Richard Cobden

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worldfairs
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Richard Cobden

Message par worldfairs » 16 déc. 2018 07:19 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Richard Cobden - richardcobden.jpg

Richard Cobden naquit dans une ferme, à Dunford, près de Midhurst, comté de Sussex, le 3 juin 1804, d’une famille de propriétaires ; ancienne dans le pays. L’éducation que lui firent donner ses parents fut fort ordinaire. Plus tard, il se forma par l’étude, par d’abondantes lectures, choisies avec discernement, et par les voyages. Il avait naturellement l’esprit droit, une grande justesse de raisonnement, l’humeur libérale et une passion réfléchie pour l’équité qui, en politique, de nos jours, se traduit par l’égalité des individus dans l’État et la négation des privilèges. 11 avait l’âme ouverte aux plus larges sympathies, ce qui l’aida fort à se dégager des préjugés exclusifs qu’on observe chez les patriotes dans tous les pays et qui, en Angleterre, ont une grande force. C’était un des points par lesquels il différait le plus de la majorité de ses concitoyens qui, en général, tiennent volontiers pour un axiome que ce qui est anglais est essentiellement supérieur à ce qui émane des autres peuples.

Doué comme il l’était, pour que Richard Cobden devînt l’apôtre de la liberté du commerce, il ne fallait qu’une chose, qu’il se trouvât placé de manière à apercevoir les inconvénients qu’offrait le système restrictif des douanes et l’isolement dans lequel les différentes nations de l’Europe, l’Angleterre comme le reste, vivaient alors les unes par rapport aux autres, pour la satisfaction de leurs besoins et le développement de leur commerce. Le hasard ou la Providence pourvurent à ce qu'il en lût ainsi. Au lieu de se fixer sur le domaine paternel, Richard Cobden en lia dans une maison de commerce à Londres où il se fit remarquer par son assiduité et son esprit des affaires ; et de là, après quelques années, il alla se fixer dans la ville de Manchester, si importante par ses manufactures presque toutes consacrées à la production des articles de coton. Il s’y établit comme chef d’une maison d’impression. Sur ce théâtre, il put observer les mauvais effets du système qualifié, on ne sait trop pourquoi, de protecteur, où I on se propose de résoudre le problème insoluble de vendre aux étrangers sans leur acheter, comme si ceux-ci pouvaient payer nos marchandises par un autre moyeu qu’en nous envoyant les leurs. La puissance de production déjà acquise aux manufactures de Manchester leur rendait nécessaire d’avoir des débouchés au dehors, surtout dans les temps où la consommation intérieure venait à languir. Or les étrangers, rebutés, mécontents de ce que l’Angleterre fermait son marché à-leurs vins, à leurs céréales et même à leurs articles manufacturés, quoique le plus souvent elle y excellât, prenaient ou croyaient prendre leur revanche en excluant les produits des ateliers anglais. De là, de temps en temps, de cruelles épreuves pour la classe ouvrière de Manchester.

En outre, l’ouvrier de cette ville, comme de toute l’Angleterre, souffrait du haut prix qu’atteignaient fréquemment les céréales et le pain, par l’effet d’une législation faite dans l’intérêt des propriétaires fonciers parmi lesquels les familles aristocratiques de la Grande Bretagne occupent une large place.

La liberté commerciale se présentait donc comme offrant aux populations ouvrières le double avantage d’un travail plus assuré et du pain à meilleur marché. C’est ainsi qu’il se forma à Manchester, sous les auspices de la chambre de commerce, une association connue sous le nom de Ligue pour l'abolition des lois sur les céréales (Anti-Corn-Law League) ; qui, non contente de poursuivre la réforme indiquée par son nom, se proposait rétablissement du libre commerce en tout genre offre l’Angleterre et le reste du monde. Un des traits caractéristiques des doctrines de cette association, était de ne pas exiger des autres peuples la réciprocité, non-seulement parce que pour obtenir celle-ci il aurait fallu des négociations épineuses et lentes (on en avait déjà fait l’expérience), mais aussi parce que la liberté du commerce, même sans réciprocité, est avantageuse au pays qui la pratique, et qu’enfin, pour avoir la réciprocité, le meilleur procédé consiste non pas à la demander, mais à prêcher d’exemple.

La fondation de la Ligue date de 1838; il y avait alors huit ans que Richard Cobden était à Manchester, livré aux travaux de sa profession et faisant, de temps en temps, pour ses affaires, des voyages qui l’amenèrent, par exemple, en Russie et en Turquie. Il était alors membre de la chambre de commerce qui avait pour président M. Benjamin Smith avec lequel il a été uni d’une étroite amitié jusqu’à la fin de ses jours. Dès l’origine de l’entreprise, il se trouva l’associé de M. John Bright, autre manufacturier avec lequel il contracta une intimité qui s’est manifestée par une communauté d’efforts à jamais célèbre.

L'histoire de la Ligue fut une suite de combats, ou, pour mieux dire, de discours dans des réunions publiques qui eurent aussitôt la vogue, parce que les orateurs qui s’y faisaient entendre avaient un talent égal à la force de leurs convictions et que leur tentative venait à point. La Ligue devint bientôt populaire; des personnes de toutes les classes lui apportèrent leurs souscriptions et leur appui. L’élite de ses membres entra dans le Parlement, où Ricbard Cobden, John Bright et quelques autres furent très-écoutés et acquirent une influence croissante. Enfin au mois de février 1846, le parti Tory, dont la masse était opposée à la réforme douanière, étant au pouvoir depuis quelques années dé^, en la personne de Robert Peel et de Wellington, le gouvernement vint préposer à la chambre des Communes de voter la réforme douanière et l'adoption de la liberté du commerce, tant Robert Peel avait été impressionné par les raisonnements de Cobden et de Bright, et tant Wellington qui, tout duc de fer (iron duke) qu’il était, ne laissait pas que d’observer le mouvement de l’opinion, avait reconnu à des signes certains qu’il fallait céder. Robert Peel, qui à l’origine avait été quelquefois amer, dans les discussions du Parlement, envers Richard Cobden, reconnut, le jour où il se déclara converti à la liberté du commerce, que l’adhésion de l’opinion publique à la nouvelle doctrine, était principalement l’ouvrage de Richard Cobden.

Le principe de la liberté du commerce a été à partir de ce moment, la base de la législation commerciale de l’Angleterre. Le résultat était grand, ma:s il ne devait pas entraîner immédiatement la conversion des autres peuples. L’Angleterre qui, dans l’ensemble, est mieux gouvernée et mieux administrée que la plupart des autres nations, n’a cependant pas le privilège de déterminer, par sa pratique, la conviction des autres, peut-être parce que se considérant comme faisant bande à part elle est envisagée de même dans le monde.

A la suite de ce brillant et solide succès, Richard Cobden fit sur le continent un voyage ©à il fut personnellement accueilli avec une grande distinction. A Paris en particulier, la Société d’Économie Politique lui donna un banquet qu'il prononça un discours sage autant que spirituel, qui fut fort applaudi. De l’impulsion ainsi donnée à l’opinion, il ne résulta cependant, de la part du gouvernement, qu’un projet fort timide, mal accueilli, malgré son excessive réserve, par la majorité protectionniste de la chambre des Députés, et dont la i évolution de 18 '1-8 empêcha La discussion.

En 1856, après l’Exposition universelle de Paris qui avait mis en relief la puissance et l’habileté de l’industrie française, le gouvernement impérial crut que le moment était opportun pour modifier profondément le tarif des douanes françaises qui était hérissé non-seulement de droits exorbitants, mais même de prohibitions absolues, en nombre indéfini, héritage de l’époque où la guerre était portée à la dernière violence entre la France et l'Angleterre. Ce dessein parfaitement raisonnable vint cependant échouer au Corps législatif. Deux ans après la formation de la Ligue en Angleterre, des manufacturiers Lançais, persuadés que l'industrie nationale ne pourrait jamais supporter le choc de celle de l’Angleterre, avaient fondé une association dont le but était tout juste l’opposé, la perpétuité du système prohibitif. L’influence de cette association était fort grande, et ce fut elle qui fit échouer le projet du gouvernement. Il fallut même que celui-ci prît l’engagement, qui fut inséré au Moniteur, de ne rien faire pendant cinq ans à l'encontre des prohibitions.
Heureusement, il y avait dans la Constitution de l’Empire un article qui autorisait l’Empereur à faire les traités de commerce sans avoir à les soumettre à la sanction du Corps législatif. Celui qui écrit ces lignes, s’était lié avec Cobden dès 1846; il l’interrogea alors sur la question de savoir si l’Angleterre serait disposée à passer avec la France un traité de commerce dont la base serait, du côté de la France, la levée de toutes les prohibitions et leur remplacement par des droits modérés, et, du côté de l’Angleterre, une très-forte diminution des droits énormes dont elle frappait les vins de France, avec l’abandon des droits qui restaient sur un certain nombre de produits français et particulièrement sur les soieries.

