Les Costumes français

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Les Costumes français

Message par worldfairs » 23 oct. 2018 03:47 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Mon cher Ducuing,

Vous avez été des premiers à m’applaudir de m’être joint au groupe d’artistes que la Commission impériale avait chargés déformer la classe 92, dite des Costumes populaires.

Vous comprîtes alors tout l’intérêt que devait offrir une exposition des derniers costumes portés en France, dans les provinces que n’ont pas envahies la blouse bleue ou la jaquette parisienne. Il y avait, en effet, quelque chose à faire avec ces derniers vestiges des mœurs anciennes ; leur classement par ordre chronologique, leur division par provinces, leur examen au point de vue des industries locales, etc., etc., tout cela exigeait un travail consciencieux, une longue étude, dont la perspective m’avait séduit.

Je dois le dire, sans hésiter: nos beaux rêves n’ont pu se réaliser. Nous avons eu des vitrines, nous n’avons pas eu l'exposition savante que le programme officiel nous avait conseillée, mais sans nous fournir les moyens de l’exécuter.

C’est bien le moins, n’est-ce pas, mon cher Ducuing, que je vous dise ici nos déboires et nos regrets ? Non pas que je veuille m’en prendre à quelqu’un. La faute n’en est à personne. L’idée première, celle qui a fait entrer les costumes dans le groupe X, était excellente. Nous l’avions tous comprise, mes collègues et moi. Mais les moyens pratiques d’exécution nous ont fait défaut. Ils devaient nous faire défaut; nous l’avons su plus tard.

postillonfrancais.jpg
Postillon français

Rangés, en effet, dans la catégorie des produits industriels et commerciaux, les costumes français ont dû faire les frais de leur exposition. Or, faire les frais de son exposition, c’était chose facile à un produit qui pouvait rapporter à son fabricant, à son propriétaire, à son inventeur, un bénéfice quelconque. Mais quel profit voulait-on qu’un exposant complaisant trouvât à nous prêter de pittoresques reliques, — que cet exposant fût un particulier, collectionneur ou artiste, ou une administration municipale, ou une administration préfectorale?

Quand nos choix furent faits, nous eûmes à calculer les dépenses nécessitées par l’installation des vitrines et l’acquisition des mannequins. Ces dépenses s’élevèrent à une somme assez forte, laquelle fut répartie sur tous les exposants admis, et nous tarifâmes telle ville, telle préfecture, tel collectionneur, tel habitant complaisant d’une contrée pittoresque. Ah ! mon cher Ducuing, ce fut le quart d'heure de Rabelais. Beaucoup de nos admis s’enfuirent, et nous restâmes avec ceux que la Providence, qui veillait sur la classe 92, voulut bien retenir. Ceux-là vous les avez vus au Palais de l’Exposition. Réunis dans notre petite salle, ils sont nombreux encore, mais ce n’est pas là tout ce qui était original et curieux.

Vous parlerai-je aussi d’un terrible ennemi, que nous n’avons pu vaincre qu’à moitié? Cet ennemi, c’est l’indifférence locale. Dans quel étonnement ne jetions-nous pas les habitants des Deux-Sèvres ou du Bas-Rhin, quand, soigneux à l’excès, nous leur demandions-tels ou tels costumes, telles ou telles parties de costumes, en bien précisant chacune des originalités que nous leur savions. Tout surpris de notre science, ils arrivaient bien vite à la taxer de badauderie, et ils admiraient ces Parisiens recherchant un chiffon, une collerette ou un jupon! C’était l’éternelle histoire du rapin, caressé vivement par la crosse main joufflue de la paysanne, dont il veut esquisser le galbe si pur. Nous n’avons pas de galbes, chez nous! était-on tenté de nous répondre avec un accent d’indignation.
Jugez un peu ce qu’on nous répondait ensuite, quand nous étions obligés d’imposer d’un quantum le bonnet de la Cauchoise ou la mante de la Rocheloise !

Enfin, mon cher Ducuing, nous sommes arrivés à faire ce que vous avez eu, pour votre part, la bienveillance d’admirer. Merci, mais la chose est incomplète. Néanmoins, je voudrais bien que ce petit noyau d’exposition de costumes populaires fût conservé. On pourrait, peu à peu, compléter notre œuvre, qui, renfermée dans quelque salle d’un musée parisien, — au Louvre, si ce n’est pas trop ambitieux, à côté___ le dirai-je? du musée des Souverains, — ou aux Beaux-Arts, ou encore dans une École gratuite de dessin, offrirait des modèles très-curieux, des souvenirs très-intéressants.

Mais on n’en fera rien, je gage. Chaque amateur reprendra ses costumes, chaque commune redemandera les siens, et tout disparaîtra comme le reste.

Vous me demandez de signaler ici quelques-uns des types les plus curieux, abrités par notre modeste vitrine. Je vous ai déjà parlé des costumes bretons ; les costumes normands ne se distinguent guère que par les coiffures des femmes; les costumes alsaciens sont très-connus; en Auvergne, il y a des parties de costumes que le dessin seul peut rendre; il en est de même dans les autres provinces; je laisserai donc vos lecteurs s’arrêter d'eux-mêmes aux trois dessins que vous leur offrez.

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Homme et femme du cher

Les types de la vallée d’Ossun sont toute une page d’histoire. On peut écrire sous ce charmant croquis le mot de Louis XIV : Il n’y a plus de Pyrénées! Ce bon et honnête paysan rappelle un brigand de Gil Blas, et semble avoir posé pour le contrebandier dont l’image ennoblit le cahier de papier à cigarettes espagnol, fabriqué rue Saint-Martin, à Paris. Le costume des habitants du Cher, homme et femme, a un caractère que je n’ai pas besoin de faire ressortir. On m’a dit que c’était un des plus menacés par les coupes sombres que projette le ciseau des tailleurs parisiens. On a donc bien fait de le fixer aussitôt dans le bel album de l’Exposition universelle illustrée; la Belle-Jardinière ne l’y viendra pas prendre, et qui sait si, quelque jour, — aux temps prédits pour le retour des diligences détrônant les chemins de fer ! — les habitants du Cher ne seront pas bien aises de retrouver dans votre livre, mon cher Ducuing, le modèle des costumes que portaient leurs pères?

Mais que vient faire là ce postillon? J’ai prononcé le mot « diligence » à propos d’une mantille et d’une culotte courte, c’était bien à propos de lui que je devais raviver ce souvenir. Hélas ! le postillon n’est plus ! Morte la chaise de poste, mort le postillon !! Ne médités pas que vous en rencontrez encore dans les rues de Paris ; fi! ce sont de faux postillons. Pour l’honneur de la vieille corporation éteinte, je tiens à le dire. Un postillon de la vieille race eût brisé son fouet, comme un gentilhomme son épée, plutôt que d’atteler son percheron à cette grande et affreuse voiture qui porte aux quatre coins de Paris les exemplaires d’un journal à un sou. Vous me direz : c’est la démocratisation du postillon ! Ah! le vilain mot, et comme il jure à côté d ? ce cavalier joyeux, fringant, de belle humeur et de bon courage, qui suivait les grandes routes et traversait les villes en faisant claquer son fouet, tout fier de la berline dont les coussins moelleux portaient M. le comte et Mme la comtesse, ou M. le duc et Mme la duchesse — quand ce n’était pas M. le duc avec Mme la comtesse et Mme la duchesse avec M. le comte.

Non, non, le postillon n’est plus ! Ils ont volé sa défroque dans les armoires d’un vieux château, ces hommes qui boivent chaque jour aux cabarets de la rue du Croissant et dégustent la littérature de M. Timothée Trimm. Et, tenez, je n’en veux d’autre preuve que la déclaration de M. Dailly lui-même, le fournisseur du Petit Journal. Il m’écrivait un jour que le costume n’existait plus. Depuis 1830, si je ne me trompe, aucune ordonnance n’a paru pour régler les couleurs du postillon. Aucune ordonnance ! Comprenez-vous cela! Etonnons-nous que la monarchie de Louis-Philippe ne soit pas restée debout !... Les postillons l’avaient condamnée. En mourant, ils ont lancé l’anathème aux d’Orléans. — L’Empire a été épargné, car la Maison impériale a, vous le savez, ses postillons.

Je crois, d’ailleurs, reconnaître dans votre vignette un portrait. Il me semble retrouver les traits d’un vieux mais solide gaillard, que Armand Dumaresq fit venir dans son atelier pour le dessiner. Le postillon émérite fut fier de poser devant le peintre de Cambronne, et je ne sais pas s’il ne raconta pas, à la façon d’Homère, ses dernières luttes contre les chemins de fer, en se vantant d’avoir eu, lui aussi, un glorieux Waterloo.

Le nom de ce brave homme ne me revient pas. N’est-ce pas Girard ou Gaillard? Qu’importe. Son vrai nom, c’est « le postillon. » On le connaît rue Pigale et rue de la Tour-des-Dames. Il a dû conduire un jour Louis XVIII ou Charles X. Il savait le trot qu’il fallait aux Majestés de la branche aînée des Bourbons, et sans médire des carrossiers, il prétend que le sommeil en berline était dû au postillon bien plus qu’aux ressorts. — Je le veux bien.

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Homme et femme de la vallée d'Ossun

Armand Dumaresq m’a dit qu’on pouvait écrire tout un poème sur le père Girard? Si je me laisse tenter, je vous demanderai pour frontispice le croquis que vous donnez à vos lecteurs.

Il y avait bien encore quelques types, dans le même genre, à vous signaler, mais j’ai peur de l’incrédulité de vos lecteurs. Si je leur affirmais, par exemple, qu’un joli costume de poissarde ou d’écaillière eût été un des plus curieux ornements de la collection des costumes populaires ? Si je m’arrêtais philosophiquement devant un égoutier? Vous faites une grimace? Gérôme, mon collègue au Comité de la classe 92, n’a point eu ce dégoût; il a dessiné l’égoutier de Paris, — ce Parisien sous-terre,— et son crayon, qui esquissa César et Cléopâtre, a su faire une curieuse originalité de l’homme que les robes blanches et les habits noirs ne demandent point à fréquenter. N’est-ce pas là un costume populaire ? Moi, j’aurais voulu, dans notre Exposition, jusqu’au chiffonnier. Encore un type, celui-là, que les tombereaux municipaux détruiront un jour. — Si j’écris le poème sur le postillon, je terminerai par un épilogue dans lequel défileront, comme aux Champs-Élysées, les ombres des originaux méchamment mis à mort par la civilisation. Le chiffonnier fermera la marche, en ramassant les oripeaux de ses devanciers devant la postérité.

Et maintenant, l’heure est venue de tirer le rideau sur les vitrines de la classe 92. Retournez à vos grandes armoires de famille, vieux costumes que le temps n’ose plus respecter! vous avez fait sourire vos visiteurs, les uns parce qu’ils se rappelaient le passé en vous voyant, les autres parce qu’ils vous comparaient à l’avenir ! N’en soyez pas honteux: vous êtes les cheveux blancs du goût français, vous êtes la vieillesse, et si l’on s’est moqué de vous,— mais non pas sans avouer qu’on vous avait portés,— vous serez un jour bien vengés, car on se moquera aussi des costumes modernes, — mais sans oser dire qu’on les avait adoptés !...
Bien à vous, mon cher Ducuing.

Eunest Dréolle
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Re: Les Costumes français

Message par worldfairs » 24 oct. 2018 08:35 am

Auvergnats et Bourguignonne.

Les mois d’Exposition universelle que nous venons de parcourir ont fait passer et glisser sous les yeux du spectateur attentif et du philosophe une variété de tableaux vivants et parlants, des plus curieux parfois et des plus pittoresques.

auvergneporteurchassesaintamable.jpg
Auvergne - Porteur de la châsse de Saint Amable

Tout homme qui a des yeux et qui sait se servir de ses veux pour regarder n’aura point perdu son temps, je vous jure, n’eût-il assisté qu’à cette revue mémorable, où les peuples les plus divers ont spontanément et joyeusement défilé devant nous à Paris. Bariolés de tous les costumes, montrant tous les aspects et tous les types de la physionomie humaine, depuis le type caucasique jusqu’à l’éthiopien, et faisant entendre çà et là tous les sons mélodieux ou rauques, naïfs ou compliqués, qui forment ici-bas nos langues, nos jargons et nos patois, ils nous sont venus de tous côtés, du levant et du couchant, du septentrion et du midi.

Celui-là aura le plus et le mieux voyagé cette année qui n’aura point quitté Paris.

Mais dans cette affluence d’hommes et de femmes, de jeunes gens et de vieillards, n’allez pas croire que le spectacle des Allemands, des Anglais, des Espagnols, des Chinois, des Arabes, des Indiens, des Russes, des Portugais, etc., etc., ait été notre distraction suprême et notre plaisir du plus haut goût.

A tous les cœurs bien nés, que la patrie est chère !
a dit le poète. Or, par une inconséquence assez naturelle à notre infirmité, il se trouve que la patrie, qui nous est si chère, était-on ne peut plus inconnue de la plupart d’entre nous. Les touristes se pressent vers l’Ecosse ou l’Italie, et, les malheureux! ils méconnaissent ou dédaignent la Bretagne et l’Auvergne, l’Alsace, le Quercy et le Limousin!

Il y a là cependant de charmants petits pays on ne peut plus dignes d’être visités et qui ne se ressemblent pas. Il y a des nations en miniature où les mœurs, les caractères, les idiomes même, changent et se modifient à plaisir. Une seule chose ne change pas sous ces différentes livrées et à travers ces humeurs et ces aptitudes si originales et si tranchées, c’est le sentiment national, c’est le cœur, partout fidèle et ardent, et n’ayant qu’une façon de battre, à la française, sous la veste et sou9 le sarrau, sous la lévite et sous la blouse.

Eh bien ! toutes les provinces de France sont accourues par nombreux échantillons, je devrais dire par longues bandes, à notre belle Exposition 1867; et le Champ de Mars s’est émaillé de Flamands et de Champenoises, de Provençales et de Picards, d’Alsaciennes et de Gascons, de Bourguignons et de Poitevines. Nos bons paysans avec l’air et le goût du terroir, francs de langage et d’allure, vêtus comme leurs pères et tout au plus endimanchés, se sont fait voir à ces Parisiens ennuyés et blasés, dit-on, mais qui n’ont pas laissé toutefois de s’ébahir et de s’émerveiller à la vue de ces fraîches et loyales mines de vaillants agriculteurs et de sages ménagères.

Le gros bon sens et la fine naïveté campagnarde n’ont point fait tache dans notre esprit subtil et raffiné. Au contraire, ce levain-là donne de la saveur à la pâte.

bourgognepaysanneavallon.jpg
Bourgogne - Paysanne d'Avallon

Il n’y a souvent que l’habit et les manières qui soient un peu grossiers chez nos paysans de France, les plus ruses et les plus satiriques paysans lu monde. Voyez leur œil malin qui : erre d’un éclair et met à jour tel brave bourgeois qui se croit d’autant [dus impénétrable qu’il est plus épais; écoutez leurs dires et leurs sentences ; observez surtout leur conduite, — et tirez vos conclusions !

On a remarqué en mainte rencontre que, dans la société proprement dite, les gens se suivent et se ressemblent, et qui a vu l’un connaît l’autre; mais il n’en est pas de même avec la société de nos paysans et, quelque fort que vous soyez sur le Beauceron ou le Morvandiot, ne vous flattez pas de deviner du premier coup l’Auvergnat ou le Bourguignon.

L’Auvergnat particulièrement mérite d’être étudié et approfondi. Sobre, tenace, entêté même, dur au travail et inaccessible à l’amour de la dépense, entendu sans qu’il y paraisse à toutes sortes d’entreprises et même de chicanes, l’Auvergnat est né pour faire fortune. Il partira, un matin ou un soir, et, charbonnier ou chaudronnier, son bâton ferré à la main, son large chapeau sur le nez, avec de gros sabots bien lourds, mais aussi avec un dessein bien arrêté de faire fortune, il ira sans peur, et, croyez-moi, là où il ira, il fera sa trouée et, pour me servir d’un mot fréquemment employé parmi les Auvergnats de ma connaissance, il parviendra à ses fins.
Même lorsqu’on a commencé son voyage en blouse et en sabots, on peut monter très-haut et aller très-loin.

On danse beaucoup en Auvergne. Aussi, les jours de fête et le dimanche après vêpres, paysans et paysannes en toilette, en mouchoirs rouges, en tabliers blancs, avec des rubans aux chapeaux, se réunissent joyeusement dans une salle d’auberge, et ce ne sont bientôt que bourrées bruyantes et que rondes. La tête, les jambes et les bras, tout s’en mêle. La musette en peau de chèvre, alterne avec la voix, à travers les trépignements, les applaudissements et les cris.

auvergnepaysannepuy.jpg
Auvergne - Paysanne du Puy

Mais il y a saison pour tout, dit l’adage, et, avant ou après la danse, la dévotion n’est pas négligée. Elle a son tour. Les beaux costumes tout neufs s’étalent aux processions de l’Église, et, deux fois par an au moins, la chasse de saint Amable un grand saint auvergnat, e*t entourée d’une foule pieuse et recueillie. Saint Amable fait, au besoin, et selon les prières qu’on lui adresse, la pluie et le beau temps; il donne „ des fiancés aux jeunes filles et des enfants aux jeunes mères. Porter en procession la châsse de saint Amable est une faveur qu’on brigue longtemps, et qui n’est pas accordée au premier paroissien venu.
Le privilégié est vêtu tout de blanc : la casaque et le gilet sont de flanelle, la culotte et les guêtres sont de coutil, et l’ample chapeau à claque est posé majestueusement en colonne sur un front épanoui et fier. Puis viennent les hommes à la blouse bleue et au large feutre noir, ou aux vestes noires ou brunes ornées de gros boutons de cuivre resplendissants, puis les femmes en chapeaux de paille de toutes les formes, et en jupons et tabliers de toutes les couleurs. Souvent leur visage s’encadre de deux coiffes, l’une plissée et l’autre « la religieuse, à plis droite et corrects. Les bergères des environs de Thiers portent volontiers le petit fichu d’indienne à grands ramages rouges et bleus, et le tablier de satin qui descend sur le jupon- de droguet rayé. Quant au chapeau qu’elles laissent pendre par derrière, il n’a rien des chapeaux Lamballe, des toquets et des bibis, c’est un meuble immense, large et rond comme un bouclier antique, et qui, dans les champs et le long des prés, dans la plaine et sur la montagne, devient un parasol quand le soleil brûle, et un parapluie quand le nuage crève. On n’est pas plus commode ni plus complaisant.

La chaussure auvergnate, par excellence, c’est la paire de sabots, dans sa forme originelle sans doute et la plus massive; mais le pied s’y trouve à l’aise, à l’abri de l’humidité, et je ne serais pas étonné que tel Auvergnat, qui a chaussé plus tard la bottine ou l’escarpin, n’ait, comme a dit quelque part Béranger:

Dans le soulier qui le blesse,
Regretté ses vieux sabots.

Parmi les Auvergnats et les Limousins de l’Exposition, remarquez-vous cette jolie villageoise bourguignonne ? légère et pimpante sous son petit bonnet qui s’aplatit sur le front, mais se relève en tuyaux et en ruche sur les oreilles, elle est vraiment tout à fait avenante. La jeunesse et la bonne grâce relèvent si bien la simplicité de la toilette ! La croix d’or, qui est pendue au cou de la jeune fille, retombe entre les plis du fichu d’indienne semé de roses. La casaque est en drap noir, le jupon en futaine rayée de rouge et de vert, le tablier en cotonnade à petits carreaux, et les pieds chaussés de bas violets plongent dans des souliers plats.

Rien n’est plus modeste, rien n’est moins tapageur que cet accoutrement ; mais tout cela sied délicieusement à la gentille campagnarde, et un artiste de profession n’y trouverait rien à reprendre. Cette Bourguignonne, des environs d’Avallon, ramène gaiement le souvenir de la Perrette au Pot au lait:

Légère et court vêtue, elle allait à grands pas,
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple et souliers plats.

Or, ce souvenir est tout un tableau plein d’élégance et de naturel, qui semble rire et briller dans notre esprit.
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