qui se terminent en bas par des griffes, en haut par un petit entablement commun qui se divise en trois enroulements. Cet entablement est traversé de part en part par un fût cannelé couronné d’un joli chapiteau ; la colonne est posée sur une tablette à un tiers de la hauteur des colonnettes et sa partie inférieure est accostée de palmes légères et de masques scéniques : la Jeunesse, l'Age mûr, la Vieillesse. Le plateau est décoré d’une incrustation d’or et d’argent sur fond de cuivre rouge. Nous insistons sur l’élégance hors ligne de ce service.

D’une élégance moins sévère, moins abstraite, plus douce, et, si l’on peut parler ainsi, plus sensuelle, est le service à café turc. Ici, c’est l’art oriental avec sa grâce, son éclat et ses incidents. Nous passons de la terre classique de la philosophie dans celle de la poésie chevaleresque. Élancée comme un minaret, enflée comme le dôme d’une mosquée, telle est la pièce principale dont la ceinture, garnie de fleurs décoratives fines et délicates, n’attaque en rien le galbe pur, et dont le col et l’anse tout à fait nus offrent ces courbes qui, pour Hogarth, constituaient la beauté même. Les tasses, en forme de coquetiers, font songer aux calices des plus nobles fleurs ; elles se composent de deux pièces qui s’emboîtent l’une dans l’autre (mais tout le monde a été en Orient, ou du moins a pris cette année le café chez S. A. le vice-roi d’Égypte ou chez S. A. le bey de Tunis). Les dents semi-circulaires du plateau rappellent les belles arcades de l’Alhambra ou du palais de Constantine.

Une chose nous frappe particulièrement ici, c’est l’entente parfaite du décor oriental. C’est notre opinion réfléchie que les Orientaux , Turcs, Arabes, Persans, Indiens, Chinois, Japonais ont plus que nous le génie de l'art décoratif. Nous sommes plus peintres et sculpteurs qu’eux; ils sont plus que nous orfèvres, faïenciers, artistes en châles et en tapis, etc. A nous le domaine de l’art pur, à eux celui de l’ornemaniste. En effet, en général, et surtout naguère, avant que ces merveilleux pays nous fussent sérieusement connus, comment décorions-nous? qu’étaient nos porcelaines et nos tapis? Des tableaux: on nous faisait fouler aux pieds des campagnes peuplées de bergers et de moutons; en franchissant le seuil d’un salon, nous marchions sur une vache ou nous enfoncions notre pied dans le ciel, après quoi nous allions nous asseoir sur des guerriers pleins d’enthousiasme. Sur nos vases et nos tasses, Raphaël peignait la Fornarina, tandis que Napoléon se faisait panser devant Ratisbonne, et que Corinne enchantait ce pauvre Oswald. En un mot, on mettait du sujet partout.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Coffret à bijoux, par Christofle et Cie - christoflecoffretbijoux.jpg
Coffret à bijoux, par Christofle et Cie

L’Oriental, à notre sens, fait mieux. Pour lui, la panse d’un vase, un siège, un tapis ne sont point destinés à devenir des tableaux. Il se borne à les revêtir de combinaisons colorantes dont l’harmonie serrée tantôt charme discrètement l’oeil, tantôt l’éblouit. Des lignes courtes, enchevêtrées, animées, capricieuses, bizarres même, larges ou fines, courbes ou brisées, des enroulements, des dissonances sonores, tranchant avec hardiesse sur le tout, mais le relevant, le vivifiant, de telle façon qu’on ne saurait les en séparer, qu’il mourrait sans eux, voilà les effets qu’on cherche là-bas au bout de la Méditerranée. Que disent un châle de cachemire, une faïence persane, une laque du Japon ? Rien pour la pensée, pour l’idée, mais tout pour les sens, pour la vue, pour l’imagination rêveuse qui se plait à voir flotter devant elle des formes sans les interroger sur leur vérité, sur leur utilité, sur leur vraisemblance.

En ce qui concerne les fleurs, l’Oriental ne copie pas la nature comme nous le faisons à Sèvres ; il s’en inspire et crée à son tour ; et ces fleurs qu’il a créées, il ne les donne pas comme des réalités, il ne s’en sert que comme de motifs de décor, et ne les applique pas en perspective, mais toujours en à-plats.

Ces observations, et la supériorité qui en résulte à nos yeux en faveur de l’art décoratif oriental, ne s’appliquent évidemment pas à l’orfèvrerie européenne à figures qui est de l’art pur, de la sculpture.

Il y a plus : les pièces à l’occasion desquelles nous venons d’émettre ces idées démontrent qu’aujourd’hui, lorsqu’il n’y a lieu qu’à un décor, nous savons produire des œuvres exquises comme celles de nos maîtres du Levant.

Le coffret à bijoux ci-contre a été modelé par le regretté Klagmann et ciselé par MM. Honoré et Douy. Le sujet qui le surmonte est la transcription sculpturale du tableau du Guide, qui est au Louvre, l'Enlèvement de Déjanire; cette interprétation est très-heureuse, et les petites dimensions dans lesquelles elle a été faite ont laissé au modèle tout son caractère. Les étages successifs du coffret se développent librement et se surmontent avec aisance. Le mascaron du milieu est d’un grand style, bien coiffé, bien accosté. Les Chimères léonines qui gardent les bijoux et en défendent les approches en ouvrant une gueule formidable offrent de bonnes lignes fermes; la Force et la Vérité qui les accompagnent sont de beaux types : le col, les épaules, la poitrine sont superbes; l’arrangement des cheveux n’est pas remarquable; les enfants, surtout les amorini du bas, dont les trompettes célèbrent sans doute la victoire du donateur des bijoux et du coffret sur la belle qui les a reçus, sont d’une physionomie toute pleine de gentillesse. Nous appelons aussi l’attention du lecteur sur les enchevêtrements qui séparent, ou plutôt qui relient ces divers personnages : c’est varié, riche et très-original. L’exécution est tout à fait supérieure.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Candélabre Louis XVI, par Christofle et Cie - christoflecandelabrelouis16.jpg
Candélabre Louis XVI, par Christofle et Cie

Nous avons emprunté et nous empruntons à l’Exposition de MM. Christofle plusieurs pièces de style Louis XVI. C’est que cette époque a des qualités charmantes. Les objets d’art du dix-septième siècle se distinguent par leur ampleur et par leur richesse majestueuse ; ils sont bien faits pour figurer à Versailles et pour passer sous les yeux du grand Roi. Sous son successeur, tout est grâce, coquetterie, légèreté, brio. Avec Louis XVI, l’art change; sous l’influence maintenant prépondérante de Rousseau, de Bernardin de Saint-Pierre et de Greuze, le sentiment revient; on rit moins, on s’attendrit davantage, on a moins d’esprit et plus de sensibilité; puis, il y a de l’orage dans l’air, on commence à penser, à devenir sérieux et même grave. Cet état dans lequel se trouvaient les esprits de 1774 à 1789, se révèle partout : dans les lettres, comme dans l’architecture publique ou domestique, comme dans la peinture, comme dans le mobilier de nos grands-pères. Voici apparaître la ligne droite, la colonne cannelée, l’urne souvent mélancolique. C’est une ère nouvelle.

Il faut distinguer encore toutefois : il y a deux Louis XVI, il y a le Louis XVI des premières années du règne : la Reine est jeune, la Cour est gaie, l’avenir sourit. Il y a le Louis XVI de la crise : Marie-Antoinette est préoccupée, la Cour s’inquiète, on entend au loin de vagues rumeurs qui grondent d’une façon alarmante. De 1774 à 1783, sous Maurepas, le style Louis XVI est du Louis XV attendri; de 1783 à la fin du règne, c’est du Louis XV dépouillé de sa richesse, de son élégance aristocratique, de son entrain, c’est du Louis XV attristé.

Clodion appartenait à la première de ces époques. Ses groupes et ses bas-reliefs mythologiques se distinguent par leur jeunesse, par leur fraîcheur, par leur grâce riante, tant en ce qui concerne le sujet choisi que la composition et l’exécution.

Les figures du surtout dont nous donnons ici la pièce principale et les candélabres, considérées sous ces divers rapports, sont exquises.

L’élément constitutif de la grande pièce, qui est destinée à contenir des fleurs, est un vaste cornet en émail bleu dont le col affecte la forme d’un calice épanoui ; ce cornet est soutenu par des rinceaux d’acanthes du sommet desquelles sortent des têtes d’aigles et qui en bas se terminent par des griffes d’aigles aussi qui servent de pieds au socle. Sur ce socle sont groupes avec un grand bonheur de composition des Faunes, des Bacchantes et des enfants. Ici, le Faune au pied de chèvre habitue son fils au son de la flûte à deux branches ; là, la mère forme son enfant au goût du fruit de la vigne ; au centre de la scène, de petits Bacchus couronnés de pampre s’enivrent. Le type juvénile, presque enfantin et naïf de la petite femme, l’arrangement négligé de ses cheveux, les lignes de son beau corps, la morbidesse de sa carnation, le naturel de son attitude et de son action ont un attrait presque inexprimable. La vitalité matérielle et l’exactitude d’expression de son bizarre époux ne sont pas moins intéressantes. Et le mouvement de l’enfant, qui, jeté sur l’épaule de la jeune beauté, y est retenu d’une main par elle, tandis que de son petit bras il s’accroche à son aimable tête, comme cela est joli et bien trouvé!

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Surtout Louis XVI, par Christofle et Cie - christoflesurtoutlouis16.jpg
Surtout Louis XVI, par Christofle et Cie

Les accessoires sont excellents aussi ; la courbe générale des acanthes qui montent est savante, et le dessin des feuilles et des nervures est ferme et riche; les guirlandes qui tombent du milieu le garnissent bien ; enfin l’agencement des ors mat et bruni donne de bons effets de couleur et de lumière.

Les candélabres rappellent la pièce centrale. Ils sont formés d’une amphore allongée soutenue par des acanthes couronnées d’aigles, chaussées de griffes et accompagnées de guirlandes. Les six lumières jaillissent d’un réseau de branches habilement agencées; au milieu un petit Bacchus en gaieté danse sur la boule du monde ; cette figure très-enlevée de mouvement est tout à fait délicieuse.

Les orfèvres dont nous étudions ici les œuvres produisent, nous l avons dit, des émaux cloisonnés. On sait que les Chinois exécutent comme il suit les ouvrages de ce genre : ils contournent à la main de petites bandelettes de cuivre mince et les appliquent sur les formes à décorer; ils remplissent ensuite avec de l’émail les intervalles compris entre les cloisons. Ce procédé pour lequel il faut des mains très-adroites a l’avantage de donner aux pièces exécutées un caractère personnel puisqu’il faut que l’artiste refasse son dessin pour chaque exemplaire de la même pièce. Les émaux à cloisons fondues, de leur côté, sont toujours identiques, mais plus réguliers.

Nous avons gravé six des plus beaux émaux cloisonnés de MM. Christofle : les fleurettes de la buire à chocolat de grande dimension et les encadrements qui la revêtent sont marqués du sceau de ce génie de l’art décoratif qui était naguère le monopole de l’Orient, et que nous semblons maintenant nous être approprié. La pièce basse en forme de cloche est un sucrier arabe; le fond en est blanc. La cafetière arabe dont le dessin a pour élément un motif d écaille est aussi d’un bon style et d’une belle forme. En avant est un brûle-parfums très-original et très-élégant; on en remarquera la monture. En pendant se trouve placé un porte-fleurs à pieds de bouc. Au milieu des groupes, en arrière, on en voit un autre à griffes de lion. Ces pièces se recommandent, en dehors de leur mérite artistique, par les qualités techniques essentielles qui sont la pureté de l’émail et l’éclat des couleurs, ainsi que la netteté des divisions.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Bronzes incrustés d'argent, par Christofle et Cie - christoflebronzesincrustesargent.jpg
Bronzes incrustés d'argent, par Christofle et Cie

Nous avons fait connaître plus haut le procédé inventé par MM. Christofle, pour produire des vases de bronze incrustés d’argent. On trouvera à la page précédente de beaux spécimens de ce genre de travail. On en remarquera le style sévère et ce caractère auquel la couleur des matières employées ajoute tant. Le décor en est ici réel et la fin jusqu’à l’extrême discrétion ; c’est tantôt une efflorescence abondante, tantôt un réseau délicat comme la trame de l’araignée. L imitation, en outre, est parfaite; sans doute qu’un de ces vases tombant aux mains d’un expert japonais, il se pourrait qu’il en découvrit l’origine européenne; mais pour nous aucune différence n’est sensible entre les vases que nous avons gravés et ceux que nous avons rencontrés dans les musées et dans les ventes. Il y a plus, rien ne nous prouve que dans un temps donné ces mêmes damasquinés français ne seront pas très-recherchés à Yeddo ou à Pékin, ou pris pour des pièces authentiques et antiques.

On doit aux mêmes industriels une nouvelle branche de production qui peut se développer sur une grande échelle, et qui permet la répétition fidèle et sans retouche de toutes les œuvres de la statuaire. Leurs procédés les mettent à même d’exécuter en ronde bosse, tout d’une pièce et par conséquent sans soudure, les modèles les plus compliqués et les plus grands. Ce qu’a fait le fondeur en bronze, ils le font, avec cette différence quel à où il a fallu pour la retouche du ciseleur dépenser de grosses sommes, et risquer quelquefois de compromettre une œuvre de prix, leur production reste vierge de toute réparure en conservant intacts les effets voulus par l’artiste. Ils évitent le travail spécial du galvanoplaste, c’est-à-dire la réunion par la soudure des parties d’un vase, d’une statue, etc., disposées en reliefs : ils savent déposer le métal dans un moule, sur les reliefs les plus saillants comme dans les plis les plus profonds, avec une régularité d’épaisseur à laquelle aucun procédé n’avait conduit jusqu’ici. Il y a là une innovation et comme une rénovation, comme une découverte à nouveau qui est d’une importance capitale.

