Musée retrospectif

Paris 1867 - Arts, design, fashion
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Musée retrospectif

Message par worldfairs » 25 sept. 2018 10:49 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Un Plat gallo-romain.

platgalloromain.jpg
Le plat Gallo-Romain

Il faut accorder l’éloge largement et sans restriction à ceux qui ont eu l’idée féconde, intelligente, et vraiment libérale de compléter l’Exposition des merveilles de l’industrie contemporaine par le spectacle de l'industrie du passé. Je ne sais rien de plus fécond en enseignements que ce Musée de l'histoire du travail qui entoure d’une ceinture de chefs-d’œuvre le Jardin intérieur du Palais, réservé, comme on sait, aux plus belles productions de la sculpture.

L’histoire du travail, c’est l’histoire même de la civilisation, — c’est la mesure du progrès accompli. L’homme ne vaut que par ce qu’il fait. Un écrivain enthousiaste ajoute : L’histoire du travail, c’est aussi le pressentiment du progrès futur_____ Il y a là plus qu’un paradoxe : il y a une bonne vérité, qu’il faut accepter dès maintenant. Pour qui sait lire, l’histoire du passé est l’histoire de l’avenir. Les pas de l’humanité s’enchaînent, et le meilleur moyen de savoir où elle va, c’est de regarder d’où elle vient. Savez-vous, d’ailleurs, rien de plus intéressant que cette muette interrogation du passé? Quoi de plus curieux que cette recherche des mille vestiges, partout épars, où nous retrouvons la trace des siècles évanouis? Ces meubles, ces bijoux, ces instruments sont tous frappes au coin d’une pensée qui n’est plus, mais qui anima nos semblables, nos pères, — ceux dont nous descendons et qui furent avant nous.

Une exposition vraiment complète de l’histoire du travail, écrite pour chaque époque avec la série complète des objets qu’elle produisait, rangés avec ordre et méthode, serait un spectacle que je ne donnerais pour aucun autre.

On y verrait la civilisation primitive de l’humanité descendue des hauts plateaux de l’Asie centrale, hésiter un moment sur leurs flancs, et se diviser bientôt en deux courants bien distincts — l’un se dirigeant vers l’Orient
— où il s’est figé « comme la coulée de lave une fois sortie du volcan; » —l’autre se répandant sur l’Europe, la couvrant, la remplissant, débordant hors de ses limites trop étroites, et, par-delà l’Océan, allant animer de son activité féconde la solitude d’un monde nouveau.

Ce plan grandiose n’embrasserait rien moins que le monde tout entier. Nous convenons les premiers qu’il serait d’une réalisation difficile. —On y viendra peut-être.— Le difficile n’est pas l’impossible, et chaque jour amène entre les nations une entente plus large, que rend plus, aisée la collaboration de toutes à une grande œuvre commune. Si les collections publiques et particulières n’ont pas répondu cette année assez complètement à l’appel de la Commission, peut-être ne faut-il pas trop s’en étonner. C’était la première fois que l’on tentait une pareille entreprise : tout le monde n’en a pas compris la portée; on voulait voir; chacun attendait son voisin. Jamais les éléments d’une histoire du travail ainsi entendue, n’avait été annexée à une exposition de l’industrie… Même aux idées les plus justes, il faut du temps pour faire leur chemin. Mais le succès partiel obtenu déjà par un premier effort, nous garantit dans l’avenir un succès complet.

Onze peuples ont pris part à cette lutte internationale du passé : les Français, les Hollandais, les Autrichiens, les Espagnols, les Portugais, les Suisses, les Danois, les Suédois, les Norwégiens, les Russes et les Anglais.

L’histoire du travail en France est exposée dans sept grandes salles qui se suivent, et où les objets destinés à l’examen et à l’étude se succèdent avec beaucoup d’ordre.

Nous commençons avec des silex taillés par éclats, armes et ustensiles des peuplades primitives, qui habitaient le sol où nous vivons, longtemps avant les Celtes et les Gaulois, et nous finissons avec la bonbonnière Louis XVI et les boîtes à mouche de M. de Mouchy.

La deuxième salle, dans laquelle nous introduisons maintenant le lecteur, est consacrée à la période gauloise, romaine et gallo-romaine. Nous sommes sortis de l’âge de pierre. II ne s’agit plus de haches en porphyre ou en jade, de harpons barbelés, de poinçons taillés dans des os, ou de mâchoires d’animaux, façonnées en massues.

Nous trouvons ici le bronze et ses mille applications à tous les usages de la vie; voici des casques, des colliers, des épées, des boucliers, des flèches, des javelines, des brazeros, des trépieds ; —mais nous n’avons pas seulement du bronze, nous avons de l’or finement travaillé, et des verres légers, aériens, que les années, en les dépolissant, ont revêtus des teintes opalines ou irisées, nous avons des terres cuites, boîtes, tirelires, coupes et plats.

Précisément, c’est un plat que nous mettons aujourd’hui sous les yeux du lecteur.

Ce plat, de belles dimensions, et d’une conservation remarquable, est d’une régularité parfaite : il est rond comme un bouclier grec ou romain; une décoration légère et gracieuse fait courir sur la bordure une dentelure de festons ondulés, auxquels succède une sorte d’ourlet renflé légèrement. Vient ensuite un quadruple ruban, formant des nœuds de place en place. Puis on arrive à Sa décoration centrale, que figure un polygone inscrit dans un cercle. Le polygone est à huit pans, symétriquement divisé en figures géométriques, carrés et losanges. De fines rosaces occupent le centre des carrés, et diverses figures, formées de traits à main levée, égayent les losanges.

Ce que l’on peut reprocher à cette pièce, très-intéressante d’ailleurs, c’est, peut-être, une symétrie par trop régulière. On lui voudrait un peu plus de liberté dans la fantaisie, dont firent preuve les maîtres de la Renaissance et du moyen âge. Une pareille œuvre, avec sa solidité, sa carrure, sa correction, sa netteté de lignes n’est pas un fruit de la spontanéité gauloise. Il faut y reconnaître l’influence du génie romain—toujours un peu lourd, même quand il veut badiner. — L’époque à laquelle appartient ce curieux spécimen de la céramique mérite, du reste, à plus d’un titre, l’attention de l’artiste comme de 1 historien. Cette race gauloise, facile, imitatrice, comprenant la supériorité de ses vainqueurs, s’imprégna de la civilisation romaine, comme une molle toison s’imprègne de la pourpre généreuse. Le plat que nous reproduisons^ ici est une preuve nouvelle de la vérité de nos assertions.


Un Plat de Rouen.

faiencerouen.jpg
La faïence de Rouen

« Autrefois, on mettait les faïences au feu ; aujourd’hui, c’est le feu qui est aux faïences!» disait l’autre jour un vieil amateur, sortant du petit hôtel de la rue Drouot, échaudé des enchères que mène si lestement le marteau d’ivoire du seigneur Charles Pilet.

Notre amateur, sous une forme plaisante, exprimait une idée très-vraie. « Le feu est aux faïences! » Tout le monde en veut. C’est assez dire qu'il n’y en pas pour tout le monde. Dans ce beau pays de France, le caprice devient mode ; la mode, engouement ; l’engouement, fureur : il faut toujours que notre fantaisie s’accroche à quelque chose. Tantôt nous aimons les armes, tantôt les peintures; hier, nous collectionnions les boutons de guêtres; demain, ce seront peut-être des tuyaux de pipe.

Aujourd’hui la faïence règne et triomphe dans tous les cabinets d’amateurs.

Je partage trop ce goût pour ne pas le comprendre. La faïence est éminemment décorative. Par elle-même, elle est un ornement, et elle rehausse encore tout ce qui l’environne. Un vase de Rouen couronne merveilleusement un vieux bahut de la Renaissance; une coupe de Nevers est la grâce d’une crédence ciselée, et une plaque de vieux delft illumine tout un pan de muraille.

Le public est de notre avis. Les salles de l’Exposition universelle consacrées à la céramique sont peut-être les plus fréquentées de toutes. — On s’extasie devant ces belles lignes, ces formes originales et ces galbes purs, non moins que devant ces couleurs vives et ces nuances délicates.

La céramique est certainement une des plus belles manifestations de l’activité et de l’industrie humaines. J’ajouterai qu’elle est aussi une des plus anciennes. L’homme en eut toujours les éléments sous la main, et la nature même semblait l’inviter à les mettre en œuvre.

Le premier qui façonna l’argile détrempée, et qui la laissa sécher au soleil, inventa la céramique. Elle est contemporaine des premiers jours du monde.

La tour de Babel, bâtie en brique, fut une application grandiose de l’art céramique.

Le musée du Louvre contient de nombreux et beaux spécimens de la céramique égyptienne, composés d'une te re pure, serrée, merveilleusement apte à conserver les plus fins reliefs et les plus délicates empreintes.
Parfois la glaçure blanche est rehaussée de dessins incrustés ou peints en bleu, noir, violet foncé, vert ou rouge. Parfois ces tons divers sont très-rapprochés, at tranchent les uns sur les autres avec une netteté parfaite.

La Grèce et l’Étrurie couvrirent de merveilles le midi de l’Europe. Rien de plus exquis que ces formes; rien de plus enchanteur que ces ornements.
Mais bientôt vinrent les invasions dont les flots barbares roulèrent sur le monde occidental. La hache d’armes des Vandales et des Huns brisa en mille éclats les plus magnifiques productions de la frêle céramique.

Pendant des siècles, le secret de cette gracieuse fabrication fut perdu.

L’industrie céramique reparut d’abord en Espagne, où elle fut introduite par les Maures ; toutes les grandes collections possèdent aujourd’hui encore des preuves de son inépuisable fécondité. Ce que les Maures firent pour l’Espagne, les Arabes le firent pour la Sicile. On admire fort leurs vases d’un goût oriental, dont l’émail, entièrement bleu, est couvert d’ornements vermiculés à reflets d’or et de cuivre d’un très-vif éclat. La pâte est, en général, plus blanche et plus serrée que celle des faïences hispano-mauresques.

L'expédition des Pisans contre Majorque fit connaître à l’Italie la céramique mauresque, et ce peuple d’artistes, dont l’admirable organisation ne devait rester étrangère à aucune des formes de l’art, travailla la terre avec la même perfection que le bronze et le marbre. Il suffit de citer les noms de Pesaro, de Gubbio, d’Urbino, de Faenza, de Castel-Durante, de Forli, de Caffagirlo, de Venise, de Savone, de Gênes, de Naples et de Milan pour rappeler à l’esprit, le souvenir des plus aimables créations.

En cela, comme en beaucoup d’autres choses, l’Italie se fit l’institutrice de la France. L’initiation céramique se fit par le midi et gagna vers le nord. C’est l’influence italienne qui domine à Moustiers, à Marseille, Avignon et Nevers. — L’est, au contraire, subirait plutôt l’influence allemande.

C’est à Rouen que nous retrouvons dans tout son épanouissement et dans toute sa pureté le génie céramique français. C’est un plat de Rouen que reproduit notre illustration. La première manufacture royale de faïence fut établie à Rouen par François Ier.

A la fin du dix-septième siècle la production rouennaise était dans toute sa vogue, dans toute sa prospérité; elle semblait défier toute rivalité française et étrangère. On pourra trouver ailleurs une pâte plus légère et plus fine; nulle part un plus riche émail, un coloris plus éclatant, une fantaisie plus, variée dans l’ornementation. Le plat que nous reproduisons ferait honneur au plus riche musée céramique du monde.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: Musée retrospectif

Message par worldfairs » 01 oct. 2018 01:31 pm

La chasse de Saint Taurin

chassesainttaurin.jpg
Musée rétrospectif - La chasse de Saint Taurin

Voici l’une des merveilles du moyen âge, un chef-d’œuvre! témoignage admirable de l’ardente foi de nos pères.

Ils étaient nombreux ces chefs-d’œuvre édifiés avec une patience toute chrétienne, avec un art souvent naïf, mais toujours ingénieux; ils étincelaient sur les autels de nos églises gothiques, et la piété des fidèles les conservait avec soin, les entretenait avec amour, les embellissait encore, hère d’élever aux saints des monuments aussi brillants que leurs vertus. Que sont-ils devenus ces nombreux chefs-d'œuvre de la foi catholique? ils ont été pris, brisés, fondus, et c’est avec beaucoup de peines que des mains pieuses ont pu dérober une partie de ces trésors de l’art du moyen âge à leurs profanateurs.

La chasse de saint Taurin doit nous faire regretter des violences qui ne servirent en rien la cause de la Révolution française et qui nous ont privés d’une foule d'objets précieux à bien des titres.

La chasse de saint Taurin, autour de laquelle se pressent tant de visiteurs à l’Exposition universelle, n’était certainement pas la plus précieuse, la plus magnifique des choses nombreuses conservées avec soin dans nos églises, et cependant quelle magnificence, quel travail étonnant! quel curieux spécimen de l’art du treizième siècle! Mais qu’était-ce que saint Taurin et qu’avait-il fait pour mériter un monument si magnifique de la vénération des fidèles? Il fut l’un .de3 premiers apôtres de la Normandie et premier évêque d’Évreux. Sa piété, sa charité furent grandes, et Dieu leur permit do se montrer même après la mort de son serviteur. Le corps de Taurin fit plusieurs mir clés, parmi lesquels on doit compter de nombreuses conversions d’infidèles; aussi l’Eglise n’hésita-t-elle pas à admettre le pieux évêque parmi ses saints.

Après la mort et la canonisation de Taurin, les habitants d’Évreux élevèrent un monument à sa mémoire : une chapelle dont il subsiste encore quelques parties, dans l’église abbatiale qui porte le nom du saint, forme, avec Notre-Dame du Port, à Clermont, le plus ancien édifice qui nous reste de l’art chrétien en France.

La châsse du saint était renfermée dans cette chapelle, qui faisait partie d’un monastère ravagé par les Normands, relevé en 1026 par Richard II, duc de Normandie, ravagé et relevé de nouveau.

Au milieu de ces vicissitudes, le corps de saint Taurin ne put pas reposer en paix, la première châsse qui renfermait ses restes fut détruite, et ce n’est que vers la fin du XIIIe siècle, ainsi que l’indique, du reste, le caractère de la chasse exposée dans le musée rétrospectif, que les reliques du saint furent recueillies dans un monument digne d’elles.

Notre gravure, dessinée avec beaucoup de soin, avec beaucoup de précision, donnera quelque idée de ce magnifique travail, elle en indiquera du moins le style et les principales divisions. Mais ce qu’elle ne saurait faire, c’est retracer la multiplicité, la variété de détails qui surprennent, qui enchantent les regards en face de l’œuvre elle-même; ce qu’elle est impuissante à rendre, ce sont les couleurs vives des émaux incrustés dans les réseaux d’une ciselure délicate, les feux des pierres précieuses, leur nombre et leur grosseur.

La plume est plus impuissante encore à retracer tant de beautés, elle ne peut que les énumérer et qu’en faire une sèche analyse!

La chasse de saint Taurin est à peu près longue d’un mètre,-large de quarante centimètres, elle dépasse un mètre en hauteur.

Sa forme est celle d’une église gothique. Elle est, sur chacune de ses deux fa. es principales, ornée de trois arcs en ogives reposant sur de sveltes et délicates colonnes; l’arcade centrale est surmontée d’un fronton ; tous les arcs sont séparés entre eux par des contreforts terminés par des pyramidions à jour; les deux petits côtés de la cliâ.se sont formés d’un seul arc surmonté d’un pinacle; sur le toit court une galerie à jour ; enfin le milieu de la chasse est dominé par un clocher. Voilà pour les divisions principales.

Quant aux travaux qui rehaussent cet ensemble gracieux, ils sont innombrables; plusieurs pages ne suffiraient pas à les décrire. Ainsi le toit et les arcs sont couverts de scènes de la vie de saint Taurin en argent repoussé; la galerie, formée d’ornements qui figurent des crosses d’évêque, se déroule dans un feuillage des plus délicats; toute une flore s’épanouit sur les arcades, sur les contreforts, sur les piliers, sur les chapiteaux de la chasse; des plaques d’émail aux riantes couleurs sont intercalées dans les fines arabesques qui courent sur le faîte ainsi qu’à la base du reliquaire; des émeraudes, des rubis sont incrustés parmi les ornements, et huit de ces pierres précieuses d’une grande dimension figurent sous les arcades ainsi que sur l’étole du saint. Ajoutons que la châsse est tout entière recouverte de lames d’argent doré et qu’ainsi la matière est digne du travail.

vasedemoustiers.jpg
Vase de Moustiers

Urne de Moustiers.

Les faïences de Moustiers, si recherchées aujourd’hui, ne sont connues que depuis très-peu d’années. Diverses pièces de cette fabrique avaient cependant attiré les regards des amateurs, mais on attribuait ces pièces tantôt aux fabriques de Rouen, tantôt à celles de Marseille.

M. Riocreux, conservateur du musée de Sèvres, est le premier qui fit connaître la vérité sur ces beaux produits de l’art céramique, et qui rendit à Moustiers la célébrité dont il avait joui pendant plus d’un siècle, c’est-à-dire de 1686 à 1789.

Moustiers, petite ville de 1200 âmes située dans les montagnes des Basses-Alpes, fut très-florissante pendant le dix-huitième siècle grâce à ses fabriques nombreuses de faïences et de poteries.

Ses produits décorés avec goût jouirent sans doute d’une grande célébrité, car divers auteurs contemporains en ont parlé dans leurs ouvrages, et vers 1745 Mme de Pompadour fit exécuter à Moustiers un service de table complet au prix de dix mille livres.

De nombreuses fabriques travaillèrent simultanément dans la petite ville, mais la plus célèbre de toutes y fut fondée vers 1686 par Pierre Clérissy, fils d’un autre Pierre Clérissy qui pendant plusieurs années exerça la profession de faïencier à Fontainebleau.

