Les Machines-Outils

Paris 1867 - Discussions, informations, questions
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6504
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Les Machines-Outils

Message par worldfairs » 22 déc. 2018 05:02 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Machines-Outils - machinesoutils.jpg

Tous, nous connaissons les outils ; lorsque le premier homme saisit une pierre pour frapper avec plus de vigueur, il inventa l’outil. C’est par son génie créateur que l’homme est le maître ; Franklin le comprit quand il énonça cet axiome : " L’homme est au-dessus des animaux parce qu’il se sert d’outils."

Les anciens, qui savaient déjà qu’avec un levier on peut soulever le monde, exprimaient la même pensée quand ils disaient: « L’esprit agite la matière. »

Mais la force humaine est essentiellement limitée, tandis que les forces naturelles ne le sont pas. Après avoir découvert ces forces, nous les avons asservies et nous les employons comme des manœuvres infatigables dont l’ouvrier devient le chef.

Les machines:-outils sont des outils mis en mouvement par des machines. Le travail est mieux fait que par l’homme et il est fait plus rapidement. Le même artisan, produisant plus dans le même temps, son salaire augmente et sa fatigue diminue : avantage pour l’ouvrier; la production étant plus abondante, plus facile et parlant moins coûteuse, le prix des objets fabriqués est moindre et leur confection est meilleure : avantage pour le consommateur; le prix de vente étant moindre et la qualité supérieure, la vente augmente : avantage pour le fabricant.

Tandis que, pour se servir de l’outil, l’ouvrier emploie la force de ses mains et que le travail dépend de sa dextérité; pour travailler avec la machine-outil, il emprunte d’ordinaire une autre force, mais en fous cas n’emploie sa force musculaire qu’à conduire la machine, et lui laisse exécuter l’ouvrage.

Au lieu de s’abrutir en faisant toujours le même mouvement, il exerce son intelligence en variant, suivant les besoins, la marche des machines. Celles-ci exécutent sans cesse la même série d’opérations avec une régularité que l’ouvrier ne peut atteindre.

Les machines-outils forment deux groupes principaux; les unes taillent les métaux, ou pins généralement les matières inorganiques, fer, cuivre, pierre, marbre ; les autres taillent les bois ou mieux encore les matières organiques : bois, corne, ivoire, os. On ajoute d’ordinaire aux machines-outils les machines à presser, broyer, malaxer, comme, par exemple, les appareils à fabriquer les briques.

Ces derniers appareils deviennent chaque jour plus nombreux; l’annexe du Parc nous en présente plusieurs qui moulent les briques pleines et creuses avec rapidité et perfection. C’est plaisir de voir la glaise, pressés par un puissant piston, sortir du moule sous forme d’un long prisme qu’un fil de fer coupe à distances égales; la pâte plastique garde l’empreinte exacte de l’orifice de sortie. Les briques creuses doivent être fabriquées à la mécanique; or elles présentent, à tant de points de vue, à celui de l’hygiène en particulier, de si grands avantages, qu’il est fort heureux que l’on soit parvenu à les obtenir industriellement.

Mais arrivons aux machines à travailler le fer.

Dans notre revue du groupe VI, nous avons déjà, en parcourant la * section anglaise, justement admiré les machines-outils qui ont valu le grand prix à M. Whitworth. Aujourd’hui nous sommes heureux de mettre sous les yeux de nos lecteurs la machine à percer portative (6), la grande machine à poinçonner et à découper (7) et la machine à raboter à manivelle (8), exposées par ce roi des forgerons. Mais nous ne nous y arrêterons pas plus longuement, car il nous tarde de prouver que la France est digne de concourir à côté de lui. Il suffit, pour s’en assurer, d’étudier la classe 54, dont l’ingénieur, M. Sincholle, n’a pas peu contribué à faire apprécier le mérite, par l’amabilité toute française avec laquelle il a accueilli les visiteurs cosmopolites, et les connaissances approfondies dont il a fait preuve, en leur donnant les explications qu’ils pouvaient désirer.

