La machine à vapeur de M. Bourdon

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6496
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

La machine à vapeur de M. Bourdon

Message par worldfairs » 18 oct. 2018 01:00 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport - La machine à vapeur de M. Bourdon - machinecylindresinclines.jpg

Quel sujet plus digne de nos études que ces merveilleux instruments de nos conquêtes industrielles, que ces engins puissants par la vapeur animés !

Certes ces engins ne manquent pas à l’Exposition. Chacun a, pour ainsi dire, une spécialité : celui que représente notre gravure a la sienne. Sa disposition technique a pour objet de produire un mouvement plus uniforme et plus régulier qu’on ne l’obtient d’ordinaire: qualité qui est nécessaire à certaines industries.

Au milieu des nombreux spécimens du même genre qui se trouvent dans le groupe VI, celui-ci nous a paru mériter une attention spéciale, tant pour les perfectionnements que nous allons y signaler que pour son aspect élégant et gracieux.

Avant de poursuivre, nous devons regretter que, par suite de son éloignement des générateurs établis dans le Parc, il n’ait pas été possible d’amener la vapeur nécessaire au fonctionnement de cette machine.

Son attitude au mouvement aurait fait mieux juger de son véritable mérite; car une machine immobile est un corps sans âme.

Suppléons donc, autant qu’il est en nous, à ce désavantage, et imitons le jury qui n’en a pas moins apprécié ses qualités et qui a décerné à son constructeur M. Bourdon une médaille d’or.

Machine à deux cylindres inclinés et à détente variable, telle est la désignation qui pourrait remplacer une description pour les mécaniciens; mais il n’est pas inutile d’entrer dans quelques détails.

De chaque côté du bâti en fonte qui occupe le centre et affecte la forme d’un chevalet, sont symétriquement disposés deux cylindres inclinés, solidement arc-boutés l’un contre l’autre au moyen des tiges-directrices de chaque piston.

Au sommet du triangle formé par ces tiges est placé un grand cadre annulaire en fonte au centre duquel se meut la manivelle actionnée par les deux bielles et les pistons moteurs qui s’y rattachent.

Au-dessus se trouve le modérateur à force centrifuge et, derrière, le volant et les excentriques faisant mouvoir les tiroirs distributeurs et la pompe alimentaire.

Cet ensemble révèle une grande solidité d’installation, et, eu égard à la force motrice que cette machine est susceptible de développer (40 chevaux), elle ne paraît pas être d’un poids considérable.

La première question que l’on s’adresse en en l’étudiant est celle-ci : Quel est le but des deux cylindres?

Or, cette question ne prépare nullement la révélation d’un agencement jusqu’ici inconnu, je veux dire l’adoption des cylindres inclinés : ce que je dois surtout constater, c’est que pai la manière dont sont groupées ses pièces cette machine se présente comme un type nouveau, facile à entretenir et fonctionnant avec douceur et régularité.

Il est donc entendu que les deux cylindres qui se voient quelquefois dans certaines machines à balancier ou à bielles articulées ou même à cylindre oscillant, ne sont pas une innovation en mécanique.

Pour expliquer le perfectionnement apporté par M. Bourdon, voyons ce qui se passe dans les machines à un seul cylindre.

L'effort oblique de la bielle agissant sur la manivelle est ramené à sa direction normale par l’action des glissières situées parallèlement à l’axe du cylindre, mais lorsque, arrivée a l’une des extrémités de sa course, la bielle se trouve en ligne droite avec la manivelle, aucun effort de traction ou d’impulsion ne saurait la déplacer ; elle est ce qu’on appelle, en termes techniques, au 'point critique ou point mort. Au contraire, si, comme dans la machine que nous décrivons, une deuxième bielle vient exercer son action perpendiculairement à la première, le mouvement de la manivelle se continuera sans ralentissement sensible.

Le second cylindre de M. Bourdon a donc pour effet d’annuler la résistance au passage du point mort et d’assurer ainsi un mouvement extrêmement uniforme.

Il me reste à expliquer le jeu des tiroirs et le jeu du régulateur.

