L’orfèvrerie Christofle

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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L’orfèvrerie Christofle

Message par worldfairs » 08 oct. 2018 01:04 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - L’orfèvrerie Christofle - orfevreriechristofle.jpg

Si Benvenuto Cellini revenait au monde, l’artiste se ferait industriel. On dirait la maison Benvenuto Cellini, comme on dit la maison Christofle ou la maison Froment-Meurice.

L’orfèvrerie est devenue plus et moins qu'un art ; elle est une industrie, et une industrie de premier ordre.

La maison Christofle, puisque c’est d’elle que nous parlons, emploie 1418 ouvriers dont 400 femmes, tant à Paris qu’à Carlsruhe, dans sa succursale du duché de Bade. Combien y a-t-il d’industries qui puissent arriver à ce développement de travail? On les compte.

Notez que la plupart de ces ouvriers sont ou de véritables artistes ou- des praticiens habiles, et que le moindre salaire que touche le plus modeste d’entre eux est de 5 fr. 25.

J’ai dit qu’à notre époque l’art était obligé de se faire industriel. En effet, le goût et le luxe sont devenus le patrimoine des classes les moins aisées. L’art ne perd rien à se vulgariser ainsi ; il y peut même gagner des ressources infinies, comme il le fait déjà, en mettant la science à son service.

Du temps de Benvenuto Cellini, la mise à la fonte d’une statue comme le Jupiter, était une épreuve solennelle, pleine d’incertitudes et de péripéties dramatiques: la fonte pouvait se refroidir, les praticiens pouvaient être maladroits, le moule pouvait être défectueux. Aujourd’hui, la galvanoplastie supprime foutes ces difficultés et ces incertitudes. Elle fait adhérer les métaux au moule, de façon à reproduire avec une précision mathématique les lignes sculpturales dans tous leurs reliefs et leurs moindres ondulations.

La science qui métamorphose les métaux — Bessemer change le fer en acier — les force aussi à s’assouplir, à se combiner et à revêtir les objets par superpositions infinitésimales. L’électricité est l’agent de ces combinaisons miraculeuses, qui d’un bain chimique font surgir des statues plus grandes que le Jupiter lui-même. C’est l’illustre physicien de Saint-Pétersbourg, Jacobi, qui est l’inventeur du miracle.

Je me souviens d’avoir lu avec un intérêt presque palpitant un récent mémoire de M. Bouillet, le cousin et l’associé de M. Ch. Christofle, à la société d’encouragement sur la galvanoplastie ronde bosse et sur les applications qui en ont été faites dans la maison Christofle, et qu’on peut voir en si grand nombre, dispersées dans tout le Champ de Mars. C’est intéressant à lire comme un conte de magie blanche ; et n’est-ce pas en effet de la magie que le phénomène de la galvanoplastie? La croix de la Légion d’honneur est venue, depuis, récompenser M. Henri Bouillet de ses travaux. Je l’en félicite bien sincèrement, quoique je n’aie pas l’honneur de le connaître : car il a poussé, avec son cousin, les expériences galvanoplastiques plus avant que personne.

Maintenant, si vous désirez savoir à quels besoins de goût et de luxe la maison Christofle a répondu, voici le chiffre de ses affaires depuis 1845 : 107 161 412 francs. C’est elle qui la première a appliqué à l’industrie les procédés d’argenture et de dorure. Elle a livré au public des couverts argentés au nombre de 8 millions, qui n’ont retiré de la circulation que pour 10 millions de matières d’argent, tandis que le même nombre de couverts en métal massif auraient fait disparaître plus de 100 millions de la circulation monétaire.

Ce sont les bénéfices légitimes réalisés dans cette exploitation de bon marché qui ont permis à la maison Christofle de faire servir les découvertes de la science aux progrès de l’orfèvrerie artistique, et de prendre dans le monde la place hors ligne qu’elle occupe.

Le fondateur de cette maison importante a trouvé dans son fils et dans son neveu de dignes représentants. J’ai l’honneur d’être le collègue de M. Charles Christofle dans la Commission d’encouragement; et je sais, non-seulement quel amour d’artiste il porte à sa magnifique industrie, mais aussi combien il est fier de ses ouvriers et de ses collaborateurs. Ce n’est pas lui qui cache ce qu’il leur doit; il s’en vante plutôt. C’est parce qu’il les fait ressortir, qu’il a autour de lui les meilleurs praticiens et les meilleurs artistes.

Il n’a pas attendu, pour préserver ses ouvriers de l’évaporation du mercure, qu’on trouvât le meilleur procédé pour en diminuer les dangers. Pour la sollicitude qu’il a constamment déployée à cet égard, je pourrais invoquer des témoignages qu’il ne soupçonne même pas.

Le service de table de l’Empereur que représente le dessin de M. Fellmann a déjà été décrit. Il nous paraît donc inutile d’y insister beaucoup. — La pièce du milieu représente les quatre parties du monde appuyées sur des proues de navire et reliées entre elles par des guirlandes de chêne que soutiennent des aigles impériales. Les ligures sont de M. Maillet et les ornements de M. Aug. Madroux. Les deux pièces rondes latérales représentant l’Agriculture et l’Industrie sont l’œuvre de M. Millet, et lui font le plus grand honneur.
Après, viennent deux jardinières de bout, représentant les quatre éléments, la Terre et l’Eau, l’Air et le Feu. Ces deux pièces remarquables sont dues à MM. Mathurin Moreau et Capy, pour les figures, et à M. Madroux, pour les ornements.

Huit candélabres sur vingt-deux dont se compose le service entier, figurent sur le surtout exposé. Ces pièces sont d’une grande élégance et d’un travail merveilleux.

La principale œuvre d’art qui figure dans notre dessin, est la statuette du Prince Impérial, avec son chien, exécutée en galvanoplastie ronde bosse. Cette œuvre charmante est l’œuvre de Carpeaux, et l’exécution est aussi irréprochable que le modèle.

A gauche du Prince Impérial est la Victoire, dont le modèle, dû à M. Aimé Millet, représente une jeune fille qui s’arrête haletante encore de la course qu’elle vient de fournir, et élève au-dessus de sa tête la palme qu’elle a conquise.

A droite, est un vase représentant Y Education d'Achille, par MM. Mathurin Moreau et Madroux. Le centaure Chiron exerce le jeune héros à la course: deux petits Génies les re gardent; l’un qui excite, l’autre qui modère.

Tous ces groupes font à l’Exposition autant d’envieux que d’admirateurs; et nous aurons tout dit sur leur mérite, en renversant une phrase consacrée: les modèles sont dignes de l’exécution, qui est parfaite.

Outre "la galvanoplastie en ronde bosse, les deux nouveaux procédés dont la maison Christofle expose des spécimens, sont le guillochage électro-magnétique et le damasquinage galvanique. Les trois procédés ne sont que les applications différentes d’un même principe, l’électro-galvanisme, découvert par M. Jacobi.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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