La rue d’Autriche

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worldfairs
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La rue d’Autriche

Message par worldfairs » 10 nov. 2018 06:54 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

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Quand on pénètre dans la rue d’Autriche, par le Jardin central, on se trouve tout d’abord en présence d’une œuvre remarquable qui occupe le centre du vestibule qui sépare les salles du Musée rétrospectif consacrées à l’Autriche. C’est une statue personnifiant la Guerre. Le casque, le glaive, le bouclier, tous les attributs obligés sont à peine nécessaires. L’attitude du corps, le port de la tête, l’énergie du visage indiquent suffisamment le caractère de ce personnage allégorique. Cette statue, bien connue des visiteurs du Champ de Mars est l’œuvre d’un membre de l’Académie des beaux-arts de Vienne, M. François Melnitzky, un artiste dont le nom est populaire en Autriche.

Je laisse de côté la galerie de l’Histoire du travail, où se trouvent les vases hongrois dont j’ai déjà parlé ici, et je traverse le Salon autrichien dont plusieurs de mes collaborateurs vous ont déjà entretenus. Si je ne craignais d’être accusé d’usurpation, je vous recommanderais une belle page d’histoire : La Diète à Varsovie, en 1773, deM. Jean Matejiko, et un tableau de genre, d’une finesse et d’une fraîcheur charmantes, La Nuit et le Malin, de M. Schön.

Je ne parle pas, je n’en ai pas le droit, d’un poème au fusain, de M. Grottger, « La Guerre, » treize compositions d’une vigueur peu commune. Mais jetez un coup d’œil sur ces pages philosophiques, et dites si vous connaissez une plus éloquence protestation contre les préjugés belliqueux.

Mais je me hâté d’entrer dans la salle suivante consacrée au matériel des Arts libéraux. Ici encore, je vais me heurter à une chasse réservée, et ne pouvant vous parler des impressions diverses, des livres qui ont été passés en revue par M. Laurent-Lapp, je vous signalerai cependant les magnifiques reliures en or, acier, ivoire, velours, etc., de Batsche.

Pour n’avoir que peu d’années d’existence, la photographie n’en a pas moins un immense développement, grâce aux services qu’elle a rendus aux arts et à l’industrie. Elle est représentée au Champs de Mars, pour l’Autriche seulement, par 58 exposants! J’appelle votre attention sur la vitrine de MM. Verlac, Miethke et Navra. Entre autres choses, ces éditeurs exposent un album qui porte à la première page: «Polonia, 1863!» Que de souvenirs douloureux dans ce titre laconique! L’album contient la reproduction en photographie de six tableaux de M. Arthur Grottger, dont je vous parlais tout à l'heure, six pages d’histoire qui racontent la terrible agonie de la Pologne. La sixième, c’est une sorte d’apothéose de la nation vaincue. Brisant la pierre de son tombeau, la Pologne s’est une dernière fois soulevée, et, réunissant pour cette lutte suprême tout ce qui lui reste d’énergie, de sang, de force, elle a vaincu son ennemie, et tient à son tour, sous ses pieds, vaincu, écrasé, le vainqueur de la veille. C’est une consolation et une espérance !

Dans la même salle, viennent se grouper les instruments destinés à l’étude ou à l’application des sciences. M. Voigtlander, de Vienne, expose de remarquables appareils pour optique et pour photographie. Une croix fort enviée manque au médaillon fort riche déjà de M. Voigtlander. 6 médailles d’or et d’argent et 7 décorations constituent un assez joli bagage, mais tout cela n’est-il pas la monnaie delà Légion d’honneur?

On a relégué derrière une vitrine occupée par des reliures les préparations anatomiques. Ces pièces intéressantes pour les médecins ont, grâce à leur perfection, un aspect peu attrayant pour le public. J’approuve donc parfaitement la mesure qui, sans les cacher précisément, ne les expose pas brutalement aux regards des visiteurs, et cela d’autant plus que les intéressés sauront bien trouver l’exposition de M. Hyrtl, le Talrich deVienne, qui a obtenu une médaille d’or pour ses pièces anatomiques et ses imitations des organes humains.

Je ne veux pas quitter cette salle sans appeler votre attention sur la bel e étagère de M. Maurice Fischer, de Herend (Hongrie), qui se dresse au centre de la salle. Sa place serait plutôt dans le groupe III, le mobilier; mais ces faïences peintes, ces porcelaines délicates, ces charmantes figurines qui imitent le vieux Saxe, ces potiches qui rappellent, par leur forme et leurs couleurs, les créations si recherchées de la Chine et du Japon, tout cet ensemble d’objets élégants et gracieux repose le regard et égaye cette salle un peu sévère, où l’œil passe des instruments de précision aux instruments de chirurgie.

J’ai admiré sur l’étagère de M. Fischer une coupe avec soucoupe en porcelaine, appartenant à l’impératrice d’Autriche. Les plus beaux modèles de Saxe et de Sèvres n’ont pas de peintures plus fines et plus délicates.

Dans la salle suivante, je rencontre de nouveau les éditeurs d’ouvrages de luxe, de gravures sur bois et sur acier, d’estampes, de musique, etc. Je vous engage à feuilleter les albums exposés par M. Paterno, devienne. A côté des beaux livres, les papiers de luxe et les reliures artistiques. Tout cela se tient évidemment. A côté des reliures en marqueterie, en mosaïque, de M. Theyer, de Vienne, à côté des mille objets de fantaisie qui ornent et encombrent surtout le bureau des personnes qui n’écfivent pas, vous trouverez des peaux de vélin d’une finesse et d’une égalité remarquables. Les éditeurs annoncent souvent une édition de luxe imprimée sur vélin. Ne vous y trompez pas. C’est tout bonnement un très-beau papier qui imite la blancheur et le satiné du vélin. Ce que je vous montre, au contraire, c’est une véritable peau de veau, réduite à l’épaisseur d’un fort papier, et qui possède une souplesse, un velouté, une blancheur, que la fabrication n’imite que de loin. C’est sur ce vélin que MM. Marne, de Tours, ont tiré quelques exemplaires de grand luxe. Mais quand vous saurez qu’une feuille de vélin sans défaut vaut environ 14 francs, je n’aurai pas besoin d’ajouter que cette espèce de parcheminerie ne s’emploie pas, en général, pour les éditions populaires. En face des éditeurs, des relieurs et des papetiers, les fabricants d’écume de mer ont élevé de hautes vitrines où ils ont entassé toutes les fantaisies des sculpteurs de Vienne. Vous avez vu, dans la galerie des machines, travailler l’écume de mer. Malgré cette initiation aux procédés qu’emploient ces fabricants, vous aurez peine à comprendre comment des doigts humains ont pu créer ces objets si fragiles, si délicats, si finement sculptés, si hardiment fouillés. Cette industrie compte à Vienne plusieurs établissements importants, parmi lesquels je citerai les maisons Eyer, Friedrich, Roch et Cie, Hiess, Beisiegel et Hess, devienne, etc.; — à côté des pipes en écume, vous trouverez la vitrine de M. Meyer, qui expose divers objets en ambre travaillé et sculpté avec beaucoup de goût.

Le fond de la salle est occupé par les merveilles de la cristallerie et de la verrerie de Bohême. Il me suffit de vous indiquer parmi les exposants, MM. Wilhelm Hofmann, de Prague, dont les verres colorés et les cristaux fins, soutiennent la vieille réputation de la Bohême, et M. Adolphe Meyer, dont les grandes pièces de cristallerie ont été récompensées d’une médaille d’or. M. Henri Ulrich lutte pour enlever à la Bohême son quasi-monopole. L’exposition de ce fabricant renferme de jolis services de table, d’un bon modèle et d’une exécution assez bonne. Le jury a reconnu ses efforts et lui a donné une médaille de bronze.

Ai-je besoin de vous signaler l’exposition de M. Auguste Klein, de vous parler de l’élégante étagère qui occupe le centre de cette salle? Quelle visiteuse ne s’est pas arrêtée devant ce monde de bibelots élégants, ces myriades d’objets de fantaisie dontParis avait autrefois le monopole, et que M. Klein a, pour ainsi dire, acclimatés à Vienne. Il y a de tout dans cette vitrine, de la maroquinerie, de la marqueterie, des sculptures, des gravures, des ciselures, des cristaux, des porcelaines, des émaux, etc. L’or, l’ivoire, la nacre, l’écaille, les bois précieux, le bronze, tout est employé, tout se transforme sous des mains habiles, tout vient apporter son tribut à cette industrie élégante dont Mombro, Barbedienne, Tahan, sont les maîtres. Au reste, M. Klein ne semble pas craindre la lutte. C’est à Paris, en plein boulevard des Italiens, qu’il vient faire concurrence à ses rivaux français. Et, je dois l’avouer, le public a jusqu’à présent accueilli très-favorablement son audace.

Il faut quitter la rue d’Autriche et pénétrer dans les salles voisines pour voir les grands meubles, les étoffes, les vêtements autrichiens. Je me borne à indiquer cette exposition, qui est très-complète et très-riche et qui donne une haute idée de l’industrie viennoise. La rue d’Autriche ne contient que les accessoires du vêtement, si je puis m’exprimer ainsi, c’est-à-dire la chapellerie, la ganterie, les chaussures fines, les cravates, la lingerie de corps, etc. Toutes ces vitrines se distinguent par une élégance, une science des dispositions, un tact, un goût, qui révèlent la grande capitale. On sait, du reste, que Vienne est la ville d’Europe qui rappelle le plus fidèlement le côté élégant de la vie parisienne.

Au milieu des vitrines consacrées à toutes les créations de la mode, s’élève un pavillon où sont réunis les échantillons d’une des richesses minérales 'du pays. Je veux parler des opales et des grenats. Vous serez peut-être surpris de voir des grenats, exposés par MM. Schlechta et Cie, atteindre le- prix de 8 et 10000 francs. Mats dans le compartiment voisin, vous trouverez les opales de Mme Emilie Goldschmidt, dont la valeur s’élève à 50, 60 et 75 000 francs. Dans un compartiment des mêmes pavillons, MM. Brex et Anders exposent, parmi quelques objets d’orfèvrerie remarquables, un ostensoir d’un style excellent, dont l’ornementation est très-sobre, et qui mérite la médaille de bronze qui a été décernée à ces exposants.

Ce n’est qu’en passant rapidement (car ici encore je serais exposé à prendre les pommes du voisin), que je vous indiquerai la dernière salle où l’industrie métallurgique expose le résultat de ses travaux, de ses efforts, en face des échantillons envoyés par toutes les mines d’Autriche. D’un côté, les richesses naturelles, que l’exploitation rend chaque jour plus abondantes, de l’autre, ces mêmes produits, mais travaillés, transformés, rendus utiles et d’une application facile. Marienthal envoie ses ardoises qui ont obtenu une médaille d’argent, et voici que l’industrie de luxe s’en empare et nous donne de charmants albums de notes élégamment reliés, où le vélin est remplacé par de minces feuilles d’ardoises.

Un pas encore, et nous allons trouver dans la galerie des machines l’emploi de ces métaux que la Hongrie, la Bohême, la Slavonie, la Gallicie commencent à fournir avec abondance. C’est à M. Charles Boissay qu’il appartient de vous en parler. Je dois me borner à vous montrer, avant de sortir, de charmantes boiseries pour portes d’appartements, pour fenêtres et pour portes-fenêtres. Et maintenant, nous voici hors du Palais; je ne vous quitte pas encore, cependant. Voici, sous le promenoir, la brasserie Fanta, où vous pourrez, tout en vous reposant de votre voyage en Autriche, entendre les musiciens de Bohême jouer leurs airs nationaux. C’est une des plus charmantes distractions que vous puissiez trouver au Champ de Mars. Si vous préférez le grand air, voici à quelques pas, dans le Parc, la brasserie Dreher où vous trouverez huit tableaux qu’un anonyme a consacrés à la représentation des costumes si pittoresques de l’empire d’Autriche.
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