La Rue d’Angleterre

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worldfairs
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La Rue d’Angleterre

Message par worldfairs » 12 déc. 2018 08:48 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La Rue d’Angleterre - rueangleterre.jpg

La rue d’Angleterre, une des plus larges et des plus belles du Palais, décrit à peu près un quart de cercle : par une de ses extrémités, elle confine au Parc, et par l’autre, à la Galerie des Beaux-Arts.

Si vaste qu’elle soit cependant, cette rue n’est qu’une très-minime partie de l’espace qu’occupent à l’intérieur les innombrables spécimens exposés par l’industrie de la Grande-Bretagne; mais elle est entre toutes les sections du Palais concédées à l’Angleterre, la plus remarquable par la magnificence, l’éclat, la richesse et la variété de ses produits.

Pour y arriver, en sortant du Parc, on traverse la Galerie du travail et l’on passe devant une magnifique tour à chariot et une machine à mortaiser, deux chefs-d'œuvre, qui ont mérité une médaille d’or à MM. Shepherd, Hille et Cie, de Londres.

L’ingénieuse machine à peigner la laine, dont M. James Eerrabée est l’inventeur, est en mouvement, arrêtons-nous et regardons-la fonctionner; en un quart d’heure nous la verrons faire plus de besogne que dix ouvriers armés des plus larges cardes n’en pourraient abattre pendant une longue journée de travail.

A l’entrée de la rue d’Angleterre, à gauche, on a installé les beaux produits métallurgiques de M. Johnson Matthey, de Londres: dans cette magnifique exposition, les objets qui attirent plus particulièrement et plus vivement l’attention, sont des chaudières en platine, fabriquées d’une seule pièce au moyen d’une soudure autogène.

Le jury, pour constater le mérite de cet éminent métallurgiste, lui a accordé deux médailles d’or ; une pour ses procédés spéciaux dans le traitement des métaux précieux, une autre pour le traitement du platine. Une médaille d’argent lui a été en outre départie, pour ses produits chimiques et pharmaceutiques.

Si nous trouvions le nom de M. Johnson Matthey parmi ceux des exposants qui se croient en droit de se plaindre des décisions du jury, nous l’avouons, rien ne pourrait égaler notre surprise.

Nous voici arrivés devant les draps et les tissus des différentes contrées manufacturières de la Grande-Bretagne. Tous ces produits, sans exception, sont remarquables par leur éclat et leur belle apparence.

Les tissus mélangés de MM. Aspinal frères; les draps pour paletots et les tissus de laine de M. Hargreave ; les beaux tissus de poil de chèvre, d’alpaga et de cachemire, pour manteaux, de MM. J. Walker père et fils sont des produits fabriqués avec soin et qui méritent la médaille d’argent qui leur a été décernée ; nous ne doutons pas, toutefois, que dans la travée qui confine à la rue que nous parcourons, l’Angleterre n’ait exposé des tissus de laine peignée et de laine cardée d’une exécution et d’une qualité supérieures; mais ils sont hors de notre portée et échappent à notre appréciation.

Nous signalerons cependant les magnifiques tissus de M. J. Alkroyd, d’Halifax, ceux de Bradford, et les belles draperies du sud de l’Ecosse et de l’ouest de l’Angleterre; nous les avons admirées dans une de nos libres promenades, à travers le Palais, et nous avons appris avec un véritable plaisir qu’une médaille d’or en a justement constaté le mérite et sanctionné la supériorité, au point de vue de la fabrication.

Dans une espèce de carrefour formé par une solution de continuité delà rue d’Angleterre, coupée par deux voies latérales, on a établi une étagère à huit pans dont la construction est tout à fait originale : chaque pan a deux faces opposées d’un mètre de hauteur et de cinquante centimètres de largeur ; toutes sont divisées en rayons égaux sur lesquels sont rangées les œuvres de tous les grands écrivains, poètes, philosophes et historiens de l’Angleterre. Sous ces seize vitrines hermétiquement fermées, ce n’est pas, bien entendu, une exhibition de belles éditions de Londres ou d’Edimbourg qu’on a voulu faire, mais une exposition complète de toutes les espèces de reliures.

Nous avons vu souvent autour de cette étagère bon nombre de braves gens qui devaient être du métier; à leur façon de regarder, il était facile de les distinguer des simples curieux. Si l’Angleterre n’eût pas chaque dimanche recouvert d’une toile épaisse tous ces beaux spécimens d’une industrie où elle excelle, nul doute qu’une foule de nos bons ouvriers ne s’y fussent rendus en pèlerinage.

Cette vitrine à huit pans, sur laquelle on a placé un fort beau buste de Shakespeare en bronze doré, produit au milieu de la rue un effet assez pittoresque.

Tout près de là, les riches dentelles de M. Jacoby de Nottingham et les magnifiques tulles brochés de MM. Heymann et Alexander se font vis-à-vis.

Nottingham n’est pas déchue de sa réputation; elle a pour sa fabrique de tulles obtenu la médaille d’or, et MM. Heymann et Alexander, qui peuvent revendiquer une part de cette distinction, ont personnellement reçu la médaille d’argent.
Nous voilà en pleine cristallerie : à gauche brillent, scintillent et miroitent les magnifiques produits de MM. Powell et fils, à droite ceux de M. Dobson de Londres. Contentons-nous d’admirer ces deux expositions splendides qui ont mérité la médaille d’argent à chacun de ces notables industriels; et mettons-nous, s’il se peut, au point de vue anglais pour n’avoir pas à relever ce qu’un grand nombre des principales pièces exposées par ces fabricants peuvent avoir de lourd dans la forme, de peu harmonieux dans l’ensemble et d’imparfait ou de heurté dans les détails.

En face d’un troisième fabricant de cristaux, M. James Green de Dublin, qui a, lui aussi, exposé de remarquables produits, se trouvent les trois plus riches vitrines de l’orfèvrerie anglaise, celles de M. Elkington, de MM. Hunt et Roskell, et celle de M. Hancock.

Trois médailles d’or leur ont été accordées; et la beauté et la perfection des riches produits qu’ils ont exposés méritaient à chacun d’eux cette haute distinction.

Certes, on ne saurait trop admirer le magnifique bouclier en argent repoussé où M. Elkington a fait retracer par un artiste, que nous soupçonnons d’être Français, les plus remarquables épisodes du beau poème de Milton : il y a tout un monde de personnages dans ce cadre resserré. Et quelle merveilleuse composition! La pensée, le sentiment, la poésie, tout ce qui révèle le grand artiste est là. On ne pouvait traduire Milton avec plus d’éloquence, de mouvement et de chaleur.

A côté, dans la même vitrine, est exposé un vase d’argent massif, qui a et A acheté par l’Empereur. Il est d’une forme très-belle et très-pure; et l’artiste qui l’a exécuté pourrait très-bien aussi être un compatriote. Qu’on ne suppose pas que nous émettions cette opinion pour diminuer le mérite de M. Elkington; non, la première qualité du chef d’une importante industrie, c’est non-seulement de savoir diriger ses ouvriers, mais de savoir choisir ses coopérateurs; et nous ne voyons rien que de très-heureux dans la franche association des riches industriels anglais avec ceux de nos artistes que le trop plein de Paris a forcés de s’expatrier pour travailler et pour vivre.

L’exposition de MM. Hunt et Roskell est particulièrement remarquable par l’importance, la richesse et la belle exécution de tous les objets d’art sortis de leurs ateliers.

Leurs deux vases, argent et vermeil, leur bouclier Outram, leur groupe de cerfs, leur vase et leurs deux groupes en argent oxydé, leur couverture de missel en platine repoussé, sont autant de chefs-d’œuvre.

Mais ce qui attire les regards de la foule et ce qui excite le plus vivement l’admiration de nos plus grandes dames, c’est, il faut bien le dire, la magnifique collection de diamants, d’émeraudes, de saphirs et de perles, détachée de l’écrin tout royal de la comtesse de Dudley.

Les produits de M. Hancock, placés à côté de ceux de M. Elkington, semblent en être la suite et le complément ; et bien loin d’en souffrir, ils empruntent un nouveau relief de ce redoutable voisinage.

L’élégance et la belle exécution des modèles que cet industriel a livrés à l’appréciation des innombrables visiteurs qui se sont succédé au Champ de Mars, devaient infailliblement attirer l’attention des juges les plus compétents; nous comprenons donc que l’Empereur se soit arrêté là plusieurs fois, que l’embarras du choix l’y ait ramené, et qu’il ait enfin accordé la préférence à deux splendides candélabres qui n’ont pu être exécutés que dans la prévision qu’il leur serait accordé une place d’honneur dans un royal domaine.

A quelques pas de là, M. Leuchars a exposé les plus beaux et les plus riches spécimens de sa maroquinerie. Nous reviendrons, dans un article spécial, sur ces produits qui se distinguent par les mérites d’une exécution toute nationale.

Les cheminées en marbre d’imitation, de M. Fergusson, méritent d’être signalées: leur foyer en fer poli a le magique éclat des beaux calorifères établis dans les salons de la riche bourgeoisie du Nord ; mais le prix fixé par le constructeur en exagère à nos yeux la valeur et en diminue considérablement le mérite. Il faut être trois fois millionnaire pour se chauffer à un pareil foyer.

Dans deux carrés ménagés à droite et à gauche de la rue que nous parcourons, on a réuni toutes les publications périodiques qui ont circulé en 1866 dans les trois royaumes. Elles excèdent de beaucoup en nombre celles qui ont été publiées en France dans la même période ; mais nous doutons qu’elles aient eu une action aussi puissante sur les esprits en Angleterre et à l’étranger, que nos modestes carrés de papier en ont eu partout où ils ont pénétré.

Cette exhibition, sans utilité aucune, nous semble trahir d’une façon tout-à-fait maladroite, la vanité que nos aimables voisins mettent dans tout ce qui émane d’eux et porte leur marque de fabrique.

A l’extrémité de la rue d’Angleterre, la société biblique de Londres a établi une étagère à douze compartiments mobiles, où elle a classé de très-beaux exemplaires de la traduction de la Bible en cent soixante-treize langues. Pour un philologue et un chrétien cette exposition l’emporte en beauté et surtout en utilité morale sur toutes les autres, et si le premier applaudit de l’esprit aux efforts des lettrés anglais, qui ont multiplié ainsi la parole de Dieu, l’autre applaudit du cœur aux travaux accomplis par les missionnaires auxquels rien n’a coûté et ne coûte encore pour la répandre et la propager.

Nous ne croyons pas qu’on puisse trouver parmi ceux qui colportent l’Évangile et le distribuent par fragments au Champ de Mars, un seul des apôtres qui, au péril de leur vie, l’ont enseigné aux peuplades sauvages. Si nous nous sommes moqué des uns, nous nous inclinons avec respect devant les autres.
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