Ici nous trouvons l’exposition de M. Kreulz-erger, dont l’établissement a pour spécialité la fabrication des machines servant à fabriquer les armes : depuis les machines qui forent les canons de fusil jusqu’à celles qui rayent les bouches à feu, rien n’y manque, et cela vaut bien l’exposition de l’arsenal autrichien. A côté, nous voyons une machine de M. Bouhey, à poinçonner et à cisailler, qui pèse 23000 kilogrammes; il est vrai que les poinçons percent des trous de trois centimètres de diamètre, dans des plaques de trois centimètres d’épaisseur, et que les cisailles coupent des barres de six centimètres de côté. Or, il est bon de le remarquer, le poinçon n’est pas pointu, il est plat, et, pour percer son trou, enlève une rondelle comme le ferait un emporte-pièce. Les cisailles ne sont point aiguës ni tranchantes, mais coupées carrément, ce sont deux lames d’acier qui glissent l’une devant l'autre. On peut se figurer, d’après cela, quelle pression doit être nécessaire pour faire fonctionner l’outil.

MM. Varrall, Elwel et Poulot exposent une machine de ce genre, mais plus puissante encore et avec moteur adhérent. Cette excellente disposition qui caractérise les machines-outils à action directe, c’est-à-dire qui reçoivent directement leur force du générateur de vapeur, au lieu de l’emprunter à une machine par l’intermédiaire d’un arbre découché et d’une courroie, cette disposition se retrouve dans une splendide machine à raboter verticale exposée par la puissante Compagnie des forges et ateliers de l'Océan, que dirige avec tant d’éclat M. Mazeline.

La même Compagnie a exposé une pompe à incendie à vapeur que nous avons choisie pour la reproduire dans notre gravure (n° 12), parce qu’elle représente une des premières pompes de ce genre construites dans notre pays, encore très-arriéré sous ce rapport. Le courage si admirable de nos pompiers ne doit pas nous empêcher de les munir des instruments les plus perfectionnés ; aussi la médaille d’or pour les pompes à incendie à vapeur a-t-elle été justement accordée aux Anglais, qui sont nos initiateurs dans cette voie.

Avant de quitter le fer, examinons encore les machines-outils de M. Ducommun, et particulièrement son tour à tourner les canons et les arbres de couche. Voyons aussi ces petits outils devant lesquels on passe sans en apprécier la perfection; ces tarauds cylindriques dont les entailles de plus en plus profondes permettent de fileter un écrou avec précision et facilité; cet et au, exposé comme les tarauds par MM. Sculforf, Malliar et Meurice, dont les mâchoires, mobiles horizontalement, peuvent exercer le serrage oblique avec autant de facilité que le serrage parallèle.

Que de choses nous aurions encore à dire, mais il nous faut parler des machines à travailler le bois. Bien des instruments ingénieux ont été envoyés; mais, grâce à M. Perrin, si les Français ont des rivaux, ils n’ont point de maître. Aussi, une grande partie de notre planche est-elle consacrée à la reproduction de ses machines.

La scie circulaire à axe mobile(1) s’avance en tournant comme un météore d’acier, elle mord et tranche du même coup.

La scie à lame sans fin (2) pénètre dans le cœur de chêne comme dans une pâte molle; mais elle a ses raisons pour en agir ainsi : chaque dent de cette mince lanière de métal parcourt 1600 mètres par minute, 26 mètres par seconde, la vitesse de la tempête, une fois et demie celle d’un train express; notre scie n’a pas le temps de faire de la sciure : elle fait des copeaux.

Ce petit instrument (3), dont la mèche tourne rapidement, tout en se déplaçant au gré de l’ouvrier, sert à faire des moulures; il se nomme la toupie. Le n°4 indique une machine qui fore les moyeux de voitures : c’est une mortaiseuse; le 5 est une scie jumelle; le 9, une machine à percer les trous cônes, c’est-à-dire en entonnoir ; le 10, une mortaiseuse, une machine qui creuse des trous prismatiques ou cylindriques.

Le n° 13 représente une autre toupie à faire les moulures, qui a valu une médaille de bronze à son inventeur, M. Guillet, d’Auxerre.

Enfin, sous le n° 11, nous voyons l’essoreuse de MM. Buffaud, un peu dépaysée au milieu des machines-outils. Cet excellent instrument sert à sécher rapidement le linge imprégné d’eau; il se compose h grosso modo d’un tambour percé de trous dans lequel on introduit le linge. En imprimant au tambour un mouvement gyratoire rapide, toute l’eau chassée par la force centrifuge s’écoule au dehors, et le linge presque sec est retiré au bout d’un moment. En toute chose maintenant on va vite.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité