Le Wurtemberg

Paris 1867 - Discussions, informations, questions
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6435
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Le Wurtemberg

Message par worldfairs » 17 sept. 2018 02:06 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Le Wurtemberg - bavierewurtemberg1.jpg

Il faut parler du Wurtemberg, et la gravure qui vient à l’appui de notre article, d’après un système adopté d’une façon immuable dans cette publication, représente un cerf avec ses faons, groupe modelé par un artiste bavarois et fondu par un industriel bavarois.

Il est vrai que ce groupe se trouve à l’entrée de la salle qui contient à la fois les expositions du Wurtemberg et de la Bavière, et qu’il nous est donc loisible de diriger nos regards exclusivement d’un côté. Nous avons déjà dit à propos de la Bavière toute notre pensée ; nous avons manifesté les regrets que les tendances de son gouvernement nous font éprouver, et nous avons marqué avec soin toutes les espérances que le caractère du peuple et la richesse du pays permettent de concevoir. Les forces vitales de cette nation sont à l’état latent, et il est incontestable qu’elles trouveront tôt ou tard à se développer franchement, et à renverser une digue qui, pour durer quelque temps, ne saurait être éternelle.
L’histoire du monde depuis qu’il existe et celle de la marche des idées depuis que l’homme raisonne, ne présentent pas un phénomène qui pourrait rendre hypothétique pareille issue, et il y a lieu de s’en féliciter.

Si des esprits, amis de l'obscurantisme et de l’ignorance, cherchent à entraîner ce peuple dans un état d’infériorité intellectuelle qui ne peut que mieux assurer leur despotisme, il est juste de reconnaître aussi que des hommes de mérite, des penseurs distingués, des citoyens convaincus ont essayé d’arrêter cette décadence de leur patrie, et luttent tous les jours contre leurs trop redoutables ennemis. Tel est M. le conseiller d’État (ministerialrath) Braun qui a organisé l’exposition de la Bavière au Champ de Mars, et dont le libéralisme éclairé, la persistante énergie, le sens élevé, et le mépris de tout danger que ses principes avancés peuvent lui faire courir, ont triomphé en plus d’une, occasion et ont remporté des victoires qui, pour être modestes encore, laissent prévoir et espérer du moins de plus éclatants succès. L’abolition des maîtrises entre autres est un des plus beaux résultats d’une carrière vouée tout entière au progrès de ses concitoyens.

Vie de lutte qui n’admet pas un moment de répit, et qu’il faut le plus souvent terminer sans avoir pu dompter ses terribles adversaires. Puisse ce témoignage rendu à d’aussi nobles efforts, adoucir les déboires et les amertumes d’un homme de bien!

Nous en avons fini avec la Bavière, et nous sommes tout au Wurtemberg; nous sortons de l’ombre pour entrer dans la lumière. Là, nous l’avons dit, l’activité règne partout, le travail enrichit le pays, l’instruction l’éclaire, le peuple est heureux et le souverain est estimé.

L’exposition du Wurtemberg, au Champ de Mars, a été organisée par un esprit supérieur, lui aussi, M. le commissaire général Dr de Steinbeis et, grâce à ses capacités, elle se présente sous le meilleur aspect.

Ce qu’est le peuple, ce que produit le pays en général, nous l’avons dit. Pour compléter notre notice, il ne nous reste plus qu’à parcourir les différentes salles et qu’à examiner les produits exposés.

L’espace accordé au Wurtemberg est restreint, et les délégués du pays ont dû se plaindre; mais si petite que soit la place, un peuple intelligent et travailleur trouve encore moyen de s’affirmer et de donner des preuves de son industrieuse activité. Environ 240 exposants ont envoyé des échantillons de leur savoir-faire, et certainement ce nombre aurait encore été plus considérable si les événements de l’année dernière n’étaient venus arrêter dans leur essor toutes les tentatives pacifiques de l’Allemagne. Mais, encore une fois, telle qu’elle est, l’exposition du Wurtemberg est la plus remarquable de celles des États du Sud de l’Allemagne.

Dans la Galerie du Travail, la première qui se présente en venant du Jardin central, nous avons remarqué un autel en bois sculpté avec figures de la Vierge et des saints coloriées. Ce spécimen curieux de la sculpture sur bois, qui figure dignement dans le Musée rétrospectif, a été exécuté par Bartholomée Zeitblom, d’Ulm, et remonte à 1488.

Dans le groupe des œuvres d’art, on ne peut citer que quelques tableaux de Henri Rustige (le duc d'Albe à Rudolstadt), et de Bernard de Neher (le Sacrifice offert par Noé); puis encore le modèle d’un monument pour le poëte Uhland, par Adolphe Oppel.

Bien autrement riche est le groupe II, qui comprend le matériel des arts libéraux. Là se trouvent les Hallberger, les Cotta, les Ebner et Seubert, les Nitzschke, les Schiedmayer, etc., etc. Dans la librairie, Stuttgard est pour le Sud de l’Allemagne ce que Leipzig est pour le Nord; 106 imprimeries fournissent à 125 éditeurs des ouvrages de tout genre qui forment un total de transactions qu’on peut évaluer à près de huit millions. Ces différents établissements sont situés pour la plupart à Stuttgard, et en partie à Ulm, Tubingue et Reutlingen. L’exposition de ces éditeurs au Palais du Champ de Mars offre cet énorme avantage, que nos libraires français n’ont pas su imiter, de ne renfermer aucun ouvrage dans une vitrine. Tout est à la portée du visiteur, qui peut feuilleter ainsi à son aise et se rendre compte de la valeur du contenu et du mérite de la fabrication. Dans un article spécial sur la librairie étrangère, nous avons déjà parlé des collections d’auteurs allemands faites avec tant de soin et de respect par M. Cotta ; nous avons également rendu hommage aux journaux illustrés de M. Édouard Hallberger, le Marne île l'Allemagne ; nous aurons complété notre revue après avoir jeté un coup d’œil sur les ouvrages scientifiques de MM. Ebner et Seubert, qui ont obtenu une médaille d’argent, et sur les livres innombrables édités pour l’instruction et la récréation de la jeunesse par M. Nitzschke.

Dans la classe 7, nous trouvons la papeterie. C’est là une ancienne et traditionnelle industrie de la Souabe. Fabriquer du papier avec des chiffons est une invention des Maures qui fut connue en Europe au quatorzième siècle, et c’est à Ravensbourg, en Wurtemberg, que la première fabrique de papier fut établie. Il est à regretter que les principaux industriels de ce pays, ceux de Heilbronn surtout, n’aient pas cru devoir exposer. Il est vrai qu’il nous en reste de fort remarquables, et surtout M.Voelter, de Heidenheim, qui a résolu le problème de se passer de chiffons pour la fabrication du papier. On sait que depuis 1835, le prix des chiffons a augmenté d’une façon notable. 11 fallait remédier à cet inconvénient qui pouvait paralyser les progrès de l’humanité en décuplant le prix des livres. M. Voelter a trouvé moyen de remplacer le chiffon par des brins de bois. Dans les papiers d’impression, le bois entre pour 66 p. 0/0, dans les papiers destinés à l’écriture, le bois occupe une importance de 30 à 50 p. 0/0. Les frères Decker ont établi à Cannstadt, pour la fabrication de ce papier, une machine dont on trouve un spécimen dans le Parc du Champ de Mars. Le jury a reconnu les mérites de cette invention en accordant une médaille d’or à l’inventeur et au constructeur de cette machine, et, en outre., une médaille d’argent au papier de M. Voelter. Il y a certainement des perfectionnements à faire, mais tout un avenir est là; et comme il a fallu remplacer le graphite, qui est épuisé, pour faire des crayons, comme il faut songer à remplacer la houille qui s’épuise, de même il est urgent de trouver dans la fabrication du papier un élément qui serve d’équivalent au chiffon.

Le développement de l’instruction en Wurtemberg est considérable, et nous avons dit précédemment que c’était le pays le plus éclairé. La commission royale pour les écoles ouvrières communales a fait une exposition collective. Ces écoles s’élèvent au nombre, de 101, et sont fréquentées par 8000 élèves.

Le but était de donner aux jeunes artisans, après l’instruction élémentaire des écoles primaires, la somme de connaissances scientifiques et techniques indispensable pour lutter loyalement dans leur métier contre toute concurrence. La commission prise dans le conseil royal des sciences et dans le conseil du commerce et de l’industrie ne voulut recourir à aucune loi pour forcer les communes à établir des écoles ouvrières. Du reste, de pareils moyens n’étaient pas nécessaires, et l’intérêt avait déjà gagné les communes à la cause même. La commission eut le pouvoir d’offrir une subvention de l’État couvrant la moitié des frais. Comme principe fondamental, on admit la pleine liberté pour la fréquentation de ces écoles et la rétribution obligatoire. Avec une rapidité surprenante ces institutions se répandirent sur le pays. Le dessin surtout fut enseigné, et ce sont des échantillons des divers travaux exécutés par les jeunes ouvriers que nous voyons au Champ de Mars. Le résultat obtenu dépasse toute espérance. Notre conservatoire des Arts et Métiers s’est rendu acquéreur de différents objets exposés, remarquables par leur perfection, et le jury de la classe 90 a accordé une médaille d’or à la commission royale et une médaille d’argent à M. de Steinbeis à titre de coopérateur. La commission dispose annuellement de 60 000 francs environ. Soixante mille francs ! — Qu’en pense M. Duruy avec tous les millions de son budget?

Une exposition curieuse est celle des instruments de précision. A Onstmettingen, au milieu d’une population de paysans plutôt que d’ouvriers, se font les balances de précision les plus recherchées par les chimistes et les savants. C’est un pasteur, grand amateur des études mathématiques, qui a donné à ce village une industrie dont la prospérité augmente tous les jours. Nous quittons le groupe II qui est sans contredit le plus intéressant dans l’exposition du Wurtemberg. Là éclate toute sa supériorité, celle qui est la plus enviable ; elle dénote une culture intellectuelle tellement avancée que tous les autres succès , en industrie , en commerce, en politique, peuvent être obtenus a priori par l’emploi des forces acquises. Dans les autres galeries le Wurtemberg nous donne précisément la preuve de ce qu’il peut faire dans toutes les branches, et s’il ne met pas au grand jour une de ces industries qui, servie par les circonstances, arrive parfois lans certains pays, à l’apogée, il offre un niveau constant très-élevé dans tous ses produits.

Nous ne dirons donc rien de la galerie des meubles, rien des cristaux, rien de la maroquinerie; mais nous devrons, pour être équitable, parler de l’ivoirerie et de ces nombreux objets sculptés en os dont Geisslingen a le privilège. Un assortiment complet d’écrins, d’écrans, d’albums, de cachets, de poignards, de bonbonnières, d’épingles, de broches, d’encriers, de corbeilles, de porte-plumes, de chandeliers, de crucifix, de jeux aux échecs, de dés, donne une idée du goût de l’ouvrier souabe, et de l’originalité de ses inventions.

L’horlogerie se distingue de celle de la Forêt-Noire, non par la forme, qui est la même, mais par son procédé de fabrication. Le coucou de la Forêt-Noire est complètement en bois, celui du Wurtemberg est en métal et en bois et d’une solidité assez grande pour être exporté en Amérique.
L’orfèvrerie de Gmund mérite une mention, plutôt pour le rang qu’elle occupe dans les industries du pays, que pour le goût et le mérite qu’on y remarque.

De toutes les industries pourtant celle qui domine les autres est l’industrie du coton, et cela tant par l’importance du capital qui y est engagé que par la valeur des produits. Elle ne remonte que vers 1850, et déjà elle donne du travail à 3550 ouvriers et fait en matière brute une consommation de 5 600 000 kil. Les produits sont évalués à plus de 51 millions. Parmi les exposants nous avons remarqué MM. Lang et Seiz, Charles Faber à Stuttgard et Gutmann frères à Goppingen, Schoop et Cie à Biberach, Staub à Kuchen et Neuburger à Ulm.

Nous passerons rapidement sur les classes 29, 30 et 31, sur les fils et tissus de lin et de chanvre, sur les laines peignées et sur les laines cardées. Longtemps le travail du tisserand se faisait à la main, depuis peu d’années seulement la mécanique a été introduite. Pour les draps et les vêtements confectionnés, pour les molletons et les flanelles surtout, l’exportation est importante. MM. Zoppritz à Heidenheim et Schill et Wagner à Calw ont exposé des produits fort recommandables. Les draps fournis par MM. Lamparter frères et Finkh, à Reutlingen, sont d’excellente qualité, et leur vente s’étend sur tous les pays du Zollverein et de la Suisse.

Une des branches les plus actives de l’industrie souabe, est la fabrication de chapeaux de paille. Une société de secours fondée en 1854, par M. Haas, se changea successivement en lieu d’asile, puis en fabrique où l’homme inoccupé passait les loisirs que lui laissait le chômage à tresser la paille. Aujourd’hui cet établissement occupe plus de 6000 personnes et fournit des chapeaux de toute qualité et de toute forme.
Une spécialité du Wurtemberg est encore la fabrication d’objets en tôle peinte on en fil de laiton colorié ; cages, boîtes, jouets d’enfants, plateaux, etc. Les cages surtout sont d’une variété de forme infinie et affectent, pour cacher leur cruel emploi, les dehors les plus riants et les plus séduisants. Mais l’oiseau captif est sans doute moins fou que l’homme, et rien, fût-ce le palais le plus doré, ne vaut pour lui la liberté perdue.

Non loin de ces prisons qui, pour n’être destinées qu’à la gent ailée, n’en sont pas moins tristes à contempler, s’étale un autre spectacle qui ne devrait inspirer que des idées de paix, mais qui, involontairement et par l’impression pénible que produit sa vue, rappelle les plus horribles scènes de carnage. Je veux parler de l’exposition des faux et des faucilles qui, lorsqu'elles ne sont pas des instruments aratoires, sont les plus terribles armes d'une insurrection. La fabrication des faux a pris de telles proportions en Wurtemberg que l’État exploite pour son propre compte une des principales usines, celle de Friedrichsthal.

Les mines de fer et de sel gemme appartenant presque toutes à l’État sont d’une grande importance. A côté des mines du Gouvernement il existe aussi bon nombre de fonderies particulières. Parmi ces dernières il faut citer celle de M. Stotz, à Stuttgard, qui a établi dans le Zollverein la première fabrique qui ait produit des articles de fonte malléable. Comme fabricant d’objets de cuivre laminé, on ne peut passer sous silence M. Wieland, à Ulm, qui s’est surtout distingué par ses tuyaux.

Les produits chimiques sont d’une supériorité incontestable, et sur les dix médailles d’or accordées au Wurtemberg, quatre ont été données à la classe 44. MM. Knost et Siegle, de Stuttgard, ont exposé des carmins et des anilines pour impression sur coton qu’on ne saurait assez apprécier.

Pour terminer, citons la gigantesque locomotive placée dans la galerie des machines et exécutée par la fabrique d’Esslingen. Cette fabrique qui emploie près de 1000 ouvriers produit tous les ans plus de 40 locomotives qui sont envoyées dans toutes les parties du monde. Celle qui est exposée au Champ de Mars a été achetée par une maison anglaise pour être transportée en Inde. Et l’on voudrait douter, après un pareil exemple, des progrès que peut faire le plus petit des peuples quand il est guidé par des esprits éclairés? •Qui, il y a vingt ans, aurait pu soutenir que le Wurtemberg pourrait en si peu de temps, se mettre à la hauteur des nations les plus civilisées pour une fabrication qui demande des ressources considérables, des ouvriers habiles, des usines immenses et une confiance qui ne se conquiert que par le succès?

Que de choses encore à voir ! mais ce que nous avons dit doit suffire. Le caractère de cette exposition en ressort amplement, et quand nous aurons ajouté que sur les douze prix accordés par le jury spécial, pour récompenser les établissements où règnent à un degré éminent l’harmonie sociale et le bienêtre des populations, un prix a été décerné à M. Staub, à Kuchen, pour sa filature de coton, et une mention honorable à M. Haueisen, à Neuenbourg, pour sa fabrique de faux et de faucilles, nous aurons vraiment couronné l’édifice.

Établir la supériorité intellectuelle pour arriver à la prospérité matérielle, c’est là que doivent tendre les efforts de chaque peuple, c’est vers ce but que doivent le guider ceux qui, par la force des circonstances, sont placés à sa tête.

Le Wurtemberg a rempli ce programme et de façon qu’on se pose cette question : Que deviendrait ce peuple, s’il occupait sur le continent européen l’espace absorbé par une des cinq soi-disant grandes puissances?
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité