La Flotte nouvelle de la France

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worldfairs
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La Flotte nouvelle de la France

Message par worldfairs » 03 nov. 2018 06:45 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Le ministère de la marine expose dans la galerie du palais du Champ de Mars les modèles des nouvelles constructions navales qui servent maintenant de types à la flotte française et dans le pavillon construit sur la berge de la Seine, près de la machine du Friedland, un grand tableau suspendu contre la muraille représente l’intérieur d’une frégate cuirassée de premier rang et les mille détails de l’agencement de ces colossales machines de guerre, bien faites pour frapper d’étonnement un modeste habitant de la terre ferme.

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Intérieur de la frégate cuirassée

Ces modèles sont au nombre de dix-neuf. La famille nouvelle des bâtiments cuirassés qui a pour père M. Dupuy de Lomé, depuis la Gloire, dont les débuts eurent tant d’éclat et firent si grand honneur à l’éminent directeur du matériel de la marine, jusqu’au plongeur, bateau porte-torpille, s’y trouve réunie, et, tout auprès, les avisos à grande vitesse, les yachts rapides, les canonnières qui se démontent et peuvent se transporter au loin, toute cette création d’une marine dont le premier élément est la mobilité et la vitesse unies aux plus puissants moyens d’attaque et de défense. L’art de l’ingénieur est parvenu à donner aux carapaces de la tortue la légèreté de l’hirondelle. Voyez ces masses colossales bardées de fer : elles vont, viennent, tournent malgré le vent et la marée, brisant les lames, rompant toutes les résistances, toujours maniables et dociles à la pensée qui les domine, obéissantes au chef habile dont le sang-froid saura les lancer ou les retenir à propos, et dirigera à son gré ces masses terribles qui dans leur choc briseront toutes les résistances.

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Soférino, vaisseau cuirassé

Il y a trente années à peine, les vaisseaux en bois régnaient en maîtres et, s’élevant majestueusement sur les flots, attendaient patiemment qu’il plût au vent de leur donner la force nécessaire pour sortir de leur immobilité. — Une première fois la France eut l’initiative d’une grande révolution navale, et l’on se rappelle encore les éloges enthousiastes qui accueillirent l’œuvre de M. Dupuy de Lôme, le vaisseau à vapeur le Napoléon, que le même ingénieur devait si vite détrôner. Le navire cuirassé était en effet la conséquence même des progrès de l’artillerie. Depuis que le général Paixhans était parvenu à lancer des obus dans la muraille de bois d’un navire, avec les canons ordinaires, il fallait demander au fer la sûreté qui faisait maintenant défaut ; mais le problème était des plus difficiles à résoudre, et si, pendant la guerre de Crimée, les batteries flottantes la Lave, la Dévastation, avaient montré devant Kinburn les services que pouvait rendre une forteresse dé fer, l’absence absolue de qualités nautiques paralysait la plupart du temps leur action. Aux conditions de stabilité et de sûreté, il fallait donc joindre la rapidité et la facilité d’évolutions, les rendre capables de porter ces poids immenses sans rien perdre de leur légèreté, ajouter une artillerie puissante, le charbon pour les machines, l’eau et les vivres pour un équipage nombreux. Cette fois«encore M. Dupuy de Lôme eut l’honneur de doter la France de ce magnifique instrument de combat et d’accomplir cette grande révolution maritime à laquelle son nom restera attaché.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - La Flotte nouvelle de la France - Le magenta et le Taureau - magentaettaureau.jpg
Le magenta et le Taureau

Depuis lors, chaque année, un nouveau perfectionnement a été réalisé. L’aération des premiers navires était vicieuse, les logements incommodes et peu salubres. Des dispositions ingénieuses corrigèrent ces premiers défauts, mais pendant ce temps l’artillerie, développant ses moyens d’action et créant#des pièces nouvelles, parvenait à percer les plaques protectrices, si bien que de douze centimètres d’épaisseur, comme les plaques de la Gloire et du Magenta, elles étaient successivement portées à quinze centimètres d’épaisseur sur laFlandre, à vingt centimètres sur le Marengo, à vingt-deux sur le bélier le Taureau. La création d’une marine sans aucuns précédents, employant des navires mis à l’abri des projectiles et puisant dans l’enveloppe de fer qui entourait leurs membrures une force nouvelle pour l’attaque, eut pour conséquence immédiate de modifier profondément la tactique navale et de substituer l’ordre de front à l’ordre de flanc. Dans un duel, un tireur habile s’efforce de tenir toujours son adversaire devant la pointe de son épée. Il en est de même du commandant d’un bâtiment cuirassé : l’avant de son navire doit toujours tenir tête à l’ennemi ; mais ce serait une grande erreur de croire que le danger ait diminué. Tout au contraire, avec ces masses flottantes et la puissance effroyable des engins employés pour l’attaque ou pour la défense, avec la vitesse, cette autre force inconnue des anciens marins, le péril, en se concentrant pour ainsi dire, est devenu plus redoutable encore, et jamais, à aucune époque, les qualités morales du chef et des officiers placés sous ses ordres n’auront joué un rôle plus important. Les batailles, qui décident parfois des destinées d’un pays, dureront maintenant quelques minutes à peine, et il faut à l’avance profiter de la paix pour habituer les chefs et les matelots à manier et à soumettre à leur volonté ces monstres nouveaux; car, ne l’oublions pas, plus la matière devient puissante, et plus la valeur morale de l’homme et le rôle qui lui est réservé dans ces luttes gigantesques grandit et s’élève. Mais nous pouvons être sans inquiétude, l’amiral Rigauld de Genouilly, dont les échos des batteries de Sébastopol et des mers de Chine ont si souvent répété le nom glorieux, veille avec un soin jaloux sur notre flotte. La marine française restera digne de sa noble tâche, et le pavillon aux trois couleurs flottera toujours avec honneur sur ces mers où les nouveaux navires cuirassés portent le drapeau de la France.
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