Le sculpteur trouvera dans le respect de son œuvre, dans la fidélité de l’exécution une garantie de succès, que ni la fonte avec ses retouches et quelquefois ses accidents irréparables, ni le repoussé avec ses difficultés et ses chances de destruction complète ne lui donnent. L’architecte trouvera dans la galvanoplastie ronde bosse des ressources immenses, car son goût et ses combinaisons ne seront plus entravés dans l’emploi du grand bronze pour la décoration des monuments. Ainsi, en effet, ont été exécutées par la Société Christofle des statues de grandeur naturelle qui sont à l’Exposition, soit dans le Palais même, dans la galerie de l’orfèvrerie ou dans celle des Beaux-Arts, soit dans le Parc, comme l'Ariane, de M. Aimé Millet, — et les figures colossales de 5 mètres de hauteur qui couronneront le nouvel Opéra.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Christofle & Cie - Emaux à cloisons rapportées, par Christofle et Cie - christofleemauxcloisonsrapportees.jpg
Emaux à cloisons rapportées, par Christofle et Cie

Cette galvanoplastie ronde bosse monumentale permettra de rendre dans le domaine le plus élevé de l’Art des services équivalents à ceux que la galvanoplastie massive, qui s’obtient en coulant du laiton dans les coquilles galvaniques (découverte faite en 1853 par M. Henri Bouilhet), a rendus au moulage des porcelaines, à l’orfèvrerie elle-même et à l’ébénisterie.

Cette étude sur l’important établissement que nous nous sommes donné pour tâche de faire connaître au public sous tous ses aspects, ne serait pas complète si nous ne disions quelques mots des procédés qui ont permis à MM. Christofle de produire en orfèvrerie les spécimens les plus remarquables de la décoration polychrome.

Les artistes du temps de Louis XVI ont souvent introduit des alliages de métaux précieux dans l’ornementation de bijoux qui sont demeurés des modèles de délicatesse et de goût. Les procédés galvaniques permettent de reproduire ces effets très-facilement, et par suite à peu de frais comparativement ; en mélangeant dans une certaine proportion des solutions de cuivre et de zinc, de cuivre et d’étain, on est arrivé à déposer le laiton et le bronze sur le fer et la fonte; l’or vert et l’or rouge, c’est-à-dire l’alliage d’or et d’argent, ou l'alliage d’or et de cuivre, ont aussi été déposés par la pile. Les dépôts d’or vert dont on trouve plus d’un spécimen dans les chefs-d’œuvre que nous avons examinés ici, notamment dans la toilette Louis XVI, s’obtiennent comme il suit : dans un bain d’or jaune fonctionnant bien et contenant 5 à 6 grammes d’or par litre, on fait passer un courant électrique pendant plusieurs heures, en mettant au pôle positif une lame d argent pur; lorsque le dépôt qui se forme au pôle négatif a pris le ton vert que l’on veut obtenir, on arrête l’opération, et l’on remplace l’anode en argent par un anode en or vert; alors le bain est fait et peut être employé avec succès. C’est d’un bain ainsi préparé que sont sorties les dorures vertes du surtout de la Ville de Paris. L’or rouge s’obtient d’une manière tout analogue, en introduisant dans un bain d’or ordinaire une lame de cuivre que l’on remplace par une lame d’or allié aussitôt que l’effet est obtenu.

Terminons cet exposé des procédés spéciaux à la Société Christofle, en indiquant le moyen curieux trouvé par M. Bouilhet pour réparer ce manque de ténacité que l’on reproche avec justice au cuivre galvanique : il ajoute au bain de sulfate de cuivre une trace de gélatine et obtient ainsi un cuivre infiniment plus dur que lorsque le bain est pur, un cuivre bien homogène, non poreux et, quoique très-mallèable, équivalent au meilleur cuivre laminé.

Et maintenant nous disons adieu à cette série d’œuvres artistiques d’un mérite supérieur, en exprimant l’espoir que nos lecteurs les étudieront dans les reproductions chalcograpbiques que nous en donnons, et dans les appréciations dont nous avons accompagné nos gravures, avec le même intérêt que nous avons mis, de notre côté, à rechercher les beautés de tant de créations incomparables.
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