Filage et tissage

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worldfairs
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Filage et tissage

Message par worldfairs » 29 déc. 2018 09:23 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Filage et tissage - materieltissage.jpg

Nous n’en sommes plus, pour le filage, à la quenouille et au rouet; et le tissage, aujourd'hui, n’est pas uniquement abandonné à des ouvriers qui, assis devant un métier, font monter et descendre, par le mouvement alternatif de leurs pieds, les fils pairs et impairs de la chaîne, renvoient successivement de droite à gauche et de gauche à droite la navette qui porte le fil de la trame, et pressent les fils d’un ou de deux coups de barre pour faire l’étoffe.

Le filage et le tissage mécaniques tendent chaque jour à se substituer au filage et au tissage à la main ; la consommation, en s’augmentant sans cesse, sollicite des moyens de production, non-seulement plus rapides, mais encore plus économiques.

L’Angleterre peut revendiquer l’honneur d’avoir opéré une véritable révolution dans l’art du filage et dans l’industrie cotonnière.

En 1767, un fabricant de peignes à tisser, Thomas High, construisit un métier à filer le coton, qu’il appela, du nom de sa fille, Jenny la fileuse.

Ce métier ne put d’abord fournir que des fils de trame; au début, ses produits n’avaient pas assez de corps et étaient trop peu résistants pour être employés comme fils de chaîne; mais, en 1768, Richard Arkwright remédia à cet inconvénient au moyen de son métier continu, désigné sous le nom de métier hydraulique à cause du moteur qui servit d’abord à le faire marcher; enfin, en 1775. Samuel Crompton, en combinant ensemble Jenny la fileuse et le métier continu, opéra dans la filature mécanique la même révolution que les deux premières machines avaient opérée dans le filage au rouet et à la quenouille.

Le métier Crompton a subi depuis de nombreuses modifications, non-seulement en Angleterre, mais encore en France, et nos filatures sont redevables des perfectionnements les plus importants à MM. Josué Heilmann et Nicolas Schlumberger, de Mulhouse.

Les procédés mécaniques du filage du chanvre et du lin sont d’une époque beaucoup moins reculée.

Le 12 mai 1810, l’empereur Napoléon Ier proposa, par un décret inséré au Moniteur, un prix d’un million à l'inventeur d’une machine qui exécuterait le filage du chanvre et du lin aux divers degrés de finesse qu’exigent les besoins de l’industrie.

Philippe de Girard, un mécanicien illustre entre tous, et qui avait obtenu, en 1806, sur le rapport de M. de Prony, la grande médaille d’or pour les perfectionnements qu’il avait apportés dans la construction des machines à vapeur, trouva le problème proposé digne de ses recherches et se mit aussitôt à l’œuvre pour le résoudre.

En 1813, il fondait à Paris une filature de lin à la mécanique, et chacun put se convaincre que toutes les conditions du programme impérial étaient remplies ; mais les événements politiques qui précipitèrent la chute de l’Empire enlevèrent à l’inventeur le prix de ses travaux et de ses sacrifices; car la Restauration refusa d’acquitter une dette nationale sous prétexte qu’un autre gouvernement l’avait contractée.

Philippe de Girard, qui avait dépensé toute sa fortune dans une foule d’essais dispendieux, fut forcé de quitter la France et de mettre un génie méconnu dans son pays au service de l’Autriche et de la Russie; il les dota l’une et l’autre de très-grands établissements industriels qui, aujourd’hui encore, sont en pleine prospérité.

De retour à Paris, en 1844, Philippe de Girard eut la joie, en visitant l'Exposition, d’y retrouver la plupart de ses inventions. Mais il mourut l’année suivante, à l’âge de soixante-dix ans, dans un état voisin de la misère.

Revenons à l’Exposition qui va nous rappeler encore à chaque pas les merveilleuses découvertes de Philippe de Girard.

On a réuni dans les classes 55 et 06 les machines et les appareils destinés à transformer les plus importantes substances textiles, telles que le coton, la laine, le chanvre, le lin et la soie.

Nous avons sous les yeux l’ensemble et les diverses parties de F outillage nécessaire au filage et au tissage de ces substances si diverses de nature : les métiers, les peignes, les gills, les cardes boudineuses, doubleuses et retordeuses, les appareils pour filer et mouliner, les tours à aiguiser les cordes, les machines à teiller, les plaques et les rubans de cardes, les navettes, les tours à filer, les bassines, les encroiseurs mécaniques, les appareils à tordre, à doubler, à flotter la soie, enfin tous les engins que l’industrie emploie pour rendre les matières textiles propres à être mises en œuvre.

Cinq de nos plus habiles manufacturiers ont été mis hors concours comme membres du jury; ce sont: M. Alcan,de Paris,Mercier de Louviers, Schlumberger, de Guebwiller, Scrives,de Lille, et Taillebouis, de Paris.

La médaille d’or a été accordée à MM. Stehelin et Cie, de Bitschwiller. Leurs machines pour la filature de la laine et du coton sont des chefs-d’œuvre d’ingénieuse construction. La même médaille a été très-justement accordée à MM.Besnard et Genest, d’Angers, pour leurs câbles et leurs cordages.

MM. Howard et Bussonghoat obtenu aussi pour leur métier à tisser la médaille d’or. Jamais haute récompense ne fut mieux méritée. Ce métier est mû par la vapeur. La navette, que l’œil ne peut suivre, passe et repasse entre les fils de la chaîne 328 fois par minute: c’est une vraie merveille.

Les métiers qui dans les dernières expositions ont excité le plus d’étonnement ne dépassaient pas 130 coups par minute. Quand le progrès est en marche, il ne s’arrête plus.

Les beaux métiers à tricot de MM. Buxtorf et Barthelot de Troyes, ceux de MM. Luming et Hogdson, deBradford, avaient droit à la même distinction, et l’ont obtenue par une décision qu’a confirmée le jugement du public.

Dans ces deux classes, 31 médailles d’argent ont été accordées à la France, 10 à la Grande-Bretagne, 6 à la Belgique, 3 aux États-Unis; nous négligeons le reste. Ces chiffres ne nous abusent pas sur le rapport des diverses industries nationales; mais ils établissent au moins' ce que nous pouvons constater sans un ridicule amour-propre, c’est que l’industrie du filage et du tissage n’est inférieure chez nous à aucune autre.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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