Les Vases en cristal de l’Autriche

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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Les Vases en cristal de l’Autriche

Message par worldfairs » 09 sept. 2018 10:57 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

vasescristalautriche.jpg

Une des plus heureuses innovations qui assurent à l'Exposition Universelle de 1867 une incontestable supériorité sur les Expositions qui l’ont précédée, c’est l’organisation de la galerie consacrée.! L'histoire du travail, ce que le public nomme aussi le musée rétrospectif. Cet hommage rendu aux efforts, à la science, à l’industrie, aux travaux, au génie des siècles passés, est fécond en enseignements divers. Il vient apporter de puissants arguments dans cette querelle depuis si longtemps engagée entre les champions du passé, et les fervents du présent.

Les armes, les vêtements, les cristaux, les faïences, les-émaux, les bijoux de toute sorte, de tous métaux, les bronzes, les ivoires, ont lentement révélé la vie de ces générations mortes depuis plusieurs siècles, que l’on se représentait comme ensevelies dans les ténèbres de l’ignorance, et que l’on voit rayonner d’une splendeur qui prenait sa source dans la foi religieuse et la foi patriotique.

L’Exposition de 1867 a voulu agrandir cette page intéressants de l’histoire. A son appel, tous les peuples ont apporté au Champ de Mars les plus rares chefs-d’œuvre de leurs collections. Et en parcourant la galerie de l'histoire du travail, le visiteur reste émerveillé devant ces riches armures, ces épées si souples et si solides, ces vases d’or, d’argent, de cristal, ces étoffes somptueuses, ces broderies d’une richesse et d’un goût admirables, ces reliures que nos artistes en ce genre regardent avec respect, ces tapisseries comme la Savonnerie, Beauvais, Aubusson, Tours, Roubaix n’en fournissent pas, et dont la manufacture des Gobelins a conservé le secret, secret si chèrement acheté aux frères Gobelins, les fondateurs de ces établissements, par Colbert qui voulut doter la France d’une industrie nouvelle.

L’Autriche s’est fait représenter dans cette collection des chefs-d’œuvre du passé par des armures remarquables, des armes blanches,
piques, épées, sabres, etc., des mousquets, et surtout par des cristaux d’une rare beauté.

Seulement, il est difficile de passer ce fait sous silence, l’Autriche, j’entends l’archiduché d’Autriche, la célèbre maison de Hapsbourg, l’adversaire d’Henri IV et de Richelieu, l’Autriche joue un peu, à l’égard des pays qui constituent l’empire d’Autriche, le rôle absorbant que quelques historiens ont donné à Louis XIV. Tout ce qui s’est fait en France de grand et de beau, de 1645 à 1717, appartient à Louis XIV. Création d’une marine, impulsion donnée à l’industrie, au commerce, à l’agriculture, productions des arts et des sciences, tout appartient à Louis XIV, toute gloire lui en revient.

Mais en est-il de même pour l’Autriche?

Les vases en cristal de roche que représente notre gravure sont exposés par l’Autriche, mais appartiennent àJa Hongrie? A quelle époque remontent-ils? A ces années de luttes où l’autocratie autrichienne, loin de s’imposer par la force sur cette nation si amoureuse de son autonomie, pliait et rompait devant l’énergique résistance de la Hongrie.

Quelle qu'en soit au surplus l’origine, ces vases, qui datent des seizième et dix septième siècles, appartiennent aujourd'hui au Trésor de Vienne. — Comment y sont-ils arrivés ? à la suite de quelle conquête? je l’ignore. Mais, par l’élégance de leur forme, la richesse et le fini du travail, ils forment un trésor inestimable.

Le vase du milieu en cristal de roche, taillé avec une grande légèreté de main, est d’un dessin élégant et hardi. Le pied, tourné gracieusement, repose sur un socle en or ciselé. Le couvercle en or, retenu par des écussons et des charnières, soutient une sorte de "dôme sur lequel se dresse une figure allégorique perçant de sa lance un dragon ailé. La statuette est sculptée avec une rare perfection, et tous les détails de gravure et de ciselure sont traités avec un soin, un sentiment et un goût exquis.

On retrouve dans les vases placés dans la même vitrine cette même finesse de travail, ce même goût dans les ornements. Les formes sont généralement gracieuses et, tout en rappelant les modèles si célèbres de la céramique ancienne, elles ont un cachet particulier, un dessin qui leur est propre.
Je ne veux pas oublier un splendide lustre en cristal de roche, exposé dans la même salle, que notre gravure ne pouvait reproduire, mais qui laisse loin derrière lui les cristalleries de Venise. Ce lustre dont chaque détail, chaque ornement est travaillé avec un art infini, appartenait au prince-évêque de Salzbourg, et est devenu depuis la propriété du Trésor de Vienne. C'est donc l’Autriche qui l’expose aujourd’hui.

On ne peut se dispenser, je le répète, d’un vif sentiment d’admiration pour ces beaux produits du travail et du génie humains. Mais si le nom de l’artiste, du créateur, nous échappe, si nous devons reporter notre tribut d'éloges au pays qui a encouragé ses efforts, soutenu ses luttes, récompensé son labeur, est - ce bien à l’Autriche qu’il doit s’adresser, à l’Autriche qui n’a fait que succéder à un passé glorieux, n’est-ce pas à la Hongrie qui, après plusieurs siècles de luttes, après des fortunes diverses, reste encore debout en face de son vainqueur et qui, à défaut de tout autre, doit conserver intact l’héritage de gloire de ses enfants?
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