Le portrait du schah de Perse - Nasser-Ed-Din

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Le portrait du schah de Perse - Nasser-Ed-Din

Message par worldfairs » 23 août 2018 11:47 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - Le portrait du schah de Perse - Nasser-Ed-Din - schahdeperse.jpg

Il y a trois portraits authentiques du schah à l’Exposition : nous avons pris celui qu’on nous a dit être le plus ressemblant.

La venue de Nasser-ed-Din à Paris avait été annoncée comme celle du sultan du Maroc. Des raisons de milieu ont empêché les deux souverains de visiter l’Exposition. Pour le sultan du Maroc, je le comprends; il a des compétiteurs qui auraient pu profiter de son absence pour prendre sa place. C'est un chef spirituel qui a beaucoup de sectes rivales à maîtriser : partout ce sont les sectes religieuses qui fomentent les discordes intestines.

Mais pour le schah de Perse, c’est différent. Il a trois fils légitimes, plus cinq fils naturels reconnus, qui rendaient son voyage moins périlleux comme éventualité. La Perse, d’ailleurs , est renommée pour l’aménité de ses mœurs, ses habitudes paisibles et sa civilisation raffinée. C’est à peine si l’on a assassiné un schab depuis 71 ans, en 1796, et encore sous le coup des événements d’Europe. L’assassinat d’Agha-Mohamed-Khan, fondateur de la dynastie des Kadjars, n’eut as de conséquences : ses descendants lui ont succédé sans trouble et sans opposition. Nasser-ed-Din, le schah actuel, est monté sur le trône, son père mort, en 1848: il était né en 1829 : il a par conscéquent 38 ans.

Sa figure, si son portrait est exact, a une sorte de beauté assyrienne plutôt que mahométane: les traits sont accentués à la façon antique , mais sans grande animation. Les traits des Orientaux proprement dits sont gras : les traits du schah sont un peu secs, sinon aigus.

Il règne sans contrôle sur neuf millions de sujets, dont trois millions de nomades à peine. Le nombre et l’importance des villes prouvent l’état de civilisation relative de la Perse. Ispahan a 180 000 habitants; Tauris en a 160 000; Téhéran, 120000, Méchedh, 100000. les villes de 20 à 5000 habitants sont nombreuses.

Il ne faut pas croire que le schah, quoiqu’il exerce un pouvoir despotique, puisse faire tout ce qu’il veut; et, la preuve, c’est qu’il n’a pu venir à Paris, malgré son désir. Là comme ailleurs, les habitudes de l’administration dominent le gouvernement lui-même. L'empire est divisé en onze provinces, chacune administrée par un gouverneur. Le gouvernement est tenu en échec, d’un côté, par les commandants militaires des villes, de l’autre, par un collège de prêtres élus par le peuple, et chargés de veiller à l’exécution des lois.

Les villes peuplées supposent une industrie avancée, et un certain esprit d’indépendance. L’art de varier les couleurs, soit dans les étoffes, soit dans les poteries, s’est conservé en Perse presque dans toute sa pureté ancienne..Nous avons déjà dit dans une de nos premières livraisons que les briques émaillées, dont le secret avait été pris par les Vénitiens durant leur domination dans le Levant, nous étaient venues originairement de la Perse.

Il y a en Perse certaines formules qu’il faut observer lorsqu’on se salue, et certains protocoles qu’il faut employer, lorsqu’on se visite. Cela suppose des traditions anciennes fidèlement conservées, et un esprit policé qui date de loin et qui ferait traiter nos habitudes démocratiques de sauvagerie par certains Persans rigoristes.

La loi du Coran gouverne la Perse: on y observe le culte des Schiites. Non-seulement l’esprit de tolérance y domine avec la culture du vin de Chiraz, mais l’évêque catholique d’Arcadiopolis y administre les chrétiens en parfaite intelligence avec l’évêque arménien d’Ispahan.

Nous avons parlé de l’exposition persane, de façon à n’y pas revenir. Nous regrettons de n’avoir pu parler de Nasser-ed-Din que d’après son portrait. Nos compatriotes ont toujours trouvé bon accueil auprès de lui : et nous ne sommes plus au temps de Montesquieu, où l’on disait en France : Peut-on parler de la Perse !
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