Les applications de la Science à l’Industrie

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
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worldfairs
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Les applications de la Science à l’Industrie

Message par worldfairs » 28 déc. 2018 06:13 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

J’ai souvent parlé à cette place des délégués des ouvriers: j’ai dit que les rapports, remis par la plupart d’entre eux à la Commission d’encouragement, étaient remarquables de compétence et d’observation pénétrante. Étant en relations constantes avec ces braves représentants de la classe laborieuse, j’ai appris, avec eux, plus de choses pratiques qu’avec la plupart de mes honorables confrères du jury. En preuve que je n’ai pas cherché à surfaire leur mérite aux yeux de nos lecteurs, j’ai sollicité la collaboration des délégués. En commençant aujourd’hui par M. Bayeux, délégué des ouvriers fleuristes, et par M. Daiber, délégué des ouvriers orfèvres, je compte bien continuer avec d’autres, et utiliser leur valeur dans l'Année illustrée, comme je le fais dans la présente publication.

Je remercie ces messieurs d’avoir accepté ma proposition; et j’espère que la coopération nous sera mutuellement profitable.


L'aniline.

Après dix années de travaux incessants et d’innovations diverses, la chimie est enfin parvenue à doter l’industrie de la teinture d’une grande série de couleurs connues sous le nom d’anilines et fuschines. La découverte de ces couleurs est, pour la teinturerie en général, un événement de première importance.

Nous avons vu apparaître successivement les violets chromiques de Perkin, puis les rouges, les bleus, les verts, les jaunes et tout récemment le noir d’aniline.

Avant de faire ici la nomenclature de ces produits et de leurs inventeurs, il est nécessaire de donner quelques détails sur la manière de produire l’aniline.

J’emprunte au traité de MM. Pelouze et Frémy un passage traitant de la formation de l’aniline par les procédés de MM. Runge et Hofmann.

On avait annoncé depuis longtemps que les matières azotées neutres donnent naissance par la distillation à des alcalis organiques volatils.

MM. Runge et Hofmann sont en effet parvenus à retirer de l’huile de houille trois alcalis volatils particuliers.

Les huiles qui proviennent de la distillation de la houille peuvent être divisées en huile plus lourde et en huile plus légère; les bases se trouvent dans l’huile pesante.

Pour préparer les deux bases que M. Hofmann a nommées kianol ou aniline, et leukol ou quinoléine, on sature l'huile de houille, plus lourde que l’eau, par du gaz chlorhydrique; on traite l’huile par l’eau qui dissout les chlorhydrates d’aniline et de quinoléine, et l’on décompose ces deux sels par la chaux.

On obtient ainsi un mélange des deux alcalis liquides qu’on soumet à la distillation : l’aniline est distillée en premier lieu, et la quinoléine passe à la fin de la distillation.

L’aniline ainsi préparée est propre à subir les transformations nécessaires à la formation des matières colorantes diverses; elle se produit en outre dans un grand nombre de circonstances, qu’il serait trop long d’énumérer.

En 1856, M. Perkin, jeune chimiste anglais, faisant des recherches sur la formation artificielle delà quinine, fut amené à examiner l’action du bichromate de potasse sur le sulfate d’aniline; il obtint d’abord comme résultat un précipité noir; il remarqua que ce précipité, mis en contact avec l’alcool, lui communiquait une coloration violette d’un très-bel effet, et à laquelle il donna le nom de violet chromique de Perkin.

M. Perkin mérite, à juste titre, l’honneur de l’initiative; ses beaux travaux sur la transformation de l’aniline et son application industrielle ont été couronnés de succès.

A la même époque, M. Natanson (de Lyon) faisait la découverte des rouges d’aniline, connus depuis sous les noms de fuschines, azaleine, magenta et rosalinine, remplaçant avec avantage les pourpres anciens de la teinturerie.

M. Vergin et Gerber Relier, de Mulhouse, ont apporté de grandes améliorations pour la fabrication du rouge d’aniline; M. Vergin a fourni les moyens de fabriquer ces produits d’une façon très-avantageuse en démontrant . tout le parti qu’on en pouvait tirer comme application industrielle.

MM. Girard et Delaire ont concouru puissamment pour leur part à l’accroissement des couleurs d’aniline. Ces messieurs sont parvenus, à la suite de savantes recherches, à produire un bleu d’un effet supérieur.

MM. Persoz de Luyne et Salvetat ont découvert, eux aussi, un bleu d’une teinte particulière, qu’ils nommèrent bleu de Paris. Puis vinrent en dernier MM. Gréville et Williams, inventeurs d’un bleu dit de kinoleitie. C’est ce que nous avons aujourd’hui de plus beau comme bleu.

L'étude des anilines a fourni à M. Calvert l’occasion de découvrir le vert d’aniline, connu sous le nom d’éméralditie. Ce produit, appliqué à la teinture des soieries, leur communique une nuance d’un effet magnifique, surtout sous l’influence de la lumière.
Tous ces produits ont une grande affinité pour les matières de nature animale.

L’aniline ou plutôt les couleurs d’aniline sont solubles dans l’alcool et l’éther en toute proportion; elles sont livrées au commerce à l’état de poudre cristalline d’apparence métallique.

L’aniline se dissout avec facilité dans l’alcool chauffé au bain-marie; dix à douze grammes d’aniline, à l’état de poudre, suffisent pour donner à un litre d’alcool la concentration nécessaire. La couleur ainsi préparée peut se mélanger avec l’eau pour former la composition des bains de teinture. Son affinité est tellement grande pour les matières animales, qu’il suffit de l’appliquer à froid; ce dernier mode d’emploi est préféré pour la teinture des fleurs artificielles. C’est surtout dans leur application sur les soieries que les couleurs d’aniline montrent leur supériorité incontestable. E les sont appliquées également avec succès à la teinture des laines, plumes et peaux de maroquins et autres, ainsi qu’à l’impression des étoffes de différentes natures. Par ce dernier travail, tout spécial, on communique à ces couleurs un principe épaississant qui en facilite l’emploi. L’aniline sert également pour les teintes fines sur les papiers peints. La découverte de ces produits constitue pour la science et l’industrie un progrès des plus marqués pour le développement de nos relations commerciales tant en France qu’à l’étranger. Ce progrès, que nous sommes fiers de constater pour la prospérité de l’industrie, revient de droit aux hommes savants qui, par leurs travaux scientifiques, nous ont fourni les moyens de placer la France à la tête des nations industrielles. Je me fais un devoir de citer comme ayant contribué puissamment à ces découvertes, MM. Hoffmann et Runge, inventeurs de l’aniline extraite de la houille; M. Perkin, inventeur du violet, pour son application industrielle; M. Natanson, pour ses rouges d’aniline, et MM. Vergin et Gerber-Keller, pour leur perfectionnement sur les rouges d’aniline, puis MM. Medloc et Guinon, Marnas, Bonnet, Williams, Salvetat, Persoz de Luyne, Calvaire, Greville, Girard, Delaire, Lauth, Depouilly, pour leurs beaux travaux sur cette matière si féconde en applications de toute sorte.




La Galvanoplastie.

Parmi toutes les applications auxquelles l’électricité a donné lieu depuis quelques années, la galvanoplastie est une des plus remarquables. Elle repose sur cette observation faite par le physicien italien Volta, à la fin du siècle dernier, à savoir que, lorsqu’on introduit un courant électrique dans une dissolution ou bain métallique, le métal suspendu dans la solution se précipite immédiatement, en tant que métal. Pour obtenir ce courant, Volta avait inventé un appareil qui porte encore son nom (pile de Volta), quoiqu’il ait été notablement perfectionné par Bunsen et autres.

Néanmoins, l’observation de Volta serait restée dans le domaine purement scientifique, si les travaux de M. Jacobi, de Saint-Pétersbourg, ne l'avaient pas amenée à être exploitée industriellement. Toutefois, la priorité de M. Jacobi sur les travaux de MM. Spencer, Anglais, et de Silbermann, Français; mort tout récemment, n’est pas bien constatée.

Cette réserve faite, expliquons en quelques mots l’opération de la galvanoplastie.

Prenez un objet quelconque, une médaille, par exemple, que vous moulez en creux avec de la gutta-percha, en ayant soin, préalablement, de rendre ce moule conducteur d’électricité au moyen du procédé dit : plombaginage; vous plongez ce moule dans une dissolution ou bain métallique, que vous faites traverser par un courant électrique obtenu par la pile Volta ou autre. Instantanément, vous voyez le métal se précipiter, adhérer aux parois du moule et reproduire l’objet moulé aussi exactement que l’appareil photographique reproduit l’image qui lui sert d’objectif.

Ainsi, on est parvenu successivement à reproduire, non-seulement des médailles et des bas-reliefs, mais aussi des statuettes et des groupes de n’importe quelle, dimension. L’Exposition universelle nous a montré par d’innombrables échantillons les progrès obtenus par la galvanoplastie depuis 1855.

Aussi, l’industrie s’est-elle emparée de cet auxiliaire merveilleux, que son prix, peu élevé en comparaison de la fonte de bronze et de la ciselure (25 fr. le kilo de matière galvanisée), permet d’employer largement aux travaux industriels de nos artistes, tout en assurant la reproduction parfaite des modèles.

On forme aujourd’hui des dépôts métalliques avec tous les métaux, or, argent, cuivre, étain, bronze d’aluminium, etc. Le fer seul est jusqu’à un certain point réfractaire; et malgré l’affirmation contraire, je ne suis pas bien assuré qu’on soit parvenu à obtenir un précipité assez régulier et assez continu pour pouvoir être appliqué industriellement.

M. Ch. Christofle nous a montré plusieurs statues, l'Ariane de M. Milet, le Milon de Crotone, le Penseroso, bien réussies; une statue du Prince Impérial, qui laisse à désirer.

M. Oudry, qui emploie principalement la galvanoplastie au cuivrage de la fonte, a exposé plusieurs bas-reliefs de grande dimension parfaitement réussis.

Mais la pièce la plus remarquable est sans contredit la statue de Pierre le Grand. On n’a pas encore vu une statue de si grandes dimensions aussi parfaitement rendue sous tous les rapports : car elle a été obtenue directement sur le modèle en plâtre et n’a subi aucunes retouches.

Cette œuvre fait le plus grand honneur à MM. Lionnet frères ; et il est à regretter que ces messieurs n’aient pas pu la reproduire en temps opportun, tant je suis persuadé qu’elle leur aurait valu une médaille d or. J’ai également remarqué dans leur exposition, entra beaucoup d’autres choses, l'armure de Henri II qui appartient au Louvre.

C’est sur leur persévérance intelligente que je compte le plus pour les progrès de la galvanoplastie en France.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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Re: Les applications de la Science à l’Industrie

Message par worldfairs » 30 déc. 2018 10:56 am

LA FONTE BESSEMER. — M. BESSEMER.

M. Bessemer, est une exception parmi les inventeurs : il a réussi. En décarburant la fonte, il a supprimé le fer et l’acier; procédé admirable qui multiplie les emplois de la fonte partout où le fer et l’acier ne pouvaient atteindre et ne pouvaient suffire. Il a réussi, M. Bessemer : et tous les pays industriels, ingrats ou reconnaissants, sont ses tributaires pendant deux an$ encore. Je crois bien que MM. Petin et Gaudet, à eux seuls, lui payent plus de 500000 francs de redevance annuelle. Comme ils sont quatre ou cinq industriels en France dans la même situation, — je ne parle pas des autres pays —je vous laisse à penser quelle fortune doit avoir aujourd’hui M. Bessemer.

C’est un grand bel homme d’une soixantaine d’années, avec une physionomie heureuse que l’adversité n’a pas altérée, quoique les dures épreuves ne lui aient pas manqué.
L’Anglais Bessemer a réussi, malgré tout. Je dis malgré tout ; car, si le Code de commerce avait été fait en Angleterre comme il l’est en France, il est certain qu’on ne lui aurait pas permis de dévorer deux ou trois commandites pour arriver au succès.

Le minerai de fer passe par trois combinaisons, la fonte dont, au moyen du pudlage, on fait du fer, qu’on transforme en acier par la cémentation. Pour faire de l’acier, on était obligé, avant M, Bessemer, de casser les barres de fer pour les épurer de tout alliage et de les soumettre a une fonte nouvelle pour en extraire le carbone. Le procédé Bessemer supprime le pudlage et la double cémentation, et transforme directement et économiquement la fonte en acier en la décarburant.

Voici comment le procédé opère : Une vaste cornue, posée sur pivot de façon à pouvoir être inclinée en tout sens, et qu’on nomme convertisseur, reçoit jusqu’à 20 000 kilogrammes de fonte. La décarburation de cette fonte s’opère au moyen de trous pratiqués daus le bas-fond, et par lesquels pénètre l’air extérieur qui, par sa haute pression, maintient la fonte au-dessus du bain qui lui sert de couche. Tout aussitôt on voit l’insufflation amener le carbone en incandescence au-dessus de la fonte et le brasser de façon à projeter par l’orifice de la cornue une longue colonne de flamme, dont l’éclat dépasse en intensité les feux d’artifice les plus brillants. C’est dans les vastes ateliers de MM. Petin et Gaudet, où sont les plus beaux convertisseurs employés, qu’il faut aller admirer les effets de cette incandescence du carbone extrait instantanément de la fonte.

Comme résultat économique, le procédé Bessemer arrive à faire à 350 francs la tonne de fonte aciéreuse qui coûtait 1000 francs avant lui.

Comme service, on arrive à faire servir la fonte à tout les emplois pour lesquels le fer et l’acier étaient nécessaires. On donne à la fonte le degré qui convient à l’usage qu’on en veut faire : la trempe est vive ou douce, suivant que la fonte doit servir aux rails de chemins de fer, aux machines-outils ou bien aux
plaques de blindage. Grâce à la fonte décarburée, l’usage du fer et de l’acier finira par disparaître complètement, excepté peut être pour les instruments de précision ou de chirurgie qui demandent la plus fine cémentation, la trempe la plus délicate.

Fondre une grosse pièce par les anciens procédés d’aciération demandait des précautions infinies, un très-nombreux personnel à cause de l’exiguïté des récipients de cémentation, et de la rapidité des manoeuvres de ce personnel encombrant, pour que la fonte n’eût pas le temps de changer de température. Avec la fonte Bessemer, le convertisseur verse 20 000 kilogrammes à la fois: trois hommes suffisent à conduire l’opération, et les manœuvres s’exécutent avec plus de sûreté et de précision que celles d’un matelot ou d’un timonier à bord.

II n’y aura bientôt plus de chaudières à vapeur qu’en fonte décarburée, qui, outre la plus grande résistance aux explosions, empêchera les incrustations si fâcheuses. Les rails de chemins de fer auront la trempe qui convient pour résister aux cassures ou aux écrasements; et on ne verra plus ces exfoliations incessantes qui rendaient les changements de rails si fréquents, et souvent si dangereux.

Quelles révolutions opérera la fonte Bessemer dans l’industrie, il est impossible de le prévoir; car il est difficile d’imaginer des emplois auxquels elle ne puisse s’appliquer plus avantageusement que le fer et l’acier, et avec une notable économie.

Qui nous dit même que M. Bessemer ne sera pas détrôné avant l’expiration de ses licences? Déjà M. Krupp, le fondeur du fameux canon que vous savez, produit du véritable acier, presque à aussi bon marché que la fonte décarburée. Déjà M. Siemens, un autre Anglais, a imaginé un four à chaleur régénérée qui arrive aux plus hautes pressions avec tous les combustibles; etM. Hoffman, un Allemand, menace de le détrôner. Quelle providence sera pour nous le four à chaleur régénérée, si la nécessité nous oblige à brûler les anthracites des Alpes, si chargés de carbone ! Nous avons là des richesses que la science nous dénonce et dont nous ne soupçonnons pas encore l’importance, parce que la nécessité, cette grande inspiratrice, ne nous a pas fait sentir son aiguillon. Nous recommandons à MM. Pétin et Gaudet, et à leurs confrères, après la fonte Bessemer, le four à chaleur régénérée et l’anthracite des Alpes.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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