Les Vitraux de M. Victor Gesta de Toulouse

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Les Vitraux de M. Victor Gesta de Toulouse

Message par worldfairs » 27 déc. 2018 03:08 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

vitrauxgesta.jpg

Je ne sais dans quels sentiments MM. de la Commission impériale ont accompli leur tâche, mais il serait à désirer que la vue des remarquables vitraux de MM. Maréchal, Lus-son, Gesta, Laurent Gsell leur eût inspiré du moins quelques regrets.

Tous les peintres-verriers ont été justement blessés du peu d’estime que l’on a paru faire de leur art en comprenant leurs ouvrages dans la classe 16 parmi les bouteilles, la gobeleterie, les verres à vitre, les glaces et les cristaux.

En vérité ce classement est bien singulier! Si singulier que l’on ne serait guère plus surpris en trouvant les œuvres de Breton, Meissonier, Bida, Gérôme, classées parmi les toiles à linges, les toiles à navires, les chanvres et le lin.

Ne serait-ce pas en effet la même méthode; la matière mise en première ligne; l’art complètement méprisé? Mais, dira-t-on peut-être, les cristaux, les verres taillés n’exigent-ils pas souvent autant d’art que les vitraux eux-mêmes? A cette objection nous répondrons résolument : Non.

Ce n’est pas sans raison que les fabricants de vitraux sont appelés peintres-verriers. Us joignent à la science qui constitue presque tout le mérite des producteurs de cristaux ou de verres plus ou moins façonnés, l'art du dessinateur et du peintre ; or quoique la partie scientifique ou, si l’on veut, matérielle du fabricant de vitraux soit extrêmement compliquée et difficile, il n’en est pas moins vrai que cette partie s’efface et disparaît sous l’art Splendide du peintre, art qui sait faire vivre sous nos yeux des personnages, reproduire avec vérité des scènes grandioses de la Bible ou de l’histoire, et les embellir de couleurs harmonieuses et naturelles.

Donc la Commission impériale ne devait pas classer les vitraux parmi les verres et les bouteilles; si ce classement n’était le résultat d’une erreur, il serait un outrage fait à l’art des peintres-verriers, l’un des plus admirables parmi ceux que nous a transmis le moyen âge et l’un de ceux qui, dans ces derniers temps, ont accompli les plus rapides progrès.

Mais ce n’est pas là malheureusement le seul reproche que l’on puisse adresser à la Commission.

Après ce classement, le jury, à son tour, a fait une mauvaise répartition de récompenses; jusques ici les fabricants de vitraux avaient recueilli dans les expositions des médailles d’honneur et les plus hautes distinctions. En 1867 quelques médailles d’argent ont été distribuées aux peintres-verriers de Paris, et quelques médailles de bronze ont paru suffisantes pour les exposants de province. C’est ainsi qu’un art intéressant et magnifique a été encouragé à l’Exposition universelle de 1867.

Cet accueil ne saurait empêcher les peintres-verriers de persister dans la voie du progrès. Quelques-uns d’entre eux, du reste, ont trop reçu de récompenses et d’encouragements dans le passé pour se laisser ébranler par l’indifférence (plus apparente d’ailleurs que réelle) de la Commission impériale.

Parmi ces peintres, nous nous plaisons à citer M. Victor Gesta, de Toulouse, qui, dans celte même année 1867, a vu ses ouvrages justement appréciés et qui a reçu le titre de peintre-verrier de S. M. l Empereur, ainsi que la décoration de Saint-Stanislas, distinction flatteuse que la cour de Rome lui a décernée pour un des plus magnifiques vitraux dus à l’art moderne, une sainte Germaine qui décore aujourd’hui le Vatican.

M. Victor Gesta a mis sous nos yeux, à l’Exposition universelle, deux verrières d’un caractère différent, la première représente la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception; la deuxième l'Entrée de Louis XI à Toulouse, en 1462. Louis XI, âgé de 38 ans, au retour d’une conférence qu’il eut avec Jean de Castille sur la frontière de Navarre, passa par Toulouse, et jura devant les portes de la ville de garder les privilèges et franchises de la cité.

Notre gravure représente le roi à genoux, les mains étendues sur un missel et prêtant le serment, que reçoit Bernard du Rosier, archevêque de Toulouse.

Les huit Capitouls, ou consuls de la cité, entourent l’autel sur les degrés duquel Louis XI est agenouillé; l’étendard de la ville flotte au vent porté par le seigneur de Beau-puy. Sous le dais fleurdelisé, la reine Charlotte de Savoie assiste à la cérémonie, ainsi que l’escorte du roi placée au pied des remparts de Toulouse, et composée de Jean de Foix, prince de Béarn, du comte de Perche, du comte d’Armagnac et d’autres grands du royaume.

Notre gravure ne peut reproduire que le dessin de cette œuvre, c’est bien quelque chose sans doute, car ce dessin ne mérite que des louanges, et il n’est personne qui n’ait admiré la composition de l’entrée de Louis XI. Mais la gravure peut-elle rendre cette gamme de couleurs harmonieuses, ces tons éclatants, hardis et cependant fondus avec le goût qui distinguent J’œuvre de M. Victor Gesta? Ne croirait-on pas, en voyant son vitrail, avoir sous les yeux une des plus belles compositions des peintres-verriers du seizième siècle?

Le cadre forcément restreint de notre publication, ne nous permet pas de faire ici une étude des progrès accomplis par nos artistes français en général et par M. Gesta en particulier, dans l’art de transporter sur le verre les plus magnifiques compositions et de leur donner à la fois la durée et l’éclat. Cette étude intéressante nous permettrait de constater que nos artistes ne sont pas inférieurs à ceux du moyen âge dans les procédés matériels ; loin de là, car ils ont poussé la science hors des limites restreintes du temps passé. Nous constaterions aussi la supériorité réelle de nos artistes, dans la composition, le dessin, la perspective et la peinture elle-même!
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Re: Les Vitraux de M. Victor Gesta de Toulouse

Message par worldfairs » 26 janv. 2019 10:53 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Il n’y a pas un bien grand nombre d’années que les artistes qui avaient entrepris la régénération de l’art du peintre-verrier en étaient encore aux laborieuses recherches et aux efforts infructueux. Mais le développement de cette branche de l’art industriel a été très-rapide. La renaissance des sentiments religieux et le progrès de la science archéologique lui donnèrent un essor puissant. En même temps, le savant assistait l’érudit, et le peintre-verrier put non-seulement s’aider de tous les procédés anciens, mais des découvertes de la chimie ; il put dans ces conditions créer de nouveau l’art de ses prédécesseurs.

A vrai dire c’est un nouvel art qui est né, en ce sens du moins que la technique en a été perfectionnée et que les œuvres qui le constituent aujourd'hui nous paraissent, au point de vue purement plastique, supérieures à celles du passé. Comme cette opinion pourra bien éveiller des colères, nous demandons la permission de l’expliquer.

Il faut faire entrer dans l'appréciation d’une œuvre d’art plusieurs considérations, et ne les y faire entrer qu’en leur donnant une importance déterminée plus ou moins grande. Ainsi, il faut en examiner la conception ou l idée, le sentiment, l’expression, le style, le caractère, la vraisemblance, la composition, la correction. Une œuvre qui réunit à leur degré le plus désirable toutes les qualités est un chef-d’œuvre. Celle qui en réunit le plus grand nombre est supérieure à celle qui n’en compte que quelques-unes. Il est donc évident qu’un vitrail du treizième siècle d’où l’idée sera absente, qui ne sera qu’un motif colorant brillamment développé, dont les personnages manqueront d’expression ou en auront une fausse ou gauche, auront du style et du caractère, mais manqueront de vraisemblance, auront, par exemple, des cheveux rouges ou jaunes et des chairs bleues, dont la composition sera dépourvue d’unité, d’harmonie,,de lien, et choquante, dont les figures seront maladroitement dessinées, il est évident qu’un vitrail de ce genre sera inférieur à celui qui sera exempt de ces défauts. Et, qu’on y fasse bien attention, nous ne disons pas là une de ces vérités auxquelles on a donné le nom d’un des plus grands capitaines français du seizième siècle; nous combattons un préjugé : parce qu’un vitrail (et il en est ainsi pour tout autre objet d’art) est du treizième siècle, on le proclame parfait et on le classe bien au-dessus des pièces du même genre et d’une bien plus grande valeur, dont le seul défaut est d’être modernes. Oui, nous maintenons qu’au moyen âge, où furent créées tant de choses exquises, empreintes d’un sentiment ineffable, où les « artisans » étaient si habiles et avaient tant de secrets et de sûreté de main, l’art était imparfait en principe, et que la figure humaine était ignorée. En un mot, nous prétendons que la Renaissance et les époques qui l'ont suivie, inférieures au moyen âge comme sentiment religieux, lui sont très-supérieures au total, parce qu'elles sont plus vraisemblables, plus humaines, mieux composées, plus harmonieuses, et que c’est dans ces conditions que l’art est parfait.
D’où il résulte que celui qui de nos jours produit des vitraux, par exemple, d’une richesse colorante égale à celle des vitraux anciens, mais mieux conçus, composés et dessinés, fait en somme mieux qu’eux, malgré leur merveilleux génie décoratif.

C’est ainsi que nous ne craignons pas d’affirmer que de nos jours à Metz, à Toulouse et à Paris nous comptons des verriers qui, lorsque quelques siècles auront passé sur eux, l’emporteront sur leurs confrères du vieux temps.

Le parti pris en faveur du passé, que nous constatons ici, a beaucoup nui, à l’Exposition universelle, à la peinture sur verre. Aucune médaille ne lui a été décernée : c’est que les vitraux, placés dans la classe XVI avec les cristaux, les verres à vitre et les bouteilles, se sont trouvés dans la situation où auraient été des tableaux .cantonnés dans le département des toiles, et n’y ont été examinés qu’au point de vue de la matière première.

Au nombre des principaux verriers qui figuraient à l’Exposition universelle, on a remarqué les pièces exposées par M. Victor Gesta, de Toulouse.

M. Victor Gesta est à la tète d’ateliers de la plus grande importance, et il n’est pas de département où quelques églises ne soient ornées de ses vitraux. C’a toujours été, du reste, le but de cet artiste, de mettre les plus modestes églises à même de jouir de ce mode d’ornementation que rien ne peut remplacer, et le nombre des demandes qui lui ont été adressées jusqu’à ce jour est de plus de quatre mille.

Ses principaux travaux ont été exécutés pour la chapelle Impériale d’Ajaccio, pour l’Exposition, pour le Vatican et pour Toulouse.

La verrière de Sainte-Germaine qui est au Vatican a valu à l’auteur la décoration de l’ordre pontifical de Saint-Sylvestre. M. Gesta, qui a aussi les titres de peintre-verrier de S. M. l’Empereur, est représenté à Toulouse par plusieurs œuvres hors ligne, parmi lesquelles nous en citerons une qui nous a paru parfaite : le Serment de Louis XI.
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Re: Les Vitraux de M. Victor Gesta de Toulouse

Message par worldfairs » 31 janv. 2019 06:16 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

A ceux qui partout, avant tout et toujours ne voient et ne veulent que du treizième siècle, il sera difficile de demander une conversion; mais on peut et on doit leur dire qu’il n’est pas permis de juger un vitrail comme simple œuvre d’art ou comme pièce de cabinet; il importe, pour l’apprécier à sa juste valeur, de ne point le séparer du monument qu’il décore ; la première chose qu’on doit lui demander, c’est de bien répondre à sa destination.

Il est intéressant de suivre les progrès de la peinture sur verre du douzième au dix-huitième siècle : essais informes, résultats inespérés, épanouissement splendide, qui enfin, comme toute chose humaine, s’éteignit par degrés en jetant des clartés qui surprenaient. Telle est l’histoire de cette longue période dans laquelle il n’est pas de siècle qui n’ait laissé d’admirables modèles aux adeptes de cet art renaissant. Mais comment forcer l’admiration à n’adopter qu’une époque? Comment choisir entre ces routes diverses? La seule règle à suivre, c’est de faire ce qu’ont fait nos maîtres, c’est de chercher le beau dans l’harmonie, et d’admettre tous les styles, tous les faires, à la condition qu’ils concourent à l’expression d’une grande idée.

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Sainte Germaine, vitrail de Gesta, de Toulouse

Admirons les verrières du treizième siècle, mais ne les plaçons pas dans nos monuments modernes. Le peintre-verrier, le statuaire et le décorateur doivent compléter l’œuvre de l’architecte. Déplaçons les chefs-d’œuvre qui décorent les cathédrales d’Anvers, de Bruges, de Tournay ; dotons une église romane des panneaux conservés du château et de la chapelle d’Ecouen, et les talents réunis du Primatice et de Palissy n’auront abouti qu’à un anachronisme.

La verrière ci-contre, représentant sainte Germaine en prière, a été exécutée pour le Vatican. On ne pouvait s’affranchir des exigences de l’architecture du seizième siècle, et il a fallu prouver que les vitraux s’accordent avec tous les styles, pourvu qu’ils soient en rapports de ligne, de sentiment et de couleur. L’appréciation faite à Rome même de cette remarquable verrière sert de réponse aux archéologues absolus. Il est permis de regretter que le vitrail, cet auxiliaire puissant d’une décoration, ait été négligé à cette belle époque où l’ornementation était pourtant si riche.
La Correspondance de Rome, appréciant le mérite de ce vitrail, en donne la description suivante :
" La verrière se compose de cinq médaillons qui se détachent admirablement sur un fond riche et simple tout à la fois. Dans le milieu, on voit l’humble bergère en prière auprès de ses agneaux; les arbres qui l’entourent composent, avec l’eau du Courbet qui coule limpidement, un paysage d’une fraîcheur et d’une vérité complètes. L’émail des fleurs se détache avec bonheur dans la prairie verdoyante. La peinture sur verre ne semblait pas susceptible d’une telle perfection. Le portrait du Saint-Père est admirablement réussi : ceux des trois archevêques de Toulouse qui ont travaillé à la canonisation de la sainte ne laissent rien à désirer."

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Sainte Germaine, vitrail de Gesta, de Toulouse

L'autre verrière que nous donnons en tète de cette livraison est destinée à orner quelques-unes de nos églises modernes qui n ont de roman que la forme du cintre, inspirée des souvenirs de la Grèce et de Home modifiés encore par la réaction artistique qui amena la Renaissance. Elle montre aussi les progrès obtenus dans les divers éléments qui constituent le vitrail. Le jury de Carcassonne a décerné une médaille d’or à cette pièce.

Les œuvres remarquables exécutées depuis plusieurs années et dont l’Exposition universelle de 1867 a permis d'apprécier le mérite, montrent la tendance des peintres-verriers à s’affranchir d’une imitation trop servile des beaux modèles du moyen âge. Elles permettent d’applaudir enfin à la création d’une école française, qui, nous b espérons, aura sa belle place dans l’histoire de l’art. Ces deux verrières de sainte Germaine ont été inspirées par le sentiment des forces nouvelles (pie l’art et la science nous offrent, et sont un pas de plus dans la bonne voie.

Ces deux remarquables pièces ont été composées et fabriquées par M. Victor Gesta de Toulouse, dont nous avons déjà apprécié le mérite à propos de sa grande verrière Louis XI.
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