Costumes de Mineurs

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Costumes de Mineurs

Message par worldfairs » 28 déc. 2018 06:09 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - Costumes de Mineurs - Mineur d'Anzin - mineuranzin.jpg
Mineur d'Anzin

A l’heure où quelques diplomates retournent en tous sens les articles des traités et des conventions, pour y trouver une interprétation qui leur permette de donner à César ce qui appartient à Pompée, — à l’heure où les savants concentrent toutes leurs acuités dans la recherche d’un engin de guerre (dont les effets meurtriers doivent appuyer les interprétations de la diplomatie, — à l’heure, enfin, où des esprits, cependant éclairés, cherchent le moyen d'enlever à l’agriculture et à l’industrie un million de bras, au profit de la caserne et du fusil Chassepot, à cette heure si féconde en inquiétudes, toute une armée de mineurs répandue sur tous les points du globe, descend dans les entrailles de la terre, à des profondeurs dont l’idée seule fait frémir, pour extraire ces matières si précieuses, ces agents indispensables du travail et de l’industrie modernes, le charbon, les pierres, les métaux, le marbre. — C’est bien une armée, celle-là, la plus sympathique et la plus utile. C’est l’armée de la paix, de la civilisation et du progrès. Tandis que d’autres cherchent sur les champs de bataille une gloire ruineuse, elle donne au risque de sa vie, au prix d’un travail quotidien, de fatigues sans nombres, de périls sans cesse renaissants, la fortune, l’indépendance et la puissance à son pays, — qui l’ignore.

Sans elle, cependant, pas d’industrie, pas de commerce, pas de communications entre les villes, entre les nations! Et, qu’un moment s’arrête ce labeur immense qui arrache à la terre ses trésors, sans qu’une secousse vienne seulement troubler la sécurité des habitants de la surface, — que cette armée dépose un instant ses armes, et tout cesse à la fois. Les industries, les grandes exploitations agricoles, tout s’arrête, faute d’aliment. Les éléments vaincus déjà, les distances un instant comblées brisent de nouveau les relations de peuple à peuple. New-York n’est plus à neuf jours de Paris, il est à deux mille lieues. Et l’impulsion puissante qui nous entraînait à la conquête de l’avenir, étant suspendue, le monde rétrograde d un siècle.

L’un de nos portraits représente un mineur d’Anzin. Ce n’est pas que les houillers du Creuzot ou de Rive-de Gier diffèrent comme costumes, comme mœurs ou comme travail de ceux d’Anzin. C’est un simple hommage rendu à la plus ancienne mine de France, à celle dont les moines du onzième siècle avaient signalé l’existence.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Costumes de Mineurs - Mineur chilien - mineurchilien.jpg
Mineur chilien

Son costume est à la fois simple et commode. Une veste en laine serrée à la taille par un ceinturon, un pantalon, une chemise de flanelle, que laisse voir l’échancrure de la veste, des sabots et un chapeau rond - Le tout est de couleur sombre et n’a pas à redouter les caresses du charbon. Voilà l’uniforme. Quant aux armes, c’est le pic, la pioche, le coin, le marteau qui attaquent la muraille de houille et en détachent les blocs, c'est la pelle qui les ramasse et les empile dans les wagons. C’est aussi la lampe, cet instrument de travail dont la moindre fuite de gaz peut faire la cause d’une effroyable catastrophe.

On sait que, pour parer aux terribles éventualités de l’explosion, quelques savants, entre autres Davy, ont inventé divers modèles de lampe dont la flamme, enveloppée d’une toile métallique supprime les dangers d’incendie. A Anzin, les dangers que fait courir le feu grisou sont peu à craindre. La houille maigre contient peu de gaz, et le système de ventilation éloigne à peu près complètement tout danger. Aussi est-il d’usage que les mineurs portent, dans les galeries d’Anzin, leur lampe attachée par une courroie au chapeau rond. Ne réalisent-ils pas ainsi la fable antique des Cyclopes, ces forgerons et ces mineurs du monde antéhistorique ?

Paris 1867 - Arts, design, mode - Costumes de Mineurs - Mineur saxon - mineursaxon.jpg
Mineur saxon

Muni de ses outils et de sa lampe, le houilleur descend dans la mine. Les moyens de descente ont souvent été modifiés, et, malgré les découvertes les plus ingénieuses, malgré les soins les plus attentifs, on n’est pas encore parvenu à supprimer absolument les dangers qui entourent cette opération. Combien de fois la rupture d’un câble, d’une chaîne, la chute d’une pierre, d’une pièce de bois, pendant le trajet, n’ont-elles pas entraîné la mort de nombreux ouvriers se rendant à leur travail, ou attendant la benne pour y prendre place ou la charger!

Mais le mineur est dans la galerie, sur le travail. A-t-il au moins la sécurité que nos ouvriers trouvent dans nos ateliers? Non, c’est le « champ de bataille, » suivant l’énergique expression de M. Simonin. Là, tous les dangers qui menacent les marins au milieu de la tempête et du combat, le soldat en face de l’ennemi, tous ces dangers veillent incessamment auprès du houilleur. Tantôt, sous la pression des terres, le déplacement d’une masse de rochers, les travaux de soutènement s’écroulent, et les galeries se ferment sur les ouvriers qu’elles contiennent. L’atelier devient un tombeau.

Alors, toute l’énergie, tout le courage, toute la force des chefs et des ouvriers, des ingénieurs et des propriétaires viennent se réunir pour percer cette montagne qui écrase les malheureux. Les heures, les jours s’écoulent au milieu des travaux de dégagement, sans apporter de nouvelles; cependant on cite des chiffres, des noms aussi. Ils étaient tant, il y avait un tel, et un tel, et un tel.... Et au bout de dix, douze, quinze jours, une voix répond faiblement à l’appel de la pioche. L’énergie redouble, les forces épuisées se raniment, et bientôt on entend, on voit ces infortunés, pâles, brisés par la faim, la soif, les fatigues. Mais plusieurs ont succombé; et sur vingt hommes qu’avait pris la mort, à peine peut-on lui en arracher deux ou trois.

Paris 1867 - Arts, design, mode - Costumes de Mineurs - Fondeur saxon - fondeursaxon.jpg
Fondeur saxon

Ou bien, c’est le feu grisou. Un susurrement se fait entendre, semblable au bruit qui produit le gaz en s’échappant d’une bouteille ; puis, brusquement, une effroyable détonation, et de tous côtés, des blocs de terre, de pierre, de charbon écrasent les mineurs. Les plus proches sont brûlés par la flamme, ceux qui ont pu se garantir du feu cherchent en vain une issue dans l’obscurité, au milieu des décombres, et les bras battant les murs, la tête lourde, la poitrine oppressée, ils tombent asphyxiés par le gaz meurtrier.

Est-ce tout, au moins? Non. Etles éclats de mine dont je n’ai pas parlé, et l’inondation qui en quelques minutes comble les galeres et les puits, et livre à une mort certaine, sans merci, sans espoir, sans aucune chance de salut, tous ceux qu'elle atteint? Croyez-vous à l’exagération? Il y a huit jours à peine, les journaux d Angleterre nous apprenaient que deux cents mineurs, surpris dans les galeries par une inondation, y avaient péri! Sur deux cents, pas un de sauvé! Ah! le martyrologe des mines est long et glorieux. Faut-il rappeler les terribles catastrophes de Méons, de Merthyr-Tydvil, d’Hartley, de Poder-Nuovo, de Maries? Le nom du puisatier Giraud, l’inondation de la mine de Lalle? Et pour tous ces dangers qu’il faut braver chaque jour, le mineur trouve-t-il au moins dans l’augmentation de son salaire ou dans une amélioration de sa position un encouragement qui semble nécessaire? Pas toujours. En France, les houilleurs gagnent de 4 à 5 francs et travaillent dix heures. Les plus intelligents, les plus laborieux deviennent maîtres-mineurs ou contre-maîtres. Et voilà leur bâton de maréchal.

Mais leur vrai mobile, leur encouragement de tous les jours, c’est un profond sentiment de leur devoir, c’est aussi la conviction qu’ils peuvent compter absolument sur leurs chefs, quelque grave que soit la situation. En effet, il n’y a pas d’exemple qu’en cas de danger, un garde-mines, un ingénieur, un directeur aient failli à leur devoir. A la première nouvelle d’un sinistre, ils accourent les premiers, pour disputer à la mort ses héroïques victimes. Et chacun se disputant le périlleux honneur de descendre sur le lieu du sinistre, c’est souvent le plus âgé, — parce qu’il est le plus élevé en grade, — qui use de son autorité pour réclamer le droit de se dévouer. Et si, malgré les efforts de tous, il y a eu mort d’homme, s’il y a blessure, les propriétaires viennent assurer à la famille du défunt une existence convenable, au blessé les soins nécessaires et la tranquillité, à tous ceux qui ont souffert, sinon une consolation, au moins un allégement à leurs souffrances.

Et maintenant, voulez-vous des chiffres? car aujourd’hui c’est un peu le critérium de l’intérêt que mérite une question ; — l’armée française, j'entends celle qui travaille à Rive-de-Gier, à Saint-Chamond, au Creuzot, à Anzin, à Saint-Étienne, à la Grand-Combe, à Bességes, — cette armée pacifique donne un produit annuel de deux milliards cinq cent mille francs. Sur cette somme énorme et qui forme presque le cinquième de la production annuelle de la France, les mines réalisent un bénéfice qui ne dépasse pas trente millions. Ces trente millions, inégalement répartis, élèvent à dix pour cent l’intérêt de l’argent engagé dans les exploitations houillères, et que la statistique officielle évalue à 300 millions. — En effet, à côté de mines dont l’exploitation a coûté peu de chose, relativement, et dont les produits dépassent toute espérance, il y en a d’autres qui offrent chaque jour de nouvelles difficultés et qui exigent chaque année de nouvelles avances. C’est ainsi que les mines d’Anzin, dont le produit a enrichi cent familles, a été pendant longtemps une cause de ruine pour ses exploiteurs. Le vicomte Desandrouin avait enseveli, non-seulement sa fortune, mais celle de ses associés, dans les premières fouilles, quand un tombereau de charbon, le premier, vint donner à ces hardis pionniers l’encouragement si longtemps attendu.

Il est bien tard pour vous parler des mi-neurs chiliens et saxons que représente notre gravure. Je n’en dirai qu’un mot. L’Allemagne est la terre classique des exploitations de mines métallurgiques. Au lieu de cette fraternité qui existe entre nos ingénieurs, nos gardes-mines et leurs compagnons, les mineurs, — fraternité qui naît de dangers bravés journellement ensemble, — l’Allemagne a conservé les traditions du moyen âge. Les mineurs des onzième et douzième siècles étaient des serfs. Embrigadés, ils obéissaient à des chefs choisis en dehors de leur profession. Aujourd’hui, cette organisation a subi quelques modifications. Il y a bien encore des soldats, des caporaux, des sergents, des capitaines; chacun, suivant son grade, porte bien encore les brandebourgs, les galons ou les épaulettes, mais les capitaines ont gagné leurs épaulettes et leur épée dans les écoles, les caporaux et les sergents ont gagné leurs galons dans la mine, et quant aux soldats, s’ils obéissent à leurs chefs, c’est qu’ils les ont vus à l’œuvre et qu’ils connaissent leur valeur.

Les mineurs chiliens sont un exemple de la fidélité avec laquelle les caractères distinctifs d’une race se conservent à travers les âges. Comme leurs aïeux, les Espagnol?, ils produisent peu. Tandis qu’un Anglo-Saxon extraira chaque jour pour 18 ou 20 francs déminerai d'or ou d’argent, ils en donneront â peine pour 8 ou 10 francs. Mais leurs besoins sont à peu près nuis. La cigarette et un peu de viande séchée, voilà de quoi satisfaire leur appétit. Fiers et graves, ils se plient difficilement à la discipline d’une exploitation. Ils ont cependant une qualité qui les rend à peu près indispensables dans ces pays trop aimés du soleil, c’est leur sobriété même qui permet de les employer dans des placers, dans des mines, dans des solitudes où la nourriture et les boissons indispensables aux Anglo-Saxons ne peuvent parvenir.

Me sera-t-il permis, en terminant cette notice, de regretter qu’une nouvelle excursion de M. Simonin à travers les mines du Nouveau-Monde l’ait empêché de vous parler lui-même de cette grande famille minière qu’il m’a appris à aimer. Je lui dois beaucoup, et je voudrais, pour alléger ma dette, avoir inspiré aux lecteurs le désir de lire son beau livre, la Vie souterraine.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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