Les Ascenseurs Édoux

Paris 1867 - Inventions, novelties and means of transport
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worldfairs
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Les Ascenseurs Édoux

Message par worldfairs » 02 oct. 2018 01:30 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Inventions, nouveautés et moyens de transport - Les Ascenseurs Édoux - ascenseursedoux.jpg

Les étages les plus élevés des habitations sont les plus agréables et les plus sains, et ils seraient préférés à tous les autres, s’il était possible d’y arriver sans avoir à subir la fatigue de gravir une centaine de marches.

L’idée de hisser les habitants de la maison à l’aide d’un treuil analogue à celui qui est usité dans les mines, depuis un temps immémorial, n’est point une idée nouvelle, et il y a une trentaine d’années qu’elle a été réalisée aux Tuileries pour l’usage de Madame Adélaïde. Vers la même époque, un riche propriétaire de Marseille se faisait construire une habitation munie du même appareil. Mais la nécessité d'avoir un nombreux personnel chargé de manœuvrer le treuil empêcha ce système de se répandre.

Dans quelques usines, docks ou gares, où l’on avait à sa disposition une machine motrice, on faisait usage d’un monte-charge. Cela donna l’idée, lors de la construction du Grand-Hôtel, d’installer un moteur spécialement destiné à monter les voyageurs. L’expérience réussit, et des appareils de cette espèce ont depuis été installés à Marseille, à Milan, à Angers et en Suisse. Mais tous ces systèmes étaient compliqués, coûteux et délicats.

M. l’ingénieur Léon Édoux pensa à une force encore bien peu employée, quoique très-sûre, et dont on dispose presque toujours dans les villes ; la pression de l’eau dans les conduites, qui lui permet de monter jusqu’au sommet des maisons; et il imagina pour l’utiliser l’ascenseur destiné à élever les personnes. Les deux premiers ascenseurs ont été construits pour l’exposition, et montent chaque jour plusieurs milliers de curieux sur le toit du Palais. La vue féerique dont on jouit de ce point a fait le sujet d’un article de notre rédacteur en chef, qui a heureusement photographié pour l’avenir ce panorama qui va disparaître avec le Palais; nous aurons l’occasion de parler du coup d’œil plus animé encore que l’on observe de la plate-forme intérieure, d’où l’on domine toute la section française de la galerie des machines. Pour aujourd’hui, nous n’avons à décrire que l’appareil qui vous transporte sur cette plate-forme aérienne, et qui est assurément une des inventions les plus nouvelles et les plus importantes révélées au concours universel.

Les deux appareils exposés sont identiques, mais tout à fait séparés et distincts, et il suffira d’en examiner un seul. L’ascenseur Édoux est essentiellement formé par la réunion d’une sorte de balance et d’une pompe, mais d’une pompe dont le jeu est retourné, et dans laquelle l’eau repousse le piston, au lieu que ce soit le piston qui chasse l’eau.

Lorsqu’on voit pour la première fois la tige qui supporte la cage où se tiennent les voyageurs jaillir du sol et s’élever avec majesté jusqu’à 21 mètres de hauteur, comme une colossale fusée de métal poli, on reste comme frappé de stupeur, et l’on se demande quelle force peut être assez puissante pour soulever une pareille masse, et comment ce piston de 21 mètres de long et 252 millimètres de diamètre ne se tord pas sous son propre poids. Nous allons démontrer que le piston ne supporte pas son poids, qu’au lieu d’être poussé il est tiré, et que lorsqu’il n’y a personne dans la cage, l’effort nécessaire pour élever cette lourde tige est absolument nul.

La cage, c’est-à-dire une plate-forme entourée d’une haute grille, la cage fixée sur la tête du piston glisse entre quatre colonnes creuses fixes qui la guident. Ce sont ces quatre colonnes qui supportent le poids du piston. Une comparaison va faire comprendre comment.

Mettons un poids de 10 kilogrammes dans le plateau d’une balance, elle penchera de ce côté; ajoutons un second poids de 10 kilos dans l’autre plateau, le support de la balance se trouvera surchargé de 20 kilos, mais l’équilibre se rétablira; les deux plateaux redeviendront horizontaux, et il suffira du plus léger effort pour les faire incliner d’un côté ou de l’autre. Si nous mettons 1 kilogramme de plus à droite, il nous suffira d’exercer à gauche un effort semblable pour ramener le plateau au même niveau.

C’est précisément le cas du piston; il pèse 2200 kilogrammes, mais à chaque angle de la cage (qui fait corps avec lui) s’attache une chaîne qui passe sur une poulie établie au sommet de la colonne, et se termine par un poids de 550 kilogrammes glissant dans l’intérieur de la colonne creuse. Quatre poids semblables, formant au total une masse de 2200 kilos, équilibrent parfaitement le piston, qui se trouve suspendu aux chaînes, prenant leur point d’appui sur les colonnes.

La pression de l’eau n’est donc employée qu’à soulever le poids des voyageurs. Cette pression est mise en jeu dans un corps de pompe de 28 centimètres de diamètre intérieur, où la tige d’ascension joue le rôle d’un piston plongeur. Le corps de pompe, dont la longueur est aussi de 21 mètres, a été enfoui verticalement dans un puisard de profondeur égale.

Le réservoir de l’avenue Malakoff, qui fournit l’eau, est à 32 mètres au-dessus du sol du Palais; avec une pareille hauteur, la pression exercée par le liquide sur la base du piston de 252 millimètres de diamètre est, dans la pratique, de 1000 kilogrammes, et permet d’élever jusqu’à seize personnes.

Mais avant de parler de la marche de l'appareil, il nous reste à faire une remarque importante.

On sait que tous les corps perdent dans les fluides un poids égal à celui du fluide déplacé; il en résulte donc qu’en descendant dans le corps de pompe le piston perd une partie de son poids égale à celui de l’eau qu’il chasse, et cela devrait déranger l’équilibre si ingénieusement établi entre la tige et les contre-poids, mais les chaînes établissent la compensation. En descendant d’un mètre, le piston chasse cinquante litres d’eau, mais les chaînes se sont allongées d’un mètre du côté de la tige et raccourcies d’autant de l’autre côté; elles pèsent 25 kilos par mètre à elles quatre; 25 kilos ajoutés au poids au piston, et retranchés à celui des contre-poids, compensent parfaitement les 50 kilos perdus par le piston. L’inverse de tout ceci se produit pendant l’ascension, et la compensation est toujours parfaite.

L’admission comme l’expulsion de l’eau se fait au niveau du sol à l’aide de deux systèmes de pistons obturateurs et contre-pistons. Ces valves sont commandées par deux cordes qui règnent sur toute la hauteur des colonnes. On peut donc, à la base, au sommet, ou en tout point intermédiaire, régler le mouvement de la cage. Exemple: vous êtes en haut et la plate-forme en bas ; vous ouvrez, en tirant la corde, la valve d’admission, et la pression de l’eau fait monter la cage jusqu’à vous; vous fermez ce robinet, vous montez sur la plate-forme, et, par votre propre poids, vous descendez aussi lentement que cela peut vous plaire, en ouvrant plus ou moins la valve de sortie, vous arrêtant même si vous la fermez tout à fait.

A l’Exposition, le double voyage, aller, retour, chargement et déchargement, dure quatre minutes ; le mouvement est aussi doux que possible; et en montant dans l’ascenseur les personnes qui n’ont pas fait de voyage aérostatique pourront, nous en parlons par expérience, se faire une idée assez nette du plaisir que l’on éprouve en s’élevant en ballon.

Ce remarquable appareil a été jugé de suite à sa juste valeur, et l'Empereur, le premier, en a fait établir un au palais de Saint-Cloud; plusieurs autres sont en construction; mais nous ne parlerons que de celui d’un grand établissement financier destiné à un usage tout spécial. Chaque soir la caisse, un coffre-fort extrêmement lourd (il contient plusieurs millions en espèces), est enfouie dans un caveau; il fallait quatre hommes pour la remonter chaque matin à l’aide d’un tourne-broche; le caissier élèvera désormais sa caisse lui-même en ouvrant un robinet, et la descendra sans plus de difficulté.

L’ascenseur de M. Édoux donnera une plus-value énorme aux étages supérieurs des habitations où il sera installé, comme le premier élévateur hydraulique imaginé par lui, le monte-charge, a permis de réaliser une économie importante, en donnant la possibilité d’élever le gros œuvre d’une maison en soixante jours.
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