L’un des Clérissy fut anobli vers 1743 par le roi Louis XV et prit dès lors le titre de comte de Trévans, il s’associa Fouques et lui céda sa fabrique. Fouques la dirigea longtemps et ne l’a quittée que pour aller à Valentine, au pied des Pyrénées, établir une manufacture de porcelaine que son petit-fils dirige encore et dont les produits figurent à l’Exposition de 1867.

On reconnaît à la fabrique des Clérissy deux manières bien différentes: la première et la plus estimée est due en grande partie au décorateur Gaspard Viry, qui reproduisait des chasses d’Antoine Tempesta.

La seconde manière s’inspira du style de Boule et de celui des Bérain. Il est aisé de la reconnaître. De gracieux entrelacs parmi lesquels se jouent des amours, des nymphes, des satyres; des figurines délicates soutenant des guirlandes légères, s’enroulant dans des chiffres; des mascarons d’où s’échappent des chaînes, de minces consoles sur lesquelles sont posés des sphinx; tels en sont les ornements. Ils sont peints en bleu sur un fond blanc et peints avec une délicatesse charmante.

L’urne que nous reproduisons dans notre gravure appartient à cette seconde manière. Elle fait partie de la riche collection de M. Ch. Daviller, qui a si puissamment contribué à mettre en lumière les belles faïences de Moustiers.

vaseargentanglais.jpg
Vase Anglais en argent

Vases en argent exposés dans le Musée rétrospectif (section anglaise.)

La galerie du travail de l’Angleterre, sans être aussi complète que celle de la section française, a reçu pourtant une excellente organisation, et l’on y remarque un grand nombre d’objets intéressants à divers titres. Malheureusement aucun catalogue ne vient au secours des visiteurs pour leur expliquer la provenance, la destination, la valeur des œuvres d’art exposées, ni pour leur indiquer à quelle époque et par quels artistes ces belles choses furent créées.

L’orfèvrerie, depuis longtemps florissante en Angleterre, est représentée, dans le musée rétrospectif, par un grand nombre d’objets précieux du treizième siècle et des siècles suivants.

Dans une vitrine spéciale on a renfermé les principales pièces d’un service' en argent doré qui fait partie du trésor de la Couronne britannique. Les objets exposés ne sont certainement pas les plus précieux de ce trésor; Y Ampoule ou l'Aigle d'or, les sceptres , les couronnes, les diadèmes de la reine avec leurs diamants énormes et leurs magnifiques ornements, tous les joyaux enfin qui figuraient à l’Exposition de Londres en 1862 , manquent à celle de 1867.
Nous comprenons du reste cet acte d’abstention. Il n’était point digne de l’Angleterre de se séparer des joyaux de la Couronne, surtout pour les envoyer en France, où plusieurs d’entre eux furent apportés déjà dans le treizième siècle et mis en gage chez des marchands de Paris, afin de permettre à Henri III d’Angleterre de comprimer la révolte de ses grands vassaux, à l’aide des sommes qui lui furent prêtées.

Quoi qu’il en soit, examinons la partie du trésor placée sous nos yeux. C’est un service de table en vermeil. Il se compose de plusieurs grandes urnes à personnages, de plateaux, d’aiguières, de salières en formes de coquilles, on y remarque un éléphant portant un Indien qui rappelle la pendule du cabinet de Louis XIV, à Versailles.

On y remarque surtout les deux vases que représente notre gravure. Le plus petit des deux est attribué au célèbre sculpteur anglais, Flaxman; sur ce vase, dont la forme ainsi que les ornements sont empruntés à l’art étrusque, l’artiste a ciselé deux scènes d’un caractère simple, qu’il intitule l’âge d’or et l’âge d’argent, mais, par une bizarrerie singulière, le côté du vase qui représente l’âge d’or est doré, celui où l’on voit l’âge d’argent n’est qu’argenté. Le grand vase représente des scènes rustiques, entourées de pampres et de grappes de raisin.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: Musée retrospectif

Message par worldfairs » 08 oct. 2018 10:27 am

Le saint Ciboire de la cathédrale de Sens

saintciboiredesens.jpg
Le saint Ciboire de la cathédrale de Sens

Depuis quelques années, les travaux sur le moyen âge se multiplient. Des archéologues, des artistes, des écrivains, s’efforcent d’écarter les voiles qui nous cachaient le passé ! Chaque jour, un chef-d’œuvre, enfoui dans la nuit de l’inconnu, apparaît, et peu à peu, le public, plus instruit, plus éclairé, s’intéresse plus vivement à ce legs glorieux des siècles écoulés.

Au Champ de Mars la foule se presse dans les salles du Musée Rétrospectif et vient admirer les merveilles de vingt siècles. Beaucoup de visiteurs s’arrêtent devant le saint ciboire que représente notre gravure. Par sa forme, plus encore que par la richesse de ses ornements, il attire l’attention. Il est en vermeil et se compose de deux hémisphères aplatis rejoints d’un côté par une charnière, de l’autre par un fermoir à barrette passée dans des anneaux. Chaque hémisphère est orné de gravures assez fines et de feuillages en relief rapportés. Le pied, très-mince et très-léger, s’élargit à la base et est orné de feuillages qui rappellent ceux des hémisphères. L’hémisphère supérieur est surmonté d’une boule en vermeil terminée par un anneau de suspension. Ce saint ciboire appartenait à la cathédrale de Sens, et c’est sous ce titre que M. A. de Gaussin le cite dans son Portefeuille archéologique. Sa forme, je l’ai dit, est assez remarquable pour attirer l’attention. En effet, c’est une des dernières créations du style roman auquel nous devons de si belles basiliques et qu’allaient faire oublier les merveilles de l’architecture gothique, dont les croisés rapportaient en Europe les formes élégantes et hardies. Ai-je besoin de dire, dès lors, que ce saint ciboire est du douzième siècle?
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: Musée retrospectif

Message par worldfairs » 15 oct. 2018 01:17 pm

Un miroir de Charles II.

miroircharles2.jpg
Miroir de Charles II

Nous avons remarqué déjà combien l’Angleterre contemporaine, au point de vue des arts — de la peinture particulièrement et de la sculpture — se tient au-dessous de ce qu’elle est réellement et s’affirme avec gloire au point de vue politique, littéraire et industriel.

Toutefois, dans les galeries de Y Histoire du travail, dans le Musée rétrospectif des curiosités et des merveilles, elle reprend dignement sa place et remonte à son rang. On y constate que si les intérêts matériels, se développant de plus en plus, ont pu arrêter un moment ou ralentir le progrès des arts proprement dits, ces arts ont eu jadis leur époque heureuse et brillante en Angleterre et qu’ils ont fleuri là aussi bien qu’ailleurs.

Les aïeux en ce sens plaident pour la postérité.

Il y a là, en effet, une variété d’échantillons et de produits qui marient la richesse à l’élégance, les délicatesses de l’inspiration et du goût aux délicatesses du savoir-faire et de la mise en œuvre, et qui rendent témoignage à d’ingénieux et de patients ouvriers, — orfèvres, argentiers, émailleurs du quinzième, du seizième et du dix-septième siècle.

Ces belles reliques des âges révolus ne sauraient être consultées ni étudiées avec trop de soin. Cuvier n’avait besoin, dit-on, pour retrouver et reconstruire dans toutes ses dimensions et dans ses formes une de ces créatures antédiluviennes, qui ont disparu de la surface de la terre, que du plus petit ossement déterré çà et là : l’os frontal ou l’arcade sourcilière, une phalange de doigt, moins encore, une dent. L’animal était ressuscité en quelque sorte par le savant, et il revivait pour l’étonnement et l’instruction des siècles nouveaux.

Dans l’ordre intellectuel et moral, tout se tient de même ou s’appelle et s’enchaîne, et l’observateur studieux, le philosophe qui sait l’histoire, peuvent, devant tel ou tel débris conservé ou découvert, ressaisir les traces et signaler les marques des idées disparues, des opinions, des systèmes, des vertus et des vices. Rien n’est indifférent aux yeux du sage, a-t-on dit, et l’on a eu raison. Un meuble, une chaise, un fauteuil, une table, abondent en révélations, et ils trahissent non seulement la main qui les a faits, mais encore la vie et les habitudes de leur possesseur. Les mollasses, par exemple, et les légèretés mondaines du dix-huitième siècle, de Louis XV, se reflètent crûment sur tout ce qui nous vient de cette date. Puis voilà qu’en quelques années les caractères se modifient, la mode change, le caprice tourne et, près du style Louis XV, nous avons alors le style Louis XVI, qui est tout autre.

On peut donc relire, en quelque façon, toute l’histoire de l’humanité, pour peu qu’on aide regard attentif et l’esprit en éveil devant cette partie de l’Exposition universelle qu’on désigne sous le beau nom de l’Histoire du travail.

Cela posé, regardez avec moi ce splendide miroir qui appartenait en l’an de grâce 1670 à Sa Majesté Charles II, roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande. Regardez et admirez-en le cadre d’un luxe extrême, travaillé tout entier au marteau et où, sur l’argent repoussé, vous relèverez une multitude d’ornements significatifs et caractéristiques de l’époque déréglée et frivole qui les a produits. On n’a pas besoin de voir gravé au-dessus de ces guirlandes le chiffre de Charles II, pour deviner que ce miroir a dû être commandé par lui, exécuté d’après ses inspirations, et que lui-même et la société galante qui l’entourait en ont compris et apprécié tous les détails. Et bientôt vous verrez surgir dans votre mémoire, tous ensemble ou l’un après l’autre, les personnages insoucieux et dissipés de ce règne ou plutôt de cette cour qui, dispersant à plaisir et gaspillant la vie et le temps, ne laissa jamais aucune place à rien de grand, de sensé ou même de prudent.

Voyez quelle profusion de nœuds de rubans, de festons, de fleurs et de fruits, s’enroulent et se déroulent, se cherchent, s’appellent, se joignent et puis se séparent ! Et remarquez aussi les enfants Amours semés de toutes parts dans la guirlande ! On dirait un essaim d’abeilles, une volée d’oiseaux.

Frais, joyeux, rebondis, ils prennent toutes les poses et affectent toutes les physionomies les plus diverses. Tantôt ils jouent avec les fruits et les fleurs, tantôt ils se poursuivent, s’embrassent et se caressent ; tantôt ils se tournent le dos et se boudent; puis ils se réconcilient pour se brouiller encore.

Joli travail et fins reliefs !

Art plein de grâce et de sourires, mais d’une portée un peu courte.
On se plaisait à ces menus badinages, à tout ce petit manège, et l’on applaudissait et l’on encourageait l’artiste qui était habile à inventer et façonner ces sortes de mélanges et de groupes. C’était là le goût du temps.

Eh bien! tout cela, en effet, représentait fidèlement, mais en miniature et en raccourci, le train journalier, les habitudes constantes de folie, d’inconstance et de légèreté des seigneurs et des dames de la cour, tous jeunes et riches, tous élégants et beaux, tous légers et fous. Ils n’étaient pas méchants, sans doute, et, pourvu que rien ne vînt entraver leurs vives et douces joies, ils permettaient au reste du genre humain de se conduire à sa guise; mais ils n’étaient pas bons, et l’on ne cite pas un sentiment généreux qui, un jour ou l’autre, se soit ému dans leur cœur ou ait sonné sur leurs lèvres.

Comme ce miroir, s’il ressemblait aux miroirs des contes de fées, qui s’animent et se transforment sous un coup de baguette et se mettent à parler, comme ce miroir serait curieux à entendre ! Quels souvenirs il a dû garder de la foule aux dissipations inépuisables qui a défilé devant lui en cette année 1670! Il a connu et reflété les traits du brillant et satirique duc de Rochester et du beau Sidney! Mlle Jennings et Mlle Temple l’ont consulté sur la blancheur de leur teint et sur la flamme de leurs regards, et aussi Mlle Hamilton, qui était toute grâce et tout charme, nous dit son frère! De combien de coquetteries, de dissimulations, de perfidies même, ne s’est-il pas montré le complice ou l’auxiliaire?...Que nous dirait-il de Mlle Hubert et de Mlle Stewart, et de Charles II, le moins sérieux des rois, et de Jacques II, le plus vicieux et le plus bigot des despotes ?

Tous les Mémoires du chevalier de Grammont me sont revenus à l’esprit. Mais en contemplant ce cristal froid et impassible, qui n'a pas même gardé 1 ombre des personnages évanouis, je me suis pris à penser à la fragilité de nos amours, de nos ambitions, de notre fortune, et à l’exactitude rigoureuse de ce mot qui compare l’empreinte que laissent les gens frivoles sur la terre à celle que fait un vaisseau sur les vagues. Leur miroir a survécu, mais où sont les Stuarts? Ou retrouver leur main dans les institutions libérales de leur pays ?

On assure que Charles II a inventé cette exclamation, qui fut reprise plus tard par Louis XV : « Après moi, le déluge ! » Le déluge ne tarda pas à venir, et Jacques II s’en alla mourir à Saint-Germain, pendant que le roi Guillaume, dont on n’a point, que je sache, recueilli le miroir, inaugurait définitivement, en Angleterre, l’ère des libertés publiques.

Le miroir de Charles II, qui se trouve maintenant en la possession de S. M. la reine Victoria, ne laisse pas, vous le voyez, d’être pour nous d’un vif intérêt et d’un salutaire enseignement. C’est une œuvre considérable et d’un grand prix assurément, mais, qui a, de plus, la haute valeur d’une belle page d’histoire. Or, vous vous souvenez que Cicéron disait de l’histoire, qu’elle est la maîtresse, Y institutrice do la vie, magistra vitæ.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: Musée retrospectif

Message par worldfairs » 30 oct. 2018 08:45 am

Émail de Limousin.

emaillimousin.jpg
Email en ronde bosse par Léonard Limousin

Collection de Mme la comtesse Dzialynska, née princesse Kzartoryska.


L’art d’émailler, poussé sur les bords du Rhin, à Cologne, et dans un grand nombre de villes italiennes, au plus haut point de perfection, avait acquis en France, à la fin du moyen âge, de très-grandes qualités. La Renaissance produisit une foule d’artistes remarquables parmi lesquels il faut citer Léonard Limousin, qui fut avec Léonard Pénicaud, le représentant le plus remarquable de l’École de Limoges.

Nous n’avons pas à faire ici l’histoire des émaux, à raconter l’origine, les progrès de cet art; nous n’avons pas non plus à exposer ses ressources et ses difficultés, à retracer les caractères des différents genres. Ces diverses études, quoique très-intéressantes, nous entraîneraient dans une suite de développements, que le cadre forcément restreint de notre publication ne saurait renfermer.

Nous ne dirons quelques mots de Léonard Limousin, le fécond artiste, l’habile émailleur dont les œuvres sont si nombreuses, et dont les meilleurs travaux figurent dans les diverses collections déposées au Musée rétrospectif. Léonard Limousin commença sa carrière sans doute vers 1 530, il mourut en l’année 1575, ou du moins peu d’années après, car les derniers ouvrages que l’on possède de cet artiste sont trois tableaux allégoriques, qui représentent les membres de la famille des Valois, et qui portent la date de 1575.

Léonard Limousin a deux manières bien distinctes dans ses émaux d’ornement : il se distingue par un faire large, magistral, aisé, et comme le dit avec raison M. Alfred Darcel, dans un excellent article publié par la Gazette des Beaux-Arts, lorsqu’il n’a qu’à interpréter les libres compositions du Rosso, de Niccolo del Abbate, ou les siennes propres , il est maître du sujet, il se montre alors un Italien de Fontainebleau; dans ses portraits, au contraire, Léonard Limousin est plus réservé, plus gêné, l’on remarque même dans sa manière de singulières défaillances.

Léonard Limousin ne composait pas seulement de grandes œuvres, il s’amusait parfois à de petits ouvrages, à de légers caprices qui n’en portent pas moins l’empreinte de son talent délicat. Notre gravure représente l’une de ces œuvres légères; c’est une mêlée de cavalerie, rendue avec beaucoup de vigueur, elle est peinte en grisaille sur ronde bosse, et relevée par quelques glacis d’émail bleu turquoise. Cette pièce porte la date de 1539, elle est donc de la jeunesse de Léonard Limousin.


Émail par Kip.

emailkip.jpg
Email par Kip

Collection de M. le baron A. de Rothschild.


On connaît certains émaux d’une belle facture signés de ces trois lettres K. I. P. Est-ce un nom que forment ces trois lettres, ou ne sont-elles que des initiales? C’est ce que l’on ignore. Quoi qu’il en soit, les émaux signés ainsi sont ordinairement de très-petites dimensions, et forment des grisailles modelées sur un fond gris, qui se font remarquer par une douceur de ton très-grande, et par une finesse d’exécution peu commune.

Celui que nous donnons ici appartient à M. le baron Alphonse de Rothschild, et représente une Adoration des bergers, d’après quelque composition de l’École de Raphaël. Il est signé K. I. seulement, la lettre P a sans doute disparu avec un éclat de l’émail.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: Musée retrospectif

Message par worldfairs » 05 nov. 2018 12:51 pm

Le Vase (Casque) de Rouen.

vaserouen.jpg
Le Vase (Casque) de Rouen

Voici encore un échantillon de la faïence de Rouen, que nous sommes heureux de placer sous les yeux de nos lecteurs. Sous le rapport de l'émail et de la décoration, on peut le regarder comme un des plus magnifiques spécimens de la céramique française.

Pour tous ceux qui ont fait une étude tant soit peu attentive de la curiosité, —c’est aujourd’hui une véritable science, et elle a sa littérature et ses érudits, — la céramique française se divise en plusieurs écoles bien tranchées. Au midi de la France, nous avons en première ligne, Moustiers, qu’anime un souffle italien; Marseille, déjà plus français, à la pâte dure, serrée, cassante, aux teintes vives et métalliques; Nevers, cosmopolite, peu original, imitant tantôt l’Italie, tantôt la Perse ou l’extrême Orient; mais toujours doué d’un sens pittoresque très-juste; Strasbourg, et tout l’est qui se groupe autour de lui ; Lunéville, et Haguenau, illustré par la dynastie des Hanung. Un rouge foncé, un peu trop vif, est le signe typique de cette production, dont le vert, assez beau, n’a jamais le relief du Marseille. Si de l’est je passe à l’ouest, je me trouve en pleine Bretagne, à Rennes, dont les fourneaux furent si vite éteints, et dont les produits se reconnaissent à la prédominance du violet manganèse.

Mais le plus célèbre, de tous les centres de production de la région de l’ouest, ce fut la capitale de cette belle et riche province qui s’appelait la Normandie.

Notre dessin représente une aiguière, de celles que leur forme générale a fait nommer vulgairement des Casques.

L’ensemble de son galbe n’offre peut-être pas la svelte élégance que l’on admire dans les modèles grecs, mais on y retrouve la solidité, la carrure et l’ampleur qui est comme la marque laissée partout et surtout par la forte main normande.

Peut-être pourrait-on souhaiter un peu plus de finesse dans le grain de la pâte; mais la qualité de l’émail est tout à fait supérieure : on le sent inaltérable. Ses couleurs elles-mêmes sont d’un éclat qui défie Delft, la Chine et le Japon, ces régions du coloris.

Le dessin est, comme on peut le voir, d’un très-grand goût, tout à la fois compliqué dans son ensemble, et léger dans ses détails. Les fleurs, jetées sans nombre sur la panse, sont d’une grâce infinie; les bordures extrêmement riches, et les motifs généraux d’ornementation très-heureusement trouvés. On remarquera les proportions heureuses du pied, le joli mouvement de l’anse, la ligne mollement courbée du bord supérieur, et le ravissant mascaron qui figure si bien sur le devant, juste au-dessous du goulot. Ces beaux vases, qui eurent jadis une utilité pratique, et qui servirent aux usages domestiques, devenus promptement assez rares, sont aujourd’hui la joie des collectionneurs et l’orgueil des collections. Celui que nous avons eu la bonne fortune de reproduire est beau entre les beaux, et d’une conservation merveilleuse. On y trouve également le relief et la couleur; et l’on y peut reconnaître, dans les moindres détails, la trace d’une pensée artistique supérieure, se jouant de toutes les difficultés, avec une aisance et une liberté sans égales.

Pour rendre ce trésor artistique véritablement sans prix, il ne lui manque qu’une seule chose, — le bassin, d’une convexité d’ailleurs très-modérée, et à bords presque plats, qui lui servait de base, et qui sollicitait son emploi, soit que l’on versât quelques gouttes d’eau sur les mains des seigneurs et des dames, dans ces ablutions d’apparat, où l’on ne se lave que lorsqu’on a les mains déjà propres; soit que, dans les joyeux festins, on fît circuler en guise de vidercomes, de rœmer, ou de rhytons, ces beaux vases, aux nobles contours et aux reflets éclatants, remplis d’hydromel, ou couronnés de la blanche mousse du nectar normand.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: Musée retrospectif

Message par worldfairs » 09 nov. 2018 08:42 am

Le Reliquaire de Henri II

La religion catholique aime les arts et en favorise le développement. Les premiers chrétiens, quelque austères qu’on les suppose, n’échappaient point à la séduction des Muses païennes, et plus d’un, après avoir pleuré sur la mort du Christ, ne laissait point de s’attendrir au récit des douleurs de Didon ou à la vue du groupe désolé de Niobé et de ses enfants. Ils comprirent tous de bonne heure qu’il n’est pas de plus belle et de plus noble manière d’honorer Dieu, que de lui présenter et de consacrer à sa gloire tout ce que l’inspiration et le génie humain peuvent produire au dehors de plus éloquent, de plus irrésistible et de plus doux.

relicairehenri2.jpg
Le reliquaire Henri II

Loin de proscrire les poètes, les peintres, les sculpteurs, les musiciens, on les appela tant qu’on put et on les groupa autour des nouveaux autels.

Les catacombes de Rome furent le berceau de notre art religieux proprement dit.

Je n’ai pas à entrer ici dans le détail des merveilles progressives qui, sous ces influences du christianisme, se sont accomplies dans toutes les branches du talent, de l’industrie et de l’art. L’histoire en serait trop longue, et le lecteur, pour reconnaître combien la religion catholique a aidé, le long des siècles, toutes les manifestations supérieures et tous les travaux illustres, n’a qu’à regarder autour de lui et à se souvenir.

Toutes nos vieilles cathédrales, qui sont souvent elles-mêmes d’incomparables chefs-d’œuvre, sont en possession d’un trésor longuement amassé et pieusement conservé et transmis.

11 y a là des musées véritables où l’or et l’argent, les perles et les pierreries, les étoffes précieuses, façonnés par les artistes les plus habiles, restent comme les plus curieux et les plus savants témoignages des époques écoulées.

Ce sont des calices et des ciboires, des crosses, des mitres, des chasubles, des reliquaires, mille objets différents affectés aux besoins du culte, mais où sont accumulées à plaisir toutes les ressources de l’art de l’orfévre, du ciseleur et de Fémailleur parmi les broderies les plus rares à la fois et les plus riches.

En France, la cathédrale de Reims, qui a joui pendant toute la monarchie d’enviables prérogatives et de privilèges uniques, a pu, grâce aux largesses de nos rois, grossir et enrichir de pins en plus son trésor.

Chaque roi de France, lors de son sacre, faisait un présent à l’église et si, à cette date, un grand artiste florissait ou un ouvrier célèbre, c’est à lui naturellement qu’on avait recours pour fondre ou sculpter, ou ployer magnifiquement sous le marteau, la patène et la custode, le calice ou le reliquaire.

Le présent devait être digne du roi qui l’offrait et de la métropole qui le recevait.

C’est le 31 mars 1547 que le roi Henri II succéda à son père François Ier. C’était un prince aimable et distingué, quoique inferieur, à plus d’un titre, à son prédécesseur, mais qui mêlait, comme lui, le sentiment et le goût des arts à la générosité de l’esprit et du caractère.

On était encore en pleine Renaissance.

Henri II, sacré à Reims roi de France et de Navarre, offrit à la cathédrale un beau et précieux reliquaire où est figurée la Résurrection de Jésus-Christ.

Cette œuvre remarquable a été envoyée par le chapitre de Reims à l’Exposition universelle.

Le Christ, à demi nu, s’élance d’un tombeau d’agate aux panneaux gothiques. Les soldats préposés à la garde du tombeau et vêtus en chevaliers français, sont couchés et endormis sur une terrasse en argent émaillé vert. Le tout se détache et s’élève au-dessus d’une enceinte en hexagone allongé, crénelée comme une petite bastille et terminée à chaque angle par des tourelles que surmontent des anges.

Le tableau, on le voit, est absolument conforme au récit évangélique.
Ce petit édifice se pose sur un soubassement orné de pierres et d’émaux translucides et porté par quatre lions.

Le double D et les trois croissants enlacés, en émail noir et blanc, sont fixés sur le mur crénelé où on lit encore sur une tablette, l’inscription suivante : HENRICVS SECVNDVS CONSECRANDVS HVC ME ADSPORTAVIT.
1547.

Quel est l’auteur de ce reliquaire? On ne sait point; maison peut affirmer, à coup sûr, qu’il était de la bonne école et probablement un maître lui-même, tant l’œuvre dans son ensemble est bien conçue et bienvenue, d’une ingénieuse invention et d’un goût irréprochable.


Miniatures du quatorzième siècle.

LES TROIS VIFS : PSAUTIER DE BONNE DE LUXEMBOURG.

Deux des salles du Musée rétrospectif renferment des manuscrits extrêmement curieux et non moins instructifs que curieux. Ces manuscrits, du reste, ne sont pas prisés des seuls amateurs, gens qui payent à prix d’or toutes les choses rares, mais des artistes, hommes que la rareté ne saurait attirer autant que la beauté; mais encore et surtout des érudits, des lettrés, des savants, de tous ceux enfin qui recherchent les moindres traces des siècles passés, qui en recueillent les moindres restes et qui recomposent ainsi patiemment l’histoire perdue et les générations oubliées.

lestroisvifs.jpg
Les trois vifs

Les manuscrits du Musée rétrospectif ne sont donc pas uniquement bons à récréer les désœuvrés, ainsi que je l’entendais dire hier à je ne sais quel visiteur de l’Exposition ; ce sont les désœuvrés, au contraire, qui ne sont bons qu’à jeter un coup d’œil distrait sur ces chefs-d’œuvre du moyen âge, dont ils ne comprennent point l’importance et dont ils ne sentent pas la beauté.

Dans ces manuscrits, que de jolies choses! quelles œuvres délicates et naïves, quels prodiges de patience et d’art, quels trésors d’imagination ! avant que l’imprimerie fût dé-| couverte, on lisait rarement; mais dans le silence des monastères, ou dans les palais des rois, les imagiers traçaient sur le parchemin, en caractères aussi réguliers que le furent plus tard les caractères moulés, soit la légende, soit l’histoire, soit les prières de la religion; et chaque page terminée, ils l’encadraient dans un réseau d’ornements, d’arabesques, de dessins délicats: ce n’est pas tout, le pinceau venait aider la plume, enluminer l’image et la rehausser des plus vives couleurs ou même la parer d’or et d’argent.

Au quatorzième siècle cet art avait atteint le plus haut point de perfection. Il est facile de s’en convaincre en parcourant le psautier de Bonne de Luxembourg et les beaux manuscrits de cette époque. Les couleurs et les dorures en sont aussi vives que si la main de l’artiste venait de les tracer, les dessins en sont très-corrects : la miniature sur parchemin était alors dans tout son éclat.

La gravure que nous offrons représente une page prise au hasard dans le psautier de Bonne de Luxembourg, femme du roi Jean, morte en 1349. Ce psautier, exécuté sans doute vers 1330 ou 1340, est généralement traité avec moins d’éclat que beaucoup d’autres œuvres du moyen âge. Mais tous les dessins, toutes les miniatures sont des chefs-d’œuvre de finesse et d’esprit.

Jetez les yeux sur cette composition de la page représentée ici. C’est une partie de la légende des Trois vifs et des trois morts. Les trois jeunes gens sont à cheval en face des trois morts peints sur la page opposée. Le dessin n’est-il pas charmant? Et les détails qui l’encadrent ne sont-ils pas délicieux? Ce C dans lequel s’enroulent de délicats feuillages, cet oiseau fantastique au col tordu, ces griffons à tête humaine qui soutiennent les armes de la femme du roi Jean, ce fou déroulant un manuscrit, ce fou singulièrement assis sur une mince et haute tige, ce canard, cette chauve-souris et les autres oiseaux dessinés auprès, ne sont-ils pas des œuvres ravissantes?
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: Musée retrospectif

Message par worldfairs » 13 nov. 2018 01:28 pm

Deux Reliures du seizième siècle.


La galerie de l’Histoire du travail, ce magnifique Musée rétrospectif où sont entassées tant de merveilles et qui n’a pas suffisamment attiré l’attention des visiteurs, renferme les deux volumes précieux dont nous donnons les spécimens. Ce sont deux de ces joyaux rares dont nous parlions dernièrement dans notre article sur la reliure, deux de ces diamants sans tache qui ravissent les bibliophiles et qui feraient à eux seuls l’honneur d’un cabinet.

reliurehenri2.jpg
Reliure Henri II

Le premier appartient à l’incomparable bibliothèque de M. Firmin Didot. M. Didot a exposé au Champ de Mars pour plus de trois cent mille francs de reliures du seizième siècle. Ces reliures sont presque toutes dues à des ouvriers italiens. Elles sont admirables de goût et de pureté de style. C’est l’Italie qui a vu les premiers amateurs, à l’époque où la reliure ne faisait encore que sortir de la période du moyen âge, où l’on employait les ais de bois et où l’on ne connaissait pas l’usage des peaux.
Le progrès eut peine à vaincre la routine. Bonaventure des Terriers, dans son Cymbalum mundi, a fait une allusion curieuse à cette lutte. Jupiter veut faire relier à neuf le livre des destins et envoie à cet effet Mercure sur la terre. Mais le messager est très-embarrassé, « Je ne sais, dit-il, s’il me le demande en ais de bois ou en ais de papier, s’il le veut recouvert en veau ou en velours.» Le progrès l’emporta. L’art du relieur naquit et s’éleva de suite à une étonnante perfection. Deux amateurs italiens sont surtout célèbres au seizième siècle; Maioli, dont on ignore la vie et la situation, mais dont les livres superbes atteignent dans les ventes publiques des prix insensés, et Demetrio Canevari, médecin du pape Urbain VII, qui n’épargnait rien, malgré son avarice, pour faire revêtir ses livres des plus somptueuses reliures. Ces livres portent tous le même écusson que nous retrouvons sur le volume exposé par M. Didot: c’est une plaque poussée d’un seul coup représentant Apollon peint en or, le char en couleur et la mer en argent. On s’arrache les livres de Canevari, mais celui-ci passe pour le plus beau. C’est un petit in-folio renfermant le traité d’Hygin : Astronomicon poeticon, dont la première édition parut en 1475. Après des fortunes diverses, ce magnifique volume tomba entre les mains de M. Libri à la vente duquel, en 1859, il fut acheté pour M. Solar-73 francs. Mais dès 1860, à la vente Solar, il fut vendu 1705 francs. Brunet, dans son Manuel du libraire, se récrie contre ce prix, mais maintenant les livres reliés aux armes de Canevari se vendent couramment deux mille francs et plus, tout comme les Maioli. On admirera, dans la gravure que nous donnons de cette reliure en maroquin à compartiment, la grâce, la délicatesse, la sobriété charmante des arabesques, l’éclat et l’harmonie des couleurs, et on avouera que de nos jours on n’égale pas ces artistes inconnus de l’Italie, ces Cellini de la reliure à son aurore et déjà à sa perfection. C’est à eux que confiait ses livres Jean Grolier, un des quatre trésoriers généraux de France sous François Ier, ce bibliophile célèbre sur lequel M. Leroux de Lincy a publié une si intéressante monographie. Les moindres exemplaires sortis de sa renommée bibliothèque valent deux et trois mille francs. C’est lui qui, loin de partager l’égoïsme des collectionneurs, mettait sur chacun des joyaux qu’il entassait sur ses rayons cette touchante devise : Joannis Grolierii et arnicorum.

reliurecanevarius.jpg
Reliure Canavarius

Le second volume figuré ci-contre est un spécimen des reliures de Henri II, ou pour mieux dire, de Diane de Poitiers. II appartient à M. le marquis de Ganay. Henri II donnait tous ses livres, tant ceux qu’il acquérait que ceux qui provenaient de ses prédécesseurs, à Diane de Poitiers. Diane les faisait reliera ses armes, et ils allaient enrichir la bibliothèque d’Anet; on ne soupçonnait pas la richesse de ce dépôt. On ne le sut qu’en 1723, à la mort de la princesse de Condé, propriétaire d’Anet. La bibliothèque fut mise en vente, et un monsieur de Sardière, prévenu, s’y fit une part superbe. Ces livres maintenant sont recherchés à l’égal des plus précieux; le volume exposé par M. le marquis de Ganay renferme les œuvres médicales d’un empirique grec, Alexandre de Tralles. Il est difficile de voir une plus charmante reliure; les ornements sont d’un goût et d’une finesse admirables. On remarquera au centre les armes royales avec les fleurs de lis et le collier de Saint-Michel associés air: armes de Diane; le croissant et les quatre arcs formant l’encadrement de l’écusson. Dans le cadre sont des semis de fleurs de lis et des H couronnés, des croissants entrelacés trois par trois, et, dans le bas, un double D. Nous ferons observer que, pour ce volume comme pour celui de Canevari, le titre est inscrit seulement sur les plats. L’usage n’existait pas encore de mettre les titres sur le dos des volumes. On ne trouve des titres inscrits à dos entre deux nerfs que sur deux ou trois volumes de Grolier, c’est-à-dire d’une façon tout à fait exceptionnelle. Aussi, les livres étaient-ils rangés les uns sur les autres dans les bibliothèques et non placés debout côte à côte.

Il n’y a pas de plus belles reliures que celles dont nous venons de donner un aperçu historique en même temps que les spécimens.
Les relieurs célèbres de notre temps ne font que les imiter, heureux quand ils choisissent de pareils modèles, sobres et purs, d’un goût exquis et consommé.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: Musée retrospectif

Message par worldfairs » 19 nov. 2018 12:51 pm

Les Armures

Aujourd’hui on ne blinde plus que les vaisseaux, et ce n’est pas sans un curieux étonnement que nous contemplons ces lourdes enveloppes de fer dont se chargeaient nos ancêtres, il n’y a pas encore si longtemps, pour marcher à l’ennemi. Turenne et Condé allaient au combat armés de pied en cap. Villars lui-même qui, à la bataille de Denain en 1712, ne consentait plus à revêtir qu’un buffle pour toute arme défensive, avait porté l’armure à ses premières campagnes; il est vrai qu’au siège de Maëstricht en 1673, marchant comme volontaire à l’attaque d’une demi-lune, il la jeta en route pour courir plus vite à l’assaut.

Mais le règne véritable de l’armure, ce sont les quinzième et seizième siècles. L’introduction des armes à feu, canons et mousquets dans les équipements militaires, a changé la tactique et rendu plus gênantes que protectrices ces épaisses et lourdes carapaces de fer qui entravaient la rapidité des mouvements.

Le Musée de l’histoire du travail de l’Exposition universelle pourrait rivaliser avec notre musée d’artillerie pour le choix et l’abondance d’armes défensives de toute sorte à l’aide desquelles on pourrait raconter toute la légende de l’armement militaire depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours. Il nous a paru curieux, sans insister avec détail sur ces diverses époques, d’en dire à grands traits les caractères particuliers et de suivre le progrès dans ses manifestations principales.

armurebaronroggendorf.jpg
Armure du Baron de Roggendorf

Sans remonter au temps des cuirasses de lin trempées dans du vinaigre, qui résistaient au tranchant et à la pointe du glaive, comme celle de Conrad de Montferrat, nous trouvons au treizième siècle l’homme de guerre armé de la cotte de maille, la tête couverte du heaume et du ventail. La maille de cette époque était formée d’anneaux de grandes dimensions forts, ronds, rivés, d’une exécution très-solide. A la tunique s’ajoutaient des chausses et des souliers de mailles. C’était le costume militaire de saint Louis; mais, cinquante ans plus tard, l’armement se complique. Sous le heaume vient se placer le camail, capuchon de mailles qui venait s’agrafer à la tunique. Par-dessus la tunique se portait le pourpoint de cendal ou cotte gamboisée, c’est-à-dire rembourrée du cou à la ceinture. Les genouillères d’acier, les plaques trumelières destinées à protéger les jambes, les cuissards d’étoffe gamboisée, les gants démaillés complétaient l’équipement militaire.

Le heaume était surtout la coiffure du cavalier. Pour combattre à pied on se couvrait la tête du bassinet. C’était la coiffure ordinaire de l’homme d’armes. L’usage gagna le combattant à cheval; il tendit vers la fin du quinzième siècle à se couvrir plus légèrement la tête, et l’on ne vit bientôt plus figurer le heaume que dans les joutes et les tournois.

Le quatorzième siècle fut l’époque de transition où la transformation du costume de guerre s’opéra. Dans les dernières années, l’armure d’acier poli à plaques était d’un usage général. Ce qui avait fait abandonner la cotte de mailles et ses accessoires, c’était leur poids et leur vulnérabilité. La cotte n’empêchait pas toujours l’épée ou le fer de pénétrer, puis l’homme d’armes étouffait sous son harnachement et ne pouvait descendre de cheval. Aussi, dès les premières modifications apportées, voit-on le cavalier combattre avec empressement à pied en maintes occasions et, quand le terrain ne permet pas aux chevaux d’avancer, l’élite de l’armée n’est plus réduite à l’inaction.

Les premières armures de plates furent d’autant plus légères que les chevaliers portaient en dessous une cotte de mailles fine et courte. Mais plus tard, pour supprimer tout à fait la cotte de mailles, on doubla les épaisseurs des plaques d’acier. On ne rencontre plus alors le tissu de mailles qu’aux goussets et derrière la braconnière.

L’emploi de la targe remonte à cette époque. Les targes étaient des boucliers de formes et de dimensions variées que l’homme de guerre portait avec lui, soit achevai, soit à pied. Les petites targes se portaient à cheval au côté gauche, s’embrayaient et se suspendaient au cou par une courroie qu’on nommait guige. On appelait enchanteler l’écu, le porter en chantel quand on combattait en le laissant suspendu par la guige, pour conserver l’usage de la main qui tenait la bride.

Les grandes targes étaient exclusivement affectées aux gens de pied. L’arbalétrier la portait sur son dos, parce qu’il se retournait pour tendre son arbalète et que la targe le couvrait dans ce mouvement. C’était l’ancien pavois des Gaulois. On s’en servait surtout durant les sièges. Froissard parle fréquemment de se pavescher, c’est-à-dire se couvrir de son pavois.

Il y avait aussi de petits boucliers dits rondelles à point, que l’on portait souvent quand on allait aux aventures sans être armé de pied en cap.

A mesure que l’armure se perfectionnait, l’usage du bouclier se perdait, et cela se conçoit facilement. La cotte normande que portait Guillaume le Conquérant présentait de nombreuses solutions de continuité : aussi un long bouclier en forme de cœur paraissait-il indispensable pour couvrir le côté gauche du cavalier, le plus exposé dans le combat; mais aux quatorzième et quinzième siècles, le bouclier se rétrécit peu à peu, finit par ne plus couvrir que l’épaule et disparaît.

armuregustave1.jpg
Armure du Roi Gustave Ier

A partir de ce moment, l’homme est bardé de fer des pieds à la tête. L’armure ne varie plus que de formes pour suivre les modes du costume civil. C’e t ainsi que, sous Louis XII, le plastron de la cuirasse est presque sphérique, tandis que sous Henri II il s’allonge en cosse de pois comme le pourpoint du temps. On imite sur l’acier les crevés, les taillades et autres détails au goût de l’époque. C’est à ces caractères qu’on reconnaît la date précise d’une armure. Celle du chevalier baron de Roggendorf que reproduit notre gravure porte bien le cachet des modes allemandes du seizième siècle. Les eaux-fortes d’Albrecht Durer sont remplies de personnages, de reîtres, portant des manches d’étoffes bouffantes à plusieurs plis, vêtus de pourpoints tailladés et zébrés comme l’armure blanche et les bouffes de notre burgrave.

Sous François II on commence à trouver lourd ce vêtement de fer et l’on éprouve le besoin de dégager les jambes. La braconnière, les targettes, les cuissards et les solerets disparaissent, et on les remplace par un grand cuissard articulé et par des bottes en peau de daim. C’est le premier démantèlement de l’armure. Henri IV la porte encore à peu près complète au siège de Paris, et sous Louis XIII, sous Louis XIV les pièces tombent une à une pour ne plus laisser bientôt subsister que la cuirasse, et seulement dans certains corps de cavalerie.

Jusque dans les premières années du seizième siècle, les armes à feu (les canons exceptés, bien entendu) ne portant que des balles de fort petit calibre, les armures en usage à cette époque offraient une résistance très-suffisante à ces projectiles. Mais lors du perfectionnement des armes à feu, arquebuses, mousquets et pistolets, on crut devoir doubler l’épaisseur des armures. On en arriva à si fort passer la mesure, dit Lanoue, dans son quinzième discours, que les gens d’armes étaient véritablement chargés d’enclumes. Et il affirme qu’un gentilhomme de trente à trente-cinq ans, c’est-à-dire dans toute la force de l’âge, ne pouvait rester vingt-quatre heures armé sans défaillir. Tavannes de son côté dit que si les armes offensives continuent à augmenter de portée, il sera insensé de chercher à se garantir par l’épaisseur des cuirasses. On charge tellement les chevaux, ajoute-t-il, qu’au moindre choc ils succombent sous le poids. Ces armes défensives, abandonnées par l’infanterie, ne tardèrent pas à l’être aussi par la cavalerie sous Louis XIII. Ce fut en vain qu’en 1638 et en 1639 il multiplia les prescriptions à cet égard.

Des Noyers, secrétaire d’État, faisait savoir au maréchal de Châtillon que le roi avait donné l’ordre aux intendants de distribuer des cuirasses aux cavaliers avec obligation de les porter, sous peine d’être dégradés de la noblesse. Mais on aimait mieux s’exposer à une mort probable que de supporter tous les jours une fatigue devenue intolérable ; et bien que le roi Louis XIV, par une ordonnance du 5 mars 1675, eût enjoint aux officiers de la gendarmerie et de la cavalerie légère de porter des cuirasses, bien que lui-même, en plusieurs occasions, en eût donné l’exemple à plusieurs sièges, il ne put faire revivre cet usage que le temps avait définitivement condamné.

Les chevaux, comme les hommes, eurent à une époque leur carapace de fer. La tête et le poitrail de l’animal étaient revêtus de mailles ou de lames de fer qui, même pendant un certain temps, couvrirent le reste du corps ; mais plus tard les flancs furent seulement garantis par une enveloppe de cuir bouilli. Les parties de l’armure du cheval portaient différents noms. C’était le chanfrein, espèce de masque, dont on couvrait la tête du cheval, qui ordinairement était de cuivre, de fer ou d’acier, et au milieu duquel se dressait le plus souvent une pointe comme une corne de rhinocéros : c’étaient les bardes, les flanchois ou flancharès, les caparaçons de buffles, etc.

Les chanfreins étaient souvent des objets du plus grand prix. Le cheval du comte de Saint-Pol au siège d’Harfleur, en 1449, portait un chanfrein qu’on estima trente mille écus. Lorsque le comte de Foix entra cette même année dans Bayonne, son cheval en portait un d’acier, garni d’or et de pierreries, qui avait coûté quinze mille écus d’or.

Vous pouvez voir dans la galerie du travail de l’exposition suédoise le roi Gustave Ier à cheval, armé de toutes pièces, le bouclier au col, l’épée à la main. Sa monture est caparaçonnée. Le chanfrein de son cheval est simple et peu fourni d’ornements, ainsi que l’armure du chef de la maison de Wasa. Le héros suédois, l’élu d’une race de paysans et de mineurs, qui cacha longtemps dans les forêts de la Dalécarlie ses rêves d’indépendance et ses plans ambitieux, était l’homme

De l'action, de la lutte, non de la parade. Quelques rares dorures, dont le temps a fait Justice, se voient encore sur la cuirasse d’acier, sur les cuissards, les jambières, les éperons. Mais ce qui parle éloquemment de sa vie et de ses travaux, c’est ce bouclier percé d’une balle, c’est cette épée ébréchée par les estocades, c’est le chanfrein lui-même de son cheval bossué en vingt endroits dans la bataille.

Un large caparaçon de velours noir où les armes de Suède, le lion Scandinave, sont brodés en or sur satin, couvrait les vastes flancs du cheval qui portait Wasa et sa fortune. Mais cela aujourd’hui est poudreux, frangé par le temps, rongé par les vers, mangé par la rouille, et cependant on ne peut te défendre de saluer respectueusement cette défroque flétrie et cette armure ternie en songeant à la vie énergique qui les mit jadis en mouvement, quand celui qui les porta soulevait, au nom de la liberté, les montagnards de la Gothie et les pêcheurs des fjords et des lacs.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6786
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: Musée retrospectif

Message par worldfairs » 26 nov. 2018 01:14 pm

L’Horloge de Gaston d’Orléans.

horlogegastondorleans.jpg
L’Horloge de Gaston d’Orléans

Schiller a chanté la cloche. Le rôle allégorique de cette voix de l’air, la part importante qu’elle prend dans toutes les circonstances solennelles de la vie, ne pouvaient échapper au poète allemand.

Personne n’a chanté l’horloge. Et pourtant considérations philosophiques, souvenirs historiques, appréciations d’art et de science, se trouvent réunis dans cette petite boîte que les sauvages du Nouveau-Monde ont longtemps prise pour un être animé.

Placé en face d’une horloge ou d’une montre, le savant, d’un œil attentif, suit les combinaisons si compliquées du rouage, et les lois mécaniques s’affirment dans toute leur vérité à ses yeux; il se dit aussi que l’art de l’horlogerie est l’auxiliaire obligé de presque toutes les sciences positives qui, sans lui, seraient demeurées stationnaires.

L’artiste admire la forme et l’ornementation du petit meuble, le goût des figures qui le décorent, la correction des dessins qui y sont incrustés; l’archéologue, au style, reconnaît l’époque de sa fabrication, quelquefois même le nom de son créateur.

Le philosophe pense aux grands problèmes de l’éternité et du temps, et en cherchant, sans y parvenir, à localiser le mouvement qui est la résultante de tous les rouages, il se demande avec l’école matérialiste de l’Allemand Strauss, si l’âme est autre chose que le mouvement de l’organisme humain, la résultante des forces vitales.

Le penseur qui ne sonde pas les insondables arcanes de la métaphysique, se laisse aller à méditer sur les événements dont l'aiguille a marqué le moment fatal: heures solennelles et critiques de l’histoire des nations, instants de vie ou de mort pour les hommes, elle a tout noté sur son cadran qui ne garde pas plus de trace que la surface de l’onde, qui vient d’engloutir un navire.

Le poète enfin se rappelle la funèbre inscription placée autour des heures de l’horloge d’Urrugue : Vulnerant omnes, ultima necat.

Nous ne pouvons ici faire l'historique de tous les instruments avec lesquels les peuples mesuraient le temps. Nous aurions à parcourir une trop longue série qui commence au premier cadran solaire que le roi Achaz fit construire dans le temple de Jérusalem, environ 600 ans avant l’ère chrétienne, qui passe par le clepsypdre et le sablier et les œufs de Nuremberg, pour aboutir à la pendule électrique de nos jours.

Jusqu’au règne de François Ier plus d’un horloger fut accusé de sorcellerie et dut pour se soustraire au bûcher, prendre la fuite; et pourtant au moyen âge, l’érection d’une horloge dans une ville était un événement mémorable. Tout le monde a entendu parler de la magnifique horloge que le calife Haroun-el-Reschid envoya à Charlemagne, et tout le monde a pu voir à Strasbourg l’horloge de 1573, qui passait pour la merveille des merveilles et dont la réputation s’étendait dans toute l’Europe.

Les premières horloges à poids et contrepoids, destinées à marquer l’heure dans les appartements, parurent en France, en Italie et en Allemagne vers le commencement du quatorzième siècle. Leur prix exorbitant les rendit d’abord accessibles seulement aux grands seigneurs. Elles se suspendaient contre les murs ou se plaçaient sur des piédestaux en bois sculpté. A partir de ce moment, on fit tous les jours des progrès et l’horlogerie, qui n’avait été qu’une application de la science, devint un art. Le ressort-spiral était inventé et permettait de réduire la grosseur de l’horloge; aussi dès la fin du quinzième siècle en faisait-on qui n’étaient pas plus grosses qu’une amande.

Depuis le jour où Peter Helé fabriqua à Nuremberg les premières montres que, pour leur forme, on appela des œufs de Nuremberg, l’usage s’en propagea rapidement en France, et sous le règne des Valois les artistes adoptèrent les formes les plus variées, de préférence celles de l’amande, de la coquille, de la croix de Malte, etc.; il y en avait aussi de carrées, d’oblongues, d’octogones, la plupart délicatement parées, damasquinées, émaillées, en cuivre doré ou en argent.

Avec Louis XIII arriva la décadence. La Renaissance jetait ses derniers reflets. Les horlogers français se bornaient à imiter les ouvrages de leurs devanciers, la partie purement mécanique de l’art s’améliora, mais l’élégance et la pureté du dessin, l’originalité des ciselures avaient disparu.

La pendule que représente notre gravure, et qui a appartenu à Gaston d’Orléans, fait peut-être exception, et semble l’œuvre d’un artiste de la Renaissance, attardé sous Louis XIII.

L’horloge affecte la forme d’un rectangle allongé supporté par quatre lions ; sur l’une des faces est le cadran; au-dessus du petit édifice s’arrondit une sorte de coupole, percée à jour et surmontée d’une élégante figurine de femme aux ailes ouvertes.

Des sujets allégoriques, gravés avec beaucoup de finesse dans le cuivre, décorent les faces latérales. Le cuivre, l’acier, l’argent et l’or entraient seuls dans la composition des horloges. Boule et les ébénistes des Gobelins allaient, sous le règne suivant, devenir les collaborateurs inséparables des artistes horlogers.

Nous avons dit que cette horloge a appartenu à Gaston, duc d’Orléans, frère de Louis XIII. Qui ne pensera en contemplant cette aiguille, immobile aujourd'hui, aux nombreuses trahisons qu’elle a dû marquer au compte de celui qui la possédait? Qui me dira si elle ne s’est pas arrêtée d’horreur au moment où tombait la tête du duc de Montmorency ?


Polyptyque en ivoire.

polyptiqueivoire.jpg
Polyptyque en ivoire

Nous donnons un spécimen de la sculpture sur ivoire au treizième siècle, tiré de la collection si riche de M. Basilevvski. Ce travail est d’un ouvrier français et a été exécuté dans la basse Normandie.

L’invasion des Barbares avait fortement compromis les destinées de la statuaire. La grande sculpture n’avait plus de représentant; par contre la petite sculpture était à la mode. Les grands personnages avaient l’habitude de s'envoyer des diptyques d’ivoire, sur la table extérieure desquels on sculptait de petits bas-reliefs qui rappelaient une circonstance mémorable quelconque. Un mariage, un baptême, un succès quelconque, devenaient l’occasion d’autant de diptyques. Pendant deux siècles les artistes ne vécurent que de ce genre de travail.

Il est difficile de classer suivant l’ordre chronologique les nombreux diptyques du treizième siècle. Tous ces livres d’ivoire, où les scènes de la passion sont figurées, ne se distinguent que par la proportion des personnages. C’est toujours une histoire empruntée à l’Évangile qui sert d’inspiration à l’artiste. Tout le drame de la passion se développe dans ses différentes phases, mais avec des nuances d’interprétation qui varient du moyen âge à la Renaissance.

Dans tous ces bas-reliefs qui n’ont qu’un seul plan, l’ivoire est toujours profondément fouillé de façon à laisser peu de surfaces sans accidents. La lumière brisée produit dans les cavités les effets les plus heureux.

Cette façon de travailler l’ivoire est en parfait accord avec l’architecture contemporaine, qui se fait remarquer par les détails de son exécution et les clartés de son plan. Le polyptyque de M. Basilewski donne une idée de cet accord.

Les personnages sont subordonnés aux dispositions architecturales. La Vierge, accompagnée de deux anges, occupe le centre de la partie inférieure; à sa droite s’agenouillent les trois rois mages placés dans les trois arcatures du volet. Sur les autres volets sont représentées d’autres scènes de la vie de la Vierge. Au centre de la galerie supérieure est assis le Christ, montrant ses plaies. A côté de lui deux anges portent les instruments de la passion. D’un côté il est prié par la Vierge, de l’autre par saint Pierre.

Ce polyptyque est certainement un des plus curieux échantillons d’un art perdu, et perdu sans que la grande statuaire y ait gagné.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Répondre

Retourner vers « Paris 1867 - Arts, design, mode »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité