La diète de Varsovie de 1773 de M. Matejko

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La diète de Varsovie de 1773 de M. Matejko

Message par worldfairs » 30 déc. 2018 10:52 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - La diète de Varsovie de 1773 de M. Matejko - dietedevarsovie1773.jpg

C’est la diète tenue à Varsovie le 19 août 1773 qui sanctionna le premier partage de la Pologne. Ce fut un triomphe éclatant pour la politique russe qui l’avait préparé de longue main, n’épargnant ni les intrigues, ni les menaces, ni les violences, ni l’argent surtout. Cependant les menées de Catherine II auraient dû éveiller l’attention des autres puissances. Par malheur chacune de celles-ci était trop préoccupée dans le moment de ses propres affaires pour combattre une ambition même menaçante : les Américains du Nord inquiétaient fortement l’Angleterre; la Fiance avait perdu l’habitude des décisions viriles, et, tombées en des mains faibles et vénales, ses destinées allaient à la dérive. Quant à la Prusse et à l’Autriche que les progrès constants des Russes touchaient assurément de fort près, les passions rivales qui les tenaient en armes depuis longtemps l’une contre l’autre les aveuglaient sur leurs véritables intérêts.

La première idée de ce partage s’était produite en 1770, lors du voyage à Saint-Pétersbourg de Henri de Prusse, frère de Frédéric IL Depuis plusieurs années déjà, Catherine tenait la Pologne comme asservie. Elle lui avait imposé pour roi un de ses amants, Stanislas-Auguste Poniatowski, prince efféminé et corrompu, qui devait être bientôt l’impassible spectateur, que dis-je? l’instrument de la ruine de sa patrie; en outre, elle entretenait à Varsovie un ambassadeur, le comte Keyserling, qui s’était emparé de l’administration, et un ministre, le prince Rupnine, l’âme, le chef et aussi le pourvoyeur d’argent de tous les confidents du roi. Enfin, bon gré, mal gré, des régiments moscovites tenaient garnison dans le pays.

Cependant les Polonais avaient conservé leur autonomie et leur territoire quand le frère de Frédéric, afin de sonder les intentions de Catherine, laissa entrevoir un projet consistant à distraire de la Pologne, au profit delà Prusse, quelques provinces limitrophes. Catherine ne pouvait manquer de bien accueillir une entreprise qui favorisait ses vues propres. Aussi elle se dit prête à laisser faire, pourvu cependant « que cela ne troublât pas la balance de l’Europe. » Il est vrai qu’à des ouvertures analogues l’Autriche répondit en exhibant son 'traité avec la Porte dans lequel elle garantissait l’indépendance et l’intégrité de la Pologne. De son côté, Frédéric II fut tourmenté de quelques scrupules et parut hésiter. Mais l’impatiente tzarine déclara « prendre sur elle tous les reproches qu’on pourrait faire, » et il n’en fallut pas davantage pour que la cour de Vienne oubliât ses engagements avec le sultan, et la Prusse ses tardives délicatesses de conscience.

Alors l’agonie de la Pologne commença.

D’abord, dans le courant de 1771, Catherine lança un manifeste. La situation de la Pologne y était peinte sous les couleurs les plus sombres : à Varsovie, le gouvernement n’avait point d’action, la loi aucune force; tout y était sacrifié à l’ambition, à la cupidité; l’anarchie y levait sa tête hideuse et marquait son règne par le meurtre et le pillage, toutes choses, hélas ! trop réelles, mais suscitées, encouragées par la tzarine. Puis, le 18 septembre 1772, parut une déclaration des cours de Saint-Pétersbourg, de Berlin et devienne, annonçant que les trois puissances allaient prendre des mesures efficaces pour rétablir en Pologne l’ordre et la tranquillité, et asseoir sur des bases solides la constitution et les libertés du pays. D’ailleurs les Polonais étaient invités à coopérer à cette œuvre de régénération, — et aussi à céder aux États protecteurs trois mille milles carrés de leur territoire. Et sans attendre un acte régulier de cession, les souverains alliés prirent possession des provinces le plus à leur convenance.

Enfin, à Varsovie s’accomplit la dernière scène de ce drame lamentable. Mais là, du moins, on n’eut pas rien que le spectacle d’indignes lâchetés. Sans doute pressé par les ministres étrangers fixés à sa cour, Poniatowski convoqua la diète qui devait consacrer la ruine de la nation. Ah! le vote d’une assemblée où les largesses des alliés n’avaient que trop pénétré était assuré d’avance ! Cependant il y eut de nobles résistances, de fières et courageuses attitudes, qui reposent des crimes des uns et consolent de l’infamie des autres. Le peuple avait crié aux membres de la diète : « Ne perdez pas la gloire nationale. Ne nous livrez pas aux tyrans ! » A quoi quelques députés, Reyten et Korsak entre autres, répondirent en s’épuisant en protestations généreuses. Quelles angoisses pour ces âmes vaillantes ! Vains efforts! dévouements stériles! La trahison est partout; la patrie n’a que de rares et inutiles défenseurs ! Et après une séance pleine de colères, de reproches, de honteuses faiblesses et d’ardeurs patriotiques, quand les députés, ceux-ci par peur, ceux-là par lassitude, la plupart vendus à Catherine, s’apprêtent à quitter la salle de leurs délibérations pour aller signer la déchéance du pays, haletant, désespéré, à bout de forces, mais non d’énergie, Reyten se précipite au-devant d’eux, se jette à terre, leur faisant en travers de la porte une barrière de son corps, et les apostrophe une dernière fois d’une voix altérée par la douleur : « Allez, lâches, allez, s’écrie-t-il; confirmez votre ruine à jamais; seulement vous ne passerez qu’en foulant de vos pieds ce cœur qui ne bat que pour l’honneur et la liberté ! »

Le lendemain de ce jour néfaste, le roi i approuva en versant des larmes les arrangements des alliés, et le.premier partage de la Pologne se fit sous la protection des baïonnettes étrangères.

On connaît maintenant le sujet du tableau de M. Matejko. Peut-être trouvera-t-on que l’action des députés manque de clarté. Il y a là effectivement de l’indécision, et malgré son énergie, le geste lui-même de Reyten laisse l’esprit en suspens. C’est que la peinture n’est pas apte à traduire des paroles. Quand elle exprime les passions, les caractères, les sensations qui se reflètent sur l’être extérieur par le jeu des facultés intérieures, elle est dans ses conditions spéciales, de même que lorsqu’elle reproduit les actions des hommes, les grands faits historiques, ou de simples scènes familières. Mais choisir une scène quelconque, dont le pathétique ou l’enjouement tient au sens précis des paroles que prononce l’un des personnages, c’est confondre les moyens d’arts entièrement différents. J’insiste sur ce point. Le dessin ni la couleur ne sauraient interpréter les sons. Demandons-leur de fixer des formes, des mouvements, une action, et non de formuler des mots.

On-voit où j’en veux venir. M. Matejko a cru pouvoir obtenir de la peinture ce qu’elle ne peut donner, un discours. De là l’incertitude où laisse son œuvre, laquelle, du reste, renferme des qualités d’un ordre vraiment supérieur.

En effet, je m’empresse de reconnaître que l’exécution manuelle de ce vaste cadre mérite de vifs éloges. Plus d’une partie est excellemment traitée, et je pourrais citer sans peine bien des visages qui ne laissent rien à désirer, des mains correctement attachées, des ajustements décelant un outil adroit, souple, rompu à toutes les difficultés du métier. Je ne parle pas de la couleur; elle est ordinairement noire et laqueuse. Mais, je le répète, l’exécution est des plus remarquables, et, à cet égard, peu de peintures de notre école me semblent aussi brillamment partagées que celle de M. Matejko.
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