Richard Cobden résista d’abord, alléguant que, sur le terrain où était placé le gouvernement anglais, il ne lui était pas possible de négocier un traité de commerce particulier avec une autre nation, quelle qu’elle fût. La correspondance ayant continué, Cobden changea d’avis, ayant compris que le traité de commerce entre les deux pays pourrait stipuler que les modifications consenties par l’Angleterre, à l’égard des vins et de certains produits manufacturés, serait applicable non à la France seule mais bien à tous les États indistinctement. Une fois ces bases convenues, je me rendis en Angleterre. Il devint possible d’aborder le gouvernement anglais et de lui faire officieusement la proposition d’un traité de commerce, sauf à obtenir ensuite l’agrément du gouvernement français. A cette époque, le Cabinet anglais, qui avait pour chef lord Palmerston, pour ministre des affaires étrangères lord John Russell et pour chancelier de l’échiquier, M. Gladstone, s’appuyait dans la chambre des Communes, sur une majorité numériquement faible, à laquelle Richard Cobden, John Bright et leurs amis de l’École de Manchester fournissaient un appoint indispensable.

Dans cette situation, Richard Cobden jouissait près du cabinet d’une grande influence dont il n’usait que pour le succès de ses principes. Il disposa favorablement pour un traité de commerce, entendu ainsi qu’il vient d’être dit, les trois ministres principaux que j’ai nommés plus haut. Puis il me ménagea une entrevue avec le chancelier de l’Échiquier pour cet objet. De cette entrevue où je déclarai à M. Gladstone que je n’avais aucune mission quelconque, directe ou indirecte du gouvernement impérial, mais que j’en espérais fort l’acquiescement, sortit un projet peu different de i’acte que porte la date du 23 janvier 1860. C’était un samedi. Le lundi suivant, Richard Cobden et moi partions pour Paris. Le jeudi, nous fûmes l’un et l’autre, mais séparément, reçus à Saint-Cloud par l’Empereur, averti et préparé par M. Rouher pour qui commença alors le rôle si utile et si éclatant qu’il a rempli dans cette grande affaire. La négociation régulière s’ouvrit peu de jours après, enveloppée de mystère pourtant, dans le cabinet du ministre des affaires étrangères. M. Baroche avait par intérim ce portefeuille. Le traité fut terminé à la fin de décembre1 et Richard Cobden le signa comme plénipotentiaire. Mais il restait à régler en détail le tarif des douanes françaises à l'égard duquel le traité ne portait qu’un maximum. Ce fut le travail de près d’une année pendant laquelle Richard Cobden et M. Rouher eurent de très-nombreuses conférences rendues fort laborieuses par les démarches des protectionnistes qui parurent un moment après avoir repris l’ascendant. La puissante dialectique de Richard Cobden ainsi que sa fermeté et la résolution en faveur des solutions libérales, dont M. Rouher ne se départit pas un moment, écartèrent enfin la plupart des obstacles, et de cette longue négociation sorti-tirent deux conventions complémentaires du traité, l’une et l’autre excellentes pour le moment où elles étaient signées ; elles portent les dates des 12 octobre et 16 novembre 1860.

Le traité de commerce du 23 janvier 1860, commenté par les conventions complémentaires d’octobre et novembre, a aboli en France toutes les prohibitions commerciales et les a remplacées par des droits modérés variant de 5 à 20 pour 0/0, quelquefois même par la franchise entière II a rendu possible l’entrée en France d’un bon nombre d’articles de fabrication anglaise et déterminé dans l’industrie française des perfectionnements, à la suite desquels nos manufacturiers se sont, pour la plupart, réconciliés avec la liberté dii commerce.

Ce traité était destiné à être plus qu’un arrangement entre la France et l’Angleterre. Il fut suivi presque immédiatement d’actes semblables entre la France d’une part, la Belgique, le Zolverein, la Suisse et l’Italie d’autre-part. Il a popularisé dans le monde entier la liberté commerciale, dont il a préparé ainsi le triomphe définitif.

Cette tâche remplie, Richard Cobden retourna en Angleterre, et le gouvernement lui offrit des emplois et des distinctions qu’il refusa. Il ne lui convenait pas d’être à charge au trésor, même en rendant des services à sa patrie, quoique sa fortune se fût fort dérangée au milieu des soins exclusifs qu’il donnait aux affaires publiques. A partir de ce moment, il eut lieu de manifester par des actes d’un autre genre que les traités de. commercé, son ferme attachement à la sainte alliance des peuples dans l’intérêt commun. Il avait, de longue main, la conviction que la plupart des guerres qui ont éclaté entre les États et dévasté le monde doivent être imputées à l’ambition ou à l’arrogance des princes et à l’égoïsme des aristocraties militaires qui-, n’ayant d importance qu’au milieu de ces sanglants et ruineux ébats, s’efforcent de les susciter. En d’autres termes, à ses yeux, la guerre était une immense folie, presque toujours sans cause légitime. Il lui répugnait extrêmement qu’on inscrivît au budget des sommes énormes pour accroître l’état militaire de son pays. Il détestait les expéditions lointaines et ne manquait jamais une occasion de montrer l’aversion qu’elles lui inspiraient. C’est ainsi qu’il blâmait les entreprises dirigées contre les princes limitrophes de l’empire anglais dans l’Inde et en Chine. Une fois, de concert avec ses amis de Manchester, il réussit à faire condamner par le Parlement une expédition contre les Chinois; mais le ministère en appela aux électeurs, et, dans l'élection nouvelle, Richard Cobden, John Bright et leurs Intimes, perdirent momentanément leur siégé au Parlement. C’était en 1857. Il n’avait pas davantage été favorable à la guerre de Crimée.

Peu après la signature du traité de commerce, le premier ministre, lord Palmerston, crut ou fit semblant de croire que la sécurité de l’Angleterre était menacée par l’empereur des Français, et que, par conséquent, on ne pouvait trop agrandir la Hotte ni trop fortifier le littoral. Il imagina de fonder la popularité de son administration sur les préjugés hostiles à la France, préjugés vivaces encore parmi les populations britanniques, de même, au surplus, qu’en France on obtient de faciles applaudissements en affichant des sentiments de haine ou de défiance contre l’Angleterre. Les acquisitions bien peu importantes (la Savoie et Nice) que la France s’était assurées en 1859, en fondant en Italie une monarchie autrement puissante déjà que le royaume de Sardaigne, et destinée à absorber prochainement toute la Péninsule, avaient excité en Angleterre des démonstrations d’inimitié. Le parti tory pouvait en profiter pour renverser lord Palmerston. Celui-ci, pour que cette arme ne servît pas contre lui, s’en empara et la fit sienne. Il affecta de craindre les entreprises de la France et de supposer qu’il était indispensable, urgent de se précautionner contre une invasion. La marine eut un gros budget, sous prétexte de la puissance de la marine française. Des fortifications furent établies à grands frais sur le littoral, même en des points où il était évidemment chimérique de supposer qu’une armée viendrait débarquer. L’idée d’organiser des milices sous la forme de bataillons de volontaires reçut mille encouragements, comme au temps où Napoléon Ier menaçait l’Angleterre du haut des coteaux de Boulogne. On vit même, à la sollicitation du ministre, la souveraine du Royaume-Uni se rendre au camp de Wimbledon, et là, de sa royale main, tirer à la cible pour donner la mesure du danger que courait la patrie et l’exemple de la résistance à opposer aux envahisseurs.

Richard Cobden passa les dernières années de sa vie à lutter contre le méchant calcul en vertu duquel lord Palmerston achetait la faveur de la partie la moins intelligente de la nation et la tolérance d’une grande partie des tories, en affectant de prévoir une agression de la France. La chambre des Communes, non que sa majorité partageât les craintes réelles ou jouées de lord Palmerston, mais pour éviter un changement de cabinet qui lui paraissait soulever des difficultés-, donna raison au premier ministre-, et vota les sommes qu’il demandait.

A l’opposé de lord Palmerston, Richard Cobden, en cela parfaitement, secondé par quelques amis et particulièrement par John Bright, recommandait tout ce qui pouvait rapprocher l’Angleterre des peuples du confinent et spécialement de son ancienne rivale. Il fut l’adversaire infatigable des gros budgets des départements militaires. De même, il se montra très-favorable au canal de l’isthme de Suez, que lord Palmerston s’efforçait d’entraver, quoiqu’il dût être utile à l’Angleterre plus qu’à personne; mais le chef de l’entreprise, M. Ferdinand de Lesseps, était Français. Pareillement Richard Cobden soutint le projet de remplacer, en Angleterre, le système ancien des poids et mesures, par le système métrique décimal qui est en usage si avantageusement en France et dans beaucoup d’autres pays. Ici encore lord Palmerston intervint avec le sentiment d’animosité sincère ou feint contre la France qui lui réussissait si bien. Le bill proposé par un membre éclairé de la chambre des Communes, M. Ewart, conformément aux conclusions unanimes d’un comité d’enquête, fut, sous la pression du premier ministre, dont ses collègues consentirent à se faire les dociles instruments, modifié, ou plutôt altéré, de manière à Be réduire à rien à peu près. La loi votée se borne en effet à reconnaître aux habitants du Royaume-Uni la faculté de traiter et contracter en mesures empruntées au système métrique.

Richard Cobden s’occupa aussi, dans les derniers temps, d’une modification au code maritime international qui aurait donné, en temps de guerre, à la marchandise, sur mer, les mêmes garanties qu’elle possède sur terre. L’opinion qu’il soutint était conforme à la réponse faite par les États-Unis à la proposition d’adhérer aux règles posées par le congrès de Paris de 1856, relativement au droit maritime. La question reste encore pendante.

Richard Cobden n’a de sa vie rempli aucun emploi public autre que celui de membre du Parlement, si ce n’est pendant le temps qu’il consacra à négocier à Paris le traité de commerce et les conventions d’octobre et de novembre 1860. Pendant qu’il était en Amérique, au printemps de 1859, lord Palmerston, rentrant alors au gouvernement, avait fait choix de lui pour la présidence du bureau du commerce (c’est l’équivalent du portefeuille du commerce). Il en reçut la nouvelle en débarquant à Liverpool. Il n’hésita pas un instant, il refusa, et fit connaître au premier ministre, dans l’entretien où il lui notifia son refus, qu’il entendait le gouvernement tout autrement que lui. Il éprouvait une aversion qu’il dissimulait peu pour l’école politique à laquelle appartenait lord Palmerston, école où l’on change de drapeau avec une parfaite aisance, comme si rien n’était plus naturel parmi les hommes d’État que de brûler ce qu’on adorait et d’adorer ce qu’on brûlait dès qu’on a un intérêt d’ambition à satisfaire.

Deux ans avant sa mort, Richard Cobden publia le plus remarquable de ses écrits, c’est la brochure intitulée les Trois Paniques. Lés trois périodes auxquelles il faisait ainsi allusion étaient celles de 1847, 1852-53 et 1861-62. Il montra le néant des frayeurs affichées par le parti de la guerre, il fit ressortir la part qu’y avaient la fiction et le calcul, et prouva combien, en fait, l’attitude et la pensée de la France étaient inoffensives. Cet écrit contribua, on peut le croire, à modérer les passions que d’autres s’efforçaient de déchaîner, mais il n’empêcha pas le budget militaire de l’Angleterre de s’élever, en temps de paix, à des proportions excessives.

Richard Cobden avait contracté sur mer, pendant une nuit froide de décembre 1859, dans un voyage entre Paris et la ville de Brighton, où résidait momentanément sa famille, une indisposition qui se fixa sur la poitrine. Ce mal intérieur le dévora pendant quelques années, quoiqu’il fît bonne contenance, voulant, comme l’empereur romain, mourir debout. Il y succomba presque subitement le 2 avril 1865. Il a laissé parmi ses concitoyens un nom béni par des myriades de familles dont il a amélioré l’existence, et honoré par les hommes d’Etat. On lui a érigé une statue, hommage visible du respect qui entoure sa mémoire. Ce respect est partagé par l’élite des hommes de cœur de tous les pays. Richard Cobden restera comme un des plus beaux types du dévouement aux intérêts publics, de la sympathie énergiquement féconde pour le grand nombre, ainsi que de la loyauté et du désintéressement.

Richard Cobden n’a cependant pas obtenu la faveur d’une tombe à Westminster; de petites passions et d’étroites rancunes Font privé de cet honneur si mérité. Mais ce n’est pas Westminster qui lui manque, c’est lui qui manque à Westminster. Tout ce que le gouvernement crut pouvoir faire fut d’offrir à sa veuve, qui est digne de lui, une pension qui eût été considérable, 1500 livres sterling (37500 francs), mais Mme Cobden répondit qu’elle ne pouvait accepter, parce que ce serait contraire aux sentiments qui animaient son mari. Les amis qu’a laissés Richard Cobden n’auraient pas permis d’ailleurs que le trésor public entreprît ce qu’ils avaient résolu de faire eux-mêmes.
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