L'esclave

Paris 1867 - Arts, design, fashion
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worldfairs
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L'esclave

Message par worldfairs » 23 août 2018 11:45 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Arts, design, mode - L'esclave - esclave.jpg

L’Esclave.
PAR TANTARDINI.

C’est avec un véritable sentiment de bonheur que l’on pénètre dans la partie de l’Exposition universelle réservée à la sculpture italienne. On sent là comme un souffle de véritable renaissance. Ce n’est pas aux Italiens d’aujourd’hui que Virgile dirait, comme aux Romains d’autrefois :
Excudant alii spirantia mollius æra!

Les Italiens de Victor-Emmanuel, plus que ceux d’Auguste, sont les maîtres du bronze et du marbre, et il n’en est point parmi les artistes contemporains qui sachent mieux communiquer à la nature insensible le frémissement et le souffle de la vie....

Si, au commencement de ce siècle, l’Italie morcelée semblait se précipiter sur la pente d’une décadence fatale, il faut reconnaître qu’elle a su s’arrêter à temps, et qu’aujourd’hui elle remonte aux sommets. Canova le premier rompit les entraves du faux goût, et ouvrit les voies nouvelles : toute une génération l’y suivit et grandit sous sa tutelle. La nature remplaça la convention, et l’étude remonta à ces modèles antiques qui sont les éternels modèles du beau, tel qu’il est donné à l’homme de le comprendre dans sa pensée, et de le réaliser dans ses œuvres.

La sculpture italienne s’est placée au premier rang dans l’Exposition universelle de 1867, et des œuvres comme celles de MM. Vêla, Argenti, Dupré, Tantardini, et bien d’autres encore, sont véritablement dignes de sympathie et d’étude.

Il y a toujours foule devant l’esclave de ce dernier maître, que reproduit notre gravure.

M. Tantardini, qui a voulu être lui-même et pas un autre, a rompu franchement avec les traditions de l’art antique. La tête de son esclave est beaucoup plus forte que celle des statues grecques; elle est empreinte d’un sentiment tout moderne, et singulièrement expressive.

L’œil, dont la beauté, en sculpture, tient presque uniquement à la forme et à l’enchâssement, s’enfonce sous l’orbite, plus puissamment peut-être que dans la nature, ajoute à la saillie de l’os frontal, et donne ainsi plus de concentration à la pensée.

Le nez, un peu fort, se trouve sur la ligne du front et la continue avec une inflexion très-légère.

La bouche qui, après l’œil, est le trait du visage le plus susceptible de beauté, si on la considère comme le signe vivant et parlant de l’âme sensible, appartient bien dans la figure de l’esclave à M. Tantardini.
Elle ne se joint point aux cartilages du nez par une ligne aussi concave que dans les têtes antiques; les lèvres sont aussi moins pleines et moins épanouies. Elles s’entrouvrent doucement pour laisser passer un souffle qui est peut-être un soupir. Elle est tout à la fois expressive et douloureuse.

Le front est grand, et d’un modèle qui manque un peu de finesse; je souhaiterais dans la chevelure abondante un peu plus d’air, de souplesse et de liberté. On dirait que les cheveux aussi sont esclaves. Le menton, qui n’a ni méplats, ni fossettes, s’accorde bien avec l’ensemble du visage. Le bras est joli, bien attaché; la main longue et molle. On ne l’a pas condamnée, cette belle malheureuse, à de trop rudes labeurs. La jambe a échappé aux exagérations de l’Ecole moderne, qui la veut fine et sèche à l’excès — ce qui a l’inconvénient de faire trop sortir les tendons et les os. Les malléoles sont soutenues, un peu pleines, mais sans engorgement; le pied ne porte aucune marque de contrainte; la plante concave est nettement creusée, et l’orteil bien détaché.

Le col est rond et uni, portant la tête comme ferait une colonne élégante. Les muscles en sont à peine sentis; tout indique la jeunesse et la santé. Et, à ce propos, je dirai que le col est plus jeune que la gorge; celle-ci est un peu trop forte, selon moi, et réveillant trop l’idée de l’allaitement par sa plénitude hémisphérique ; dans les beaux modèles c’est seulement en dessous que la saillie atteint toute sa convexité. Le dos, qui est une des parties de l’être humain les plus difficiles à rendre en sculpture, à cause de ses détails, de ses complications et de ses inégalités, a été traité largement, sans anatomie trop minutieuse. Il ne faut pas sculpter une femme comme un écorché. Les épaules sont fines et tombantes. Je reproche un peu trop d’accent aux parties qui valurent son surnom à la Callipyge — et une cassure trop nette et trop accentuée des muscles extenseurs de la cuisse. Les détails mêmes de mon analyse prouveront à M. Tantardini le cas que je fais de son œuvre, qui m’a fort intéressé. La pose de l’Esclave est poétique, pleine de gracieux abandon, et l’ensemble très-satisfaisant; ‘toute la personne annonce une nature supérieure: elle est devenue, elle n’est pas née esclave. M. Tantardini aurait trouvé difficilement un plus heureux sujet pour attendrir le marbre et nous donner une œuvre pathétique.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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