La distribution de la vapeur se fait dans chaque cylindre au moyen d’un tiroir à détente, disposé de telle façon que l’on peut, pendant la marche, faire varier la durée de l’introduction de la vapeur dans les cylindres et, par ce moyen, en régler la dépense toujours en rapport avec la quantité de travail à produire.

Lorsqu’une machine à vapeur n’est pas appliquée à vaincre une résistance constamment uniforme, il est indispensable de la munir d’un appareil qui régularise sa vitesse. Celui qui est employé par M. Bourdon est du système dit à force centrifuge; il se compose d’un arbre vertical tournant, au sommet duquel s’articulent deux tringles de suspension portant à leurs extrémités inférieures deux boules en métal.

Lorsque, sollicitées par l’action de la force centrifuge, ces boules s’écartent l’une de l’autre (ce qui a lieu toutes les fois que la machine prend une allure trop rapide) une tringle reliée, d’une part au régulateur et de l’autre à la valve d’introduction, restreint l’épanchement de la vapeur, et le mouvement se modère aussitôt. Un accroissement de résistance vient-il produire un ralentissement dans la marche, à l’instant les boules, en se rapprochant, donnent entrée à une plus grande abondance de vapeur, transmettent à la manivelle une impulsion plus forte ; et la résistance s’équilibrant avec la puissance, la machine reprend immédiatement et sans secousse son allure normale.

Outre le régulateur à force centrifuge, le volant, a aussi pour résultat d’uniformiser le mouvement, en étant, par son volume, et la résistance ou la puissance qu’il possède, un véritable réservoir de travail.

L’action simultanée de ces divers régulateurs, s’exerçant surtout sur les variations que présente le travail auquel on applique la machine, il semblerait au premier abord que le second cylindre dont j’ai expliqué le but, essentiellement pondérateur aussi, devienne une superfluité luxueuse.

Il n’en est rien. Le bon rendement d’une machine, c’est-à-dire le rapport qui existe entre ses résistances passives et son travail utile, dépend précisément de la neutralisation des premières au bénéfice du second. La résistance du passage au point mort est une résistance passive, par conséquent inutile; la vaincre, c’est donc augmenter le rendement de la machine.

La filature, le tissage, les fabriques de tricots et quelques autres travaux délicats qui ont besoin d’un mouvement très-régulier, trouveront dans cette machine les qualités qui leur sont nécessaires. Ajoutons aussi que les deux cylindres étant indépendants, on peut, au cas où l’un des deux se dérangerait, faire la réparation tout en continuant de fonctionner avec l’autre piston, sans arrêter, par conséquent, les travaux et sans produire de chômage.

Les pièces qui composent cette machine, ainsi que les autres machines horizontales ou verticales formant l’exposition de M. Bourdon, se font remarquer par un fini très-soigné. En général, elles sont disposées de façon à être très-accessibles à l’ouvrier, et à permettre un entretien facile.

M. Bourdon a aussi exposé des manomètres et des baromètres métalliques, des condenseurs, des ventilateurs, des dynamomètres, des pompes, des turbines et des souffleries d’une exécution irréprochable.

Pour ce qui concerne spécialement sa fabrication de manomètres et de baromètres métalliques, M. Bourdon porte un nom, qui est au reste celui sous lequel on désigne ces sortes d’instruments, garantie de supériorité indiscutable. On sait, en effet, que le manomètre Bourdon a été le premier- manomètre métallique portatif et véritablement solide.

Cette année M. Bourdon a, dans cette fabrication, réalisé quelques innovations. J’ai remarqué, parmi les manomètres exposés par cet industriel, un manomètre enregistreur très-ingénieusement combiné. Ce manomètre note automatiquement toutes les variations de pression qui ont lieu pendant le travail de la machine, de telle sorte que, par la seule inspection du cadran, on lit, au moyen d’une ligne tracée au crayon par l’aiguille elle-même, toutes les phases de l’action de la vapeur dans les tubes métalliques.

Je ne saurais mieux terminer cette rapide analyse qu’en rappelant que ce constructeur apporte à son industrie une expérience de trente-quatre ans de pratique, et qu’une série de nombreuses distinctions honorifiques lui ont acquis depuis longtemps une réputation des plus enviables.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité